La social-démocratie caquiste

Peu importe ce qu’il contient, l’autocongratulation est une figure imposée en introduction au discours sur le budget et Eric Girard n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Il semblait presque s’impressionner lui-même.

Il est vrai que la performance de l’économie et, conséquemment, l’état des finances publiques ont de quoi faire saliver ses homologues des autres provinces et enrager les partis d’opposition, même si le calme a la fâcheuse habitude de précéder la tempête et que les dispositions du budget avaient été arrêtées avant l’intensification de la crise liée à la COVID-19.

Entre lancer un avertissement et se transformer en prophète de malheur, la ligne peut être mince. Cette fois-ci, l’ancien ministre des Finances, Carlos Leitão, s’est bien gardé de prédire une récession, même si l’envie ne manquait visiblement pas. M. Girard assure que le Québec, moins endetté qu’à la veille de l’effondrement de 2008-2009, a les moyens de répondre aux éventuelles secousses de l’économie mondiale, mais personne ne peut prévoir l’ampleur des dommages qui seront causés.
 

L'analyse du budget Girard 2020 par Michel David  

Certes, il est plus facile d’être vertueux en période d’abondance. À tel point que le gouvernement Legault ne semblait pas trop savoir que faire des surplus de l’année qui s’achève. Il n’en demeure pas moins qu’il a fait mentir encore une fois ceux qui prophétisaient que l’arrivée au pouvoir de la CAQ se traduirait par un véritable démantèlement de l’État, qui ferait presque regretter l’austérité des années Couillard.

L’ancien candidat conservateur qu’est M. Girard — il préfère se décrire comme un pragmatique — doit être le premier surpris de se découvrir des airs de social-démocrate. On aurait bien du mal à retrouver la trace de gènes adéquistes dans son budget. En 2020-2021, la fameuse remise d’argent dans le portefeuille des Québécois se limitera aux 182 millions qui seront soustraits à la taxe scolaire.

Il y a quelques années, M. Legault avait jonglé avec la possibilité de ressusciter les « bons de garde » que proposait jadis l’ADQ. Quelques mois avant l’élection d’octobre 2018, l’actuelle vice-première ministre, Geneviève Guilbault, vantait encore les mérites du modèle d’affaires des garderies privées non subventionnées. M. Girard a plutôt confirmé que 3500 des nouvelles 6000 places subventionnées seront en réalité des places non subventionnées existant déjà qui le seront à l’avenir.

Entre ce qu’on peut lire dans un budget et sa traduction dans la réalité, il peut cependant y avoir de sérieuses distorsions. Cette année encore, l’augmentation des sommes consacrées à l’éducation (4,5 %) et à la santé (5,3 %) sera supérieure aux « coûts de système », mais l’argent ne constitue pas un remède à la pénurie de la main-d’oeuvre. Même si on augmente leur rémunération, où va-t-on aller chercher les professionnels et les enseignants que le réseau de l’éducation peine déjà à recruter, ou encore les préposés que s’arrachent les CHSLD ? De la même façon, le gouvernement aura beau prévoir des milliards pour le développement des infrastructures, encore faut-il que les travailleurs soient disponibles.

Un des principaux objectifs du budget était d’établir la crédibilité du plan d’électrification de l’économie et de lutte contre les changements climatiques que le ministre l’Environnement, Benoit Charette, présentera au cours des prochaines semaines. Durant la campagne électorale de 2018, M. Legault se demandait si ses petits-enfants parleraient encore français. M. Girard se demande plutôt si les siens pourront encore jouer au hockey sur des patinoires extérieures.

Sans surprise, ni Québec solidaire ni le PQ n’ont été impressionnés par son budget, que Manon Massé a qualifié d’« écoblanchiment comptable ». Peu importe ce qu’il contiendra, on peut prédire sans grand risque que le plan de M. Charette ne dissuadera pas QS de mettre à exécution sa menace de blocage parlementaire systématique à compter du 1er octobre prochain.

En réalité, la crédibilité du gouvernement à ce chapitre dépendra moins des sommes qu’il investira que de la cohérence de ses décisions. Comment pourra-t-on prendre au sérieux sa volonté d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions de GES s’il donne le feu vert au projet GNL Québec, qui annulerait d’un coup tous les efforts faits par le Québec depuis 1990 ? Sans parler du « troisième lien », qu’il est condamné à traîner comme un boulet.


 
14 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 11 mars 2020 08 h 33

    Les électeurs de la caq ne souhaitais pas des investissements massifs en environnement alors pour cette raison je trouve que la caq est audacieuse avec son programme de 7 milliards en 6 ans et une augmentation de 34% du budget du ministère de l'environnement.
    Évidemment Qs, notre parti "vert", emmuré dans la mauvaise foi, démolira le programme, bon ou non.

    Il n'y a rien de parfait et sûrement plus à faire, mais l'électrification est l'initiative qui aura un impact direct en rendant l'air du Qc plus respirable diminuant les troubles respiratoires et les allergies.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 11 mars 2020 13 h 38

      Si les électeurs caquistes sautaient tous du pont, il faudrait les suivre? C'est ce qui se passe, et heureusement qu'un parti met ses principes au-dessus de l'électoralisme qui fait des politiciens des girouettes.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 11 mars 2020 08 h 40

    La société québécoise désabusée par les gouvernements successifs a besoin d'un électrochoc!

