Une lente agonie

L’Union nationale est morte officiellement en juin 1989, quand elle a vu son autorisation révoquée par le Directeur général des élections. À la deuxième élection après sa dernière victoire, en 1966, elle a été rayée de l’Assemblée nationale. Après un sursaut inattendu qui lui a permis de faire élire 11 députés en 1976, elle a vécu une lente agonie, qui s’est étirée pendant treize ans.

L’an prochain, le Parti québécois en sera aussi à sa troisième élection après la victoire serrée de 2012, et cela est de mauvais augure. Le récent sondage Léger-Québecor, réalisé entre le 30 avril et le 2 mai, ne lui accorde plus que 12 % des intentions de vote et à peine 15 % chez les francophones. Un plancher historique.

Il est vrai que la pandémie a été une période creuse pour les partis d’opposition, ici comme ailleurs. Les trois qui sont représentés à l’Assemblée nationale ont de moins bons résultats dans les sondages qu’à l’élection du 1er octobre 2018, mais le PQ est celui dont la base est la plus fragile. Le PLQ peut toujours compter sur l’appui massif (55 %) des non-francophones, alors que QS arrive bon premier (35 %) chez les 18-34 ans. Le PQ n’obtient de bonnes performances dans aucune catégorie d’électeurs.

Paul St-Pierre Plamondon a hérité d’un parti qui était déjà dans un piètre état, mais force est de constater qu’il n’a pas su s’imposer. Quand on demande qui ferait le meilleur premier ministre, il arrive à égalité avec le nouveau chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, avec 6 %. C’est tout dire.

Le renvoi de la réforme du mode de scrutin aux calendes grecques est une très mauvaise nouvelle pour le PQ. Avec seulement 10 % des intentions de vote à Montréal, on voit mal comment il peut espérer reconquérir ses anciennes forteresses perdues aux mains de Québec solidaire, et c’est encore pire à Québec (9 %).

Un gros point d’interrogation plane sur les quatre circonscriptions où il avait obtenu les plus fortes majorités en 2018. Véronique Hivon (Joliette), Sylvain Gaudreault (Jonquière) et Pascal Bérubé (Matane-Matapédia) sont à un âge où ils peuvent envisager une autre carrière. Voudront-ils accepter de se morfondre dans le troisième groupe d’opposition étant donné que l’horizon semble complètement bouché ? Quant à Harold LeBel (Rimouski), il serait pour le moins douteux qu’il survive aux allégations d’inconduite sexuelle qui pèsent sur lui.

Le PQ est pourtant le parti qui compte le plus de membres (40 000) et qui a récolté le plus d’argent (118 000 $) durant le premier trimestre de 2021. La ferveur souverainiste et le dévouement de ses militants ne font aucun doute.

Le problème est que l’indépendance n’a pratiquement plus d’écho dans la population. Les fédéralistes ne sentent même plus le besoin d’y opposer leurs arguments. L’indifférence est bien plus dangereuse que l’hostilité. Que le PQ promette de tenir un référendum dans le premier ou dans le dixième mandat n’a pas vraiment d’importance. On ne l’écoute tout simplement plus.

Il est difficile de prévoir si et quand la question constitutionnelle réapparaîtra sur le radar de la population. Pour le moment, le PQ n’est plus considéré comme un acteur majeur du débat public.

En rétrospective, il apparaît qu’il ne s’est jamais relevé de son demi-échec de 2012. Si elle avait pu être adoptée, la charte de la laïcité aurait assurément été contestée, mais elle aurait sans doute fini par s’implanter, en tout ou en partie, comme la loi 101. De la même façon, le projet de loi 14 aurait réglé pour un bout de temps le débat sur la langue, mais la CAQ a récupéré les deux dossiers à son profit.

Dans le cas de l’environnement, le PQ n’a pas pu faire oublier qu’il voyait l’exploitation du pétrole dans le golfe Saint-Laurent comme la clé de l’indépendance, sans parler de l’erreur de la cimenterie McInnis.

