Un cadeau des Fêtes

Le passionné de poésie et de littérature que je suis vous propose de retourner sur les bancs d’école avec des littéraires.

Vous verrez : on peut par ce moyen se rappeler bien des souvenirs, un peu comme Gabrielle Roy dans Ces enfants de ma vie : « Mes élèves, par leur joie, me redonnaient celles de mon enfance. Pour boucler le jeu, je cherchais à magnifier la leur afin qu’elle les accompagnât aussi tout au long de leur vie. »

Et on peut même apprendre des choses…

Les malheurs de l’élève

Hugo a dit parfois bien du mal de l’école, des enseignants et des pédagogues : « Marchands de grec ! marchands de latin ! cuistres ! dogues ! / Philistins ! magisters ! je vous hais, pédagogues ! / Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété / Vous niez l’idéal, la grâce et la beauté ! / Car vos textes, vos lois, vos règles sont fossiles ! / Car, avec l’air profond, vous êtes imbéciles ! / Car vous enseignez tout, et vous ignorez tout ! » (À propos d’Horace).

Ses difficultés en maths y sont sans doute pour quelque chose : « J’étais alors en proie à la mathématique / Temps sombre ! enfant ému du frisson poétique / Pauvre oiseau qui heurtais du crâne mes barreaux / On me livrait tout vif aux chiffres, noirs bourreaux / On me faisait de force ingurgiter l’algèbre » (Les contemplations).

On est ici bien loin des souvenirs scolaires d’un Descartes : « Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l’évidence de leurs raisons » (Discours de la méthode).

Le type d’autorité à son époque déployé par l’école explique sans doute aussi ce que dit Hugo. Dans Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, du grand Michel Tremblay, mère Benoîte des Anges fait un constat allant en ce sens, cette fois à propos de la religion à l’école : « [elle] prit conscience de l’importance exagérée et surtout de la futilité de ces grotesques simagrées dont on se servait pour engourdir les âmes naïves ; pour la première fois elle réalisa la laideur de cet étalage d’enfants fagotés et de statues peinturlurées […] et elle en fut effrayée. »

Quelle autorité à l’école, alors ? Hugo croit connaître la solution de cet incontournable problème : « Un jour, quand l’homme sera sage / Lorsqu’on n’instruira plus les oiseaux par la cage / Quand les sociétés difformes sentiront / Dans l’enfant mieux compris se redresser leur front / Que, des libres essors ayant sondé les règles / On connaîtra la loi de croissance des aigles / Et que le plein midi rayonnera pour tous / Savoir étant sublime, apprendre sera doux » (À propos d’Horace).

Mais il faut dire que l’école peut aussi être objet de tendres souvenirs : « L’école était au bord du monde / L’école était au bord du temps / Au dedans, c’était plein de rondes / Au dehors, plein de pigeons blancs / On y racontait des histoires / Si merveilleuses qu’aujourd’hui, / Dès que je commence à y croire / Je ne sais plus bien où j’en suis » (Maurice Carême, L’école).

On peut bien sûr aussi y repenser avec tristesse, pour diverses raisons. Par exemple Villon : « Hé ! Dieu, si j’eusse étudié / Au temps de ma jeunesse folle / Et à bonnes mœurs dédié / J’eusse maison et couche molle / Mais quoi ! je fuyais l’école / Comme fait le mauvais enfant / En écrivant cette parole / A peu que le cœur ne me fend » (Testament).

Ou encore comme ce pauvre Hégésippe Moreau, qui fait l’école à sa cousine de sept ans : « Mais je ne savais pas et je prêchais encore / Sûr de ton avenir, je le pressais d’éclore / Quand tout à coup, pleurant un pauvre espoir déçu / De tes petites mains je vis tomber le livre / Tu cessas à la fois de m’entendre et de vivre… / Hélas, si j’avais su ! »

Apprendre à lire

Apprendre aux enfants à lire est une des tâches capitales de l’école. Renaud a sommairement rappelé une des raisons qui justifie cette idée : « L’essentiel à nous apprendre / C’est l’amour des livres qui fait / Qu’tu peux voyager d’ta chambre / Autour de l’humanité » (C’est quand qu’on va où ?).

Cela se fait parfois de manière inattendue. Gâtez-vous et voyez comment le petit Marcel (Pagnol) apprend à lire. La scène est tirée de La gloire de mon père.

Voici, justement à propos de la lecture, un sage conseil en ces heures étranges que nous traversons : « Selon moi, un lecteur sérieux, c’est celui qui lit consciencieusement les livres qu’il achète, moins pour passer le temps ou pour y découvrir des obscénités que pour y chercher des idées, des théories, des critiques, peut-être contraires à ses propres conceptions, mais susceptibles de le faire penser » (Gérard Bessette, Le libraire).

Et en voici un autre, du grand Tagore, aussi utile que le précédent : « Aussitôt que nous comprenons et apprécions une production humaine, elle devient nôtre, peu importe sa provenance. Je suis fier de mon humanité quand je peux reconnaître et apprécier les poètes et les artistes de pays autres que le mien. Qu’on me laisse goûter cette joie sans mélange de savoir que sont miennes toutes les grandes gloires de l’humanité. »

Pour finir

Vous ne pensiez pas échapper à un Prévert ?

C’est « en sortant de l’école » que le brave cancre, celui qui « sous les huées des enfants prodiges / avec des craies de toutes les couleurs / sur le tableau noir du malheur / […] dessine le visage du bonheur », trouve son bonheur : « En sortant de l’école / Nous avons rencontré / Un grand chemin de fer / Qui nous a emmenés / Tout autour de la terre / dans un wagon doré. »

Après tout, de l’école, il faut bien que les enfants sortent un jour. En espérant qu’elle les aura bien préparés à ce qui les attend…

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