Le château

Le 6 août 1945, alors qu’une bombe atomique détruit la ville d’Hiroshima, un couple des États-Unis remporte une première manche dans une bataille juridique qui, à Québec, l’oppose au Château Frontenac. L’affaire est plaidée devant un tribunal qu’on imagine volontiers semblable à celui que présente Alfred Hitchcock dans I Confess, ce remarquable film noir qu’il tourne à Québec.

Construit en surplomb du fleuve, sur les hauteurs imprenables du cap Diamant, là où s’élevait autrefois le château Saint-Louis, résidence officielle du gouvernement de la Nouvelle-France, cet hôtel du Canadien Pacifique est une sorte de matérialisation d’un rêve de Walt Disney. Mais ce rêve a tourné au cauchemar pour ces deux hôtes.

Voici l’histoire. George D. Cannon, un docteur, et Lillian Moseley, son épouse, entendent visiter Québec. Ils réservent à cette fin une chambre au Château Frontenac, comme le font les touristes fortunés. Une fois installés sur place, ils sont tout de suite surpris de constater que l’hôtel refuse de les traiter comme les autres clients.

Le personnel leur interdit l’accès à la salle à manger ainsi qu’à d’autres lieux. Un seul motif à ce déni de service : la couleur de leur peau. Cannon et Moseley sont noirs.

Devant le juge, le couple Cannon-Moseley demande 900 $ en dommages causés par les pratiques discriminatoires à leur égard, soit l’équivalent d’environ 15 000 $ en 2020. Dans sa requête, le couple affirme qu’il a payé le prix de sa chambre dans un hôtel connu, largement fréquenté.

Le premier ministre Maurice Duplessis lui-même, lorsqu’il séjourne à Québec, c’est-à-dire souvent, y a ses quartiers attitrés, comme s’il siégeait au château Saint-Louis, l’ancienne résidence des gouverneurs. Dans la Belle Province, le chef de l’État se trouve ainsi symboliquement relégué à un statut plus ou moins permanent de vacancier colonial, monté à cheval sur un pouvoir dont les rênes lui échappent.

Le Dr Cannon et Mme Moseley ont payé 12 $ pour leur chambre, soit environ 180 $ d’aujourd’hui. Ils plaident avoir droit, à ce prix, aux mêmes services que les autres pensionnaires de l’hôtel. La cour leur donne raison, au nom d’un système de droit où le racisme, bien que latent en plusieurs endroits, n’est pas érigé en principe de gouvernement.

Médecin important de New York, le Dr Cannon était déjà connu, aux États-Unis, pour ses efforts voués à améliorer la condition des Noirs dans le quartier de Harlem.

Depuis combien de temps le Château Frontenac se montrait-il odieux au nom de vues racistes ? Était-il le seul établissement à l’être ? Plusieurs indicateurs montrent qu’un système d’exclusion raciale informel existait alors au Québec, comme en plusieurs endroits du monde. Ce n’était pas là un racisme institutionnalisé, comme ce fut le cas en maints autres endroits, par exemple aux États-Unis. Mais le résultat n’en conduisait pas moins à des mises à l’écart. Cela peut-il ne pas avoir eu de conséquence dans le temps ? L’historienne Dorothy Williams faisait observer qu’on continuait volontiers de croire, ces dernières années, que la présence des Noirs au Québec, pourtant vieille de plus de 300 ans, est le fait d’une immigration récente, comme si, d’emblée, leur place s’avérait mal établie.

En 2019-2020, au cours de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, plusieurs mémoires accablants ont exposé, à la suite d’effets de profilage, une surreprésentation des Noirs sur toute la hauteur de l’échelle du système de protection de l’enfance. À Montréal, les enfants noirs comptent pour 14,5 % de la population de 17 ans et moins. Or, dans le système institutionnel de la DPJ, ils comptent pour 29,6 %, pour cause de discriminations avalisées par des années de pratiques inchangées, estiment des chercheurs. Cette surreprésentation des Noirs n’a d’équivalent pour aucune autre communauté.

En reconnaissant des faits semblables, bien réels et préoccupants, fait-on le procès de la société québécoise tout entière ? Nos petits et gros Zemmour locaux voudraient bien nous le faire croire, en agitant le spectre d’un pseudo-racisme anti-blanc, comme s’il s’agissait de retourner un gant sale pour soudain se convaincre qu’on a les mains propres.

