Cherchez l’erreur!

Au fil des décennies, les gouvernements fédéralistes aussi bien que souverainistes ont dénoncé inlassablement les vices du fédéralisme canadien, qu’il s’agisse du déséquilibre fiscal ou de l’inefficacité qu’engendre le chevauchement des compétences.

Un de ses effets les plus pervers est de placer périodiquement les provinces, tout particulièrement le Québec, dans l’obligation de s’opposer, au nom de la défense de leur autonomie, à des mesures mises en avant par Ottawa même quand elles en reconnaissent le bien-fondé. C’est ainsi que le Québec est intervenu cette semaine devant la Cour suprême pour appuyer les provinces productrices de pétrole qui contestent la constitutionnalité de la taxe sur le carbone imposée par le gouvernement Trudeau même s’il partage son désir de freiner les émissions de GES.

Lors du troisième débat entre les candidats à la chefferie du PQ, mardi soir, Paul St-Pierre Plamondon a déclaré qu’« être fédéraliste et environnementaliste, c’est de la malhonnêteté intellectuelle ». Cela impose à tout le moins de se livrer à des contorsions dialectiques qui s’apparentent à une dégustation de couleuvres.

Le Québec, qui a plutôt choisi la formule d’un marché du carbone, qu’Ottawa juge équivalent à sa propre taxe, se retrouve ainsi dans la position saugrenue de défendre le droit de polluer en toute impunité réclamé par les provinces pétrolières, annulant ainsi l’effet des efforts qu’il s’impose lui-même pour diminuer ses émissions de GES. Tout cela au moment où le gouvernement Legault s’apprête à déposer un « Plan pour une économie verte 2030 » et prétend que le Québec « a un rôle de leader à jouer dans une lutte qui concerne l’humanité entière ». Cherchez l’erreur !

  

Il fut une époque où M. Legault aurait dénoncé une telle incongruité avec la dernière énergie, mais il lui faut bien assumer les contradictions d’un pays qui lui inspire maintenant tant de fierté. Il était presque touchant de le voir trinquer tout sourire avec Doug Ford et il est manifestement à l’aise dans son rôle de président du Conseil de la fédération.

L’expérience démontre toutefois que l’autonomie provinciale est un principe à géométrie variable dans l’esprit de ses nouveaux amis. Jason Kenney nie au gouvernement fédéral le droit d’imposer une taxe sur le carbone à l’Alberta, mais il serait tout à fait d’accord pour qu’il impose aux provinces récalcitrantes le passage d’un pipeline qui lui permettrait de vendre son pétrole à l’étranger. Il propose même de priver le Québec de la péréquation s’il refuse de collaborer.

M. Legault a préféré ignorer l’engagement du nouveau chef conservateur, Erin O’Toole, qui entend faire adopter une « loi sur les pipelines à l’échelle nationale » s’il devient premier ministre. On ne sait pas si quelqu’un essaiera un jour de ressusciter le projet Énergie Est, mais si cela devait être le cas, les défenseurs de l’autonomie provinciale risquent de se faire rares au Canada anglais.

  

Si besoin était, le discours du Trône a démontré encore une fois à quel point le gouvernement Trudeau fait peu de cas du respect des compétences provinciales. M. Legault n’a pas mis de temps à en dénoncer le contenu, mais l’autonomie est un concept très relatif en matière d’environnement.

Tous les candidats à la chefferie du Parti québécois promettent de faire du Québec un « pays vert », mais l’indépendance ne changerait pas sa géographie et il est bien connu que la pollution ne se préoccupe pas des frontières. Un Québec devenu carboneutre ne pourrait pas empêcher le Canada de poursuivre l’exploitation des hydrocarbures.

Le nouveau fédéraliste qu’est François Legault pourrait même soutenir que le Québec est mieux en mesure de la freiner en demeurant au sein de la fédération qu’en la quittant. Le bilan environnemental du gouvernement Trudeau n’est peut-être pas à la hauteur de ses prétentions, mais il est clair que les conservateurs feraient pire. Même si le poids politique du Québec va en diminuant, il peut encore influer sur le résultat d’une élection fédérale.

Remarquez, personne ne tente de rentrer le projet de gaz naturel du Saguenay de force dans la gorge du Québec. C’est en toute autonomie que M. Legault s’en fait le promoteur. Ce n’est pas davantage Ottawa qui a proposé d’établir un « troisième lien » entre Québec et la Rive-Sud. Même s’il était le président d’une république québécoise, rien ne permet de croire que M. Legault verrait les choses autrement. L’indépendance ne le rendrait pas nécessairement plus vertueux.

