L’anglicisation systémique

Chacun a les défauts de ses qualités. Le premier ministre Legault se pique d’être un homme pragmatique soucieux de résultats, mais il est moins à l’aise avec les concepts plus abstraits. Puisque personne ne le soupçonne de vouloir culpabiliser les Québécois, comme on le reprochait à Philippe Couillard, il serait pourtant le mieux placé pour leur expliquer que le « racisme systémique » ne fait pas référence à une discrimination volontaire et organisée, mais plutôt à des comportements plus ou moins spontanés, fondés sur des préjugés, qui vont à l’encontre des valeurs dont la société se réclame.

Ainsi, même si la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, qui se veut la loi suprême, interdit formellement toute forme de discrimination fondée sur la race, la couleur, le sexe ou encore la religion, des membres des communautés visibles sont fréquemment harcelés par la police, se voient refuser un emploi ou un logement pour la seule raison qu’ils ne sont pas blancs ou que leur nom a une consonance étrangère.

Si M. Legault a du mal à saisir la signification du qualificatif « systémique », il pourrait peut-être mieux le comprendre en l’appliquant à l’anglicisation des Montréalais, qu’il doit certainement constater autour de lui. Quoi que certains en pensent, elle n’est pas le résultat d’un sombre complot contre le français ourdi par les descendants de lord Durham, recyclés dans la promotion du multiculturalisme, avec la complicité d’Ottawa. Au contraire, ce sont des institutions bien québécoises, comme les cégeps et les universités, les entreprises et l’État lui-même qui s’en font les promoteurs, bien que tel ne soit pas leur objectif, pas plus que le racisme n’est généralement prémédité ou même conscient.


 
 

De la même façon que la Charte des droits et libertés prône l’égalité pour tous, la Charte de la langue française affirme solennellement que la volonté des Québécois est de faire du français « la langue de l’État et de la Loi, aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires », au point de la proclamer seule langue officielle.

Cela n’empêche pas de plus en plus d’entreprises de faire de la connaissance de l’anglais une condition d’emploi, des établissements d’enseignement postsecondaire de multiplier les programmes bilingues et même unilingues anglais, ni l’État de communiquer avec les personnes morales ou les nouveaux arrivants en anglais s’ils en font la demande.

Bien entendu, les gens qui œuvrent au sein de ces institutions et de ces entreprises ne sont pas francophobes, pas plus que la plupart des policiers ne sont racistes. Ils ne voient tout simplement pas le problème. Il est évidemment moins enrageant de devoir se mettre à l’anglais pour obtenir un emploi que de se le faire refuser en raison de la couleur de sa peau, mais la Charte de la langue française n’en devient pas moins aussi impuissante en pratique que la Charte des droits et libertés de la personne.


 
 

On a fait grand cas de l’agrandissement du collège Dawson, qui fait partie des projets d’infrastructures prévus au projet de loi 61. On peut en effet se demander s’il est bien avisé d’ajouter 800 étudiants à la clientèle d’un établissement anglophone qui accueille des étudiants majoritairement francophones ou allophones. De façon plus générale, la question est de savoir si l’État doit continuer à autoriser et à financer une telle passerelle vers une formation professionnelle ou des études universitaires en anglais, qui risque d’amener des non-anglophones à en faire aussi leur langue de travail.

Le directeur général du collège Dawson, Richard Filion, plaide que la majorité des Québécois y sont favorables. Dans ce cas, il faudrait également lever les restrictions à l’accès à l’école primaire et secondaire anglaise, puisqu’un sondage Léger-Le Devoir effectué en août 2017 à l’occasion du 40e anniversaire de l’adoption de loi 101 indiquait que 60 % des Québécois et 53 % des francophones le souhaitaient. À ce compte, on devrait sans doute abolir aussi l’impôt sur le revenu.