Quand est venu le temps de nourrir le terreau des luttes d’émancipation collective au Québec, on a volontiers tiré à soi une partie de la douleur noire. Ancienne lectrice de nouvelle, membre du RIN, Michelle Duclos et ses comparses, trois hommes noirs, sont arrêtés en 1965 à New York, en possession de dynamite volée au Québec. Ils entendent soutenir le Black Liberation Front, en faisant sauter la statue de la Liberté. Le Front de libération du Québec avait aussi pris contact avec des membres des Black Panthers, une des branches les plus musclées de la lutte noire américaine. Des représentants des Black Panthers se retrouvèrent d’ailleurs à Montréal, en solidarité avec le FLQ. Dans ces milieux, on lit Malcom X. Mais a-t-on appris pour autant de la douleur noire de l’Amérique dont les luttes, on le voit, ne sont certainement pas encore achevées ?

Les parents de Malcom X se sont connus à Montréal, dans la Petite-Bourgogne, à l’occasion d’une rencontre de la UNIA, la Universal Negro Improvement Association of Canada. Les liens historiques de ce quartier en particulier et de la communauté noire en général avec un mouvement continental plus vaste, vécu au-delà de la seule filiation nationale, constituent un chapitre encore peu exploré du rapport du Québec avec le monde autant qu’avec lui-même.

Au fil du temps, d’un château social à l’autre, certains traits du passé sont conservés, jusqu’au jour où ils menacent de s’écrouler. Heureusement, la norme morale en société n’est pas une immobilité figée qui a la puissance d’un règlement, mais se trouve mouvante à travers le temps. Et ce mouvant équilibre, qui est celui des sociétés vivantes, exige à tout instant qu’on travaille à le renouveler.


 
54 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 8 juin 2020 02 h 29

    C'est mieux d'être sensible à la souffrance d'autrui que de faire de l'aveuglement volontaire.

    Merci, monsieur Nadeau, de nous rappeler la liaison étroite entre la lutte des noirs contre le racisme et la lutte québécoise pour l'indépendance.
    On dirait que parfois il y'a des individus qui jouent à l'autruche pour ne pas voir le racisme latent dans toutes les sociétés. La compassion est mieux que l'indifférence.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juin 2020 07 h 51

      « On dirait que parfois il y'a des individus qui jouent à l'autruche pour ne pas voir le racisme latent dans toutes les sociétés. » - Nadia Alexan

      - Dixit, celle cultive les préjugés et fait une lutte sans merci aux femmes musulmanes pour qu'elles soient exclues de la fonction publique.

      Le moins qu'on puisse dire, c'est que comme autruche, c'est difficile à battre.)

    • Jean Roy - Abonné 8 juin 2020 09 h 32

      Vous ne lâchez jamais le morceau, monsieur Montmarquette! Jouer à l'autruche signifie : refuser d'affronter un problème qui mérite notre attention...

      Madame Alexan ne refuse pas de voir la réalité en face: au contraire, par rapport à la question du voile religieux, elle regarde simplement cette réalité avec un point de vue totalement différent du vôtre, et défend, de manière tout à fait consciente et cohérente, une position idéologique contraire à la vôtre!

      Vous êtes des adversaires sur la vaste question de la laïcité... soit! Tout en vous défendant âprement sur le plan des idées, il me semble que vous devriez reconnaître le droit à madame Alexan de penser autrement que vous... Sur certains sujets, vous pourriez même, accidentellement, être d'accord avec elle de temps en temps!

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juin 2020 10 h 45

      À Montmarquette: En appuyant le voile, un symbole de l'infériorisation de la femme, vous niez, en effet, l'épanouissement et l'émancipation des femmes musulmanes de l'emprise de l'intégrisme politico-religieux qui utilise les femmes comme un panneau publicitaire pour l'islam politique.
      Les femmes voilées sont des agentes d’une prescription patriarcale qui rejette le mode universel d’émancipation des femmes, fondé sur l’égalité absolue des sexes. Le voile est d’abord et avant tout un symbole d’oppression sexiste et un instrument politique au service de l'islam radical.
      «Le voile n’est pas musulman, c’est notre étoile jaune, à nous, femmes musulmanes et non islamistes. Il est imposé par l’islam dévoyé par l’alliance du politique et du religieux depuis près de 40 ans. Chaque geste que vous poserez ici pour rendre l’islam politique acceptable fera reculer le combat de ces femmes et fera la joie des islamistes qui imposent ce voile dans les pays musulmans. En fait, le voile n’est pas une question de modestie et de pudeur, mais bien un moyen de contrôle du corps de la femme». Leila Lesbet.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juin 2020 11 h 54

      "Vous êtes des adversaires sur la vaste question de la laïcité..." - Jean Roy

      C'est complètement faux.