Alors qu’il avait été le porteur d’une authentique social-démocratie à la québécoise, Pauline Marois a semé le doute en décidant que la prospérité collective passait désormais par l’enrichissement individuel. Comme pour l’environnement, c’est plutôt QS qui est devenu le porte-étendard d’une plus grande justice sociale. Ces jours-ci, c’est Manon Massé qui est perçue comme la championne des locataires victimes de la crise du logement.

L’Union nationale a au moins eu la chance de ne pas être débordée sur sa droite, tandis que le PQ l’a été des deux côtés. Certes, il ne faut jurer de rien en politique. Qu’adviendra-t-il le jour où François Legault prendra sa retraite ? Celui ou celle qui lui succédera saura-t-il conserver l’héritage ? Pour le moment, la question est plutôt de savoir si le PQ peut survivre assez longtemps pour être en mesure de le réclamer.

Une version de cette chronique publiée dans l'édition du 11 mai 2021 mentionnait que l'élection d'octobre 2022 sera la deuxième depuis la victoire péquiste de 2012. Ce sera plutôt la troisième.

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111 commentaires
  • Roger Gobeil - Inscrit 11 mai 2021 02 h 51

    Survie du PQ ?

    La survie du PQ ne peut passer que par l'abolition de son article 1. À peu près tout l'monde au Québec est bien conscient que le projet rêvé de l'indépendance du Québec ne pourra jamais se réaliser. Bérubé et PSPP ont beau répéter sans cesse que Legault frappe un mur avec sa défense de l'autonomie du Québec, rien n'y fait. Bérubé a une crotte sur le coeur contre Legault à l'Assemblée nationale et ça paraît un peu trop. Ça n'aide pas du tout la cause et la popularité de Legault se maintient malgré tout. Faut voir la réalité en face, le PQ est condamné à vivoter avant de connaître le même sort que l'Union nationale.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 mai 2021 08 h 54

      Cher M. Gobeil,

      La popularité de Legault et la CAQ se maintiennent. Oui, mais pourquoi? Le Québec enregistre le pire bilan dans cette crise sanitaire. Comme Franco-Ontarien, si Doug Ford avait été responsable de plus de 45% de tous les morts dus à COVID-19 tout en ne représentant que 22% de la population canadienne, il aurait été crucifié et brûlé vif sur une croix. Les Ontariens ne présentent pas l’autre joue lorsqu’ils se font frapper. « Only in Quebec » comme dirait l’autre. Pardieu, ils ont même voté pour un anglophone qui se foutait des Québécois comme en l’an quarante parce que ce dernier marchait avec une cane.

      Sans l’article 1, le Québec va disparaître et être assimilé. La langue parlée sera alors l’anglais partout. Comme Franco-Ontarien devenu Québécois, je n’ai pas de problème au niveau de la langue puisque je parle anglais. Mais c’est l’identité et des siècles de la culture française qui vont aussi disparaître sur le bûcher des vanités politiques bien québécoises.

      Non, le Parti québécois ne disparaîtra pas. Vous êtes probablement de ceux qui avait fait le même commentaire au sujet du Bloc québécois une élection passée.

    • Jean-Pierre Martel - Inscrit 11 mai 2021 09 h 28

      À Roger Gobeil :

      Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. En renonçant à son article 1, le pourcentage d'appui des francoQuébécois au PQ tombera de 15% à presque zéro.

      Le PQ est devenu une immense machine à sous. Obsédé par l'adage selon lequel l'argent est le moteur de la guerre, les bénévoles du PQ ne font que du financement. Et rien du tout pour convaincre les gens de leur circonscription de voter pour le parti.

      En somme, les associations péquistes des circonscriptions ne font rien pour incarner les besoins de leurs concitoyens; selon eux, tout est l'affaire du 'national'.

      J'ai qualifié le projet de texte de refondation du PQ de paroxysme de l'insignifiance et j'ai prédit qu'en l'adoptant, le PQ s'enfonçait dans la redondance politique.

      Malheureusement, c'est ce à quoi nous assistons.

    • Bernard Plante - Abonné 11 mai 2021 09 h 29

      Avant les dernières élections fédérales on prédisait aussi la disparition du Bloc Québécois...