M. Legault a demandé qu’on lui accorde encore quelques jours avant de présenter ses propositions pour lutter contre le racisme. Si ce délai peut lui permettre de réfléchir davantage au sens des mots et à ce qu’ils signifient dans la réalité des choses, on veut bien le lui accorder. Le ministre responsable du dossier linguistique, Simon Jolin-Barrette, a aussi reporté à une date indéterminée les mesures « costaudes » qu’il a promises pour défendre le français.

Dans un cas comme dans l’autre, il est espéré qu’elles auront suffisamment de dents pour que les valeurs dont se targue la société québécoise se traduisent concrètement et que « l’évolution tranquille » évoquée par le premier ministre ne le soit pas trop.


 
86 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 11 juin 2020 02 h 33

    Pour faire un lien entre les deux systémiques.

    Il serait intéressant de connaître le poids l'exigence de la connaissance de l'anglais comme obstacle à l'emploi pour certains immigrants.

    Les employeurs ont souvent cette exigence d'une bonne connaissance de l'anglais, même lorsque ce n'est pas vraiment nécessaire pour faire un travail donné. Esprit de colonisé. Or, les locaux connaissent l'anglais dans une plus grande proportion que certains immigrants qui ont une très bonne connaissance du français, mais moins bonne de l'anglais.

    Il est possible que des Maghrébins ou des Africains (par exemple), fort bien qualifiés par ailleurs, aient buté sur cet obstacle. Et, dans une proportion moindre, des francophones locaux. Que cela soit un facteur important de leurs difficultés à se faire employer.

  • Serge Lamarche - Abonné 11 juin 2020 03 h 46

    Ouvertures anglaises

    J'ai bien envie de dire quelque chose d'ironique...
    Si on laissait les écoles accepter les élèves de l'autre langue, étant donné qu'il y a tellement plus d'anglais que de français au Canada, y aurait-il plus d'élèves anglais dans les écoles françaises que de français dans les écoles anglaises?
    Plusieurs anglais de descendance française se sont plaints l'an dernier que la nouvelle école française (Colombie-Britannique) ne pouvait pas accepter leurs enfants car ils n'avaient pas été instruits en français auparavant...
    La physique des vases communiquants pourrait bien s'appliquer.

    • Julien Thériault - Abonné 11 juin 2020 08 h 47

      On ne peut pas comparer la situation du Québec à celle de la Colombie-Britannique. D'ailleurs, au Québec, en autant que je sache, rien n'empêche les Anglais d'envoyer leurs enfants dans des écoles françaises. Au Canada anglais, la connaissance du français est un ajout à sa culture personelle. Certains s'y intéressent, comme d'autres s'intéressent à l'espagnol, au chinois ou, pourquoi pas, au bulgare. Au Québec, comme dans bien des pays, l'anglais est un instrument presque indispensable pour communiquer avec une bonne partie de la planète, surtout cette partie qui est la plus proche de nous : le reste de l'Amérique du Nord. On en vient à croire que tout ce qui compte, tout ce qui est prestigieux et valable se passe en anglais. Je pense d'ailleurs qu'on devrait viser l'excellence dans l'enseigment du français, de l'anglais et d'une troisième langue, pour montrer à tout le monde qu'il y a autre chose sur la planète que l'anglais globish d'internet, du business et des voyages organisés où on ne rencotre que d'autres touristes qui placotent en globish.

    • Serge Lamarche - Abonné 12 juin 2020 03 h 51

      C'est la situation inverse du Québec. En C.-B. l'école française est interdite aux anglais (ce qui explique l'engouement pour les écoles d'immersions françaises tenues par les commissions scolaires anglaises), alors que les français sont interdits d'aller à l'école anlgaise au Québec. Si les deux étaient permises, le français y gagnerait au change.
      Le français n'est pas du tout comme les autres langues, même en C.-B. Il a définitivement une préférence et nombreux les «anglais» qui ont des parents, grands-parents et ancêtres français. Les orangistes sont très minoritaires. Ils sont concentrés à Calgary surtout et en Ontario, dans le sud.