      Loin d'être un adversaire la laïcité, Québec solidaire soutient au contraire une véritable laïcité de l'État, soit la séparation du pouvoir politique du pouvoir religieux, ce qui est chose faite depuis 50 ans au Québec et qui n'a strictement rien à voir avec la ségrégation religieuse imposée par la CAQ, et ce, en infraction même avec les droits humains fondamentaux.

      "En appuyant le voile, un symbole de l'infériorisation de la femme, vous niez, en effet, l'épanouissement et l'émancipation des femmes musulmanes.."- Nadia Alexan

      Québec solidaire n'appuie pas le port du voile. Il endosse un État neutre face aux religions. Et je vois mal comment on peut prétendre défendre l'émancipation des femmes et les inférioriser davantage qu'en contrôlant leurs corps et en leur dictant comment s'habiller exactement comme le fait le patriarcat religieux et en les discriminant à l'emploi. Cette conception frauduleuse de la laïcité n'a rien à voir avec la neutralité religieuse de l'État et tout avec l'aversion des religions, sinon, le racisme.

      Il est d'ailleurs aussi complètement biaisé de comparer le voile à un panneau publicitaire. On ne vend pas plus l'islam en portant un voile qu'on ne vend des voyages en Afrique parce qu'on est noir. Et je vous mets au défi de nous nommer une seule élève qui aurait adhérer à l'islam à la seule vue d'une éducatrice portant un voile.

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juin 2020 13 h 37

      À Monmarquette: Vous êtes complètement déconnecté de la lutte des féministes, musulmanes, ici et ailleurs, pour libérer les femmes du fardeau de ce voile symbole de l'aliénation et de la soumission de la femme à un patriarcat religieux.
      Informez-vous de ce que signifie le voile islamiste, politique. Il y'a des femmes ici chez nous qui avons perdu la vie parce qu'elles refusaient de porter ce voile symbole de l'islam politique. Les soeurs Chafia et l'adolescente Aqsa Pervez ont perdu la vie parce qu'elles refusaient de porter le foulard islamique.
      Vous êtes aussi déconnecté de la lutte traditionnelle de la gauche pour la libération et l'émancipation de la femme de l'emprise de la religion sur le corps de la femme. Cacher le corps de la femme des rayons du soleil les expose à une maladie sérieuse, l'ostéoporose, causée par une carence en vitamine D. C'est vous qui faites la discrimination contre les femmes musulmanes.

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juin 2020 14 h 22

      À Montmarquette:
      Vous dites: «Et je vous mets au défi de nous nommer une seule élève qui aurait adhéré à l'islam à la seule vue d'une éducatrice portant un voile».
      Deux mères montréalaises affirment que des éducatrices voilées ont fait pression sur leurs filles pour qu’elles adoptent elles aussi des pratiques musulmanes. Une preuve, selon elles, que le hidjab n’est pas toujours neutre et conduit parfois au prosélytisme.
      Deux femmes ayant émigré au Canada qui disent vouloir élever leurs filles dans la plus totale égalité des sexes. Or, elles estiment que l’école publique montréalaise a échoué à cet égard. «« J’ai quitté la Tunisie pour que ma fille puisse grandir dans un milieu respectueux de ses choix et décisions », est-il écrit dans la déclaration sous serment», a précisé Mme Hadj Kacem qui dit avoir retiré sa fille du service de garde après avoir déposé plusieurs plaintes à la direction.
      «Ça démontre que l’interdiction de signes religieux chez certains fonctionnaires est tout à fait légitime et prend en compte le droit des femmes à l’égalité, mais aussi le droit des enfants et des petites filles à l’égalité, au respect de leur liberté religieuse et le droit de ne pas être l’objet de prosélytisme. https://www.ledevoir.com/politique/quebec/574072/loi-sur-la-laicite-de-l-etat-des-educatrices-voilees-ont-fait-du-proselytisme

    • Claude Gélinas - Abonné 8 juin 2020 14 h 26

      Malheureusement, en regard de la Loi 21 votre position Monsieur Montmarquette qui ne surprend guère est d'un conservatisme surprenant voire même affligeant. Comme si, dans votre échelle de valeurs, l'égalité hommes/femmes ne faisait pas partie de vos préoccupations.

