Attention, statistiques!

COVID-19 et statistiques dans le monde : vaste programme… Depuis trois mois, en plus d’être confinés puis déconfinés, frappés par une récession auto-induite sans précédent, nous sommes inondés de chiffres.

C’est l’avalanche des nombres de cas, de décès, de guérisons et autres taux de mortalité, infections (déclarées ou non), pics statistiques, plateaux, courbes en V, échelles logarithmiques, etc.

Quelques exemples de ce que disent ou ne disent pas les chiffres et les courbes, ici et là dans le monde…

   

Les courbes et leurs formes… Certaines font voir des pics, d’autres des plateaux interminables. Pour s’en tenir aux courbes des « nouveaux cas quotidiens » (ou celles, analogues, des « décès quotidiens », décalées mais d’allure semblable)… ce plateau, au Québec, a duré longtemps. Même si enfin, depuis une semaine, la tendance à la baisse semble bien installée.

La courbe québécoise ressemble — avec un décalage de trois ou quatre semaines — à celles constatées dans les pays les plus frappés d’Europe, où le versant gauche de la montagne (ou de la « cloche » statistique) est nettement plus court que le versant droit : en Italie, c’est la montée vertigineuse de la mi-mars, en deux semaines, suivie, après le pic tragique de 919 morts le 27 mars, d’une lente baisse qui mettra deux mois à revenir (fin mai) au niveau antérieur.

En Espagne, en Italie, en Allemagne (où la crise a été quatre ou cinq fois moins meurtrière, proportionnellement, que dans les deux pays précédents) et en France (très éprouvée, où la baisse a été plus lente, avec une évolution quotidienne en dents de scie), les courbes « lissées » ont la même allure globale, même si elles ne vont pas à la même hauteur (« l’exploit » de l’Allemagne par rapport à ses voisins).

Au total, au Québec comme en Europe, la tendance est générale, la décrue manifeste : la fin de la vague approche. Bonne nouvelle : le déconfinement européen ne semble pas arrêter cette heureuse tendance.

Par contre, les graphiques qui sortent du Brésil, de Russie ou d’Iran racontent une autre histoire.

La plupart des courbes d’Amérique du Sud (même celle de l’Argentine, au demeurant beaucoup moins frappée que le voisin brésilien) montrent une épidémie en ascension, avec un pic qui n’est toujours pas à l’horizon (sauf pour l’Uruguay quasi épargné, et l’Équateur… ce dernier frappé plus tôt que les autres). La Bolivie à elle seule (11 millions d’habitants) annonçait 400 décès ce week-end !

L’Iran semble être une exception, avec très clairement une remontée et un « double pic » à plus de 3000 nouveaux cas par jour, début avril… puis à nouveau début juin, après une décrue nette et régulière en avril (moins de 1000 cas quotidiens, début mai). Est-ce la fameuse « seconde vague », tant redoutée mais toujours hypothétique ? Peut-être aussi le fait d’une forte dissimulation des chiffres en mars par Téhéran… la « seconde vague » devenant alors moins significative, statistiquement, qu’elle n’en a l’air sur la courbe officielle.

La sous-estimation des cas, surtout au début des épidémies nationales, a pu être causée par des facteurs objectifs (insuffisance des tests)… mais également par des dissimulations politiquement motivées : en Iran, mais aussi en Russie, où les spécialistes estiment qu’il faut multiplier le nombre de morts par 3 ou 4.

  

Pour finir, quelques chiffres officiels — cumulatifs cette fois — sur les décès par million d’habitants, en ce début de juin 2020. D’un point de vue québécois, ils représentent une leçon d’humilité…

Espagne, 580 morts par million d’habitants. Italie 560, France 446, États-Unis 339, Suède 460, Allemagne 107… Belgique 837 ! Québec : 583.

Les statistiques « nationales » peuvent aussi se révéler trompeuses, les déclinaisons de l’épidémie pouvant grandement varier localement. New York est un cas à part aux États-Unis, et la courbe américaine sans cette ville est moins descendante.

Ainsi, la Lombardie (extrême nord de l’Italie, 10 millions d’habitants, épicentre de la tragédie en mars) a un cumulatif de 1600 morts par million… Le même — attention au choc — que celui de Montréal !