  • Pierre Boucher - Inscrit 11 juin 2020 04 h 03

    Falardeau

    Pierre Falardeau avait raison.
    Tout ce qui intéresse le québécois, c'est le pH de sa piscine.
    Si le pH est bon, il se laissera berner par n'importe quoi.
    Pôv ti peuple.

    • François Séguin - Abonné 11 juin 2020 07 h 50

      Quel mépris pour le peuple québécois.
      François Séguin
      Knowlton

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2020 09 h 18

      Faux.

      Je n'ai pas de piscine et les gens qui en possèdent s'y raffraîchissent.

      Falardeau avait du peuple québécois une lecture des effets de la colonisation. Là vous banalisez ses sources et ses analyses en les transformant en constat. Elvis Gratton fut et demeure l'exemple des effets de la colonisation, ce qu'est, entre autres, l'importance démesurée accordée au pH d'une piscine.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 11 juin 2020 10 h 21

      Nous serons confrontés à cette problématique de l'anglais systémique aussi longtemps que nous ferons partie du Canada et de sa majorité anglophone.

      Montréal pourrait facilement se prononcer dès maintenant à l'anglaise parce que les anglophones y sont majoritaires si on inclue les néo-anglophones et tous ceux qui souhaite au plus vite s'autocoloniser vers la culture dominante canado-américaine.

      Une part importante des suédois parlent l'anglais. Ils le font quand il est question de communiquer à l'international. Mais entre eux, pas de confusion, ni d'indécision, ni de systémisme à l'anglaise. Parce qu'ils ont choisi d'être un pays avec des frontières, un gouvernement, une patrie quoi!!! Ils s'autoresponsabilisent. Ils considèrent que la diversité culturelle est une qualité pour la planète, comme la diversité biologique.

    • Marc Pelletier - Abonné 11 juin 2020 16 h 07

      M. François Séguin,

      Vous devriez toutefois admettre que la description du québécois qu'en fait M. Pierre Boucher s'applique à un % des francophones, si je me fie à l'approbation de 18 inscrits ou abonnés.

      Si l'anglicisation est systémique, l'ignorance l'est aussi, ne vous en déplaise.

  • Jean Duchesneau - Inscrit 11 juin 2020 05 h 07

    Qui peut étre à l’aise avec un concept mal défini ?

    J'aime bien Monsieur David votre définition de ce que vous entendez par racisme systémique. Vous faites référence à des attitudes et comportements plus ou moins inconscients qui sont de nature à créer un préjudice chez des personnes différentes de nous. Si nous nous entendions tous sur cette définition, il s'agirait là d'une bonne référence afin que chaque personne et organisation procède â son examen de conscience et apporter des correctifs.

    Toutefois, tel le concept d'islamophobie), cette façon qu'ont des idéologues d'extrême gauche de s'approprier le langage leur sert d'arme puissante à d'autres fins; on entend ad nauseam que la loi 21 serait fondée sur une attitude raciste... et la loi 101 ?

    Pourtant, la rigueur intellectuelle devrait aller de soi face à un nouveau concept où on accole un mot, le "racisme" bien défini dans le dictionnaire, et le qualificatif "systémique" qui renvoie à la théorie des systèmes en sciences sociales. Alors que cette théorie est un outil d'analyse qui permet d'élaborer une représentation simplifiée d'un phénomène complexe et dont la qualité ultime est d'être fonctionnelle à dégager des pistes de solutions, le concept fourre tout de "racisme systémique" plaque un jugement sans analyse. Emilie Nicolas qui fait référence à des exemples indiscutables de discriminiration procède à un saut quantique dangereux lorsqu'elle laisse entendre que le BEI serait pris dans l'engrenage d'un présumé racisme systémique en s'appuyant sur des statistiques qui en soi ne démontrent aucune relation de cause à effet, qu'une suspicion; est-ce lebut? Selon moi, parler de "racisme systémique" en a priori n'est rien d'autre qu'une pétition de principe qui n'aide en rien à résoudre les problèmes, mais qui sert à "accuser" pour fin idéologique. Je me réjouis d'ailleurs de lire ce matin que Dominique Anglade refuse d'embarquer dans cette polémique qui devrait ne pas en être une pour les gens de bonne volonté.

