L’heure du bilan

Si l’ensemble de la société a souffert de la pandémie, certains s’en sont mieux tirés que d’autres. Sous réserve de la suite des choses, voici donc une liste de six gagnants et de six perdants des trois derniers mois.

À Québec comme à Ottawa, les gouvernements ont profité de la crise pour occuper la quasi-totalité de l’espace médiatique. Le dernier sondage Léger a crédité le gouvernement de François Legault d’un taux de satisfaction de 82 % (90 % chez les francophones) et celui de Justin Trudeau, de 74 %. Dans les deux cas, les intentions de vote ont suivi. La popularité du gouvernement Legault est d’autant plus remarquable qu’il a dû gérer la crise sur le terrain, où ses erreurs étaient faciles à constater, tandis que la contribution d’Ottawa a consisté essentiellement à signer des chèques, qu’il a distribués avec une grande largesse.

Plusieurs catégories de travailleurs dont la contribution n’est pas toujours suffisamment reconnue ont vu leur rôle revalorisé, mais les préposés aux bénéficiaires sont devenus de véritables héros. Après des années de sous-rémunération, qui a entraîné une pénurie permanente, la formation accélérée et les 26 $ l’heure offerts par le gouvernement pourraient maintenant faire du métier de PAB un emploi recherché et rémunéré à sa juste valeur.

Alors que plusieurs secteurs de l’économie demeurent paralysés et se remettront difficilement, l’industrie de la construction a été la première à se déconfiner. Le devancement des projets d’infrastructure, qu’il s’agisse d’écoles, de transport en commun ou de Maisons des aînés, sur lesquels le gouvernement compte pour stimuler la création d’emplois, annonce des années particulièrement fastes.

La « mise sur pause » de l’économie mondiale a eu pour effet de diminuer sensiblement les émissions de gaz à effet de serre. Si l’environnement a pu bénéficier de la pandémie, il pourrait bien être la principale victime de la reprise. S’il est adopté dans sa version actuelle, le projet de loi 61, qui a été présenté la semaine dernière à l’Assemblée nationale, pourrait se traduire par une réduction des exigences environnementales et une plus grande vulnérabilité des milieux humides.

Il était gênant pour le premier ministre Legault, comme pour l’ensemble de la société québécoise, de devoir faire appel à l’armée pour qu’elle vienne au secours des CHSLD. Son intervention a été un soulagement pour les personnes âgées qui se sentaient abandonnées et lui a valu la reconnaissance de la population. Cela ne peut que renforcer l’image du gouvernement fédéral.

La chute des revenus publicitaires a encore aggravé une situation déjà précaire, et les médias n’ont en outre pas bénéficié d’une hausse spectaculaire de leur lectorat ou de leurs cotes d’écoute. Au début de la pandémie, plusieurs ont reproché aux journalistes une attitude trop critique envers le gouvernement, mais leur vigilance a rapidement permis de relever les lacunes dans la gestion de la crise, malgré le peu de transparence des autorités.


 

Les personnes âgées sont de loin les plus grandes victimes de la pandémie. Le drame des CHSLD a été un véritable choc et un objet de honte pour les Québécois, même si les conditions misérables dans lesquelles vivent de nombreux aînés étaient connues depuis des années. François Legault a assuré que cela allait changer. S’il y a une promesse qui ne peut pas être reniée, c’est bien celle-là.

Les partis d’opposition et, par extension, le parlementarisme ont connu une sérieuse éclipse. Pendant les premières semaines de crise, ils ont généralement su se montrer solidaires du gouvernement, mais la reprise des travaux parlementaires a marqué le retour à des critiques plus senties. La pandémie a nui sérieusement à la course à la chefferie du PLQ, qui a fini en queue de poisson, et à celle du PQ, qui tente péniblement de reprendre.

Depuis le début de la crise, la collaboration avec les syndicats a semblé difficile. La bonification de la rémunération des préposés aux bénéficiaires a inévitablement entraîné des réclamations pour d’autres catégories d’emplois. S’il est vrai que les directives du ministère de l’Éducation étaient souvent confuses, l’attitude des syndicats d’enseignants, qui semblaient continuellement chercher des problèmes aux solutions, a contribué à détériorer encore davantage l’image de l’école publique.

