La dernière ligne droite

Au Québec, comme partout ailleurs, la victoire de Joe Biden a été accueillie avec un immense soulagement. En cette journée étonnamment chaude et ensoleillée sur le nord-est du continent nord-américain, le sourire était sur toutes les lèvres. Dans la grisaille de la pandémie, il y avait malgré tout de l’espoir.

Dès le lendemain, l’annonce d’un nouveau record de cas de COVID-19 a brutalement rappelé tout le monde à la réalité. De la même façon qu’il faudra encore deux mois avant que le président désigné s’installe à la Maison-Blanche, de longues semaines de privation sont à prévoir avant de pouvoir baisser la garde. La perspective de disposer d’un vaccin en début d’année est assurément encourageante, mais elle risque aussi de provoquer un relâchement de la discipline.

De passage au Saguenay–Lac-Saint-Jean, devenu contre toute attente l’épicentre de la pandémie, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dit s’attendre à ce que les choses empirent dans la région avant de s’améliorer. Rien n’assure que ce sera le cas ailleurs au Québec, mais M. Dubé a répété que novembre était le mois qui l’inquiétait le plus en raison de la chute des températures, qui viendra s’ajouter à la lassitude provoquée par des mois de frustration.

Même si on est loin de l’hécatombe du printemps dernier, les récentes éclosions dans les CHSLD, qu’il a attribuées à un « certain relâchement » parmi les employés de la santé, qui sont en principe les plus sensibilisés à la nécessité d’une stricte observation des mesures sanitaires, illustrent bien la fragilité de la situation.

  

Le premier ministre Legault est parfaitement conscient du danger. « Je veux vous dire que la bataille n’est pas terminée. On doit continuer de s’entraider si on veut passer à travers et arriver ensemble au printemps. On doit rester unis. C’est pour ça que je vous lance un message d’espoir », écrivait-il dans la lettre ouverte qu’il a publiée en fin de semaine dernière.

M. Legault sait aussi que la dernière ligne droite sera longue et éprouvante pour lui aussi. Même s’il a été vivement critiqué depuis le début de la deuxième vague, de nombreux Québécois commencent néanmoins à le croire quand il affirme que cela aurait pu être pire. Pendant des mois, il a dû subir la comparaison avec les autres provinces canadiennes, en particulier l’Ontario. La relative immunité dont semblait bénéficier Toronto semblait moins un « mystère » qu’une illustration de l’incurie de son propre gouvernement. Personne ne pouvait se consoler à l’idée de faire mieux que les États-Unis de Donald Trump.

Sans souhaiter de malheur à nos voisins, il doit quand même être soulagé de voir l’Ontario fracasser quotidiennement des records et dépasser le Québec au chapitre des cas recensés, même s’ils demeurent nettement moins nombreux en proportion de la population. Longtemps louangé, Doug Ford se retrouve soudainement sur la sellette et voit ses décisions contestées. Au printemps dernier, la décision de rouvrir les écoles, alors qu’elles restaient fermées dans le reste du pays, avait donné l’impression inquiétante que le Québec servait de laboratoire. Aujourd’hui, c’est l’Ontario qui semble vouloir jouer ce rôle.

  

M. Legault a eu la main heureuse en nommant Christian Dubé à la Santé. Sa présence rassurante a compensé la baisse de crédibilité du Dr Horacio Arruda. À l’évidence, M. Dubé est un meilleur communicateur que sa prédécesseure, Danielle McCann, et il a surtout la poigne nécessaire pour imposer au réseau les correctifs nécessaires, en attendant une nouvelle réforme des structures à laquelle il faudra bien se résoudre un jour ou l’autre.

Au Québec comme en Ontario, il revient toutefois au premier ministre de faire une évaluation politique de la situation et d’apprécier le degré de discipline auquel la population peut s’astreindre. La semaine dernière, quand un avis la Direction de la santé publique de Montréal a recommandé un certain allègement des consignes, M. Legault a clairement signifié que c’était lui le patron.

Pour l’heure, la pandémie semble avoir atteint un plateau, dont rien ne laisse prévoir un abaissement à court terme. Sur le plan strictement sanitaire, il semblerait contre-indiqué d’autoriser un relâchement même temporaire durant la période des Fêtes, comme le gouvernement l’envisage, mais il est bien possible que le maintien du moral de la population l’exige. Comme le dit M. Legault, le rire des enfants est peut-être ce dont elle a le plus besoin, et il est rarement aussi réjouissant qu’à Noël.

7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 10 novembre 2020 01 h 54

    Il faut arrêter de parler des deux côtés de la bouche et mettre les fonds nécessaires dans les soins de santé publique.

    Je n'arrive pas à comprendre comment se peut-il que le problème de préposés et d'infirmières persiste encore dans les CHLSD. Pourquoi ne pas interdire à ces employés de servir plusieurs résidences? Pour corriger le problème, il faudrait rémunérer adéquatement ces travailleurs qui risquent leurs vies pour sauver les nôtres.

