Seigneur, Jésus, Marie, Joseph et toute la crèche!

L’esprit des Fêtes, c’est un mélange d’espérance et de partage même pour les laïcs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’esprit des Fêtes, c’est un mélange d’espérance et de partage même pour les laïcs.

P’tit Jésus de torvisse d’étole de torrieux de saintes fesses d’enfant d’chienne de calvince de sacréfice de colon de boswell de bâtard *, tu fais quoi quand on te cherche partout un Vendredi fou ?

On s’entend qu’on n’arrivera pas à Noël en même temps que tout le monde cette année. Ce sera une naissance étalée sur quatre jours, le plus long accouchement sans péridurale jamais vécu. Sortez le fort pis les cartes.

Si le plan Noël est comme le plan vert, ça va sentir les accommodements raisonnables à la graisse de lobby, le père Noël en obstétricien et la fée des étoiles en préposée aux bénéficiaires, les rennes électriques et la bûche congelée. On a passé l’année à nous demander de nous réinventer, Noël n’y échappe pas, ou plutôt si, il est rescapé de justesse. Et chacun usera de son imagination pour s’échanger des cadeaux sans se refiler de microbes.

Personne n’est dupe dans ce « contrat moral » visant à sauver Noël et à épargner le commerce en parallèle. On veut tous croire au barbu blanc, mais quand le directeur de la santé publique t’explique comment gérer ta surconsommation, tu saisis vite qu’il y a deux religions : le ti-Jésus et les banques. Comme l’a mentionné ce cher Dr Arruda, Noël est « permis », mais pas « suggéré » (la posologie est indiquée sur le côté de la boîte, piles non comprises).

En attendant gentiment mon vaccin (j’ai aussi reçu celui de la H1N1 en 2009, t’inquiète, j’offre régulièrement mon corps à la science) et de bêler en chœur «Peuple, à genoux, attends ta délivrance», je suis allée voir sur la Sainte-Cath’ à quoi ressemblait la frénésie samedi dernier.

Le Dr Arruda, tu sais, j’ai envie de lui dire des fois: “Si ce n’est pas votre décision, clignez des yeux trois fois, tu sais, je veux dire, envoyez-nous un signal de détresse”

 

D’un côté de la rue, les fidèles Hare Krishna à cymbales dansant devant la cathédrale Christ Church, et de l’autre, la file d’attente devant le bijoutier Birks. Des bijoux ! Pour zoomer où, grand ciel ? !

— C’est qui, eux ? m’a demandé un ami expat et athée en désignant le quatuor clémentine.

— C’est une religion en Inde et une secte ici…

— Ah ! Et en arrière, une église chrétienne… une secte qui a mieux réussi.

Travail, famille, patrie(et Panier bleu) !

Que le 1 % de juifs, le 1,1 % de bouddhistes et le 1,4 % de sikhs canadiens se rassurent, il n’y a pas de discrimination religieuse ce Noël. Joyeuses Fêtes ! Tout le monde se fout de toi, ti-Jésus de plâtre ; on jette du lest sur les rapprochements physiques et on fait circuler des dollars dématérialisés dans l’économie. Et le virus, invisible lui aussi, ne suivra pas le père Noël dans sa tournée, c’est la pensée magique.

Il fallait entendre M. Legault nous déclarer solennellement que la famille est au cœur de ce qu’on est, nous, les Québécois. Aucun PM ne dirait : « Nous sommes fiers d’être à l’argent, c’est une valeur importante et nous la célébrons chaque année. »

La famille, c’est comme les atocas, c’est plus sûr et plus laïque aussi. Comme le dit mon copain Philippe, un peu vieille France mais bien adapté à nos atocas : « J’avais l’impression d’entendre le maréchal Pétain en 1940 : “ Travail, famille, patrie  !” » (Y’a même une entrée Wiki, si tu veux t’instruire.)

Voilà pourquoi on doit permettre Noël. Et on sortira le popcorn en janvier pour les points de presse mortuaires. De toute façon, janvier est une morgue.

J’ai donné la permission au père Noël de distribuer les cadeaux avec un masque

Je cite Thomas Levac sur Twitter : « Veux-tu vraiment savoir ce que ta famille pense du mot en n et du nouveau look de Jay du Temple ? Moi non plus. À Noël, je reste chez nous. »

Ma mère octogénaire a déjà annulé sa présence au chalet que j’ai loué en août avec un rien d’optimisme dans un creux de vague. Mon ado aussi (il n’y a pas de wi-fi, appelez la DPJ). Nous serons deux au total, et au final, sans 5G céleste. Comme l’année dernière… les mêmes suspects habituels.

Rien ne changera en 2020, je ne sacrifierai ni dindon sauvage de la rue Saint-Denis ni chevreuil de Longueuil. On remangera les succulentes tourtières végés de mon amie Marie et je ferai un faux foie gras avec de la confiture d’oignons.