  • Denis Grenier - Abonné 11 mai 2021 05 h 52

    Un parti qui s'est redéfini

    «Quand on demande qui ferait le meilleur premier ministre, il arrive à égalité avec le nouveau chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, avec 6 %. C’est tout dire.»

    Quelques semaines avant le jour de l'élection en 2018 JeanFrançois Lisée est passé de 10% de popularité à 14%. Il s'est alors demandé pourquoi son parti ne levait pas lui aussi. Paul Saint-Pierre Plamondon en est présentement à 14% et Manon Massé à 11 % de popularité selon ce sondage. Nous sommes à 17 mois de la prochaine élection. Le Parti Québécois est à 12%.
    Laissez du temps au chef et au parti à se faire connaître. Le Parti Québécois est uni et a défini les paramètres de ses décisions. Pour une fois dans son histoire il s'est renouvelé. Passerez-vous à l'histoire comme le journaliste de la désinformation qui a le plus souvent utiliser l'expression «calendes grecques» ?


    Denis Grenier
    Abonné

    • Patrick Boulanger - Abonné 11 mai 2021 09 h 53

      Il ne passera pas à l'histoire comme un journaliste puisqu'il est chroniqueur. Et avec un tel chapeau, il peut être subjectif.

      Où voyez-vous de la désinformation de sa part?

    • Marc Pelletier - Abonné 11 mai 2021 12 h 04

      M. Denis Grenier, vous affirmez que : " Le Parti Québécois est uni..... " !

      Comment pouvez vous faire une telle affirmation alors que vous savez fort bien qu'une grande majorité de ses membres se sont réfugiés à la CAQ aux dernières élections et qu'ils y sont encore ( réf. : dernier sondage ) ?

    • Patrick Boulanger - Abonné 11 mai 2021 13 h 29

      M. Lacoste m'a repris (voir plus bas - 11h33) et je crois qu'il a raison. Un chroniqueur est un journaliste, mais d'un type particulier. Donc, je me rétracte.

  • Gilles Delisle - Inscrit 11 mai 2021 06 h 06

    Un pays en devenir qui se meurt!

    On a connu de beaux moments avec le PQ qui nous a amené à deux doigts de l'indépendance. Aujourd'hui, les jeunes sont ailleurs, ils courent les CEGEP et les universités anglophones, la culture québécoise n'est plus aussi attirante qu'auparavant, préférant l'attrait d'autres cultures, surtout si elle est anglophone. Montréal français se meure avec 68% de population francophone. Nos lendemains sont douteux, deviendra-t-on la Louisiane du Nord?

    • Gilles Delisle - Abonné 11 mai 2021 09 h 40

      M'exprimant, moi aussi à l'occasion et étant votre homonyme, je me demande bien comment on pourrait continuer de le faire sans qu'il y ait confusion. Visiblement. le devoir a deux Gilles Delisle comme abonnés.

      Gilles Delisle,
      Centre du Québec

    • Bernard Plante - Abonné 11 mai 2021 10 h 51

      Je trouve toujours hasardeux de blâmer les jeunes pour la déconfiture d'un projet mené par les plus vieux. En effet, si même ceux qui y ont cru ne semblent plus y croire et baissent les bras, comment convaincre un jeune d'y adhérer?

      Contrairement à tout ce qu'on lit, je crois que la clé se trouve entre les mains des baby-boomers. De par leur nombre, si ces derniers se remettaient en marche ils inspireraient les jeunes. Et si les jeunes et les vieux s'y mettent ensemble, on l'aura!

    • Christian Roy - Abonné 11 mai 2021 11 h 18

      M. David fait l'analogie entre la trajectoire du PQ et de l'Union nationale.

      J'ai moi-même associé la CAQ actuelle aux les belles années de Duplessis - des années d'un populisme sans partage.

      Je me révise. Le PQ correspond maintenant à l'Union nationale 3.0: celle de la fin des années 70.

      Un nouveau changement de garde se déroule sous nos yeux ! Rien ne peut arrêter le passage des générations.