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Ici Radio-Canada.


 
38 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 8 juin 2020 03 h 51

    Bien relaté

    Effectivement, ce sont les morts relatifs à la population qui montrent ce qui se passe vraiment. Québec et Montréal parmi les pires. Les États-Unis ont fort à faire pour arriver au premier rang.
    Grosses disparités. Les grandes villes sont les pires. Les régions n'en souffrent pas trop.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 juin 2020 07 h 04

      Comparer le Québec aux autres.

      J'ai mis la main sur un document qui figure dans les couloirs caquistes.Je vous invite à y jeter un coup d'oeil.:
      https://coalitionavenirquebec.org/fr/blog/editionspeciale/covid-19-comparer-le-quebec-aux-autres/

      Les façons de calculer le décès varient. Semble-t-il que la meilleure façon, c'est la *surmortalité*.Certains ne comptent que les gens testés;d'autres seulement les gens décédés dans les hôpitaux, excluant les décès en CHSLD.




      Je retiens surtout que la façon

    • Serge Lamarche - Abonné 8 juin 2020 17 h 58

      Oui, c'est une bonne réponse mais n'empêche que le Québec ne figure pas si bien quand même. Le lien caquiste prouve que le virus ne voyage pas également partout. Surtout une question de chance. La vraie différence vient de la rapidité à confiner au début de la pandémie. Et des services au petits vieux...
      Le Québec reste parmi les pires.

  • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 04 h 21

    Une semaine - court pour conclure à une baisse. Facteur climatique?

    "ce plateau, au Québec, a duré longtemps. Même si enfin, depuis une semaine, la tendance à la baisse semble bien installée." FB

    Une semaine, c'est bien court pour conclure que la tendance à la baisse est installée. Et le plateau semblait ne pas vouloir descendre pendant une longue période. On nous disait qu'on avait atteint le pic, mais on n'en finissait plus d'y rester.

    La peut-être baisse coïncide avec une ressemblance d'été. Climat en cause (un peu comme pour la grippe ordinaire)? Dans quelle mesure? Le plateau serait-il descendu, ou descendu autant sans ce facteur climatique (en supposant qu'il y a bel et bien baisse installée, ce qui n'est pas sûr)?

  • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 04 h 43

    Ne pas conclure trop vite à une tendance stable à la baisse au Québec.

    On nous répète constamment que le nombre de décès n'est pas à jour (pour ne pas que l'on interprète trop négativement des gros chiffres, mais on oublie de nous mentionner que cela devrait aussi nous inciter à ne pas trop vite interpréter positivement des petits chiffres). On nous annoncera peut-être que ceux déclarés pour la semaine dernière étaient en fait plus élevés.

    Le nombre de cas déclarés dépend du nombre de tests or, comme tout le monde n'est pas testé, beaucoup d'inconnu par rapport au réel, et donc à prendre avec un grain de sel.

    Plus significatif, le nombre d'hospitalisations. Les gens plus malades ont tendance à se déclarer, et si la proportion de personnes hospitalisées par rapport aux infections totales est semblable dans le temps, peut donner une idée des croissances et décroissances des infections.

    Les baisses d'hospitalisations sont petites et ne datent que d'une semaine, bien peu de temps pour conclure à une tendance solide. D'autant plus que le déconfinement s'accélère à l'épicentre montréalais. Qu'est-ce que ça va donner?

    Donc, attendons encore avant de conclure à une tendance stable à la baisse.

    Enfin, même dans l'hypothèse où il y aurait baisse, dans quelle mesure celle-ci pourrait être attribuable à l'arrivée du beau temps, un peu comme c'est le cas avec la grippe ordinaire, qui revient en automne-hiver d'habitude?