J’espère que tous les amis des cervidés qui se sont énervé le poil des pattes à l’idée d’abattre puis de « déplacer » 15 chevreuils du parc Michel-Chartrand se seront convertis à la cohérence et à l’antispécisme entre-temps. Ce sera autant de Butterballs graciées.

Noël, Noël, c’est pas une raison pour se faire mal

Ma mère m’a avoué éprouver une petite nostalgie des Noëls d’antan en visionnant un épisode de Christmas at Downton Abbey récemment. Elle regrette un peu la messe de minuit. « On fête quoi au juste ? Les églises seront fermées, je suppose ! Je n’irai pas passer minuit au centre d’achats… »

Ça lui a permis de me raconter les Noëls chez son mononcle Gérard de Hull, les chants, la neige, la messe, la kyrielle d’enfants, le buffet, les décorations. Ma mère, comme bien des gens, préférera rester seule avec ses souvenirs à Noël. Une nuit d’espoir, celui de ta naissance, nimbée de solitude.

Samedi dernier, histoire de me mettre dans l’esprit des Fêtes, j’ai revu le film Hugo Cabret de Scorsese. Hugo est orphelin et vit derrière les rouages de l’horloge de la gare Montparnasse. C’est un de mes films « famille » préférés. Parce qu’on y parle des familles de cœur et d’esprit, à défaut de celles du sang. Et puis, j’ai mis au monde un Hugo, je suis en conflit d’intérêts.

Magasiner, c’est mon cardio

 

Dans ce film campé en 1930, les offrandes sont rares, sauf celles qui ont vraiment de l’importance, comme les fleurs de la marchande de la gare. Plus on vieillit, paraît-il, et moins on veut, de cadeaux, car les choses que l’on souhaite ne s’achètent pas.

À Noël, cette année encore, il y aura une guitare, un jeu de backgammon, on s’habillera peut-être en steam punk comme l’année dernière, ou en flamenco, qui sait ? Je demanderai au père Noël un abonnement à Mon yoga virtuel pour conserver ma souplesse intacte en 2021.

Ah oui ! Et si ce n’est pas trop exiger, en cas d’urgence médicale, ne me réanime pas, doux Jésus ! Je laisse ma place (et les séquelles) à d’autres. Je n’ai pas peur d’aller te retrouver au ciel, j’ai juste la trouille d’être crucifiée si j’ose dire que je ne crois plus en rien, sauf à l’amour.

Alléluia, pis Hare Hare.

cherejoblo@ledevoir.com

Lettre au ministre de l’Éducation (bis)

Honorable Monsieur Roberge,

C’est la deuxième fois que je vous écris en 2020. Mon directeur, Brian Myles, a publié un éditorial cette semaine (« Un peu de souplesse pour les adolescents ») sur les examens ministériels à revoir en cette année scolaire inédite.

Vous êtes sûrement au courant que cette cohorte en arrache et qu’il ne serait pas avisé de fabriquer des décrocheurs « COVID », dont le marché du travail aura cruellement besoin dans quelques années. Je le sais, j’en tiens un, 6’3’’ d’intelligence et de sensibilité, à bout de bras. Cela exige de l’énergie, de la sagesse et de l’optimisme.

Une prof de 5e secondaire (dans une école privée) me mentionnait cette semaine que la moitié d’un de ses groupes de 33 élèves était en échec. Ces ados seront jugés sur leurs notes actuelles et celles de l’année dernière pour être admis au cégep. Or, l’anxiété et la démotivation ont atteint des sommets. Mercredi, l’école secondaire de mon ado nous offrait une conférence de la psychologue Nadia Gagnier, intitulée « Gérer le stress et l’incertitude en temps de COVID-19 ». Aucun vaccin connu pour s’immuniser contre ça.

Les profs font leur possible pour motiver, calmer et encadrer leurs élèves une journée sur deux (pour le 2e cycle), et comme me le mentionnait l’une d’entre eux, c’est encore plus difficile que tout l’un ou tout l’autre. Le rythme et les méthodes d’enseignement sont taxés.

Au nom de bien des parents, j’appuie Brian Myles dans sa suggestion : un peu de souplesse siouplaît. Il faudra aussi « réinventer » l’école, je le crains. Je termine avec ce mot de la poétesse innue Joséphine Bacon : « Tu n’es pas un mythe, tu es la suite du monde. » Nos jeunes ne sont pas un programme, ils sont…

Bien à vous,

La maman d’Hugo


Joblog

Découvert Lorembarnak, le générateur de jurons québécois. Du plus court « Jésus, Marie, Joseph » au plus long « Géritole de mosus de verrat de Jésus de plâtre de cibole de cul d’ostifie de viande à chien de viarge de calvinouche de cossin de Jésus Marie Joseph… » (j’en passe, et des meilleures). Très divertissant et, comme soupape interne, c’est
inoffensif et si peu contagieux.

Si le français est menacé, j’espère qu’on protégera aussi les sacres, issus du patrimoine vivant.

