Bulletin de la pandémie

En raison de la pandémie, je ne publierai pas mes traditionnels bulletins du gouvernement et de l’opposition. Les principaux acteurs des trois derniers mois se voient néanmoins attribuer une note.

Le premier ministre François Legault mérite certainement un prix de communication. Il a su trouver les mots pour inspirer la population, mais sa grande popularité ne peut pas faire oublier que le Québec est de loin l’endroit où le virus a fait le plus de victimes au Canada et un des cinq plus touchés au monde par million d’habitants. Après un bon départ, ses volte-face ont été nombreuses et déroutantes. Le SOS à l’armée a été humiliant, mais il semble avoir enfin réussi à trouver une solution au problème de la pénurie de main-d’œuvre dans les CHSLD. Ses attaques gratuites contre le journaliste Aaron Derfel et le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé, témoignent de l’usure de ses nerfs. B

La vice-première ministre et ministre la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a choisi le mauvais mot en demandant aux Québécois d’être « dociles», mais elle a généralement bien fait quand elle a remplacé M. Legault dans les points de presse. La fermeture et la réouverture des différentes régions ont été opérées sans problème. B

Le Québec ne disposait pas des sommes colossales qu’Ottawa a consacrées à l’aide aux entreprises et aux travailleurs touchés par la pandémie, mais le tandem Pierre Fitzgibbon (Économie) – Eric Girard (Finances) a bien ciblé les mesures de soutien sans dévaliser la banque. B

Le réseau hospitalier a tenu le coup, mais la ministre de la Santé, Danielle McCann, a été complètement dépassée par la catastrophe des CHSLD, qui aurait été moins meurtrière si l’équipement de protection n’avait pas fait cruellement défaut. Elle n’est pas responsable de la monstruosité bureaucratique du réseau de la santé, mais elle semblait incapable de faire respecter ses directives. C

Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, qui espérait profiter de la pandémie pour régler rapidement les conventions collectives dans l’ensemble du secteur public, a frappé un mur. Même la hausse de la rémunération des préposés aux bénéficiaires pose problème. Il aurait dû prévoir la levée de boucliers provoquée par le projet de loi 61 sur le devancement des travaux d’infrastructure. Rejeter la responsabilité de son report à l’automne sur l’opposition ne peut masquer son propre échec. D

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a été traité de « boniche » par la députée solidaire de Mercier, Ruba Ghazal. Demander à ses fonctionnaires d’agir « comme s’ils étaient les promoteurs » des projets que le gouvernement souhaitait accélérer ne peut qu’accréditer la mollesse qu’on lui reprochait déjà. Son exclusion du comité de relance formé par le premier ministre témoignait de son peu d’influence. D

La coïncidence de la pandémie avec les négociations pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public rendait déjà plus difficile la collaboration entre le gouvernement et les syndicats, mais le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a complètement échoué dans sa tentative de mobiliser le réseau public. Il a réussi à se mettre à dos non seulement les enseignants, mais aussi les directions d’école. D

Il serait injuste de rejeter l’entière responsabilité du drame des CHSLD sur la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, mais elle ne pouvait pas s’en laver les mains aussi facilement. Elle n’a pu expliquer la lenteur à installer des climatiseurs dans les CHSLD où on suffoque depuis des années. Sa belle image, qui avait contribué à la victoire de la CAQ en 2018, a pris un sérieux coup. D

Alors que Montréal était l’épicentre de la pandémie, la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, est demeurée invisible, incapable d’exercer le moindre leadership. C’est seulement quand il y a lui-même mis les pieds, deux mois après le début de la crise, que M. Legault a semblé se rappeler son existence. E

 
 
 

Les périodes de crise sont ingrates pour les députés d’opposition, notamment ceux qui ne font pas partie des « vedettes » qu’on met en vitrine à la période de questions à l’Assemblée nationale. Ils sont sans doute nombreux à s’être dévoués dans l’ombre, mais deux élus montréalais, Enrico Ciccone (Marquette) et Paule Robitaille (Bourassa-Sauvé), se sont particulièrement signalés. M. Ciccone s’est montré aussi courageux sur le terrain qu’il l’était sur la glace en se portant volontaire dans un CHSLD de Lachine, tandis que Mme Robitaille s’est démenée comme une diablesse dans l’eau bénite pour qu’on s’occupe de ses commettants de Montréal-Nord, qui semblaient abandonnés à eux-mêmes. A

Fidèle à elle-même, Manon Massé (Sainte-Marie–Saint-Jacques) a proposé d’imposer un « impôt de la pandémie » aux entreprises qui en ont tiré profit. Malgré leurs différends, M. Legault a tenu à souligner vendredi ses « qualités de cœur ». C’est sur sa proposition qu’il s’est engagé à présenter un plan de lutte contre le racisme. B

M. Legault avait tort d’accuser Pascal Bérubé (Matane) de vouloir « tuer le tourisme » alors qu’il l’interrogeait à bon droit sur la cohérence de la décision de lever les contrôles routiers en région. On ne peut pas accuser le chef intérimaire du PQ d’avoir péché par excès de la partisanerie : dès le début de la pandémie, il a mis la population en garde contre la désinformation, l’invitant plutôt à se fier aux points de presse quotidiens du premier ministre et du Dr Horacio Arruda. B

Le trio formé par Marwah Rizqy (Saint-Laurent), Christine Labrie (Sherbrooke) et Véronique Hivon (Joliette) n’a cessé de dénoncer le « flottement » du ministre de l’Éducation sur une éventuelle rentrée scolaire, la pénurie de tablettes permettant l’enseignement à distance et le sort des élèves en difficulté. B

En privant Alexandre Cusson de la possibilité de faire campagne, la pandémie a préparé la voie au couronnement de Dominique Anglade (Saint-Henri–Sainte-Anne). Si sa victoire a été peu glorieuse, elle n’en demeure pas moins la première femme à diriger le PLQ en plus de 150 ans d’histoire. À l’Assemblée nationale, elle a redonné un peu de tonus à l’opposition officielle. B

André Fortin (Pontiac) a multiplié les avertissements sur les dangers d’un déconfinement trop hâtif et dénoncé les lacunes dans la gestion de la pandémie par le ministère de la Santé, notamment son incapacité à fournir au personnel du réseau l’équipement de protection nécessaire. B

Ce qui rendait Gaétan Barrette (La Pinière) si détestable quand il était au pouvoir le sert bien dans l’opposition. Ses critiques du projet de loi 61 étaient aussi acerbes que justifiées. Il a profité de la pandémie pour se réhabiliter en qualité d’expert auprès de certains médias, mais la crise a aussi donné lieu à un véritable procès des réformes qu’il a imposées à l’époque où il était ministre de la Santé. Les CISSS et les CIUSSS, devenus un symbole de lourdeur bureaucratique, ont été désignés comme la principale cause de l’incapacité du réseau à mieux y réagir. C

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