    Espérons le meilleur, mais préparons-nous à moins bien que ce que l'on espère.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 juin 2020 08 h 30

      Monsieur Brousseau disait bien que la tendance à la baisse SEMBLE bien installée. Le degré de confiance que les chiffres lui inspire est probablement plus élevé que pour vous. Le temps et la science permettront d'y voir plus clair. Je n'ai ni l'un ni l'autre « sur ma main » mais, spéculons un peu : une baisse importante du taux d'infections n'est pas du tout incompatible avec un nombre d'hospitalisations relativement stable, si, par exemple, le nombre d'infections dans une tranche d'âge plus à risque de développer des complications reste le même

    • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 10 h 01

      Au total, au Québec comme en Europe, la tendance est générale, la décrue manifeste : la fin de la vague approche." FB

      Je crois malgré tout que mes mises au point sont pertinentes pour éviter les interprétations du texte de M. Brousseau, et aussi de d'autres, pouvant inciter à des conclusions prématurées.

      Votre spéculation est tout à fait plausible, mais pas certaine, comme vous le reconnaissez vous-mêmes volontiers. Je ne dis pas que la proportion d'infections ne diminue pas au Québec, je dis qu'il est prématuré d'en arriver à cette conclusion.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 11 h 14

      J'ai répondu à votre spéculation quand même M. Desjardins, mais ai placé ma réponse au mauvais endroit. Vous trouverez ma réponse sous l'intervention de Mme Labelle, immédiatement ci-dessous.

  • Françoise Labelle - Abonnée 8 juin 2020 07 h 33

    Savoir ce qu'on compte avant de se conter des histoires

    Il faut lire l'article de Sirois du 31 mai «La vérité sur les décès» et surtout la référence du démographe Choinière «Mortalité par COVID-19 au Québec : comparaisons nord-américaines et internationales» avant de tirer des conclusions.
    Les «vrais» chiffres viendront plus tard quand on aura comparé, pour les années 2019 et 2020 les décès excédentaires des pays, états, provinces, pour les mois où la covid a sévi. Cf. «Compter les morts? Une analyse de la mortalité excédentaire récente en temps de pandémie» Pierre-Carl Michaud, HEC, 15 mai 2020.
    Par exemple, la GB ne comptait au début que les décès en milieu hospitalier. Le Brésil ne publiera plus le nombre de décès dus à la covid. Les USA se sont plantés avec leurs tests «made in America»; pas de tests, pas de décès. Le site de la CDC (Center for Disease Control) renvoyait aux états pour les statistiques. Et les chiffres sur les décès en résidence pour aînés aux USA ne sont pas faciles à trouver.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 10 h 15

      Continuons quand même sur votre spéculation. "une baisse importante du taux d'infections n'est pas du tout incompatible avec un nombre d'hospitalisations relativement stable, si, par exemple, le nombre d'infections dans une tranche d'âge plus à risque de développer des complications reste le même." Il faudrait alors se demander comment il se fait que le nombre d'infections dans cette tranche d'âge reste le même si la proportion générale a sensiblement diminué. Toutes choses étant égales par ailleurs, ça ne devrait pas être le cas, toutes les tranches d’âge faisant partie d’une même population.

      Si vous pensez aux résidences pour personnes âgées. On a finalement commencé à être plus rigoureux dans les mesures élémentaires – étanchéité zones chaudes et froides, finalement cesser de promener personnel d’une résidence à l’autre, augmentation de personnel. Et, c’est triste à dire, mais l’infection y ayant déjà fait des ravages, ceux qui restent sont soit guéris, soit mieux protégés par la correction du tir.

      Donc, on pourrait croire que le taux d’infection actuelle pour cette tranche d’âge est moins supérieur au taux d'infection globale qu’auparavant.

      Et, malgré tout, il demeure une proportion des personnes de ces tranches d'âge qui ne sont pas en résidence.

      Et on constate une claire propagation communautaire à Montréal qui, au moins jusqu'à récemment, s'est accrue. Incidemment, si on veut spéculer, découlant peut-être en grande partie de préposés aux bénéficiaires de retour chez eux.

      Votre spéculation demeure à considérer, même en tenant compte de ces facteurs, lesquels seraient malgré tout atténuants, quant à l’effet sur lequel vous spéculez.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 11 h 17

      Mes excuses Mme. Labelle, le commentaire que j'ai placé sous votre intervention ne vous était pas destiné. Il s'agit d'une réponse à M. Desjardins sous le fil immédiatement ci-dessus.