    • Jean Duchesneau - Inscrit 11 juin 2020 08 h 42

      J'aimerais ajouter que les schémas, les modèles mentaux (en science), les systèmes, les métaphores et les analogies servent à nous aider à comprendre des idées complexes que notre mémoire de travail ne peut gérer (règle de Miller qui explique qu'on ne peut gérer que de 5 à 7 informations). Ainsi, une représentation devrait d'une part représenter la réalité le plus fidèlement possible et d'autre part, nous aider à solutionner des problèmes. Ces représentations simplifiées ont toutefois leurslimites et même amener à des erreurs de conception, car elles ne mettent pas en lumière tous les éléments pouvant contribuer à comprendre la situation. Prenons comme exemple l'expression "la famille canadienne" comme analogie à la fédération canadienne et faisons un sondage auprès d'un échantillon représentatif de la population de chaque province et territoire. Pas besoin de creuser bien en profondeur pour réaliser que cette représentation ne nous mène pas bien loin pour nous entendre.

    • François Poitras - Abonné 11 juin 2020 13 h 08

      J'ajouterais une petite note à vos excellents commentaires. La notion de racisme systémique est très proche de celle de l'intersectionalité : ce sont des outils d'analyse qui permettent d'appréhender des situations complexes en les simplifiant. Leurs utilisations dans un argumentaire politique relève de la simplification abusive. Au point où elles ne deviennent que mots creux, mot-valises dont l'utilité se résume à porter des accusations non fondées. Le refus du pm Legault d'entrer dans la ronde des accusations abusives s'avère tout à fait légitime.

    • Christian Roy - Abonné 11 juin 2020 13 h 24

      Ne serait-il pas plus juste d'ajouter l'épithète de dysfonctionnelle à l'expression"le famille canadienne" ? Cela correspondrait bien à la réalité désenchantée du terrain.

    • Marc Therrien - Abonné 11 juin 2020 17 h 45

      Parmi la façon d’organiser le système de pensée qui elle-même organise les différents systèmes familial, social, économique, éducatif, politique, etc. qui coexistent dans le fonctionnement de la vie en société, il y a les allers-retours conceptuels entre le général et le particulier. Ainsi un des phénomènes systémiques qui peut être conçu généralement est l’exclusion. Celle-ci peut s’exprimer dans une de ses particularités, la discrimination qui elle-même peut s’exprimer dans une de ses particularités, le racisme. Il me semble évident que « ceux qui bénéficient du système le déplorent moins que ceux qui en pâtissent » comme le prétend Luc Ferry.

      Marc Therrien

    • Alain Boisvert - Abonné 11 juin 2020 18 h 04

      Je crois que M. Legault pourrait très bien comprendre et accepter la notion de racisme systémique ainsi que la définit Michel David. Mais le problème, c'est la récupération qui pourrait être faite de cette reconnaissance, comme le signale M. Duchesneau. Ainsi, on peut penser que plusieurs militants de différentes causes victimaires ne se gêneraient pas pour faire des amalgames simplistes entre le racisme systémique américain et celui vécu au Québec. Naturellement, des accusations et des réclamations mensongères et farfelues ne manqueraient pas de pleuvoir en brandissant cette auto-culpabilisation par le gouvernement du Québec. C'est affligeant de voir Justin Trudeau se traîner à genoux avec sa bouille de Marie-Madeleine en s'accusant de toutes les vilénies du monde. À quand l'autoflagellation ? On a vu comment la question de la récupération culturelle s'est enflammée pour une création qui ne cherchait que la compréhension et l'ouverture. Il faut donc faire attention avec ces questions racialistes car ça peut être très délirant. M. Legault a fortement raison de ne pas embarquer dans cette galère et de chercher une voie pragmatique, son maître-mot, à la résolution des problèmes que vivent effectivement plusieurs personnes racisées au Québec. La bêtise systémique est toujours à l'affût.

