La COVID-19 et le PQ

Une période de crise est souvent synonyme de frustration pour les partis d’opposition, qui se voient dans l’obligation d’observer une trêve et de se solidariser avec le gouvernement. En 1998, la crise du verglas avait été pénible pour le PLQ. Daniel Johnson avait estimé que la meilleure chose à faire était de la traverser avec ses électeurs de Vaudreuil, mais plusieurs l’avaient trouvé trop discret, y compris des membres de son propre parti. Alors qu’il avait loué avec raison la façon dont Lucien Bouchard gérait la crise, le Globe and Mail lui avait reproché de ne pas avoir profité de l’intervention de l’armée canadienne pour vanter les mérites du fédéralisme.

À peine un mois après la crise, M. Johnson avait annoncé sa démission. Plus personne ne le croyait capable d’empêcher M. Bouchard, dont la popularité mise à mal par de douloureuses compressions budgétaires avait remonté en flèche, d’être réélu haut la main et de déclencher un autre référendum, où le Oui aurait eu toutes les chances de l’emporter.

Alors que le Québec est plongé dans une autre crise, l’opposition a offert sa collaboration au gouvernement, bien forcée d’admettre que le premier ministre Legault est à la hauteur de la situation, aussi bien dans les décisions qu’il a prises que dans ses communications quotidiennes avec la population.

Elle est consciente que la grande faveur dont il jouit déjà va encore augmenter, mais toute manifestation de partisanerie serait immédiatement condamnée. En attendant que la crise soit chose du passé, il lui faut prendre son mal en patience. Un jour ou l’autre, la politique finira par reprendre ses droits.

Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à suspendre ses travaux jusqu’à la fin d’avril, un des candidats à la chefferie du PQ, l’historien Frédéric Bastien, propose de retarder aussi le choix du successeur de Jean-François Lisée, dont l’élection doit se tenir entre les 15 et 19 juin. « Les gens n’ont pas la tête à ça […] On va avoir l’air de l’orchestre qui jouait de la musique sur le pont du Titanic avant le naufrage », dit-il.

Il a parfaitement raison. Déjà, le PQ donne l’impression d’évoluer en circuit fermé, à des années-lumière des préoccupations du commun des mortels. Alors que le Québec tout entier est plongé dans l’angoisse du lendemain, qui se soucie de savoir si un très hypothétique gouvernement péquiste tiendrait un référendum dans un premier ou un deuxième mandat ?

Les délégués au congrès extraordinaire ont résolu que le PQ ne devait plus se préoccuper de la « gestion ordinaire d’une province », mais on ne voit pas comment les candidats à la chefferie pourraient se désintéresser des faits et gestes du gouvernement. Ce n’est certainement pas le meilleur moment pour en faire le procès.

Sur le plan technique, il n’y a aucun obstacle insurmontable à la tenue d’une course. Le PLQ a décidé d’annuler son congrès, qui devait avoir lieu les 30 et 31 mai, mais on prévoit toujours que l’élection du nouveau chef se déroulera du 24 au 31. Les cinq débats se tiendront en l’absence de public et seront diffusés sur le site Internet du parti.

C’est presque à se demander si les libéraux ne préfèrent pas que leur course passe sous le radar tellement elle paraît de plus en plus insignifiante. Celle du PQ s’annonce nettement plus intéressante. Il serait dommage qu’elle soit totalement éclipsée par la COVID-19. De toute manière, la prochaine élection est encore loin. Même s’il est choisi seulement à l’automne, le nouveau chef aura encore deux ans devant lui.

Tenir la course maintenant pourrait compliquer davantage le nécessaire renouvellement du parti. Si les candidats ne peuvent pas tenir de rassemblements publics et que les débats sont tenus à huis clos, conformément aux directives du gouvernement, le recrutement de nouveaux membres, dont le PQ a cruellement besoin, sera nettement plus ardu.

Alors qu’elle semblait au départ opposée à tout report, la présidente d’élection, Agnès Maltais, a annoncé dimanche que la conférence de coordination se réunira vendredi prochain pour « réévaluer le calendrier et certaines règles de la course ».

Pour les candidats dont les préparatifs sont les moins avancés, comme Guy Nantel et Frédéric Bastien, il est clair que les circonstances actuelles rendent plus difficile de récolter les 2000 signatures nécessaires avant la date limite du 9 avril, mais le PQ ne peut tout simplement pas se priver de leur apport au débat. S’il gaspille cette troisième course en cinq ans, cela pourrait bien être la dernière.