Les arpèges à l’école

Lundi dernier, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en énonçant son plan pour la rentrée scolaire en temps de COVID, a précisé, par-delà des directives sur le port du masque, que les cours en arts, en sciences, en musique et en éducation physique seraient maintenus. Mais rien n’est si simple. La bulle de la classe se veut homogène. Or, les propositions culturelles restent optionnelles. Les élèves du secondaire doivent choisir entre quatre disciplines (deux au primaire) : musique, arts plastiques, théâtre ou danse. Faute de pouvoir fragmenter le groupe, la muse de Mozart peut être éliminée, à l’instar des autres champs proposés, au profit d’un seul élu.

« Certains élèves vont se faire imposer un art qu’ils n’ont pas choisi, proteste Stéphane Proulx, président de la Fédération des associations des musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ). Sans réponses du ministère, nous sommes dans le flou et la crise ne fait qu’exacerber les problèmes existants. » Une rivalité malsaine s’installe entre les promoteurs de chaque discipline. « Si les quatre arts sont importants pour le ministère, pourquoi ne pas les imposer tous ? » demande-t-il à raison.

Tant de jeunes jouent d’un instrument. Tous écoutent chansons et accords. L’apprentissage de la grande musique ne peut que nourrir les sources de leurs inspirations à l’heure où le répertoire populaire, diffusé à pleines ondes, tend à s’appauvrir.

Le 1er août dernier, la missive collective de personnalités liées au monde musical, du côté de son enseignement comme de la Guilde des musiciens du Québec, des orchestres symphoniques ou d’ailleurs lançait dans Le Devoir un cri du cœur pour empêcher des écoles d’effacer leur art des cours optionnels au secondaire à la rentrée. Certains administrateurs scolaires l’avaient déjà sacrifié, d’autres se préparaient à le mettre en sourdine.

L’adaptation aux contraintes sanitaires menace toujours bel et bien la clé de sol. À Terre-Neuve et au Labrador, c’est le couac ! Le ministère de l’Éducation interdit les répétitions de chorale et d’orchestre, là où des mesures de distanciation sont possibles.

L’étude de la musique développe pourtant l’empathie, le sens critique et l’ouverture au monde. Elle offre un accès aux œuvres du passé, quand tant de troncs culturels communs se voient sciés à la souche. Auprès des enfants en difficulté, ses pouvoirs thérapeutiques paraissent infinis. En cette période de pandémie, elle adoucit les mœurs plus que jamais. Or, de nombreux enfants n’ont accès à ses notes et octaves qu’à travers l’école, où le socle de son enseignement demeure fragile et optionnel, comme ceux des trois autres arts. En temps de crise, ça tangue d’autant plus.

Un accès à géométrie variable

Certaines écoles publiques primaires et secondaires du Québec, dites à vocation musicale, intègrent son enseignement à leur formation scolaire. Ailleurs, c’est à qui le veut bien. Sans les institutions culturelles qui se fendent en quatre pour offrir aux jeunes des activités parascolaires, la désertification artistique s’accroîtrait encore.

Oui, l’enseignement de la musique, comme des autres arts, devrait être obligatoire au primaire et au secondaire. J’ai eu la chance, dont je mesure la portée, de l’avoir étudiée à l’école. On apprenait le langage des partitions, avec accès aux œuvres des grands compositeurs. Vivement le jour où ses harmonies seront offertes en classe à tous !

Une tempête ayant été soulevée en 2019 par la décision de la Commission scolaire de Montréal de mettre fin à l’entente de tolérance vieille d’un demi-siècle permettant aux Petits Chanteurs du Mont-Royal, vraie institution, d’être scolarisés à même les fonds publics au collège privé Notre-Dame, près de l’oratoire Saint-Joseph, où ils s’exerçaient quotidiennement. Leur avenir semblait menacé, l’école publique proposée en échange étant située à 10 kilomètres du site de leur chorale.

Six mois de protestations des parents d’élèves et du milieu musical auront convaincu en septembre dernier le ministre Roberge de les maintenir in situ, en versant leurs droits de scolarité directement au collège Notre-Dame. La situation était exceptionnelle, mais parfois le bon sens prévaut après que des signaux d’alarme ont été lancés à tout vent. Les hérauts de la musique gagnent quelques combats. Continuez !

Jadis, les Québécois avaient accès à ses plus hauts accords, ne serait-ce qu’à la messe, au son des chœurs et des grandes orgues. En amateurs éclairés, certains choisissaient leur paroisse pour la messe de minuit en fonction du talent du ténor qui y donnait de la voix. Nul n’avait pris vraiment le relais des églises et plusieurs générations furent laissées musicalement en friche. Aujourd’hui, on appelle toutes les écoles à porter plus haut la flamme de son essentielle transmission.