  • Roch Godard - Inscrit 11 juin 2020 05 h 40

    Évolution ?

    Nous, les Québécois francophones de souche, avons plutôt l'impression depuis 1982 et la fameuse charte du Père Trudeau, que "l'évolution" se fait à notre détriment. Les "nègres blancs" que nous sommes dans notre Dominion, ont peut-être atteint leur point de saturation en ce qui a trait à la langue, la culture et l'immigration.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 11 juin 2020 11 h 23

      Y a-t-il du racisme au Québec?
      Michel David, suite à la définition de la Commission des droits de la personne et d’un consensus social certain, souligne que oui existe cette forme de discrimination. L’analyse du chroniqueur s’en tient à des exemples et à des comportements plus ou moins conscients.

      Cependant, dans ce débat, on oublie souvent de souligner que le racisme s’exprime à travers des « idéologies » qui justifient la discrimination. À l’extrême, l’idéologie raciste justifie la violence. L’exemple le plus marquant du 20e siècle est « l’antisémitisme » justifiant l’épuration ethnique et l’élimination des juifs. Près de nous, aux USA, l’idéologie de l’infériorité des « noirs » justifie l’indifférence de l’américain moyen face à la marginalisation sociale des « afro-américains » et de la violence policière récurrente.

      Au Québec, au niveau idéologique, le racisme se nourrit de l’ethnoculturalisme. Le courant idéologique le plus explicite de l’ethnoculturalisme au Québec est celui qui établit une distinction entre les francophones québécois dits « de souche » et les « autres » québécois provenant de l’immigration et les anglo-québécois. Notons que l’idéologie du « québécois de source », qui alimente le courant nationaliste identitaire réactionnaire ignore, ou ne sait que faire des autochtones!

      Dans ce débat, M. Godard, revendiquer le « Nous, les Québécois francophone de souche »... illustre que le racisme ethnoculturel s’affiche malheureusement, avec tous les avatords d’une idéologie nationaliste rétrograde et conservatrice au Québec.

    • André Labelle - Abonné 11 juin 2020 14 h 57

      M. Roy, « la violence policière récurrente » que vous soulignez est-elle simplement justifiée par « l’indifférence de l’Américain moyen face à la marginalisation sociale des « afro-américains » » ? Je crois que le racisme de la société américaine est objectif, factuel, organisé. Il n'est pas que systémique. Le racisme Hitlérien était-il systémique ? Il était plutôt institutionnel, organisé. Aux USA le racisme n’est pas un sous-produit qui suinte lentement dans la société. Le racisme américain est un mode de vie conscient auquel adhère consciemment et volontairement une partie importante de la population américaine. Parler de racisme systémique aux USA c'est une façon commode de banaliser le racisme américain.
      Parlant du Québec, vous le peignez comme vous le voyez par le prisme déformant de votre propre culture et de votre éducation. Le courant nationaliste québécois que je connais est plutôt alimenté par la recherche toute naturelle d'une autonomie complète du Québec face à un gouvernement qui la lui refuse je ne sais toujours pas sur quels principes. Alors quand vous qualifiez les souverainistes – car c'est évidemment d'eux dont vous parlez – d'être imprégnés « d’une idéologie nationaliste rétrograde », je pense que vous tentez tout simplement de justifier votre racisme par une logique tordue et puante.

      « Le racisme est bien l'infirmité la plus répugnante parmi les diverses laideurs de l'humanité.»
      [Claire Martin]

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 11 juin 2020 15 h 10

      M.Roy ,si vous choisieriez d'aller vivre dans un pays où la langue commune est le danois ,l'arménien ou autre vous n'oseriez pas vous adresser chez le commerçant unilingue meme avec votre bilinguisme. Le dicton nous dit "Qu'à Rome on vit comme les romains."
      Ce n'est pas aux ctoyens locaux de se plier aux us et coutumes des gens qui choisissent d'y demeurer..
      Si vous etes heureux que Montréal s'anglisise ,grand bien vous fasse.Moi ça ne me plait pas du tout.Payer pour Dawson,....
      Comme disait mon oncle :"y-a des immites à se faire manger la laine sur le dos"
      Je suis bilingue mais pas à Montréal.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2020 15 h 19

      1. M. Roy, bien d'accord avec le caractère passéiste de l'idéologie ethno-nationaliste présente chez des Québécois de langue française. Il faut par contre bien refaire la genèse.