La fermeture des écoles a fait faire des cauchemars à bien des parents, mais surtout à ceux des élèves en difficulté, dont certains pourraient conserver des séquelles toute leur vie. La valse-hésitation des derniers jours sur les « camps pédagogiques » durant l’été illustre bien l’immense cafouillage qu’a été la gestion du réseau scolaire.

Quand le premier ministre leur a lancé un S.O.S. pour qu’ils viennent prêter main-forte aux préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD, les médecins spécialistes avaient une belle occasion de redorer leur image ternie par des années d’avidité salariale. Même si certains ont répondu à l’appel, leur peu d’empressement a été généralement décevant.

La crise a été très dure pour de nombreux secteurs d’activité, que ce soit les petits commerces, le tourisme ou encore la restauration, mais ce sont peut-être les artistes qui auront pâti le plus de ce trop long entracte, qui en a malgré tout inspiré plusieurs. Ils ont malheureusement plus que d’autres l’habitude du pain noir.

 
 
31 commentaires
  • Francois Ricard - Abonné 9 juin 2020 05 h 47

    Que l'opposition se réveille!

    Bilan comparatif en date du 2020 06 06:Espagne, 580 morts par million d’habitants. Italie 560, France 446, États-Unis 339, Suède 460, Allemagne 107… Québec :583 . Avec une véritable hécatombe chez les personnes âgées.Pourtant,malgré une si piètre performance, le gouvernement Legault jouit d'une hyper-estime, pratiquement incompréhensible.Serait-ce une forme de déni?
    Les effets de la loi 61. L’élimination du droit de contestation des expropriations, la prolongation quasi illimitée de l’état d’urgence et la réduction des exigences environnementales, une répartition des projets d’infrastructure en fonction du poids électoral partisan.Alors c’est donc dire que 60% des investissements seront dans des circonscriptions caquistes.Et non selon les besoins véritables de la population.La CAQ nous ramène au « bon vieux temps » des Duplessis et Taschereau.Et même pire puisque l’opposition sera , en pratique, muselée pour les deux prochaines années.La CAQ occupera toutl’espace partisan.Une campagne électorale de deux ans où le seul parti au pouvoir a une voix.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 juin 2020 09 h 36

      Oui, il y a eu trop de décès. Mais attention, car les façons d'évaluer varient selon plusieurs sociétés.Voir cette analyse de la CAQ:
      https://coalitionavenirquebec.org/fr/blog/editionspeciale/covid-19-comparer-le-quebec-aux-autres/

      IL faut s'interroger sur ces boîtes en circuit fermé qui gèrent la santé: les CISSS et CIUSSS. Comment il se fait que ces boîtes-là n'aient pas alerté et le gouvernement et le public, quand c'était le temps, sur le manque de préposés dans les CHSLD et certaines RPA???? Personne n'est élu démocratiquement; donc personne n'a de comptes à rendre.

      Pas trop jojo, c'est ce même genre de boÎte qui gère, maintenant, le scolaire chez les francophones. Un(e) DG nommé(e) par le ministre et seul autorisé à aller sur la place publique.Essaie de savoir ce qui se passe dans l'ex-commission scolaire chez vous? Appelle un(e) employé(e), soit le/la DG, nommé(e) par le ministre. Comme dans ton CISSS ou ton CIUSSS.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 juin 2020 09 h 49

      Mais où est donc le dynamisme promis en faveur de l'autosuffisance alimentaire via l'agriculture locale?

    • Diane Parent - Abonné 9 juin 2020 10 h 08

      Bonjour
      J'apprécie beaucoup votre analyse vigilante. Le Québec a un gros examen de conscience à faire. Je ne veux pas diminuer le pouvoir du bilan comparatif mais prudence, comparer le Québec avec l'Italie (ou l'Espagne) revient à comparer La Lombardie ou Le Piemont (ou la Catalogne) au Canada ! On serait aussi très choqué du résultat., mais pas dans le même sens.
      Diane Parent

    • Hélène Paulette - Abonnée 9 juin 2020 10 h 09

      Et que penser du contrat alloué à la très néolibérale "firme" McKinsey Canada pour le déconfinement? Ce gouvernement manque désespérément de compétences...