21 commentaires
  • Francois Ricard - Abonné 24 septembre 2020 05 h 21

    Plus de 11 millions de tonnes de gaz naturel seront exportés, chaque année, à bord de super méthaniers de type Q-Flex, d’une longueur de 297 mètres et d’une largeur de 45 mètres, pouvant transporter 217 000 m3 de gaz. Jusqu’à 160 de ces méthaniers remonteraient chaque année la rivière Saguenay, soit trois ou quatre par semaine.Prétendre qu'un tel trafic maritime n'aura aucune incidence sur l'écologie du fjord est frauduleux.
    Pourquoi ne pas avoir prolongé ce gazoduc jusqu'à Port-Cartier?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 24 septembre 2020 11 h 49

      Port Cartier nécessiterait un ajout de plus 400 km de gazoduc, ou Baie Comeau pas loin de 300 km. On parle donc de coûts de quelques 2 milliards de plus, ce qui doit bien rendre le projet non-rentable.

      Et oui, un projet se doit d'être rentable. Sauf si c'est Hydro Québec qui le pilot !

  • Claude Bariteau - Abonné 24 septembre 2020 06 h 07

    Le PM Legault avait plusieurs drapeaux québécois pour s'opposer aux vues centralisatrices du Canada. Le discours du trône les a quintuplés. Or, le PM Legault s'est enfermé avec la CAQ dans la logique canadienne en se faisant un promoteur inconditionnel d’Énergie Saguenay de Saguenay comme le fut le PM Couillard.

    Cette année, tout sourire, il chausse les souliers du président du Conseil de la fédération, un organisme initié par l'ex-PM Charest pour que les gens du Québec le voient parader avec le drapeau du Canada d'un océan à l'autre.

    Que le PM Legault ouvre la marche avec ce drapeau et fasse valoir l’autonomie des provinces canadiennes, ça ne sent pas bon. Toutes ces provinces, à l’exception du Québec, ont laissé au Canada leurs points d’impôts directs après les avoir prêtés le temps de la Deuxième Guerre mondiale, pour que ce pays enclenche sa construction nationale.

    Que s’est-il passé hier ? Tout simplement l’affirmation dans le discours du trône de la relance accélérée de cette construction. Rien d’autre. En fait tout pour hausser la centralisation d’une pléthore de mesures sociales et consolider l’État post-national canadien en empire régnant sur une diversité de cultures et d’ayants droit avec des provinces devenues des centres de gestion des programmes canadiens.

    Le PM Trudeau-fis a toujours prétendu que le Canada devait parachever l’œuvre de son père. Nous y voilà. Il s’y engage dans ce discours avec, dans son tiroir à gauche, une planche à billets pour finaliser la construction de son père après avoir frappé un mur au Conseil de sécurité.

    Après ce discours, le PM Legault et le Québec tout entier se trouvent sur la voie sans issue qu’annonçait la défaite de 1995. S’il a voulu s’élever au-dessus des oppositions qui ont marqué le Québec depuis 1960, le voilà devant une vague déferlante qui éjectera tous les murets provinciaux de protection. S’il ne fait pas de lui un Parizeau, ses jours sont comptés.

    • Francois Ricard - Abonné 24 septembre 2020 06 h 42

      En 2018, la CAQ et Legault nous avaient promis du changement.Nous nous sommes vite rendus compte, avec la gueule de bois, que l’ivresse du nouveau monde n’était qu’une arnaque d’une taille inconnue jusqu’alors.Nous avons élulun homme d’expérience mais à la compétence surfaite, doté d’une surestimation de soi à peine croyable, soutenu par des milieux d’affaires qui voient en lui le moyen de satisfaire leurs intérêts corporatifs. À notre grande déception, la CAQ-Legault a poursuivi sur les traces du PLQ.Legault est un vire-capot professionnel.En tous les domaines.

    • René Pigeon - Abonné 24 septembre 2020 17 h 13

      Monsieur Bariteau,

      N’est-il pas normal dans un État de droit de tenter de sauver les principes au détriment des politiques que l’État peut poursuivre par d’autres moyens ?
      Une aberration normale du droit dans tout État de droit, qu’il s’agisse d’une fédération (ex. l’Allemagne) ou d’un État unitaire ?