      Le voile faut-il le rappeler n'est pas une exigence religieuse mais bien plutôt une coutume moyennageuse imposée le plus souvent aux femmes par les hommes pour mieux les contrôler. Dangereux de découvrir les cheveux des femmes face aux pulsions sexuelles incontrôlables des hommes. En somme, une démarche visant essentiellement pour les hommes à ne pas succomber à la tentation et à mieux contrôler leur libido.
      Et c'est ainsi que ces derniers peuvent plus facilement aller au paradis.

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 juin 2020 10 h 38

      @ Nadia Alexan

      "Deux mères montréalaises affirment que des éducatrices voilées ont fait pression sur leurs filles pour qu’elles adoptent elles aussi des pratiques musulmanes." - Nadia Alexan

      1 ) Faire pression n'est pas porter le voile, c'est du prosélytisme religieux, soit, enseigner ou prôner une religion explicitement, et le port du voile n'a rien à voir là-dedans.

      2 ) Votre aversion de femmes voilées n'a rien à voir avec la laïcité et encore moins avec la neutralité de l'État face aux religions, et tout avec un féministe régressif qui s'attaque aux femmes qu'il prétend vouloir défendre tel que décrié par la célèbre féministe international Angela Davis et Françoise David au Québec.

      Pour Angela Davis, "la laïcité a été transformée en arme contre les musulmans":

      https://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/angela-davies-laicite-a-ete-transformee-arme-contre-musulmans/

  • Yvon Montoya - Inscrit 8 juin 2020 05 h 52

    Le colonialisme prédateur occidental qui a su mettre des millions de personnes africaines en esclavage fut et est une honte. Ces personnes, ces êtres humains africaines n’avaient pas demandé un tel supplice si inhumain toujours a l’oeuvre en Amérique. Cela est facilement constatable lorsqu’on a encore de nos jours des communautés amérindiennes mises dans des reserves honteuses sans eau courante. Il.ne faut pas oublier, jamais, que les amérindiens subissent le racisme systémique depuis au moins 4 siècles. Les Amériques ont tout de même un problème culturel majeur depuis sa fondation prédatrice. A quand un article et des manifestations pour TOUS les «  Damnés de la terre » ( Frantz Fanon) si on desire de manière coherente lutter contre le racisme?

    • Hélène Paulette - Abonnée 8 juin 2020 13 h 16

      Ainsi naquit le capitalisme, nourri du labeur des africains victimes d’un commerce d’une ampleur inégalée… Debout les damnés de la terre!

  • Pierre Rousseau - Abonné 8 juin 2020 07 h 57

    Les « Nègres blancs » se rangent derrière le colonisateur

    On se souviendra du livre de Pierre Vallières, «Les nègres blancs d'Amérique», sur le colonialisme anglo-canadien au Québec et le désir d'émancipation qui n'était pas sans rappeler la lutte des Afro-américains aux ÉU. Malheureusement, cette lutte masquait le fait que les Québécois ou si on préfère les Canadiens-français étaient complices du racisme systémique du colonialisme canadien envers les peuples autochtones.

    Si la discrimination systémique envers les Noirs est «informelle», le racisme envers les peuples autochtones est juridiquement fondé sur les lois, entre autre la loi sur les Indiens, et les politiques des gouvernements. Cela se passe encore aujourd'hui alors que l'État refuse de reconnaître le titre autochtone aux nations autochtones sur leurs territoires; on se base sur la loi des «Blancs», de la société dominante, pour décider du sort de milliers d'autochtones qui sont privés de leurs droits fondamentaux au territoire.

    Les Canadiens-français ont participé avec enthousiasme aux tentatives d'éradication des peuples autochtones en tentant de les assimiler, en particulier par les pensionnats gérés par les ordres religieux chrétiens dont plusieurs se trouvaient au Québec et où on battait les enfants qui osaient parler leur langue - on a imposé le français comme langue d'usage tout en les privant de leur culture et de leur identité. La Commission de vérité et réconciliation a documenté ce racisme systémique et a fourni, en vain, plusieurs recommandations pour tenter de redresser les torts du passé.

    En 1990, la société québécoise s'est braquée contre les Mohawks qui voulaient protéger un cimetière qui se trouvait sur leur territoire. Les Blancs se sont dit «my way or the highway», au mépris des droits de cette nation. Tout ça pour un golf... Quand une nation autochtone veut se défendre, on envoie l'armée et les soldats canadiens-français. Quelle belle collaboration avec le colonialisme canadien!

