L’accident de Wuhan

La théorie selon laquelle le coronavirus aurait commencé son voyage à partir d’un laboratoire chinois et à cause d’une manipulation humaine… n’est plus taboue sur Facebook.

Le groupe californien a décidé de ne plus censurer « les allégations sur le fait que le virus de la COVID-19 ait été créé par l’homme ou ait été fabriqué ».

Retour en force, donc, de cette hypothèse que certains experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), envoyés à Wuhan en février dernier sous haute surveillance chinoise, avaient qualifiée de « très improbable »… mais que l’OMS cite aujourd’hui comme nécessitant une investigation ultérieure.

La « bénédiction » de Facebook étant devenue un point de passage obligé pour nombre d’idées qui circulent… cette décision est hautement symbolique. Elle montre la dimension politique et idéologique — et pas seulement scientifique — du débat sur la COVID-19 et ses origines. Un débat ? Non, une « guerre » sur le récit de la pandémie.

S’il y a un pays qui l’a compris, et mène tambour battant cette guerre idéologique… c’est la Chine. La façon de raconter la pandémie, de mettre en avant certains éléments et d’en cacher d’autres est pour Pékin de la plus haute importance.

Les Chinois ont fait de la lutte contre le coronavirus un grand récit sur le mode héroïque-nationaliste. Le feuilleton épique de la COVID est présenté comme une revanche de la Chine, une immense victoire du Parti communiste chinois, le poing levé.

Dans cette histoire, une « erreur de laboratoire » à Wuhan en 2019 est irrecevable… d’autant que « l’autre » hypothèse (la zoonose, ou maladie voyageant de l’animal à l’être humain), restait a priori crédible, avec des précédents Ebola, les grippes aviaires…), et favorite des experts : celle d’un transfert des chauves-souris aux humains, en passant par un autre animal.

Sauf qu’on n’a jamais trouvé cet autre animal. On a beaucoup parlé du pangolin. Mais on n’a démontré, pour le SRAS-CoV-2, aucun cas de transfert à partir du pangolin… en fait, entre quelque animal que ce soit et l’être humain : rien !

Ce qui est surprenant, car les coronavirus laissent des traces dans l’environnement. Par exemple pour le premier SRAS, en 2002-2003, l’espèce « intermédiaire » avait été identifiée en quelques mois à peine.

Par ricochet, l’affaiblissement d’une hypothèse renforce aujourd’hui l’autre. Avec ce retour de la thèse « malencontreuse » de l’accident de laboratoire… la Chine joue sa réputation. Pour le Parti communiste chinois, ce n’est que « manipulation politique » malveillante, antichinoise et impérialiste. (En passant, ceux qui utilisent ici l’expression « théorie du complot » méconnaissent le sens des mots. Ce dont on soupçonne les Chinois, c’est d’une manipulation dangereuse et d’un accident.)


 
 

La question, du point de vue de Pékin, est donc moins de trouver la vérité scientifique… que de sauver la face et de « contrôler le récit ».

Les Chinois ont d’ailleurs dit la semaine dernière, à l’Assemblée mondiale de la santé, qu’ils ne coopéreront pas à une nouvelle enquête sur l’origine du coronavirus… même si l’expédition de février à Wuhan a laissé un goût amer de bâclé et d’inachevé.

Aujourd’hui, un grand nombre de pays — et de plus en plus de scientifiques — exigent qu’une véritable enquête aille au fond des choses. Et ils ne le font pas d’abord pour « tasser » politiquement la Chine (même si cette arrière-pensée existe)… mais bien parce qu’il est essentiel de savoir ce qui s’est passé à Wuhan en 2019 pour mieux prévenir les prochaines pandémies.

Facebook, en rendant taboue la « thèse du laboratoire », s’alignait début 2021 sur « l’air du temps » qui avait décrété que, si une idée était soutenue par la droite radicale (le sénateur américain Tom Cotton, Donald Trump, Fox News)… elle devait ipso facto être fausse.

Donc, on a pu associer toute considération positive sur cette thèse comme du délire idéologique de droite… Mais aujourd’hui, on voit bien que ce n’était pas le cas et que, ce faisant, on a encouragé les dissimulations chinoises.

 

François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à Ici Radio-Canada.

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