Place à l’aide fédérale pour l’industrie du voyage

L’interruption des voyages vers le Mexique et les Caraïbes et l’imposition de conditions de quarantaine draconiennes viennent ajouter aux sérieux dommages que la pandémie, et les mesures de restriction afférentes, imposent à des entreprises, certaines forcées de lutter pour leur survie, d’autres à hiberner.

Ces nouvelles contraintes situent désormais l’industrie du voyage au rang de plus grande victime économique de la COVID-19. Ottawa devra sortir de sa paralysie et bouger rapidement.

Même si les voyageurs internationaux ne sont responsables que d’à peine 2 % des cas de COVID-19 au Canada et même si tests et études démontrent le faible taux de transmission dans les avions, l’on reconnaît que faible transmission ne veut pas dire absence de transport du virus.

En présence des variants, et avec les ratés de la vaccination au Canada, il était devenu impératif pour le gouvernement Trudeau d’agir. Le plan de soutien à l’industrie maintes fois promis devient maintenant la prochaine étape. D’autant que le Canada appliquait déjà les mesures restreignant les voyages internationaux les plus sévères au monde.

Le World Travel and Tourism Council (WTTC) est venu rappeler lundi que cette industrie dans son ensemble donne de l’emploi à plus de 1,6 million de personnes au Canada. L’organisation représentant les dirigeants de l’industrie du voyage et du tourisme chiffre la contribution à l’économie canadienne à près de 145 milliards en 2019.

Remboursements

L’avertissement de Transat A.T. lancé en décembre a pourtant été bien ressenti dans  l’industrie.

« Au 31 octobre 2020, il existe une incertitude significative susceptible de jeter un doute important sur la capacité de la société à poursuivre son exploitation. Si la transaction avec Air Canada n’est pas conclue, la société devra mettre en place un financement global totalisant environ 500 millions en 2021 afin d’assurer la poursuite de son exploitation. »

Le tout étant sujet à la question du remboursement des crédits de voyage. Et à l’espoir des voyagistes d’une reprise embryonnaire cet hiver, qui vient d’être tué. Encore en novembre, le transport aérien se situait à environ 84 % en deçà de son niveau observé en janvier 2020, précisait Statistique Canada vendredi, ce qui n’a pas empêché les annonces de compression des effectifs de se multiplier depuis.

Les dommages sont majeurs. L’Association internationale du transport aérien (IATA) chiffrait en janvier que les recettes générées par les compagnies aériennes au moyen des services aériens vers, depuis et à l’intérieur du Canada pourraient chuter de 22,6 milliards en 2020 ou de 70 % par rapport à 2019.

Menace réelle

La menace serait réelle pour quelque 410 500 emplois, avec 286 000 à haut risque sur une base annuelle, et la ponction sur le PIB frôlerait les 40 milliards, générée directement par l’aviation et indirectement par le tourisme associé à l’aviation. « Le transport aérien au Canada soutient directement et indirectement quelque 633 000 emplois. Au total, 3,2 % du PIB du pays provient du secteur aérien et des touristes étrangers arrivant par avion », disait l’IATA. Cette projection valait pour 2020. Il faudra faire d’autres calculs pour 2021.

Quarantaine sans discernement

Rappelons que le WTTC comme l’IATA se sont toujours opposés au recours à la quarantaine sans discernement, estimant qu’un tel confinement ne devrait s’appliquer qu’aux cas positifs.

Les deux organisations prônent l’application de protocoles d’hygiène et de biosécurité, l’utilisation de tests de dépistage et de mesure de traçabilité, et l’approche à plusieurs niveaux de l’Organisation de l’aviation civile internationale, de l’entrée à l’aéroport de départ à la sortie de l’aéroport d’arrivée, visant à minimiser le risque de contagion afin qu’il n’y ait pas de transmission tant entre passagers que d’un pays à l’autre.

« Cette industrie sera une clé cruciale pour la relance économique lorsque la pandémie sera maîtrisée », met en exergue le WTTC. D’autres pays y croient et s’y préparent en soutenant leur secteur aérien.

5 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 2 février 2021 01 h 02

    Corrolaire

    On aligne bien des données dans cet article. On lit par exemple «Le World Travel and Tourism Council (WTTC) est venu rappeler lundi que cette industrie dans son ensemble donne de l’emploi à plus de 1,6 million de personnes au Canada». J'aurais aimé plus de précision sur les types d'emplois qui sont compris dans ces 1,6 million de personnes, Mais, là n'est pas l'essentiel de mon propos.

    Le Canada et le Québec ont toujours eu des déficits importants de leur solde international en tourisme (ou dans le compte des voyages). En fait, les Canadiens et les Québécois qui voyagent créent bien plus d'emplois à l'étranger que nos visiteurs internationaux en créent au Canada et au Québec. D'ailleurs, les données les plus récentes de Statistique Canada montrent un revirement important de ce déficit depuis le début de la pandémie. Voir la barre bleu pâle de ce graphique : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/210107/cg-b004-fra.htm.