    • Jean Lacoursière - Abonné 8 juin 2020 12 h 19

      Au sujet des malheurs bien réels causés par les pensionnats autochtones au Québec, citons l’historien Denis Vaugeois, dans sa lettre publiée par La Presse le 21 février 2019 :

      « La Commission de vérité et réconciliation a fait plusieurs bilans. En 2015, elle dénombrait 3125 enfants morts ou disparus dans les pensionnats autochtones. Plus récemment, le bilan est passé à 4134, presque tous en Alberta (901), en Saskatchewan (844), en Ontario (769) et en Colombie-Britannique (747). Au Québec, on en compte 35 ou 38, ce qui est évidemment autant de trop. »

    • Gilles Théberge - Abonné 8 juin 2020 17 h 35

      Vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère pour ce qui est de la culpabilisation des « canadiens français » dans le sort qui a été fait aux amérindiens monsieur Rousseau.

      Comme si c'était les «canadiens français» qui avaient créé les «Banthoustan» qui sont à l'origine des réserves indiennes ?

      Ils controlaient quoi les «canadiens français» dans ce pays...? Rien du tout. Ils n'étaient que des sujets de la Couronne Britannique, dominés, membres d'une colonie, dirigés par des gouverneurs généraux dont vous pouvez, si vous avez du temps à perdre admirer la collection des noms dans les rues de la ville de Sherbrooke !

      Je trouve ça choquant quand quelqu'un professe gratuitement des choses comme ça !

    • Jean Jacques Roy - Abonné 8 juin 2020 22 h 02

      Merci Monsieur Rousseau de ramener le débat sur le racisme systémique CANADIEN-QUEBÉCOIS à ses racines qui, ici, sont coloniales à l’endroit des peuples autochtones. (Quant j’étais enfant et adolescent on les nommait encore « les sauvages » et au mieux « indiens ».

      Il est malheureusement toujours implanté ce rapport historique de dominance des « blancs » sur les « peaux rouges »! Les commercants français et anglais, utilisant le pouvoir colonialisme, ont donné naissance à des systême de contrôle sur les populations amérindiennes et ont été des système de gestion sur leurs territoires. Le néocolonialisme capitaliste actuel perpétue ce racisme systémique.

      Ce racisme « systémique » sur les nations autochtones est toujours implanté partout au Canada y inclus au Québec. En conséquences, cette division et dominance sociale, lucrative pour les capitalistes prédateurs des ressources naturelles, continue de « déposséder » les autchtones en tant que nations, communautés et individus. Ceux-ci comptent parmi les « canadiens » les plus pauvres, les moins scolarisés, les plus marginalisés non seulement dans les réserves ... mais aussi en milieu urbain. Le profilage racial dont se plaignent les femmes et les hommes autochtones, n’est pas « accidentel », il est systématique venant de la GRC, de la police et des propriétaires de logements.

    • Bernard Dupuis - Abonné 9 juin 2020 11 h 48

      Vous faites un amalgame entre les Canadiens français et les Anglais qui est injuste. En effet, vous pensez que toute chose est égale par ailleurs. Par exemple, comment oublier l’histoire de Louis Riel et des métis dans l’Ouest? Quand on sait que de nombreux Canadiens français se sont mariés avec des Amérindiennes, comment peut-on les comparer à John A. McDonald et Jeffrey Amherst? Il y a quelque chose d’odieux dans cet amalgame.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 9 juin 2020 13 h 00

      Monsieur Dupuis. Sans doutes avez-vous raison de souligner que le « colonialisme » britanique à partir de la Conquête et perpétue avec la Constitution Canadienne en 1867 s’est institutionnalisée de façon brutale et violente pour satisfaire les intérêts économiques des capitalistes britaniques et des commerçants et bourgeois canadiens (majoritairement anglophone). Le néocolonialisme que nous connaissons aujourd’hui provient de cette période de «réduction» et dominance politique, économique et sociale des nations autochtones.

