Le péché d’indifférence

À la demande d’un candidat, le PQ et le PLQ se sont résignés à reporter ou à suspendre leur course à la chefferie en raison de la crise du coronavirus. De toute manière, dans les circonstances actuelles, on en arrive presque à oublier l’existence des partis d’opposition. Ici comme ailleurs, il n’y en a que pour les gouvernements.

Sur le plan technique, Dominique Anglade avait tout à fait raison : le numérique offrait au PLQ la possibilité de poursuivre la course sans mettre en danger la santé de qui que ce soit, mais elle a commis une faute inquiétante en proposant de maintenir l’échéance de la fin mai. Le métier de chef peut s’apprendre, mais le jugement politique ne s’enseigne pas.

Largement distancé par sa rivale, Alexandre Cusson avait évidemment intérêt à ce que la course soit reportée, même si son retard semble insurmontable. S’il n’a pas réussi à faire impression au cours des cinq derniers mois, on voit mal comment il pourrait le faire dans les cinq prochains. Il a cependant compris une chose qui avait échappé à Mme Anglade.

Alors que le Québec tout entier est mobilisé dans la lutte contre la pandémie, M. Cusson a dit trouver « inconvenant » et « irresponsable » de prioriser les considérations partisanes et de poursuivre la course comme si de rien n’était. Au PQ, Frédéric Bastien avait eu la même réaction en soulignant le danger de ressembler à l’orchestre qui continuait à jouer sur le pont du Titanic pendant le naufrage.

Depuis son élection, le premier ministre Legault a fait la démonstration que la population est disposée à pardonner une erreur si elle a l’impression qu’elle a été commise de bonne foi, mais elle n’acceptera pas qu’on semble indifférent à ses souffrances. Dans une situation aussi grave, une course à la chefferie ne peut certainement pas être considérée comme un service essentiel.

Seul le Parti conservateur n’a toujours pas compris que l’indifférence est un péché mortel en politique. En fin de semaine dernière, l’ancien ministre Erin O’Toole a ajouté sa voix à celles qui réclament le report de la course. Dans un message vidéo, il a demandé à ses partisans de consacrer plutôt leur énergie à aider leur communauté.

Le seul candidat originaire du Québec, Rudy Husny, quittera la course si le parti maintient l’échéance de mercredi pour le versement d’une somme de 300 000 $ et la présentation de 3000 signatures, jugeant inapproprié de solliciter les Canadiens dans les circonstances actuelles.

À ce jour, le comité organisateur du PC tient toujours à ce que le prochain chef soit élu le 27 juin. « C’est important pour l’intégrité de nos procédures, ainsi que pour tenir le gouvernement responsable et afin de porter la voix des Canadiennes et des Canadiens, surtout dans cette période éprouvante que connaît notre pays », peut-on lire sur le site du parti. L’avocate torontoise Leslyn Lewis croit même que la crise actuelle offrira au prochain chef une magnifique occasion de démontrer son leadership.

Au moment où le pays tout entier se met « sur pause », les conservateurs se comportent comme de véritables délinquants. D’une crise à l’autre, le grand favori, Peter MacKay, fait lui-même la preuve qu’il n’a pas l’étoffe d’un chef de gouvernement.

Il est vrai que le PC fait face à une échéance électorale plus rapprochée que le PLQ ou le PQ. La prochaine élection générale au Québec n’aura lieu que dans deux ans et demi, tandis que la longévité du gouvernement Trudeau tient au bon vouloir des partis d’opposition. Bien entendu, personne ne songerait à le renverser dans les circonstances actuelles, mais qui sait dans quel état il sortira de la crise ?

Dans l’immédiat, Andrew Scheer, qui ne s’est jamais privé de s’en prendre au gouvernement, avec ou sans raison, est le premier à reconnaître que le PC doit changer d’approche. Ce n’est pas le moment de chercher à marquer des points, dit-il, ajoutant qu’il a le devoir « de démontrer aux Canadiens que tous les politiciens sont capables de mettre la partisanerie de côté ».

Malgré leur allergie viscérale aux déficits, il n’est pas question que les conservateurs s’opposent au plan de 82 milliards que le gouvernement Trudeau soumettra à la Chambre des communes au cours des prochaines heures. « Il n’y a pas beaucoup de différence philosophique quand vient le temps de combattre un virus et de préserver la santé et la sécurité des Canadiens », a déclaré M. Scheer.

Le chef conservateur n’a pas voulu se prononcer sur l’opportunité de reporter le choix de son successeur, mais lui-même aurait sans doute préféré éviter de commencer son mandat dans un rôle de spectateur.


