Polémiques covidiennes

Bonnes et moins bonnes nouvelles sur le front de la pandémie, au moment où se réunit l’Assemblée mondiale de la santé, forum politique de l’OMS.

Un peu partout, en Europe et en Amérique du Nord mais pas seulement, les courbes de vaccination et celles des nouveaux cas quotidiens affichent une nette relation inverse. Le phénomène d’abord constaté en Israël et au Royaume-Uni se vérifie maintenant aux États-Unis, en France, en Allemagne, au Québec.

Cette bonne nouvelle domine toutes les autres, même s’il y a beaucoup de « mais » et de contradictions régionales dans la tendance : la pandémie de COVID-19 bat de l’aile.

Première raison : les vaccins marchent. Les quatre les plus distribués, deux à ARN messager et deux à vecteurs viraux, avec de rarissimes exceptions tragiques (Francine Boyer, le 23 avril au Québec), freinent ou bloquent de façon significative la progression du mal. La diffusion de ces vaccins, après un départ difficile, est menée à bon rythme dans les pays qui, à l’origine, ont été les plus frappés.

Tels quels — et sans préjuger de vaccins « ajustés » qui viendront sans doute —, ils semblent déjà marcher contre la plupart des variants connus.

Justice immanente ? Pour une fois, c’est le monde occidental qui a le plus souffert, au moins durant les 12 premiers mois. Et c’est lui qui logiquement mène le bal de la vaccination. Mais le mal frappe d’autres régions du monde, dont certaines n’ont pas les mêmes moyens.

D’où l’appel, encore aujourd’hui lors de la maxi-conférence de l’OMS, à une accélération de la vaccination ailleurs. « Nous devons vacciner, en quatre mois, 250 millions de personnes supplémentaires dans les pays à revenus faibles et intermédiaires », a lancé Tedros Ghebreyesus, le patron de l’organisation.

En reflux sur ses premiers fronts, le coronavirus fait aujourd’hui des ravages ailleurs. En Inde, les chiffres absolus des derniers jours sont effarants (400 000 cas, 4500 morts par jour), mais toutes proportions gardées, c’est du même ordre que les pics qu’a connus le Québec. Au Brésil (pays six fois moins peuplé que l’Inde), les proportions sont encore pires… mais pas supérieures à l’horreur de l’Italie du Nord en mars 2020.

D’autres endroits où le virus a remonté ces dernières semaines : Taiwan, Japon, Philippines. Des endroits où on vaccine très peu. Mais attention : cette « remontée » est toute relative. À Taiwan par exemple, le nombre cumulatif de décès est passé de 7… à 23 !

Bien sûr, il y a la sous-évaluation. L’OMS, juste avant le sommet entamé aujourd’hui, diffusait un rapport sur la mortalité mondiale relative à la COVID-19. Ce rapport situe le « vrai » bilan des décès dans une fourchette de 6 à 8 millions… contre les 3,5 millions affichés dans les derniers chiffres officiels (agrégats des statistiques nationales et régionales).

On peut dire de même pour les cas cumulatifs, dont le vrai nombre est sans doute bien supérieur aux 168 millions officiellement enregistrés en date d’hier (entre trois et dix fois, selon les évaluations).

   

Deux polémiques planent sur l’OMS au moment de sa grand-messe annuelle.

Juste avant le début de la réunion, Taiwan a protesté contre son exclusion d’un tel forum, fustigeant Pékin pour son maintien à l’écart de l’OMS… alors que Taiwan reste un champion du monde de la lutte contre la COVID-19.

« L’OMS devrait travailler à la santé et au bien-être de toute l’humanité, et ne pas capituler devant les intérêts politiques d’un certain membre », a déclaré le chef de la diplomatie taiwanaise.

L’autre concerne également la Chine. Le Wall Street Journal citait hier un rapport des services de renseignement américains, relevant l’hospitalisation, en novembre 2019 — donc avant les premiers cas détectés — de trois chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan qui présentaient des symptômes correspondant à la COVID-19.

Cet indice donne à penser que la piste de « l’accident » de laboratoire comme origine de la tragédie… reste crédible, la Chine voulant (peut-être) « arranger » la véritable histoire de la pandémie.

François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à Ici Radio-Canada. francobrousso@hotmail.com

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