      Ceci dit. Les Britanniques avec la prise de Québec au cours du 18e siècle N’ONT PAS invanté le colonialisme. La Nouvelle-France ÉTAIT une colonie dont les « conquêtes » s’étendaient vers le Sud jusqu’en Nouvel-Orléans, à l’Ouest jusque dans les Prairies et au Nord-Est sur les rives du fleuve et du Golfe Saint-Laurent. Les commercants français, les explorateurs canadiens (fraçais), les généraux et soldats étaient français, les gouverneurs, les évêques et supérieurs des ordres religieux ÉTAIENT tous des colonisateurs servant le roi de France. Dressant les drapeaux et les croix de la « civilisation » européenne, les Colonnisateurs sont arrivés ici avant les Anglais pour contrôler des territoires et ses habitants, les associers pour chasser à grande échelle pour la traite des fourrures, les « habiller » et baptiser pour effacer leur péché originel... et implanter le pouvoir de l’Église.

      En Nouvelle France, (tout comme pour le reste de l’Amérique), le racisme systémique a pris naissance à partir du moment où les «Explorateurs » Cartier et Champlain ont planté des croix et qu’ils ont - sans permission - ouvert des territoires au commerce européen!

  • Christian Montmarquette - Abonné 8 juin 2020 08 h 07

    Retourner un gant sale pour avoir les mains propres

    « Nos petits et gros Zemmour locaux voudraient bien nous le faire croire en agitant le spectre d’un pseudo-racisme anti-blanc comme s’il s’agissait de retourner un gant sale pour soudain se convaincre qu’on a les mains propres.» - Jean-François Nadeau

    On manifeste dans le monde entier, mais ça n'existe pas au Québec!

    Il ne faut surtout pas qu'un groupe ravisse aux «Québécois de souche francophones» le rôle de victime.

    To Kébak Icitte ! Et nous sommes toujours en 1960.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 juin 2020 09 h 29

      Il y a des fois on se demande ce qui est pire; la pandémie ou bien cette gauche bien-pensante et donneuse de leçons qui carburent à la rectitude politique.

      Bien oui, prendre un exemple de plus de 75 ans passés pour venir nous faire la morale. Évidemment pour eux, le pseudo-racisme anti-blanc est imbuvable comme si une portion de la population au Québec souffrait encore des lois de Jim Crow qui n’ont jamais existées ici et qu’il y avait des toilettes réservées pour les gens de couleurs et les blancs. Encore une fois, on ne parlera de Jackie Robinson, le joueur de couleur noir qui en 1946 a pu démontrer son talent avec les Royaux de Montréal, le premier Noir à faire le saut dans la ligue majeure de base-ball américaine. Personne n’en voulait, sauf Montréal.

      Ceci dit, on prend pour exemple un pays étranger où un Noir a été assassiné par une police aux airs des SS d’un autre temps. Donc, les Québécois devraient s’autoflageller pour expier les péchés des autres? Enfin, la victime, George Floyd, avait fait plusieurs tours en prison, était connu des services policiers et était loin d’être un innocent lorsqu’il a tenté d’écouler un faux billet. Mais un assassinat, demeure un assassinat.

      Enfin, pourquoi avoir importé une crise chez nous qui nous ne regarde pas. On nous accuse de racisme systémique et ils ne peuvent même pas nous en donner la définition. Mais eux, en pleine pandémie, peuvent faire des manifestions illégales ou on regroupe des dizaines de milliers de personnes qui ne respectent aucunement la distanciation sociale pour un incident arrivé dans un pays étranger dont personne n’a la citoyenneté. Moi, cette semaine, je n’ai pas pu visiter ma mère à l’hôpital qui a rendu l’âme à cause des restrictions dues à la pandémie. Depuis le début de cette crise de trois mois, je n’ai jamais pu la visiter. Et pourtant, on peut importer des manifestions américaines et se regrouper par milliers à Montréal, le 2e endroit le plus pire de la planète pour la COVID-19.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juin 2020 12 h 10

      "Les Québécois devraient s’autoflageller pour expier les péchés des autres?" - Cyril Dionne

      Les leurs, Dionne, les leurs.

      "Presque un Québécois sur cinq avoue qu’il est un raciste" - Radio-Canada

      https://www.rcinet.ca/fr/2015/02/27/presque-un-quebecois-sur-cinq-avoue-quil-est-un-raciste

  • Jean Duchesneau - Inscrit 8 juin 2020 08 h 52

    J’aime bien Zemmour....

    ... et Naulleau ! En fait, j'aime par dessus tout cette magnifique culture du débat bien française que ce soit sur Paris Premiére, France Culture, Sud Radio, France Inter, etc. Etc. Même si l'idéologie d'Edwy Plenel (Le Jean-François Nadeau français) me déplait, quoi de mieux qu'un débat entre lui et Alain Finkielkraut ?