 
15 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 24 mars 2020 06 h 15

    Les hautes instances des partis

    Dans les grands partis politiques, à chaque fois qu'il est question des hautes instances, ça fait grincer des dents. Ces personnes non élues dont on ne connait ni les noms, ni les visages, et qui pourtant font la pluie et le beau temps dans la vie politique du monde ne vivent pas dans la même réalité que nous, elles vivent dans l'idéologie. Dans l'idéologie, il n'y a pas de place pour les bons sentiments, il n'y est question que d'intérêt et de pouvoir.

    Ces personnes appartiennent à l'ancien paradigme. Et pendant que la population est en confinement, dans consciences individuelles, accouche le nouveau paradigme. Le monde ne sera jamais plus comme avant. Les personnes qui ne comprennent pas ça seront complètement dépassées dans le nouveau monde qui émergera de la crise.

    En tout cas, c'est ce que je pense.

    • Hélène Lecours - Abonnée 24 mars 2020 10 h 33

      J'espère sincèrement que "le monde" politique en profitera pour évoluer. Le "monde" économique surtout, d'abord et avant tout. Ça ne serait pas intelligent de revenir à la case départ, mais tellement plus facile.

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 mars 2020 15 h 06

      Des personnes non élues? Elles sont élues par les membres, non?

  • Yves Corbeil - Inscrit 24 mars 2020 09 h 38

    J'allais oublié M.Taillefer

    La petite madame chez Jean Coutu au comptoir de poste canada, c'est elle qui va vous donné vos hameçons pis les napperons de votre conjointe dans deux belles boites d'amazon, faîtes lui votre plus beau sourire sous votre masque à 10 pieds, bien oui, ça a augmenté hier.

    Trump lui a-t-il augmenter ou diminuer la distance sociale chez lui pis chez amazon. Je vous dis ça de même pour votre sécurité quand vous passerez cherché vos paquets de services essentiels où «avant» on se trouvait des amis.

  • Roger Gobeil - Inscrit 24 mars 2020 09 h 39

    À propos d'Anglade

    Concernant Anglade, vous avez bien raison...«Le métier de chef peut s’apprendre, mais le jugement politique ne s’enseigne pas.»
    Pauvre PLQ!

    • Raymond Labelle - Abonné 24 mars 2020 12 h 02

      "Pauvre PLQ" - je sens que votre coeur saigne de compassion.

  • Yves Corbeil - Inscrit 24 mars 2020 10 h 28

    Les petites personnes ne comprennent rien

    Mais nous les autres devrions en profiter pour réfléchir sur nos façons de survivre artificiellement depuis des générations. La vie c'est quoi, qu'est que je veux faire pour la suite si je survis au fléau. Qui est-ce que je veux être pour la suite du monde et qu'est-ce que je peux faire pour le changer on commençant moi-même à faire des changements. Et pour cela je n'ai pas besoin de madame une telle ou de monsieur un tel. On ne s'en sortira pas tous, vous le savez, je le sais. Alors aussi bien commencer la réflexion pendant qu'on a pratiquement juste cela à faire pour que la suite du monde ne soit pas une réptition sans fin de ce qu'il se passe due à nos façons de vivre qui n'ont plus de sens dans cette direction que nous suivons depuis trop longtemps.

    Il existe une tonne de littératures sur le sujet, il n'y a pas de recettes magiques mais faut surtout pas oublié que ça va changé tout seul et qu'il faut juste être patient.

  • Claude Gélinas - Abonné 24 mars 2020 10 h 37

    La traversée du désert.

    En période de crise, comme on l'a vu en Chine, le parti fait toujours passer sa survie ou sa réelection comme pour Trump avant le bien de la population alors que ce dernier s'inquiète davantage des mouvements de la bourse et de la hausse du chômage que de la santé de ses concitoyens. Mais le coronavirus se moque des vains désirs des despotes ou des démagogues populistes comme le Président américain et du Brésilien Bolsonaro.

    Il fallait voir lors du dernier point de presse les mines déconfites de la médecin en chef et du Procureur général oblgier d'écouter la prestation du Menteur en chef rappelant haut et fort sa grande intelligence en de se prononçer malgré son inculture et son igorance sur les promesses d'un futur médicament.

    Au Québec, le PQ n'aurait-il pas été bien avisé afin d'éviter une nouvelle prolongation de reporter la campagne à chefferie sine die sans fixer une date d'échéance alors que personne ne peut prétendre connaître la fin du confinement. En ces temps d'épidémie personne ne souhaite entendre parler de campagnes à la chefferie et surtout pas celle du PCC si éloigné des préoccupations du Québec.