      Soyez toutefois assurée que j'ai lu avec intérêt votre intervention, qui est fort pertinente et instructive, voire nécessaire.

    • Serge Lamarche - Abonné 8 juin 2020 18 h 10

      Le compte des décès excédentaires peut être biaisé vu que le confinement réduit plusieurs autres sources de mortalités.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 juin 2020 21 h 38

      Monsieur Lamarche, j'avais pensé à cela. Mais la proportion des décès due ordinairement aux accidents de travail ou accidents de la route est três faible. Ce qui sera plus instructif, ce sera de faire la comparaison des taux mortalités sur un horizon de plusieurs mois plutôt que de comparer seulement mars, avril et mai de cette année. Il n'est pas impossible que nous assistions à une... sousmortalité au cours des prochains mois.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 22 h 49

      Votre point est à considérer M. Lamarche. Il serait intéressant de voir si le confinement, tout en réduisant certaines sources de mortalité, pourrait en faire augmenter d'autres. Vraiment une question, je ne sais pas.

      Pour je ne sais quelle raison, il semble toutefois que la surmortalité pendant la période Covid au Québec, et les statistiques directes de morts attribuables à la Covid correspondent assez bien, du moins pour une période examinée entre le début de l'épidémie et la fin avril. En tout cas, d'après cet article: https://www.ledevoir.com/societe/sante/579335/quebec-une-surmortalite-qui-colle-a-la-pandemie

      Extrait: "Le nombre excédentaire de vies perdues au Québec entre le début de l’épidémie et la fin avril correspond environ au bilan officiel de la COVID-19, selon des données préliminaires dévoilées ce matin par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ)."

      Pour isoler la variable confinement, peut-être pourrait-on trouver des chiffres pré-confinement et post-confinement, pendant que le virus sévit aussi.

      M. Desjardins, pour isoler les variables, il faudrait aussi savoir si la mortalité varie à chacun des différents mois dans la suite des années ( par exemple, en général, meurt-on plus en janvier qu'en mai?), sans la COVID, et aussi tenir compte de ces variations.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 juin 2020 23 h 03

      Un autre article qui semble montrer qu'ailleurs dans le monde, la surmortalité correspond assez bien à la mortalité attribuable à la Covid.

      On prend la moyenne par mois sur un certain nombre d'années passées pour déterminer une mortalité moyenne (qui peut varier d'un mois à l'autre), en proportion, puis on compare avec la mortalité réelle de l'année Covid.

      On suggère aussi que des morts de d'autres causes peuvent aussi être accentuées par la crise du Covid - par exemple, l'épuisement chez le personnel soignant, ou les conséquences du report de certaines opérations. Peut-être annulé aussi par les morts évitées par le confinement (accidents de travail, accidents automobiles).

      Quoiqu'il en soit, mystérieusement, empiriquement, il semble vérifié que ça colle.

      Voici l'article: https://www.ledevoir.com/monde/579242/quel-est-le-bilan-veritable-de-la-pandemie-de-covid-19

    • Serge Lamarche - Abonné 8 juin 2020 23 h 25

      Effectivement, ceux qui sont morts maintenant ne mourrons pas encore. Ça écourte leurs vies mais en terme de mortalité de la société, covid a certainement sauvé des vies. Si en plus, des bébés en surplus arrivent, covid pourrait en avoir créé. Mais vu que les gens devaient s'éviter, ces bébés sont assez improbables. Du point de vue statistique, covid est une occasion en or d'étude.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 juin 2020 05 h 45

      «Mais vu que les gens devaient s'éviter, ces bébés sont assez improbables. Du point de vue statistique, covid est une occasion en or d'étude.»

      Le baby boom a vu une quantité importante de bébés improbables conçus par des gens qui devaient s'éviter pour d'autres raisons :)

    • Raymond Labelle - Abonné 9 juin 2020 07 h 56

      Après les baby-boomers, les baby-coviders.

  • François Séguin - Abonné 8 juin 2020 07 h 35

    Ouch! Décès à Montréal et au Québec

    Pas de quoi danser...

    François Séguin
    Knowlton