Le Canada se démarque dans la récupération des emplois perdus

La récupération des emplois perdus lors de la pandémie se fait lentement pour plusieurs économies et les plaies causées au marché du travail prennent du temps à cicatriser. Mais, bien que le Canada n’y échappe pas, il se démarque par rapport à la moyenne des pays.

Sur la base relative du PIB, il est celui qui a mené l’effort de guerre le plus senti pour contrer les effets de la pandémie parmi les économies dites avancées. Si l’on considère uniquement la Subvention salariale d’urgence du Canada à son apogée, en avril et mai 2020, le pays a soutenu 27,6 % de ses employés. Et, « bien que la couverture ait depuis diminué, pour atteindre 14,2 % en 2021, il s’agit toujours d’un pourcentage plus élevé que dans la plupart des autres pays », note l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Cet « engagement » accru a produit des résultats. Déjà, à la fin décembre, les analystes de la Banque Nationale observaient une récupération plus forte du marché du travail signalée par la quasi-totalité des indicateurs comparables à ce que l’on peut mesurer aux États-Unis. Selon les prévisions automnales du FMI, il est aussi attendu que le regain de l’activité économique perdue en 2020 et en 2021 sera plus fort au Canada que dans la moyenne des économies avancées.

L’OCDE en rajoute. Dans son rapport sur les perspectives de l’emploi publié mercredi, l’organisation rappelle que « les licenciements temporaires ont entraîné un gonflement du taux de chômage au Canada pendant le pic de la pandémie au deuxième trimestre 2020, et une baisse du taux d’emploi plus importante que la moyenne de l’OCDE. Toutefois, le taux d’emploi devrait reprendre un peu plus rapidement et le taux de chômage diminuer un plus vite que la moyenne de l’OCDE, retrouvant leurs niveaux d’avant la pandémie d’ici début 2023 ».

Selon ses estimations, cette cible est le troisième trimestre de 2023 pour les pays de l’OCDE et la fin de 2023 pour le Royaume-Uni et les États-Unis. En revanche, huit pays étudiés sont déjà revenus au taux d’emploi prépandémie, dont l’Australie, l’Allemagne et la Grèce. Cette cible devrait être atteinte au deuxième trimestre de 2022 pour la Suède, au troisième pour la zone euro, dont la France et l’Italie.

Des indicateurs encourageants

Si les projections de l’OCDE se confirment, le Canada aura mis 3,25 années pour revenir au taux d’emploi observé au quatrième trimestre de 2019, contre 3,75 années pour la moyenne de l’OCDE et quatre ans pour les États-Unis.

Mais déjà… Après avoir chuté en avril 2020 à 73 % de leur pic du mois de février précédent, les heures de travail mensuelles des travailleurs canadiens se sont rétablies. « Le Canada est le seul pays [sur les dix examinés] à avoir récupéré la totalité de ses heures travaillées dès mars 2021 », retient l’OCDE.

Quant à l’emploi, même s’il a reculé pour un deuxième mois d’affilée en mai, on peut tout de même se réjouir qu’il ne soit plus qu’à 3 % sous son niveau de février 2020. L’assouplissement des mesures de restriction laisse espérer un comblement rapide de l’écart, ce que pourraient d’ailleurs indiquer les données de juin, que Statistique Canada doit publier vendredi.

114 millions d’emplois perdus dans le monde

Sur une plus grande échelle, 22 millions d’emplois ont été perdus en 2020 par rapport à 2019 dans les pays de l’OCDE — et 114 millions à l’échelle mondiale.

Les pays de l’OCDE comptaient 43,5 millions de chômeurs en mai 2021, soit 8,1 millions de plus qu’en février 2020, et la zone OCDE dénombrait 14 millions de personnes qui ne cherchent pas activement du travail de plus qu’avant la crise, lit-on dans le rapport.

« En avril 2020, le taux de chômage de l’OCDE a atteint 8,8 % — effaçant 10 années d’amélioration à la suite de la crise financière. » Il s’établissait à 6,6 % en mai, demeurant à 1,3 point de pourcentage au-dessus de son niveau mesuré en février 2020. À 13,6 %, le taux de chômage des jeunes était pour sa part supérieur de 2,2 points au niveau constaté avant la pandémie.

Au Canada, le taux de chômage s’établissait à 8,2 % en mai, contre 5,7 % en février 2020.

Il reste donc beaucoup à faire. Le rapport fait ressortir que, dans les professions faiblement rémunérées, le nombre d’heures travaillées a chuté de plus de 28 % à l’échelle de l’OCDE, soit une contraction supérieure de 18 points de pourcentage à celle relevée pour les emplois à la rémunération élevée. Le nombre de jeunes sans emploi et sortis du système éducatif a augmenté de près de trois millions de personnes, inversant ainsi la tendance enregistrée depuis une dizaine d’années.

Au Canada, « au quatrième trimestre de 2020, la proportion de la population active connaissant une période de chômage de 6 à 12 mois avait augmenté de plus de 370 % par rapport aux niveaux antérieurs à la pandémie. Les groupes ayant un faible niveau d’instruction ont été durement touchés. » Chez les jeunes, le taux de chômage a augmenté de 17 points de pourcentage en seulement deux mois, pour atteindre plus de 27 % en avril 2020. Il reste élevé, à 15,9 % en mai 2021, au-dessus des niveaux antérieurs à la pandémie, écrit l’OCDE.

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