  • Gilles Marleau - Abonné 11 mai 2021 06 h 17

    Le bilinguisme l'emporte

    Le bilinguisme et le multiculturalisme l'emportent ! Les jeunes se retrouvent dans la diversité culturelle et linguistique. Le temps est à la solidarité et à la justice sociale. Le parti québécois a manqué le virage...!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 mai 2021 06 h 41

    Les partis ne sont rien

    que le véhicule où les idées montent ensemble en vue de l'exercice du pouvoir et de la réalisation des aspirations. Le PQ est comme un vieil autobus que les nostalgiques et les impatients continuent à rafistoler du mieux qu'ils peuvent, en attendant sans trop y croire qu'on puisse le remettre sur ses rails et hisser les voiles. Une drôle de navette spaciale en laquelle tous les péquistes ont cru pour des raisons très hétérogènes, au point qu'ils ne s'entendaient même pas sur l'idée centrale. Et qui a livré.

    Mais ce n'est qu'une chose. Des péquistes, non. Il y en a déjà beaucoup de disparus. En tout respect pour leur mémoire, ce sont ceux qui restent qui comptent et ils ne sont pas à l'article de la mort. Ni leurs idées, ni leur idéal. Le plus grand service qu'ils pourraient se rendre, ce serait de conduire le véhicule au musée et refuser qu'on les y confine. Ils et elles n'appartiennent pas au passé, ils sont avec d'autres les porteurs d'un projet de société dont l'urgence actuelle empêche de lui consacrer tout le soin qu'il mérite.

    A Québec, ces temps-ci, ce n'est pas un gouvernement qui est aux affaires, mais une administration. Comme du temps de monsieur Couillard, de Jean Charest et même de Lucien Bouchard. Des fois par nécessité, des fois par manque de vision. S'il y a une chose que les vieux péquistes et les Solidaires ont en commun, c'est ce désir que l'État incarne enfin les aspirations communes plutôt que de se limiter à gérer les affaires. Ils se reprochent mutuellement et souvent avec beaucoup d'amertume de ne pas s'y prendre de la bonne manière ou même de se tromper sur les objectifs, mais au moins, ils sont vivants, et fervents.

    Fait qu'on peut écrire tous les obituaires qu'on voudra en remarquant au passage le vol erratique du nouveau chef de la coquille vide de Québec comme si c'était l'apparition du nouveau variant d'une vieille idée. Ce n'est que du vent. Comme quand on s'inquiétait de manière futile de la disparition du PC après Mulroney.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 11 mai 2021 08 h 13

      M.Matais Desjardins,je tiens à vous remercier pour ce commentaire qui me plait énormement ,qui résume bien la situation actuelle

      des Québécois que le vent mauvais emporte de ça delà pareille à la feuille morte (qui reviendra à chaque printemps belle et verte.

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 mai 2021 08 h 13

      Vous savez, Richard, il y a de vieux autobus encore en service et de nouveaux qui ne le seront jamais («Le fabricant de l'autobus électrique de la STL déclare faillite Déception à Laval»).
      C'est vrai que les partis ne sont que des outils; le rôle d'un parti peut être important sans qu'il n'exerce le pouvoir. Plusieurs confondent la politique et les spôrtses.

      Je connais des jeunes péquistes et d'autres d'âge moyen qui sont impliqués socialement. Et de vieux QS. C'est dommage de se passer de ces forces par purisme idéologique, dont vous tentez semble-t-il de vous dépêtrer.
      «Collectif antiraciste de QS Des membres du parti accusent le groupe de créer un climat toxique» La Presse, 1e mai

    • Michel Héroux - Abonné 11 mai 2021 08 h 46

      Remettre « le viel autobus » sur « ses rails » ? On se mélange dans les métaphores, ici. Quant au PQ, il aura été un porteur du nationalisme canadien-français du Québec, puis québécois. Comme l'Union nationale avant lui. Et comme la Coalition Avenir Québec aujourd'hui.
      Pour ses partisans, c'est un moment extrêmement difficile à vivre, mais ainsi va l'histoire de ce coin de pays qu'est le Québec...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 mai 2021 14 h 15

      Le nationalisme de salon de la CAQ. On viernt de voir sa loi 21 déchiquetée par le Cour.....La CAQ avait elle-même exempté les écoles privées. Et tous les reculs en immigration!

      UN gouvernement sans fierté qui administre au jour le jour