Récupération de crise atypique

Le gouverneur sortant de la Banque du Canada, Stephen Poloz, disait récemment qu’on exagérait la crise, que le pessimisme ambiant était un peu extrême. Et Wall Street vient de lui donner raison. Pour la suite, tout n’est pas gagné pour autant.

Galvanisée par une baisse surprise du chômage aux États-Unis en mai et par un taux de chômage historique au Canada masquant un regain de confiance sur le marché du travail, Wall Street vient d’effacer sa lourde perte causée par la pandémie et les restrictions et mesures de confinement mettant en pause environ la moitié du PIB mondial. Sur la semaine, le Dow Jones s’est apprécié de 6,8 %, le Nasdaq de 3,4 %, et le S&P 500 de 4,9 %. Ils ont tous pris plus de 40 % depuis le trou d’air encaissé en mars, nous dit l’Agence France-Presse.

À Toronto l’indice composé S&P/TSX, fortement influencé par le pétrole, a tout de même atteint un sommet de trois mois vendredi pour terminer la semaine sur un gain de près de 4,4 %. L’indice de référence ne se trouve plus qu’à 12 % de son sommet historique de février, nous dit La Presse canadienne.

Bref, la chute de 33,9 % (du sommet au creux) de l’indice américain S&P 500, et ce, en seulement 33 jours, est en définitive effacée.

Stephen Poloz évoquait cette distorsion dans la perception que peut provoquer l’utilisation des principaux indicateurs économiques traditionnels pour mesurer une récession n’ayant rien de traditionnel ou de typique. Le PIB et même le taux de chômage proposent une lecture alarmiste, mais sans représenter le fameux principe selon lequel « nous ne sommes pas dans une récession normale. La chute du PIB ne reflète pas un changement profond du comportement ni de la confiance des acteurs économiques. Les gouvernements ont mis l’économie sur pause ». Lorsqu’ils lèveront leurs mesures de confinement, « on peut s’attendre à un retour rapide de l’activité », lisait-on dans Le Devoir.

Wall Street y fait écho, avec un regard sur les récessions passées. Selon les données de Bloomberg-Banque TD, le S&P 500 a chuté de 86,2 % en 1026 jours (du sommet au creux) lors de la Dépression de 1929, de 54,5 % en 386 jours en 1937. Plus près de nous, le plongeon a été de 49,1 % en 929 jours en 2001, de 56,8 % en 517 jours lors de la Grande Récession de 2008.

L’une des grandes différences cette fois-ci est cette intervention musclée des banques centrales sur les marchés financiers afin d’empêcher un assèchement des liquidités et d’éviter les déséquilibres. Une action combinée à la multiplication des programmes budgétaires visant les particuliers et les entreprises.

Des bémols

Les résultats d’un sondage Angus Reid publiés cette semaine, mené du 19 au 24 mai avec 5001 répondants, viennent témoigner d’une certaine efficacité de ces actions. On y observe que 32 % des répondants se disent en moins bonne situation financière qu’il y a un an, soit un taux comparable aux données des années antérieures. Ce qui n’empêche pas qu’ils soient 58 % à douter de la capacité du gouvernement Trudeau à éviter une récession encore plus profonde ou des dommages plus lourds à l’économie. Et 71 % à craindre une détérioration de leurs finances personnelles au cours des 12 prochains mois.

Il est vrai que tous ces efforts des gouvernements viendront grossir la dette publique les prochaines années, alors que les mesures de report des paiements ne seront pas sans conséquence pour nombre de ménages. Un peu plus de 18 % d’entre eux ont manqué ou reporté un paiement de loyer ou un versement sur hypothèque, prêt ou carte de crédit en raison de la COVID-19, écrivait-on samedi dernier.

À ces freins sur l’épargne et la consommation future s’ajoute le risque qu’une deuxième vague de pandémie de COVID-19 vienne frapper l’économie canadienne. D’ailleurs, 51 % des répondants du sondage disent s’inquiéter de voir plus de Canadiens être frappés par la COVID-19, et 49 % affirment qu’une détérioration accrue de l’économie est leur principale préoccupation. Pour les répondants, les trois grands enjeux au Canada sont les soins de santé, l’économie et la réponse à la pandémie. Le changement climatique sort des trois principaux défis pour la première fois en 15 mois, souligne l’Institut Angus Reid.


 
2 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 6 juin 2020 09 h 25

    Santé?

    La santé et les changements clilmatiquese vont de pair. Voir les écrits, lettres de Planète s'invite dans la santé.

  • Clermont Domingue - Abonné 6 juin 2020 15 h 21

    Prospective...

    Les récessions du passé nous instruisent sur la façon de résoudre les problêmes du présent. D'abord, il ne faut pas oublier que la consommation est le moteur de notre économie. Pour que ça marche, il faut que les gens achètent.Pour qu'ils achètent. ils doivent avoir de l'argent

    Par chance, le 23 février dernier, Stephen Poloz et Bill Morneau étaient ensemble à la réunion du G20 à Ryad. Contrairement à ce qui a été fait en 2008- 2009, ils ont choisi de mettre de l'argent dans les comptes banquaires des citoyens et non dans les coffres des banques. C'est ce qu'il fallait faire.Leur intervention rapide et massive a redonné confiance aux marchés et c"est ainsi que les deux machines à cash, Banque du Canada et Bourses nous ont évité une sévère récession.

    Grâce à leur étroite collaboration, le Gouverneur de la Banque du Canada et notre Ministre des Finances nous permettent de passer à travers la crise plus facilement que les autres. Pendant les derniers mois, nous avons fait des économies. les taux d'intérêt sont au plancher et la Banque du Canada peut intervenir de nouveau si nécessaire.

    L'homo économicus renaîtra très bientôt . La consommation recommencera et la roue tournera à grande vitesse. La victime sera Dame Nature...