      Après la conquête des territoires français, des ressortissants français sont demeurés sur place et composèrent avec une gestion britannique directe qui a cloisonnée en trois catégories les habitants : 1) les Britanniques ; 2) les ressortissants français et 3) les autochtones.

      Les premiers eurent les postes de gestion, des activités commerciales et du contrôle militaire exercé. Chez les seconds, il y eut de la part du clergé, des seigneurs, des commerçants et des commis des demandes de reconnaissance. Chez les autochtones, il y eut des ententes avec des chefs de tribus et l’octroi de territoire particulier au-delà de ceux de la Province of Quebec.

      En 1769, une nouvelle entente fut signée après la révolte sous Pontiac avec les peuples autochtones suivie en 1774 de l’Acte de Québec définissant un territoire agrandi et des reconnaissances déjà existantes avec les marchands et le clergé, mais aussi avec les seigneurs et les commis.

      Ce sont ces élites reconnues qui instituèrent la conception « raciale » des Britanniques, conception qui se renforcit avec la venue des loyalistes après l’indépendance des colonies britanniques de la Nouvelle-Angleterre.

      Dit autrement, le Royaume-Uni a insufflé dans l’ex-colonie du Canada une conception raciale qui se perpétue avec la loi canadienne sur les Indiens et les règles de gestion provinciales administrées par des élites locales.

      Dans le Bas-Canada, il y eut un projet, celui des Patriotes, pour briser ce système. Londres le refusa et mit au pas les Patriotes, créa le Canada-Uni puis le Dominion of Canada qui devint indépendant en 1931.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2020 15 h 20

      2. En réaction, il y eut un mouvement d’affirmation ethnoculturelle après la pendaison de Riel, suivi, dans le sillage de Deux premières Guerres, de revendications de type ethno-politique. Elles ont mené, dans les années 1960, à une Révolution tranquille qui, au total, n’a fait qu’augmenter le pouvoir des élites locales plutôt que de conduire à l’indépendance dans un contexte favorable.

      Le référendum de 1980, qi se voulut une suite, fut un échec. Idem pour le référendum de 1995 même si son promoteur entendait instituer un État indépendant avec une citoyenneté québécoise, ce qu’il avait en tête en proposant une « souveraineté partenariat » qui impliquait la reconnaissance, comme l’ont recherchée les Patriotes, d’un État souverain indépendant de l’autorité canadienne sauf s’il y avait des ententes de gestions de dossiers communs.

      Après ce référendum, il y eut sous Bouchard, Landry et Marois, un retour en force d’une approche ethnoculturelle d’affirmation dont Beauchemin et Bock-Côté, pour ne nommer que ces ténors, font l’éloge. Cette approche est reprise par la CAQ alors que le PLQ, sous Charest et Couillard, déployèrent leurs énergies pour ramener les Franco-québécois à l’image ethnoculturelle qu’en a toujours eu le PM Trudeau-père, aussi, je pense, le PM Trudeau-fils.

      Cette approche a d’importantes racines associées à une connivence d’élites présentes et actives dans plusieurs institutions, dont celle de l’appareil d’État provincial. Leurs actions ont nécessairement des échos. Et ils sont structurants parce qu’il n’y a pas une contrepartie structurante qui promeut un État indépendant créé par les futurs citoyens et les futures citoyennes du Québec et une approche autre avec les « nations » autochtones sur le territoire du Québec.