Aimé cette animation de l’ONF, How to Be at home, sur un poème de Tanya Davis et une réalisation d’Andrea Dorfman, cinq minutes de pur bonheur sur l’art de prendre soin de soi, de son anxiété dans la solitude du confinement. À écouter et réécouter (en anglais).

Retrouvé avec bonheur les chansons de Maryse Letarte dans Mes comptines de Noël à écouter, un album jeunesse CD mp3 avec dix comptines à fredonner en attendant le grand jour, glissées entre deux classiques du genre. On renoue avec Boom boom, Entre Noël et le jour de l’An et Ô traîneau dans le ciel.

Un joli cadeau pour les enfants d’un an et plus.

8 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 27 novembre 2020 09 h 04

    Mes Saint-Simonak de Saint-Sifie de congratulations de mes deux

    J'ai dégusté avec grand plaisir votre chronique. Vous vous êtes lâchée lousse! Merci!!!

    Je vous remercie aussi pour la référence aux sacres.

    Je ne connais pas d'autres peuples que les québécois ayant développé cette façon, par conséquent originale, de canaliser les émotions. Celles-ci explosent franchement, plutôt que d'imploser dans le dedans «civilisé» de son soi-même. J'en suis un fréquent et jouissif pratiquant.

    C'est, selon certains, impoli et mal élevé. Mais ce serait, paraitrait-il, meilleur pour la santé physique et mentale.

    J'ajoute que l'écriture me sert également d'ex-utoire. S'ex-primer ne veut-il pas dire sortir dehors ses émotions (et ses réflexions objectives et intellectuelles bien sûr) comme quand on presse, pour notre grand plaisir, le jus d'un citron dans la cavité au centre de son demi-avocat.

    • Eugène Poulin - Abonné 28 novembre 2020 00 h 09

      ,Les Cyniques nous ont enseigné un commandement dans les années '70: "Sacrez peu, sacrez mieux, ça crée de l'ambiance !"

  • Jacques Légaré - Abonné 27 novembre 2020 10 h 28

    Vous connaissez la différence entre Dieu et le père Noël ? et bien c'est que le père Noël c'est vrai ! (Coluche).

    Le virus Jésus et le virus scientifique vont convoler en justes noces. Les deux vont proliférer durant ces 4 jours.

    M. Legault doit composer avec les restes assez forts de bigoterie chez les Québécois. Ensuite, Noël est devenu familial païen. Des cadeaux et des festivités. Une bonne chose que le Noël volé aux païens (on fêtait le solstice d’hiver) le leur reviennent, nous les païens athées hédonistes.

    L’interdiction de Noël aurait été trop violée par trop de Québécois. Police impossible. Loi bafouée, État de droit en déficit d’efficacité.

    Brillante Joblo, «il y a deux religions : le ti-Jésus et les banques». Plus encore. C’est la même monnaie : elle a deux faces.

    L’argent aime la religion qui chloroforme assez pour ne pas être contesté. La religion aime l’argent au point de ne jamais payer d’impôts. Depuis quand ? Depuis la Rome royale (-753, et jusqu’à nos jours !). Le «collegium» romain n’en payait pas. La belle aubaine lui a été conservée…

    Noël meurt lentement, mais pas l’esprit festif qu’il a détourné pour le rendre archi-platte avec sa messe de minuit et son «Il est né le divin enfant» aussi débile qu’infantile.

    Fêtons, danseurs masqués, en rusant contre le virus scientifique et en méprisant le virus théologique.

    Bravo, Joblo, pour votre brio tout moderniste !

    • Christian Roy - Abonné 27 novembre 2020 17 h 13

      @ M.Légaré,

      Quand même étrange de mépriser quelque chose d'inexistant ! Si ça peut vous faire du bien, tant mieux !

      - Signé: Le Père Noël !

  • Josette Maranda - Abonnée 27 novembre 2020 11 h 17

    Très drôle!

    Chère Josée, j'ai tellement ri en te lisant. Tu es rafraîchissante par tes propos on ne peut plus libérés. On sent la femme qui a vaincu la vie, qui est arrivée, et qui jouit de ce temps sur terre p.q. complètement libre.
    Merci de cette belle spontanéité, de ta simplicité, en même temps que ta grande largeur d'esprit. Merci aussi de tes propositions de films, animation, etc. Je me promets d'aller y jeter un coup d'oeil.

  • Nadia Alexan - Abonnée 27 novembre 2020 11 h 32

    J'en ai marre de la commercialisation de chaque aspect de notre vie.

    L'on a remplacé la religion par le commerce. Ce n'est plus "la religion est l'opium du peuple», selon Karl Marx, maintenant, c'est la consommation à outrance que l'on a érigée en dieu. On doit tout sacrifier pour le commerce.

  • Guy Melancon - Abonné 28 novembre 2020 11 h 13

    Josée Blanchette, vous êtes un trésor national, même si je ne saisis pas toujours le sens de vos savantes digressions. Quelle finesse d'esprit!