    En plus, l'argent que nous ne dépensons plus à l'étranger fait augmenter nos dépenses au Québec ou réduisent la dette des ménages, ce qui est quand même une bonne chose. Il serait bon de préciser cela dans ce genre d'article. Cela dit, il est vrai que ce secteur a grand besoin d'aide et il serait important de s'assurer qu'elle soit en mesure de remonter la côte quand la pandémie sera terminée.

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 06 h 54

    Commission d'enquête publique ...

    La dernière année a démontré que quand les dirigeants politiques et les responsables de la santé publique ne maîtrisent pas les tenants et aboutissants d'une crise à sa source même, les probabilités de faire les mauvais choix, de ne pas faire les bons ou encore de les faire trop tard se multiplient de façon quasi exponentielles.

    Il faut espérer que cette inexorable crise amènent les décideurs en charge de gérer le bien public à en faire un examen sérieux une fois qu'elle aura été maîtrisée, quitte à mettre en place une commission d'enquête en bonne et due forme. Non pas pour ne bêtement faire que l'inventaire des failles et vulnérabilités de nos systèmes, et que la bête a systématiquement fait ressortir sur son passage. Non pas pour ne bêtement tenter que de trouver des coupables et les clouer au pilori. Et surtout pas pour ne bêtement que générer un autre beau gros rapport destiné à une quelconque tablette étatique ...

    S'il est vrai que cette essentielle commission ne peut faire fi des aspects politiques d'une telle crise, il est impératif que son objectif primordial soit de doter nos élus et dirigeants de la santé et de la sécurité publique d'outils dignes de ce nom pour être en mesure de mieux répondre à ce type de crise s'il en survient une de nouveau. Et d'après ce qu'on nous dit, les probabilités que ça se reproduise sont plutôt élevées.

    Il sera alors nécessaire de laisser la "p'tite" politique au vestiaire pour se concentrer sur des approches collaboratives, innovantes et basées sur une science éprouvée.

    Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons espérer soutirer quelques bénéfices collectifs d'un tel exercice et tirer si possible des conclusions constructives de cette crise !

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 09 h 11

      Désolé ! Mon billet s'est retrouvé dans la mauvaise chronique ...

  • Pierre Rousseau - Abonné 2 février 2021 08 h 06

    Les transporteurs aériens ne se sont pas aidés

    Au début de la pandémie et avec la distanciation, les transporteurs avaient bloqué les sièges du milieu dans les avions puis, revirement, on a rempli les avions à capacité alors que bien des transporteurs américains continuaient à bloquer les sièges de milieu par gros bon sens. Tout le monde qui a voyagé dans un avion de ce type sait fort bien que la promiscuité entre les sièges de milieu et ceux des hublots et des allées est trop grande alors qu'on se touche les bras et on compétitionne pour l'appuie-bras.

    On a beau avoir la meilleure circulation d'air, n'empêche que cette promiscuité met les passager à haut rissque de contamination, en particulier pour les vols plus longs et où les gens ont besoin de boire, voire même de manger sans masque. Les compagnies se sont tiré dans le pied et ont perdu toute crédibilité en faisant passer leurs profits avant la santé des passagers. Ils ont tiré l'élastique au bout et il ne faut pas se surprendre que finalement, à bout de patience, on ait pris des mesures draconiennes puisque les transporteurs ne voulaient pas entendre raison et appliquer le gros bon sens.

  • Diane Germain - Abonné 2 février 2021 09 h 30

    2% vraiment ?

    M. Bérubé, vous mentionnez que la contamination par la Covid-19 lié au transport aérien n'est que de 2%.

    Selon la journaliste Lise Bissonnette, la valeur de 1,8% alors avancée par certains députés, ministres et médias, l’intriguait. Elle présente son investigation sommaire, à l’émission de la radio de Radio-Canada, Midi info – grand angle sur l’actualité du 29 12 2020. Voici comment Santé publique du Canada calcule le pourcentage des cas de Covid-19 associés aux voyageurs :
    560 000 cas depuis le début de la pandémie ; mais de ce nombre seulement
    436 000 cas ont été étudiés ; mais de ce nombre seulement
    331 360 cas dont on a pu établir une histoire ; mais de ce nombre
    198 816 cas dont on ne sait rien
    Bref, seulement 132 544 cas étudiés pour qui on a pu retracer la source de contamination, soit 24 % des cas de Covid-19 observés. Donc, l’interprétation des données ne tient pas compte des 76% des cas de Covid-19.
    Questions : Pourquoi l'Agence de la santé publique du Canada présente-t-elle ces données de cette manière ? À qui profite cette manière de présenter ces données ? Pourquoi, outre Mme Bissonnette, les médias n'ont-ils pas étudié la manière dont ce pourcentage était calculé par Santé publique du Canada ?
    Cette nouvelle indiquant que les voyageurs sont responsables de peu de cas de Covid-19 chiffre à l'appui, montre bien l'importance d'aller aux sources.

    En terminant, comment les variants de la Covid-19 sont-ils entrés au Canada ?