    • André Labelle - Abonné 11 juin 2020 15 h 34

      M. Bariteau, vous écrivez : « Après ce référendum, il y eut sous Bouchard, Landry et Marois, un retour en force d’une approche ethnoculturelle d’affirmation ».
      Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par "ethnoculturelle" et en quoi leur approche l'était. Est-ce que je fais erreur en pensant qu'étaient Québécoises, toutes personnes ayant élu domicile au Québec ?
      Merci !
      AL

    • Jean Jacques Roy - Abonné 11 juin 2020 17 h 24

      @M. Labelle.
      Loin de moi l’idée de débattre avec vous sur la nature et les fondements du racisme aux USA et de celui du régime Hitlérien. Votre commentaire à ce propos me semble acceptable, concernant particulièrement le régime des Nazis... Quant au fondement du racisme aux USA, il me semble qu’il faudrait plus que quelques lignes pour étayer la thèse de comportement « conscient et volontaire »...

      Le point de vue que je soulève est celui des « idéologies » qui se retrouvent pour justifier le racisme, c’est-à-dire les actions de discrimination sociale sur les groupes et/ou personnes visées. Exemple. l’antisémitisme et le nationalisme socialiste furent les idéologies de la propagande nazi pour réprimer et assassiner juifs et communistes. Quant aux USA, quelles « idéologies » (au plusiel?) justifient la « marginalisation » sociale de ceux qu’on nomme maintenant « afro-américains »? L’idéologie la plus répandue au coeur du racisme américain consiste à prendre comme vérité le préjugé que les « noirs » sont une «êtres» inférieures et croire, en contre-parti, la supériorité des blancs.

      Pour en venir « aux » idéologies qui masquent les comportements et les discours racistes au Québec. Mon commentaire pointe en particulier le discours et l’idéologie ethnoculturelle qui, pour donner un fondement au concept de « la nation Québécoise » fait appel au mythe fondateur du «francophone québécois DE SOUCHE»!
      Contrairement à ce que vous pensez, (même si je suis de la 10iéme génération, descendant des Roy ),
      je suis, depuis 55 ans de vie adulte, politiquement un authentique INDÉPENDANTISTE. C’est d’ailleurs pourquoi je considère, au sein du mouvement souverainiste et de l’indépendance du Québec, que nos pires adversaires ( ceux qui soutiennent en particulier la CAQ) s’avèrent être les nationalistes identitaires qui fabulent sur les « valeurs » québécoises, la culture et les québécois de souche!

    • Marc Therrien - Abonné 11 juin 2020 18 h 04

      M. Labelle,

      Doit-on comprendre de la conclusion de votre réponse à M. Roy qu’il y a maintenant deux races canadiennes-françaises, pour reprendre le concept d’Henri Bourrassa, une fédéraliste multiculturaliste qui serait raciste envers l’autre indépendantiste? Pour le reste, ces temps-ci, je me demande comme Robert Sabatier si « le racisme est une manière de déléguer à l'autre le dégoût qu'on a de soi-même. »

      Marc Therrien

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2020 20 h 36

      M. Labelle, j"ai répondu à vos questions. Pour une deuxième fois, ma réponse s'est retrouvé à la toute fi des commentaires.

      Je la réitère.

      Landry et Marois ne s'en cachaient pas. Leurs bases étaient les Franco-québécois et ceux qui s'y étaient associés, des Acadiens et des gens de l'immigration de langue française. Leurs objectifs étaient de renforcer leur position au sein du Canada. Bouchard partageait ces idées et n'avait d'intérêt que pour une souveraineté québécoise dans le Canada dans le respect des Anglo-Québécois d'origine et ceux de l'immigration ainsi que des peuples autochtones.

      Les trois, au pouvoir, ne faisaient pas la promotion de l'indépendance avec la création d'un État indépendant du Québec. Ils cherchaient l'appui des électeurs et des électrices avec pour objectif de renforcer les pouvoirs de la province dans le Canada, donc sans un État indépendant ni une citoyenneté québécoise.

      Comme vous, je dis que sont Québécois et Québécoises toutes les personnes habitant au Québec. Ça n'explique pas tout, car nombre d'entre elles se disent aussi des citoyens et des citoyennes du Canada. Bouchard, Landry et Marois ont certes parlé comme vous le pensez. Par contre, ils le faisaient en se disant aussi citoyens et citoyennes du Canada.

