Vos assurances collectives sont-elles suffisantes?

Il y a quelques semaines, je vous ai livré une chronique sur le peu d’enthousiasme que suscite le sujet des assurances.

À ma grande surprise, vous avez été nombreux à me soumettre vos questions et situations personnelles pour étude de cas ; non, ceci n’est donc pas un sujet ennuyant, j’en ai maintenant heureusement la preuve !

Commençons aujourd’hui par l’un des cas soumis par un lecteur.
Jean et sa conjointe, Sylvie, 55 ans, ont un revenu annuel brut de 480 000 $. Le couple a deux enfants majeurs toujours à sa charge, mais dont les études supérieures sont en voie de se terminer. Le couple possède des actifs totalisant 4,6 millions de dollars, libres de dettes.

Deux pistes de réflexion

 

Monsieur mentionne que l’épargne du couple est de 100 000 $ par année. Sa protection en assurance vie est de 500 000 $, par le truchement du régime collectif de son employeur.

Ce dernier ayant accepté de me fournir les détails du régime, j’ai également pu confirmer qu’il détient une protection en assurance invalidité longue durée. Il croit ne pas avoir besoin d’assurance supplémentaire et me demande mon avis. Son cas m’a inspiré deux pistes de réflexion.

Le longue durée, parfois ça passe vite !

Bien que l’appellation « invalidité longue durée » (ILD) amène généralement les gens à penser que leur protection est très solide, il faut toujours se référer à la définition présente dans le livret des garanties de votre employeur.

Dans ce cas-ci, la définition de l’invalidité totale est « l’incapacité, suite à une maladie ou un accident, d’exercer les principales tâches de son emploi habituel » (traduction libre).

Cette assurance s’applique pour les 24 premiers mois et devient ensuite beaucoup plus restrictive : vous devrez être incapable d’exercer tout emploi rémunérateur pour y avoir droit.

Ainsi, la fameuse ILD se limitera donc, dans la très vaste majorité des cas, à une période de prestations de deux ans, alors que le véritable risque financier est d’être incapable de générer du revenu pour une période plus longue !

Chaque personne établira ainsi sa tolérance au risque en fonction de sa réalité. Dans le cas de Jean, si son style de vie coûte 150 000 $ nets par année, il faudra alors calculer, selon le rendement des actifs associés à son profil d’investisseur, si l’indépendance financière est déjà acquise pour préciser son échelle de risques personnelle.

Dans ce cas-ci, il est fort probable que l’assurance invalidité collective soit suffisante. Mais si vous n’avez pas atteint cette liberté financière, il y a beaucoup plus de chances que ce soit le contraire.

En plus de la durée de la prestation et de la définition de l’invalidité, les hauts salariés devraient aussi s’intéresser au calcul du montant de la rente à laquelle ils ont droit, car celui-ci est souvent plafonné.

Il est possible de compléter la protection avec une police individuelle, qui sera toujours en vigueur si vous changez d’employeur. Retenons que le fait d’être couvert par un régime d’employeur ne règle pas automatiquement tout.

Assurance vie : quels sont vos objectifs ?

En ce qui concerne l’assurance vie, la clé est de comprendre qu’il faut distinguer les besoins temporaires des besoins permanents.

Parmi les besoins temporaires, il y a ceux de protéger les personnes à votre charge en cas de décès
prématuré.

Les besoins en assurance vie sont présents lorsque le décès d’un des deux conjoints peut mettre en péril la sécurité financière de la famille ou des enfants, ou encore les objectifs financiers établis par le couple. Pour établir le montant requis, des calculs de remplacement de revenu et de remboursement de dette sont alors réalisés.

Sans même faire l’analyse complète de leur situation, il est possible d’affirmer que, dans la majorité des cas comme celui de Jean et Johanne, les besoins en assurance vie sont davantage permanents que temporaires.

La situation de Jean et Johanne exige d’obtenir les testaments puisque l’analyse des besoins du conjoint survivant pourrait varier si des legs particuliers s’appliquent (ou s’il s’agit d’une succession ab intestat).

À titre d’exemple, si les enfants ou des tiers sont les héritiers de la majorité des actifs au décès (ce qui est parfois le cas dans les familles reconstituées), l’assurance temporaire pourrait conserver sa pertinence pour protéger le conjoint malgré l’indépendance financière acquise.

Mais dans la mesure où les deux personnes se lèguent mutuellement tous leurs biens par roulement fiscal, les impôts étant alors reportés au deuxième décès, leurs besoins en assurance vie sont alors permanents et non temporaires.

L’élément majeur à retenir de cette étude de cas est que les besoins en assurance vie évoluent et que notre lecteur arrive à une transition importante de l’étape de l’assurance vie comme outil de protection, comme outil d’optimisation et de diversification.

Ce n’est pas tant de savoir si le montant de couverture de 500 000 $ est suffisant qui importe ici, mais bien de comprendre que le régime collectif de l’employeur n’est pas l’outil stratégique pour atteindre les nouveaux objectifs du couple.

La planification successorale exigera dans les prochaines étapes de réfléchir aux objectifs personnels : quels legs souhaitent faire ces deux personnes, et à qui.

Veulent-elles faire des dons aux enfants et, éventuellement, aux petits-enfants ou à des œuvres caritatives ? La véritable question à se poser est donc souvent « Suis-je bien assuré ? » plutôt que « Suis-je trop ou pas assuré ? ».

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