Lente marche vers les critères ESG

Les critères ESG font tranquillement leur place dans l’univers de l’investissement, mais il reste beaucoup à faire, l’adhésion demeurant timide, voire chétive. Cet écart entre les intentions et l’action concrète se veut plus prononcé dans l’activité de financement, notamment avec des banques commerciales et d’affaires, encore très enracinées dans les énergies fossiles.

Chez les investisseurs institutionnels, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) comptent de plus en plus d’acteurs ayant répondu présent à l’appel parmi les gestionnaires et fonds spécialisés s’activant à réduire l’empreinte carbone de leur portefeuille. Au Canada, l’actif sous gestion issu de l’investissement responsable (IR) atteignait les 3200 milliards à la fin de 2019, en hausse de 48 % sur deux ans, soulignait l’Association pour l’investissement responsable dans son rapport bisannuel publié en décembre. L’IR représentait alors 61,8 % de l’industrie canadienne de l’investissement, contre 50,6 % deux ans plus tôt.

Au total, à l’échelle mondiale la valeur des actifs mondiaux investis selon les critères ESG atteignait les 40 500 milliards $ US selon Pensions & Investments, soit plus du triple du montant de 2012.

Chez les particuliers toutefois, la demande connaît une hausse accélérée depuis le début de 2020, mais cette famille de fonds demeure très petite dans l’univers des fonds communs d’investissement avec, au Canada, un poids selon l’actif net de seulement 1 % dans une mer de 1850 milliards au 31 mars 2021.

S’il y a éveil, du chemin reste à faire. Un sondage BMO Gestion mondiale d’actifs portant sur l’écart entre attitude et comportement écologique publié le 5 mai en donnait des pistes. Seuls 34 % des investisseurs répondants se disaient bien informés sur le sujet. Ils étaient aussi peu nombreux (33 %) à affirmer connaître l’investissement ESG, pour ajouter ne pas savoir s’ils en détiennent dans leur portefeuille.

Fait intéressant, les investisseurs âgés de 18 à 34 ans sont le groupe démographique le plus informé, à 38 %, soit sept points de pourcentage de plus que ceux de 35 à 54 ans et cinq de plus que ceux de plus de 55 ans. « Les jeunes investisseurs sont également plus susceptibles de détenir actuellement des placements ESG dans leurs portefeuilles, à 39 %, contre 31 % pour les investisseurs de plus de 55 ans. » Mais dans l’ensemble, seulement 32 % des répondants disent que les placements ESG pourraient constituer la plus grande part de leur portefeuille à l’avenir.

Ce sondage a été réalisé en ligne par Pollara Strategic Insights auprès de 1500 adultes entre le 17 et le 23 novembre 2020. La marge d’erreur est de ± 2,5 %, 19 fois sur 20.

Ce rapprochement pourrait s’accélérer au fur et à mesure que la normalisation deviendra homogène et que la référence indicielle suivra pour offrir des baromètres universels crédibles à l’investissement à impact positif. Et que l’investisseur reconnaîtra cette corrélation neutre ou positive entre les facteurs ESG et le rendement, pourtant maintes fois démontrée dans plus de 2000 études empiriques.

Financement fossile

S’il y a sensibilité grandissante dans le monde de l’investissement, celui du financement direct demeure encore sous l’emprise de vieux réflexes. L’infolettre de juin de Gestion financière Blue Bridge nous ramenait à ce rapport de mars coiffé du titre Banking on Climate Chaos issu de la collaboration entre Reclaim Finance, Rainforest Action Network, BankTrack, Indigenous Environmental Network, Oil Change International et le Sierra Club.

On a pu y lire que les 60 grandes banques commerciales et d’affaires dans le monde ont injecté au cumul 3800 milliards $ US dans l’industrie des énergies fossiles de 2016 à 2020. Ce palmarès est dominé par JP Morgan, Citi Wells Fargo, Bank of America et la Banque Royale. Même si l’engagement direct a chuté de 9 % en 2020 dans un contexte pandémique, il demeurait plus élevé qu’en 2016, année suivant l’Accord de Paris. Et malgré ce repli conjoncturel, le financement fossile de janvier à juin 2020 était le plus élevé pour un premier semestre depuis l’Accord de Paris.

De plus, 39 % — ou 1500 milliards — de cet engagement total était dirigé vers 100 grandes entreprises à l’origine de projets d’expansion des énergies fossiles, ce qui représente une augmentation de 10 % en 2020 par rapport à l’année précédente, et ce, en dépit de la récession suscitée par la pandémie, note le rapport, qui rappelle que 17 de ces 60 grandes banques ont pris l’engagement de l’émission zéro net en 2050.

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