Mieux vaut tard que jamais

Reprocher son opportunisme à un politicien est comme reprocher sa curiosité à un chercheur ou sa violence à un boxeur. Cela fait tout simplement partie du métier.

Durant la dernière course à la direction du PQ, Paul St-Pierre Plamondon pensait-il vraiment augmenter les chances d’une victoire péquiste en se ralliant à l’idée de tenir un référendum dans un premier mandat, qu’il avait toujours rejetée ? Son objectif était plutôt de damer le pion à son principal adversaire, Sylvain Gaudreault.

Il s’opposait aussi à l’extension des dispositions de la loi 101 au niveau collégial sous prétexte que cela diviserait les Québécois. Ils le sont toujours, mais le chef péquiste cherchait à positionner son parti à la veille du débat sur le projet de loi sur la langue que le gouvernement Legault finira bien par présenter.

Cela dit, une décision n’est pas nécessairement mauvaise parce qu’elle est opportuniste. Savoir profiter des circonstances est souvent une condition sans laquelle une bonne idée risque d’être rejetée.

Dans le cas du cégep anglais, le PQ avait commis une erreur en revenant au principe du libre-choix après avoir résolu, à l’issue d’un débat qui l’a déchiré pendant des années, d’en limiter l’accès aux membres de la communauté anglophone historique.

Le gouvernement minoritaire de Pauline Marois avait exclu cette mesure du projet de loi 14 parce que cela lui enlevait d’entrée toute chance d’être adopté, mais cette exclusion se voulait temporaire. Jean-François Lisée a choisi de la rendre permanente, craignant un coût politique trop élevé, mais on voit mal comment le PQ aurait pu faire pire à l’élection du 1er octobre 2018.

  

En 1977, les concepteurs de la loi 101 avaient toutes les raisons d’espérer que le Québec deviendrait un état souverain dans un avenir relativement proche et que cela permettrait tout naturellement au français d’être la langue indiscutable dans toutes les sphères de la société.

À l’époque, les cégeps étaient encore une création récente. La question n’était pas de savoir dans quelle langue les francophones étudieraient au collégial, mais de s’assurer que le plus grand nombre y accède. Les jeunes Québécois avaient d’ailleurs assez peu d’appétit pour l’anglais. Quant aux allophones, la priorité était d’empêcher qu’ils s’anglicisent dès leur entrée au primaire.

Il faut cependant regarder la réalité en face. Près d’un demi-siècle après l’adoption de la loi 101, la souveraineté demeure un objectif dont la réalisation est pour le moins hypothétique. Bien entendu, le PQ doit continuer à en faire la promotion, mais il lui faut prendre en compte la possibilité que le Québec reste encore longtemps et peut-être à jamais une province canadienne.

Il est vrai que le rapport des jeunes Québécois à l’anglais a changé. Ce n’est plus la langue du conquérant, que leurs aînés rejetaient presque instinctivement, mais celle dans laquelle les habitants de toute la planète échangent quand ils sortent de chez eux.

Dans les pays non anglophones, il n’y a cependant pas de réseau public accessible à tous qui donne un enseignement postsecondaire en anglais. Cela n’empêche pas ceux qui le souhaitent de prendre d’autres moyens pour l’apprendre et la situation géographique du Québec rend cet apprentissage encore plus facile qu’ailleurs.

Lors de l’adoption de la loi 101, il était entendu que la communauté anglophone conserverait ses institutions. Ce droit a été respecté et devra continuer à l’être, peu importe la suite du débat constitutionnel. On peut difficilement lui reprocher de chercher à assimiler ceux qui ne demandent qu’à l’être, mais le gouvernement du seul État francophone en Amérique du Nord a le devoir de l’empêcher et il est clair que le libre accès au cégep anglais est devenu un danger.

  

François Legault est parfaitement conscient des limites que son statut de province impose au Québec. C’était surtout pour des considérations de nature économique qu’il était jadis si pressé de réaliser l’indépendance, mais on aurait certainement tort de le croire indifférent à la protection de l’identité québécoise.

Il a toujours refusé de façon catégorique d’interdire l’accès du cégep anglais aux francophones, mais il s’agit moins d’une question de principe que d’« acceptabilité sociale », qui constitue le principal critère en toutes choses aux yeux de ce pragmatique. S’il a tourné le dos à la souveraineté, ce n’était pas qu’il ne croyait plus à ses mérites, mais parce que la population ne suivait pas.

Durant la pandémie, le premier ministre a cependant fait la preuve qu’il est capable de convaincre les Québécois que certaines restrictions sont nécessaires. Déjà, l’opinion publique a passablement évolué sur la question du cégep anglais au cours des derniers mois. M. Legault a également démontré qu’il est lui-même capable de changer d’idée quand une évidence s’impose. Il n’est jamais trop tard pour faire la bonne chose.

À voir en vidéo