    • Clermont Domingue - Abonné 9 juin 2020 11 h 01

      583 morts par million, ça représente un décès pour environ 2000 habitants.Pour la personne consciente qui aimait la vie, c'est un grand malheur; pour le vieillard alité et incontinent, abandonné à son sort par les siens, c'est une délivrance; pour les proches aidants qui s'épuisent à prolonger des vies qui n'en sont plus, c'est un grand soulagement..
      Il existe une réalité qui s'appelle: fin de vie. Je crois qu'il faut intégrer la mort dans notre conscient.

    • Francois Ricard - Abonné 9 juin 2020 11 h 09

      M. Pierre Grandchamp,fin janvier, l’OMS recommandait de tester, isoler, traiter.Dès le début, c’est ce que le tandem Arruda-Legault aurait dû faire dans les CHSLD et les Résidences pour personnes âgées.Ce n’est que le 7 avril que le gouvernement Legault a décrété l’état d’urgence dans ces résidences et CHSLD.Ce tandem a totalement ignoré ce qui se passait en France, en Italie chez les personnes âgées depuis les tout premiers jours de mars.Nos personnes âgées ont écopé. Plusieurs sont même mortes de façon indigne : de déshydratation, d’inanition, dans leurs excréments, tout fin seules.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 juin 2020 11 h 27

      Concernant les taux de décès comparatifs, je précise que je ne suis pas caquiste. Je trouve leur document bien étoffé et il met en perspective la meilleure façon d'évaluer: la *surmortalité*.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 juin 2020 13 h 03

      @ Diane Parent, les comparaisons se tiennent dans la mesure que les chiffres de monsieur Richard sont "par million d'habitants". Ils sont donc proportionnel a des populations du même nombre.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 juin 2020 13 h 53

      M. Ricard,

      Je suis loin d’être un défenseur de la CAQ. Je veux juste rappeler qu’il faut comparer les mêmes coordonnées. Par exemple, je ne suis pas sûr que les données de New York étaient construites à partir des mêmes bases qu’à Montréal.

      Pour ma part, je déplore le fait que le manque de préposés n’ait pas été publicisé quand c’était le temps et réglé quand c’était le temps. On a vidé les hôpitaux. Des employés se promenaient d’un établissement à un autre. Ce fut très préoccupant :des employés transportaient le virus d’un établissement à un autre. J’ai des proches qui travaillent là-dedans actuellement.

      Je suis très critique envers ces boîtes en circuit fermé que sont les CISSS et les CIUSSS. Comment il se fait que cette problématique n’ait pas été publicisée auparavant? Quand c’était le temps?

      Le gros problème : il n’y a pas de contre pouvoir en santé. Comme il n’y en a plus au scolaire chez les francophones. Personne n'a de comptes à rendre pcq personne n'est élu par la population.

    • Marc Therrien - Abonné 9 juin 2020 18 h 10

      M. Domingue,

      Voilà un propos bien lucide. J’ajoute que rendu à 70 ans, il me semble le fils ou la fille de son père ou de sa mère de 92 ans a acquis suffisamment de maturité pour pouvoir accueillir plus stoïquement la mort de ses parents happés par la fatalité que s’il était encore un enfant.

      Marc Therrien

  • Nathalie L'Heureux - Abonné 9 juin 2020 07 h 50

    Aucune collaboration

    Justement, vous l’avez bien dit! Avec le cafouillage en éducation, pas surprenant que les syndicats d’enseignants sont montés au front. Et je peux vous dire que plusieurs gestionnaires de cs et directions les ont applaudis, en cachette, n’ayant plus de voix depuis la loi 40.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 9 juin 2020 10 h 56

      Et voilà! Ce gouvernement a la manie d'aller trop vite et d'éliminer les contre pouvoirs.Or, au scolaire, chez les francophones, c'est EXACTEMENT le même mode de gestion que les CSSS et CIUSSS en santé. Un DG nommé par le ministre et seule personne autorisée à aller sur la place publique gérant avec des personnes non élues démocratiquent dont des employés nommés par leurs pairs.