      C'est là que se trouve l'ambiguïté que seule une mobilisation pour créer un État indépendant avec une citoyenneté québécoise éclairera.

      ---

      C'est peut-être sêrement cette dernière phrase qui explique tout.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2020 21 h 01

      M. Labelle, quand j'ai expédié mon commentaire è 17h03, celui de M. Gill n'apparaissait pas parce qu'il fut inscrit à 17h24.

      Ne cherchez pas pourquoi. Moi je comprends.

      Voici la preuve ù:

      11 juin 2020 17 h 03
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      Landry et Marois ne s'en cachaient pas. Leurs bases étaient les Franco-québécois et ceux qui s'y étaient associés, des Acadiens et des gens de l'immigration de langue française. Leurs objectifs étaient de renforcer leur position au sein du Canada. Bouchard partageait ces idées et n'avait d'intérêt que pour une souveraineté québécoise dans le Canada dans le respect des Anglo-Québécois d'origine et ceux de l'immigration ainsi que des peuples autochtones.

      Les trois, au pouvoir, ne faisaient pas la promotion de l'indépendance avec la création d'un État indépendant du Québec. Ils cherchaient l'appui des électeurs et des électrices avec pour objectif de renforcer les pouvoirs de la province dans le Canada, donc sans un État indépendant ni une citoyenneté québécoise.

      Comme vous, je dis que sont Québécois et Québécoises toutes les personnes habitant au Québec. Ça n'explique pas tout, car nombre d'entre elles se disent aussi des citoyens et des citoyennes du Canada. Bouchard, Landry et Marois ont certes parlé comme vous le pensez. Par contre, ils le faisaient en se disant aussi citoyens et citoyennes du Canada.

      C'est là que se trouve l'ambiguïté que seule une mobilisation pour créer un État indépendant avec une citoyenneté québécoise éclairera.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 11 juin 2020 22 h 22

      "Je considère... que nos pires adversaires s’avèrent être les nationalistes identitaires qui fabulent sur les « valeurs » québécoises, la culture et les québécois de souche!" - Jean-Jacques Roy

      Monsieur Roy, dans les années trente les communistes allemands avaient reçu l'ordre de Moscou de considérer comme leurs principaux adversaires, non pas les nationaux-socialistes, mais les sociaux-démocrates!!!

      Avec la gauche en train de s'entre-déchirer, la voie était pavée pour ses véritables adversaires. On connaît la suite de l'histoire.

      Près d'un siècle plus tard, force est de constater qu'il y en a qui s'entêtent à faire la même erreur. Avec les conséquences que l'on peut deviner.

      Qui croyez-vous est en mesure de s'engager pour un Québec indépendant hyper-socialiste? Les fédéralistes libéraux (anglophones ou francophones) qui ne veulent rien savoir de toute façon? Les allophones, dont l'appui au parti libéral est qualifié de "soviétique"? Les péquistes, que vous conspuez? Les caquistes, que vous méprisez? Les nationalistes, que vous déclarez derechef vos pires ennemis avant de les envoyer promener du revers de la main?

      Une fois tous ces "réactionnaires, traîtres et autres vendus" plus ou moins racistes à vos yeux dûment éliminés de l'équation, il en reste si peu pour vous appuyer que la cause que vous prétendez défendre est perdue d'avance, tellement l'effet de repoussoir que vous générez est grand. Plusieurs chez vous ne se sont pas encore rendus compte qu'ill est difficile de livrer bataille et encore plus de remporter la victoire quand les troupes manquent à l'appel.

      Pour des gens qui se prétendent inclusifs, vous l'êtes si peu dans les faits que cela fait peur à bien du monde.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 12 juin 2020 00 h 11

      Monsieur Bariteau. J’ai lu avec attention votre commentaire et je suis très à l’aise avec la lecture du fil de l’histoire politique que vous faites.