La pandémie chamboule l’immobilier

Malgré les sombres pronostics, rien n’y fait. Le marché immobilier résidentiel ne dérougit pas. Si les débuts de la pandémie ont freiné la demande, le télétravail est venu reconfigurer les besoins.

« La demande immobilière n’a pas dérougi depuis la reprise du marché le 11 mai, et l’engouement pour les régions continue de se faire sentir, et même, de s’accélérer », constate Dominic St-Pierre, vice-président et directeur général de Royal LePage, pour la région du Québec.

La firme de courtage calcule que les ventes du marché de l’habitation au Québec sont en avance de 16 % par rapport à l’année dernière malgré la pandémie. Fait nouveau : ce sont les marchés des régions qui se font les plus effervescents.

Pour illustrer ce phénomène, on note que de juin à août, il y a eu 41 % plus de transactions dans les régions qui entourent la métropole, qui elle n’a connu qu’une hausse de 20 %, indique La Presse canadienne. Le mouvement observé depuis 2019 en réponse aux prix élevés des logements sur l’île de Montréal s’est accéléré avec la crise sanitaire, sous l’impulsion cette fois du télétravail.

Selon les données tirées du réseau Centris, les ventes en août étaient en hausse de 52 % sur l’île de Montréal par rapport à août 2019. Mais de 83 % en Montérégie, de 98 % en Estrie et de 129 % dans les Laurentides. La progression est de 76 % dans la région métropolitaine de Québec mais de 119 % dans le Bas-Saint-Laurent. Et Dominic St-Pierre d’ajouter : « le marché était en pleine expansion avant la pandémie, et cette dernière a définitivement accentué chez les gens le désir d’avoir un chez-soi qui réponde à leurs besoins », des besoins qui se sont grandement transformés sous l’effet de la pandémie. Se greffe à l’équation un manque d’inventaire persistant.

L’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) a publié vendredi ses statistiques du marché immobilier résidentiel de la région métropolitaine de recensement de Montréal. Les ventes résidentielles conclues en août étaient en hausse de 39 % par rapport au même mois en 2019 pour atteindre un sommet depuis que Centris collecte les données (2000).

« Les pertes de transactions occasionnées par le confinement ont quasiment toutes été récupérées » durant les mois de juillet et d’août, « qui figurent habituellement parmi les plus tranquilles de l’année ».

Au cumul après huit mois, les ventes étaient en retard de 10 % sur l’île de Montréal par rapport à la période correspondante de 2019. Elles étaient toutefois en recul de seulement 1 % à Laval, de 4 % sur la Rive-Sud, mais en hausse de 7 % sur la Rive-Nord.

« La crise sanitaire a manifestement des effets inattendus alors qu’on observeun engouement renouvelé pour la propriété, notamment la catégorie unifamiliale. » Un engouement soutenu par une hausse marquée du taux d’épargne. « Cette situation est particulièrement profitable aux banlieues, où les cas de surenchère se multiplient et les conditions de marché sont toujoursextrêmement favorables aux vendeurs », résume l’APCIQ.

Côté prix médian, celui des unifamiliales a gagné 24 % en comparaison d’août 2019, pour s’établir à 427 500 $. Dans la copropriété, la moitié des transactions ont été effectuées à plus de 312 000 $, soit une hausse de 12 %. Il a atteint 599 500 $ pour les immeubles locatifs de deux à cinq logements, soit 13 % de plus.

Au niveau de l’inventaire, le nombre d’inscriptions résidentielles en vigueur sur le système Centris était en baisse de 21 % par rapport à août 2019. « Il faut remonter à août 2003 pour observer un niveau similaire », précise l’APCIQ.

La clé, la confiance

Pour la suite des choses, le regain de confiance des ménages reste l’élément clé d’une relance économique qui tarde à se tonifier.

Il a déjà été mentionné la crainte que les dommages causés par la pandémie au marché du travail tardent à se résorber. Et les ménages sont nombreux à être fragilisés dans leurs finances personnelles, ce que viendra exacerber la fin éventuelle des mesures de soutien des gouvernements et des politiques de report des paiements.

Pertes d’emploi et de revenu, resserrement des règles de la Société canadienne d’hypothèques et de logement et pause dans l’immigration devraient peser sur la demande, malgré des taux d’intérêt historiquement bas.