Sur la longue route des déficits structurels

Pour l’heure, la priorité économique va à la relance, et Québec pourrait momentanément encaisser une croissance supérieure à ses prévisions. Il va devoir ensuite renouer avec le déficit structurel, ce qui impliquera de faire des choix. Mais ce sera après les élections.

Dans une étude publiée lundi visant à décortiquer les composantes structurelle et conjoncturelle du déficit québécois pour les années 2019-2020 à 2022-2023, la Chaire en fiscalité et en finances publiques persiste et signe. Québec devra composer avec l’apparition d’un déficit structurel dès l’exercice 2021-2022, déficit qui ira en s’accroissant pour accaparer au moins près de 60 % du déficit budgétaire l’année suivante.

Dans leur conclusion, les auteurs de l’analyse, Julie S. Gosselin (professionnelle de recherche à la Chaire) et Luc Godbout (professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke), rappellent que l’économie du Québec tournait au-delà de son potentiel durant 2019 avant que les baisses des revenus et les hausses de dépenses liées à la pandémie ne viennent tout chambouler. La crise sanitaire a donné lieu à un faible déficit conjoncturel au terme de l’exercice 2019-2020, qui a toutefois été plus que compensé par un surplus structurel de 2,5 milliards représentant grosso modo le versement au Fonds des générations.

Puis sans surprise, le déficit de 2020-2021 a été entièrement imputable au revers conjoncturel qui a suivi, et ce, tant au sens des comptes publics qu’au sens de la Loi sur l’équilibre budgétaire. Au sens des comptes publics, il y a toujours présence d’un surplus structurel équivalant également au versement au Fonds des générations. « Les dépenses pandémiques exceptionnelles et les variations de revenus attribuables à la crise sanitaire et économique expliquent la taille historique du déficit budgétaire », chiffré à 15 milliards sans la réserve de stabilisation.

Pour la suite des choses, la composante structurelle fait sentir sa présence, dont le poids va en croissant. Un déficit structurel apparaît au sens des comptes publics en 2021-2022, accaparant 20 % du déficit prévu. Son importance va croître pour atteindre une proportion de 58 % du déficit budgétaire en 2022-2023.

Au sens de la Loi sur l’équilibre budgétaire, la composante conjoncturelle domine toujours en 2021-2022, pour laisser progressivement sa place à la composante structurelle, qui comptera pour près de 75 % du déficit budgétaire en 2022-2023.

« C’est dans cette perspective que le ministre des Finances évalue que la crise actuelle laissera le Québec avec un déficit structurel de l’ordre de 6,5 milliards annuellement. » Certes, à partir de 2023-2024, le cadre financier du gouvernement montre une réduction des déficits budgétaires avec 2027-2028 pour pivot, année au cours de laquelle le solde budgétaire au sens de la Loi sur l’équilibre budgétaire est chiffré à zéro. Or cet effort doit être jumelé à un écart à résorber augmentant au rythme de 1,3 milliard par année pour atteindre 6,5 milliards en 2027-2028, résume l’étude. Il y aura donc un fossé à combler, et la nature des efforts à déployer pour résorber l’écart reste à déterminer.

Marge de manœuvre

À court terme, le budget du ministre des Finances, Eric Girard, renferme des réserves et des provisions pour risques. Ne serait-ce que cette marge de manœuvre prévisionnelle reposant sur une croissance attendue de 6 % du PIB nominal en 2021, alors que les projections du privé évoquent une poussée de ce PIB gonflé par l’inflation pouvant toucher les 8,4 %.

Mais le prochain gouvernement devra manœuvrer avec une économie évoluant sous sa tendance de long terme. Le PIB potentiel, défini comme étant un PIB à long terme en situation de plein emploi et sans pression sur l’inflation, sera plus faible qu’avant la pandémie. La progression attendue serait de l’ordre de 1,5 %, ressentant les effets d’une croissance anémique de la population en âge de travailler qui vient de diminuer pour la première fois depuis 2016, notent les auteurs, sous le poids notamment du recul de l’immigration.

Il aura aussi à composer avec une création annuelle d’emplois fortement ralentie par la transition démographique après 2022. Les projections retenues indiquent une création de 28 400 en 2023, de 17 200 en 2024 et de 16 800 en 2025, contre 75 500 en 2022. « Ces niveaux de création d’emploi n’ont jamais été aussi bas dans la dernière décennie. »

En 2025 le PIB se situera alors encore sous le niveau projeté en mars 2020, avec un écart de 1,3 % en terme réel, de 2,2 % en terme nominal.

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