  • Serge Pelletier - Abonné 10 novembre 2020 03 h 21

    Vous êtes bien bon M. David

    Vous êtes bien bon M. David en écrivant uniquement ceci "Christian Dubé à la Santé. Sa présence rassurante a compensé la baisse de crédibilité du Dr Horacio Arruda".
    Cet individu du nom d'Horacio Arruda n'a jamais eu la moindre crédibilité auprès des personnes possédant une moinde petite formation en matière de contamination par aérosol. C'était même le contraire, et des interrogations et questionnenents à son sujet: "mais d'où sort-il celui-là". Ce sont les journalistes - tous types de médias - n'osant pas le "coincer" par des questions mettant en doute "sa science". Ce qui a fait de lui un "savant" monter sur un piédestal comme étant un sauveur... En fait, cet individu du nom d'Horacio Arruda est simplement un bonimenteur de première classe... Donc, de la pire espèce.

    Certains diront "ben, yé docteur. Fac y connait cela". Comme si tous les médecins possèderaient un doctorat (Ph.D.) et étaient tous d'une compétence éblouissante. Alors que la dure, très dure réalité, ce n'est que le nom du parchemin qui se nomme en fait: "baccalauréat de docteur en médecine". La première étape est l'obtention du diplôme de doctorat en médecine (M.D) correspondant à un baccalauréat de premier cycle. Le programme est d’une durée de 4 ou 5 ans selon la nature des études antérieures et comprend :
    Une année préparatoire à la médecine pour les étudiants admis avec une formation collégiale ou une formation universitaire jugée insuffisante en sciences biologiques fondamentales
    Deux années préexternat constituées principalement d’enseignements en petits groupes utilisant la méthode de l’apprentissage par problèmes et coordonnés avec des exercices pratiques simulés en laboratoire et une immersion clinique hebdomadaire en milieu hospitalier pour l’acquisition des habiletés cliniques de base.
    Deux années d’externat à temps plein consacrées à des stages cliniques dans les différentes disciplines de la médecine.

    Avec un tel programme, on est loin d'un réel doctorat de troisième cycle universi

  • Jacques Légaré - Abonné 10 novembre 2020 08 h 01

    «À pleurer, je ne guérirai pas ma peine : elle n’empirera pas si je cours les plaisirs et les fêtes» (Archiloque -712 à -664).

    On veut sauver Noël ?

    Nous marchons encore sur la tête.

    On aurait dû, depuis des siècles, nous sauver de Noël.

    Le Q.I. moyen dans l'étable était si bas que même les moutons, qui ont refusé de s'y mêler, n'auraient jamais osé y laisser leur nouveau-né tout nu sur la paille.

    En modernité, on ouvre les yeux pour voir.

    • Marc Therrien - Abonné 10 novembre 2020 18 h 03

      Est-ce que ton athéisme radical t’empêche à ce point d’avoir du plaisir à Noël, réuni en famille, égayé par le rire des enfants, parce qu’il t’est impossible de ne pas penser à Jésus? Peut-être me répondras-tu avec les mots de Paul Léautaud qui a écrit que « le ressentiment est une grande consolation ».

      Marc Therrien

  • Benoit Samson - Abonné 10 novembre 2020 08 h 21

    Un petit effort facile et efficace à portée de main

    On devrait peut-être écouter les recommendations du sauveur américain de la semaine dernière, Joe Biden.
    Conseillé par une horde d'experts, Le président-élu demandait aux Américains encore hier de faire le petit effort supplémentaire qui pourrait sauver de dizaines de milliers de vies aux États-Unis jusqu'à l'arrivée d'un vaccin. Les experts estiment en effet que si 90% de la population portait le masque universellement dans les endroits publics intérieurs et extérieurs, le résultat positif sur la propagation de la contamination serait identique à celui que l'on obtiendra avec un vaccin. Facile, peu dispendieux et efficace.
    Cette mesure qui a le désavantage d'être impopulaire, devrait être facile à vendre car elle serait évidemment temporaire. De plus elle permettrait de garder les écoles et les commerces ouverts, avec des clients masqué, jusqu'à l'arrivée d'un vaccin.
    Ne devrions nous pas écouter le nouveau président que l'on admire depuis la semaine dernière ? Comme aux États-Unis, des milliers de vies canadiennes pourraiet être épargnées si on pouvait accepter cette contrainte temporaire pour gérer la pandémie.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 10 novembre 2020 08 h 51

    Ontario

    Depuis le début, les chiffres de lOntario sont inexacts et en-dessous de la réalité, à la fois par une certaine incurie et par la volonté de ne pas mal paraître. Dès le début, la Dre Tam elle-même n'y croyait pas. Typique.

    Jacques Bordeleau