    Emportés par leur jovialisme propre à rassurer les Québécois au moment de la présentation du budget, le PM François Legault et son ministre des finances Eric Girard n'ont pas reçu les ovations auxquelles ils rêvaient! Bref, pas de quoi fouetter un chat, encore moins d'atténuer les GES! La vision à long terme des projets n'est qu'un amas de voeux pieux, comme tous les autres, pour plus tard! Le libéral J. Trudeau parlait d'un horizon en 2050, F. Legault et son ministre de vision conservatrice québécoise, vont jusqu'en 2030! Dans quelle boule de cristal ont-ils puisé pour repousser tout espoir d'améliorer notre environnement (notre sol - les compagnies minières, notre forêt - les compagnies forestières, notre faune - les caribous en voie d'extinction, notre santé - pollutions par lrs minières et le non traitement des eaux usées et l'absence de réseaux d'aqueduc, etc.)!
    Devant cette situation abracadabrante, chargée d'illusions comme on sème à tout vent, l'autogratulation désinvolte à la vue de tous, la CAQ est en train de continuer d'affaiblir le Québec francophone : rien pour la langue et la culture françaises, rien pour le Patrimoine quel qu'il soit! En résumé, je ne puis qu'applaudir ceux qui, comme le PQ et QS, y voit là rien de consistant, ce qui correspond bien à la marque d'un conservatisme dépassé par les objectifs des nouvelles générations qui veulent du changement!

  • Sylvain Auclair - Abonné 11 mars 2020 08 h 58

    Des gênes adéquistes?

    De quoi l'ADQ était-elle gênée?

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 mars 2020 11 h 11

      Corrigé. Merci.

  • Robert Bissonnette - Abonné 11 mars 2020 09 h 01

    budget 2020

    Je suis surprise de ne pas voir dans ce budget une annonce d'argwnt injecté pour la décontamination des sols et eaux laissés en plan par les industries minières. Pour ce qui est des véhicules énergivores qui pullulent sur les routes, pourquoi pas une taxe spéciale ou un malus pour aider la non prolifération de ces véhicules? La complaisance de monsieur Girard est évidente lorsqu'il dit: les gens achètent ces véhicules pour assurer leur sécurité. Quelle sécurité y a-t-il à détruire la planète en y rejetant encore plus de gaz carbonique? Madame Manon Massé a raison de parler d'écoblanchiment économique. On paraît tellement purs lorsqu'on utilise à tout vent les mots: chamgementd climatiques.
    Ne nous décevez pas trop monsieur Legault.

    Nicole Gagné

    • Guy LeVasseur - Abonné 11 mars 2020 13 h 04

      Émission des GES : La réalité du Québec !

      Une petite statistique pour vous madame Gagné !

      Émission des GES par provinces en tonnes de CO2 par habitant :
      Source : OCDE

      Canada : 20,65
      Saskatchewan : 67,62
      Alberta : 66,67
      Nouveau Brunswick : 20,77
      Nouvelle-Écosse : 19,41
      Manitoba : 16,91
      Terre-Neuve Labrador : 16,29
      Colombie Britannique : 13,70
      Ontario : 12,60
      Ile du Prince Édouard : 12,38
      Québec : 10,13

      Le Québec se situe à peu près au même niveau que des pays comme la Norvège (10,57) ou le Danemark (9,72).
      Au niveau mondial :

      Deux pays ont largement ruiné les efforts de réduction des autres pays : la Chine et l’Inde.

      Les émissions de CO2 de la Chine et de l’Inde ont contribué respectivement à 62 % et à 15 % de l’augmentation mondiale totale entre 2005 et 2014 (dernières données disponibles).

      Sommes-nous en train de demander aux pays industrialisés occidentaux de réduire leurs émissions de CO2 pour que la Chine et l’Inde puissent continuer à émettre plus de CO2 ? Il semble bien que oui.
      https://www.journaldemontreal.com/2019/09/28/changements-climatiques-qui-est-coupable

      Au niveau du Canada :
      Le même raisonnement s’applique au Canada :
      Sommes-nous en train de demander à une majorité de provinces, dont le Québec, de réduire leurs émissions de CO2 pour que l’Alberta et la Saskatchewan puisse continuer à émettre plus de CO2 ?
      Il semble bien que oui.

      Une évidence se dégage : même si 8 des 10 les provinces canadiennes réduisaient encore, disons de moitié, leurs émissions de gaz à effet de serre, cette réduction serait insuffisante pour compenser les émissions de CO2 de l’Alberta et de la Saskatchewan.

      Référence sur les GES par provinces par habitant :
      https://tof.cx/images/2019/09/28/5f0122b53c4a5852d9fd951fcb1ebc51.jpg

  • Pierre Grandchamp - Abonné 11 mars 2020 12 h 27

    Un technocrate en éducation gérant son ministère comme une petite PME

    En lisant le budget, on se rend compte, encore une fois, de politiques nouvelles en éducation, sans consultation avec le milieu.

    Je déplore, au plus haut point, cette façon *dictatoriale* et aux allures de snobisme de gérer l'Éducation. Ce ministre a toujours raison et il faut faire à la vitesse grand V. Pendant ce temps-la, où est le ministre de l'Enseignement supérieur?

    Imaginez, un instant, que la ministre des Affaires municipales se comporterait ainsi.

    Au début des années 60, il a fallu une Commission d'enquête, qui a consulté un paquet de monde, comme la Commission sur la DPJ, puis a fait des recommandations....avant que le gouvernement chambarde tout. Qu'Il suffise de rappeler la loi 40 «mammouth» de 312 articles qui modifiait 80 lois et qui a subi de très nombreux amendements dont plusieurs, à la dernière minute, en pleine nuit.

    C'est le modus operandi d’un gouvernement « qui impose ses politiques » et « qui élimine les contre-pouvoirs ».