    Ce qui me déplait de la part de certains journalistes et chroniqueurs pseudo intellectuels québécois, c'est leur esprit colonisé qui noircissent du papier de concepts "cut &paste" venus d'ailleurs. Trouvent-ils si moche leur propre culture, et leurs congénères ? Ce qui me déplait de la part d'une certaine gauche, c'est de refuser le débat laissant croire qu'elle est détentrice de "La vérité".

    J'aime bien Mathieu Bock-Côté... je l'aime bien en débat sur TVA avec Thomas Mulcair(Ouuui, TVA), mais j'aimerais tout autant un franc débat Bock-Côté-Nadeau !

    Le Devoir devrait en prendre acte au lieu de ces interminables prêchi-prêcha !

    • Jean Duchesneau - Inscrit 8 juin 2020 10 h 48

      J'aime particulièrement l'idée maitresse de la "pensée complexe" d'Edgar Morin. La problématique du racisme est très complexe, car très incidieuse. Elle ne peut s'analyser que par les gestes et les comportements violets ou discriminatoires. Par contre, quand on pose comme à priori qu'il y a du racisme systémique à la Police de Montréal comme l'affirme Emilie Nicolas, il y a essentialisation de l'ensemble du corps policier, ce qui vient fausser la relation policier-citoyen. Le résultat en est que dans certains quartiers chauds de New-York, de Paris ou de Bruxelle, la police n'y met presque plus les pieds. Si on s'entend que la notion de racisme systémique aide à enrayer le racisme, je veux bien, mais à date, on ne m'a pas convaincu.

      Les événements racistes rapportés par Nadeau et les autres sont insupportables, il faut les dénoncer et les punirs. Mais quand on étend la notion de racisme d'une façon simpliste à la loi 21, au nationalisme ou au simple désir d'indépendance, il s'agit là d'une intimidation, voir une violence intellectuelle. Les propagandistes sont bien habile à inventer des mots ou à en dévoyer le sens!

      Jean Duchesneau
      Fidèle à la tradition de la "Libre pensée" au Devoir !

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 8 juin 2020 10 h 53

      Oui et à la place, pensons à l'article sur le ramadan virtuel pendant le confinement ou aujourd'hui l'article sur la communauté polonaise, on fait exister, au Devoir, «des communautés» là où les exigences, du moins québécoises, c'est de donner le droit aux individus à la pleine intégration, pas aux groupes. On refuse justement le tribalisme dans « notre» société libérale, c'est-à-dire on encourage tout le monde : anglo/franco peuvent adhérer à la ligue d'échec de Saint-Henri ou à un groupe communiste qui fonctionnera en langue inuit...

      Paradoxalement, le ROC nous accuse d'être constamment tribaux, alors que le multiculturalisme valorise précisément la coexistence de droit collectif de groupes distincts au lieu de valoriser l'intégration individuelle. Donc il y a une contradiction entre le combat contre la discrimination et le racisme et simultanément un désir de désintégration de la culture majeure pour faire place à une série de cultures mineures. La seule façon de permettre l'intégration individuelle d'individus d'origines différentes en gardant leur propre spécificité de groupe national collectif religieux, c'est d'invalider la culture d'accueil d'ici, ce qui provoque le «refus» que l'on constate ici sur la question.

      En d'autres mots «Black lives Matter» ne fait pas juste dire que chaque vie noire compte, ce signe renvoie à un signifiant, lequel est un ensemble de discours qui intègrent par exemple une rhétorique sur «le privilège blanc». Or, on peut-être fondamentalement, ici, en désaccord avec la manière de récuperer une situation américaine, situation liée à l'histoire de la discrimination, là-bas.

      Et on comprend précisément la nécessité de s'opposer quand on reconnait les tactiques de type Bush-fils : « si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous »; «comment oses-tu dire que les vies noires ne comptent pas, c'est de ça que l'on parle quand on invoque le "racisme systémique"». Bref, parfois, Le Devoir entretient la confusion.

    • Raynald Rouette - Abonné 8 juin 2020 12 h 21


      Le Devoir cautionne aujourd'hui le multiculturalisme canadien sans aucune réserve pour des raisons évidentes. L'époque des débats d'idées est bien révolue au Québec depuis 1995. Mathieu B. Côté est boycotté aujourd'hui par les médias traditionnels comme Le Devoir, La Presse et RDI, comme l'a été Pierre Bourgault dans les belles années au Québec, parce qu'il dérange les bien-pensants de notre époque et parce que son argumentaire est imparable...!