  • Yvon Pesant - Abonné 24 septembre 2020 07 h 18

    L’erreur?

    "Chercher l'erreur!", nous demandez-vous avec un point d'exclamation, monsieur David.

    L'erreur réside beaucoup dans le fait que le peuple québécois ait voté NON deux fois plutôt qu'une, aux référendums de 1980 et de 1995 les invitant à se donner un pays pour passer grandi à l'échelle mondiale en faisant partie du concert des nations.

    Avec un OUI clair et définitif en 1995, tout particulièrement, dites-vous que l'État québécois et son monde auraient été beaucoup mieux à même de travailler depuis 25 ans, un quart de siècle, à la protection de notre environnement et, ainsi, de donner l'exemple au monde entier.

    Cela, monsieur, plutôt que de toujours se trouver et retrouver emberlificoté dans les magouilles fédéralistes des Trudeau père et fils et consorts des PLC ou PCC ou npd à ne plus trop savoir sur quel pied danser, comme c'est le cas encore et toujours pour le gouvernement Legault de la CAQ.

    L'erreur est dans la peur.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 septembre 2020 09 h 39

      Vous avez raison M. Pesant. Se dire non deux fois est tout simplement ridicule.

      Bon. C’est encore indépendance méchante, fédéraliste bon même si on ne partage presque aucune affinité comme peuple avec le ROC. Oui, pour nos fédéralistes et multiculturalistes du Québec, il faut toujours notre grand frère d’Ottawa pour nous tenir la main. Misère.

      Ceci dit, la formule du marché de carbone ou la taxe de la même couleur ne changera absolument rien à l’équation des GES et encore moins à celle de la biodiversité. Rien. Une taxe est toujours une taxe, est et sera toujours une taxe assumée par la classe moyenne. Les gilets jaunes de France pourraient vous en dire long sur le sujet.

      Paul St-Pierre Plamondon aurait pu continuer en disant qu’être « Canadian », eh bien, c’est la négation du Québec. Les deux ne peuvent pas coexister sur le même plan sans qu’un parti perde ses couleurs. Or, il semble que c’est le Québec qui n’arrête pas de perdre depuis les libéraux et maintenant les caquistes sont au pouvoir. Ces politiques fédéralistes du clair-obscur ressemblent plutôt à celle de la physique quantique qui stipule que la lumière est une particule lorsqu’on regarde, mais une onde lumineuse lorsqu’on ne regarde pas. Et personne sain d’esprit ne peut expliquer l’intrication quantique et encore moins, celle de la dualité « canadian » et québécoise.

      Bien oui, les GES ne connaissent pas les frontières géopolitiques et c’est pour cela que le 75 Mt de GES produit pas les centrales au gaz naturel de l’Ontario qui servent à générer 10% de son électricité sont aussi présentes chez nous. La production de GES du Québec est de 78,4 Mt annuellement. Si le nouvel ami de François Legault, Doug Ford, acceptait d’acheter de l’hydroélectricité du Québec, vous savez l'énergie la plus verte de la planète produit à partir de la gravité naturelle de l'eau, la production de GES du Québec disparaîtrait comme par magie. Mais cela, c’est un rêve trop beau pour ce bas monde « canadian ».

  • Ghyslain Bolduc - Abonné 24 septembre 2020 07 h 19

    Du grand art de la part de M. David

    Cette chronique est béton! Un modèle en la matière, bravo!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 septembre 2020 07 h 41

    À la force de tourner dans tous les sens, la girouette de la CAQ commence à donner des signes d'usure!

    François Legault, désormais dans la fosse aux lions, doit faire comme eux et propager sa nouvelle passion pour le Dominion dont il voulait autrefois que le Québec se sépare! Dans ce désir de vouloir se soumettre aux règles de la monarchie, au diable le pragmatisme et vive la Reine! Comme PM du Québec il entrera dans l'histoire de ceux qui auront mis le Québec à plat, dont P-E Trudeau plus récemment!
    Qui aurait pu penser que le PM aurait pu descendre si bas et mettre le Québec à genou! Nul doute que la pandémie est un grave phénomème mais ce qe provoque François Legault n'est pas pour arranger les choses!
    De toute évidence c'est incongru et son attitude suggère plutôt une grande fatigue pour accepter ainsi n'importe quoi! Il y a toute une frontière entre se la fermer et accepter tout de go le programme de Justin Trudeau! Pas fort Monsieur Legault. Il est temps de penser à autre chose qui ne nuira pas au Québec! .