      Comment il se fait que ces Centres n'aient pas alerté la population, à termps, sur le manque criant de préposés?

      Il faut féliciter les anglophones d'avoir tenu tête au ministre et d'avoir conservé la gestion de leurs écoles:DÉMOCRATIE!

  • Patrick Boulanger - Abonné 9 juin 2020 09 h 13

    Allez l'opposition

    « S’il est adopté dans sa version actuelle, le projet de loi 61, qui a été présenté la semaine dernière à l’Assemblée nationale, pourrait se traduire par une réduction des exigences environnementales et une plus grande vulnérabilité des milieux humides. » (M. David)

    J'espère que des députés de l'opposition à l'Assemblée nationale ne laisseront pas passer cela. Comme M. David nous l'a souligé dans une de ses chroniques précédentes, le projet de loi 61 « ne peut pas être adopté sans l’appui unanime des députés, puisqu’il a été déposé après la date limite permettant l’utilisation du bâillon ».

  • Michel Dumont - Inscrit 9 juin 2020 09 h 29

    Encore la faute aux syndicats

    Ben coudon, c'est une directive du bureau chef au Devoir que de planter les syndicats?

  • Claude Gélinas - Abonné 9 juin 2020 09 h 50

    Pourquoi tant de précipitation pour abolir les contre pouvoirs ?

    Avec un taux d'approbation aussi élevé le Gouvernement Legault a raison de se réjouir.

    Par contre avec le dépot du projet de Loi portant sur la reprise économique, il ne faudra pas croire que les québécois souhaitent donner un chèque en blanc au Gouvernement en abolissant les contre pouvoirs si nécessaires comme l'a démontré la commission Charbonneau.

    Car dans l'ombre, les coquins de tout acabit qui salivent à l'idée de s'enrichir rapidement veillent au grain,

    Partant delà, avec la réduction du nombre d'ingénieurs au Ministère des Transports ajouté au retard dans la mise en application des recommandations de la commission Charbonneau, il est raisonnable de voir se multiplier le nombre de nouveaux entrepreneurs qui, conformément à la pratique reconnue, déposerons des soummissions au prix les plus bas tout en ajoutant par la suite de juteux suppléments.

    Sans oublier au passage si nécessaire le dépôt aux décideurs d'enveloppes brunes. Ne dit-on pas que le pouvoir absolu corromp absolument.

    Partant delà, un rôle clé incombe au vérificateur général afin qu'une évaluation continue soit faite tant de compétence et de l'expertise des entrepreneurs que de la vérification dans l'attribution des contrats et du suivi dans l'exécution des travaux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 juin 2020 13 h 12

      Il n'y a pas eu de réduction d'ingénieurs au MTQ. Il y a juste pas eu d'augmentation proportionnel au volume des travaux pris en charge, et il y a eu une parti de la surveillance des chantiers qui a été faite a l'externe. Et c'est là que cela a dérapé.

      Pour la précipitation et bien tout dépend de chacun. Si vous avez des revenus qui se sont maintenu vous serez moins pressé que celui qui est en chômage. Et L'État lui-même est manque de revenu vu que ses revenus sont en très grande partie, sinon en totalité, lié a l'activité économique.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 juin 2020 13 h 46

      Masi on peut s'inquiéter de l'enflure que cette précipitation induit.

      Pour exemple ici Michel David décrète que le salaire de 26$ de l'heure pour les préposées auxbénificiaires est "juste". Pour que ce salaire soit considéré comme juste il faut le placer dans le contexte salarial au Québec.

      La seule ruée pour postuler à la formation qui mène à l'emploi nouvellement porté a 26$/heure indique bien qu'il a forte enflure et déconnection de la réalité du marché de l'emploi.

      Pour exemple, Revenu Québec donne comme répartition des "revenus" que presque 69% de la population en a un de 50,000$ et moins.
      Et là on parle de tout type de revenus, incluant les pensions et autres.
      www.revenuquebec.ca/fr/salle-de-presse/statistique