    • Claude Bariteau - Abonné 8 juin 2020 12 h 50

      M. C-E Gill, le Devoir me semble empeser dans une lecture culturelle du Québec aux racines ethniques et religieuses. En découle un intérêt pour des propos perméables à une vision qui morcelle ses habitants en sous-catégories et lit leurs comportements sous un angle éthique plutôt que politique.

      Le motif est simple. Pour le Devoir, la citoyenneté est canadienne et ce qui se vit au Québec s’inscrit dans ce cadre de telle sorte que les traitements de l’actualité révèlent ce qui paraît en porte-à-faux au respect des différences défini en 1982 par le Canada comme assise de la citoyenneté canadienne.

      Sans une citoyenneté, qui existera au Québec avec la création d’un État indépendant, nous avons ce discours au Devoir, mais aussi d’autres discours déconnectés d’un cadre définissant les droits et les responsabilités des personnes présentes au Québec. C’est banal. Et ce sera ainsi tant qu’il n’y aura pas de mouvement dans cette direction et la mise en forme d'une citoyenneté originale définie au-dessus des particularités ethno-culturelles, de races, de classes ou de sexes.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 8 juin 2020 16 h 09

      Merci Monsieur Bariteau, je suis biend'accord avec vous, mais ça ne m'empêche pas d'en être désolé. Il n'y a pas si longtemps (ex. 2014), Le Devoir ressemblait quand même au Devoir sous Bissonnette. C'est un peu comme si l'Action nationale devenait «l'Action multiculturelle postnationale».

      Le problème c'est de faire le virage en douce sans jamais expliquer pourquoi l'idéologie actuelle serait préférable. C'est ça qui me tue, c'est que le virage et le capital symbolique actuel est «soutenu» voir cautionné ou «vendu» par la rigueur passée, laquelle avait quand même comme assise de permettre au lecteur de savoir D'OÙ le journal leur parlait.

      On aurait ainsi l'occasion d'un combat, on pourrait «reprendre notre journal», mais on doit bien admettre que le seul lieu de ce combat en ligne ici. Curieusement, Le Devoir est «rentable» grâce à certaines de ses stratégies web et 2.0 et les revenus qu'il en tire. Mais si ses lecteurs nationalistes l'abandonnaient, perdant la base, il n'aurait plus vraiment de moteur économique et le reste de ce papillonage qui contitue aujourd'hui des profifs, s'effondrerait.

      Il est pertinent de penser à la relève, mais si Le Devoir ne se mêle pas de faire exister culturellement le peuple dont il devrait être le miroir, il se condamne à plus long terme, la communauté polonaise (aujourd'hui), musulmane (le mois passé), queer (le reste de l'année) ne vont pas se fédérer pour constituer un nouveau public susceptible de remplacer l'ancien.

      Bref à court terme, avec ses positions, Le Devoir peut collaborer, aller chercher de l'aide du fédéral, pour multiplier un temps les lecteurs en allant chercher une couple d'adhésions, passé un petit pic de rentabilité, son public traditionnel va le larguer. Je suis par exemple toujours surpris de me rappeler l'existence de La Presse, mais à quelle point, une fois que son lectorat va entrer en CHSLD, il y aura de nouveaux abonnés?

    • Jean Duchesneau - Inscrit 8 juin 2020 17 h 38

      Mathieu Bock-Côté est la coqueluche de presque tous les plateaux français, car il est un excellent débatteur avec des adversaires de toutes tendances idéologiques. Le débat sur l'indépendance est sans doute faiblard au Québec, mais le souverainisme est en voie de devenir la Question de l'heure en Europe. D'ailleurs, il sera intéressant de lire dès le 17 juin, le premier numéro de la nouvelle revue Front Populaire suivant l'initiative de Michel Onfray et ses collaborateurs. La revue se veut rassembleuse autant des idées de gauche que de droite; enfin de tous ceux qui "choisissent la France" par opposition à ceux qui ne veulent pas s'y intégrer. La revue veut faire le plein des idées supportant le souverainisme, contre le mondialisme et le multiculturalisme de La France en marche. L'initiative veut contrecarer la manoeuvre de Macron de faire encore du Front National de Marine Lepen son adversaire de fin de course en 2022. Un débat qui s'annonce inspirant de ce côté de l'Atlantique.