Résorber la pénurie de profs

En ces pages, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a déclaré la semaine dernière que la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit dans les écoles du Québec sera son plus grand défi en 2020. Il a aussi affirmé ne pas voir de solution à court terme à ce problème, qui selon lui ne pourra pas se résoudre avant « quelques années ».

J’ai moi-même, il y a peu, écrit ici même que la pénurie d’enseignants n’était rien de moins qu’une urgence nationale, c’est dire si je partage le point de vue du ministre sur la gravité de la situation.

Mais je pense aussi qu’on ne peut se permettre d’attendre quelques années et que cette dramatique situation appelle dès à présent des actions vigoureuses et des mesures extraordinaires. Elles sont à notre portée.

Modestement, et sans prétendre à rien d’autre qu’à alimenter la réflexion, voici des choses que l’on pourrait immédiatement faire et qui permettraient une solution relativement rapide au problème.

Ce que je suggère suppose, cela va sans dire, la collaboration et la bonne foi de tous les intervenants, qui acceptent, au nom du bien commun et de celui des enfants du Québec tout particulièrement, d’en faire un peu plus et de travailler ensemble pour résoudre une situation exceptionnelle.

Quelques modestes propositions

La première chose à faire est d’obtenir, très rapidement, des écoles et d’autres instances compétentes, un bilan précis de la situation. Où manque-t-on d’enseignants ? De combien en manque-t-on ? À quels niveaux, précisément ?

Cela fait, on annonce le lancement d’un programme national exceptionnel de recrutement d’enseignants d’une durée d’un an.

On estime, compte tenu des échecs et des désistements dans le programme, le nombre de personnes qu’il faudra admettre, et pour quelles disciplines. Le MELS et les universités décident conjointement des critères d’admission. Au secondaire, par exemple, on pourra exiger un baccalauréat dans la discipline à enseigner. Dans tous les cas de figure, je présume qu’un baccalauréat sera minimalement exigé.

À l’automne prochain, le programme est lancé. À cette session, on demande aux universités un effort particulier. Il s’agira de donner aux candidats une formation jugée de base, indispensable pour pouvoir mettre les pieds dans une école comme possible futur enseignant.

Je suggère qu’on offre pour cela cinq cours de trois crédits. Lesquels ? Je propose, mais cela reste matière à discussion, que ces cours portent sur les sujets suivants : l’histoire de l’éducation au Québec et de ses institutions et structures actuelles ; le programme de formation de l’école québécoise ; le curriculum que le candidat sera appelé à enseigner ; la philosophie de l’éducation ; les méthodes pédagogiques et l’initiation à la didactique.

À la rentrée de l’hiver commence la deuxième phase de ce programme de formation. Les candidats sont alors stagiaires dans une école. Ils sont rémunérés, comme cela se fait dans d’autres domaines. Les écoles auront préalablement choisi, pour chacun d’eux, un mentor. Celui-ci (ou celle-ci) est un enseignant expérimenté et reconnu dans son milieu pour l’excellence de son travail. Il touchera une prime pour l’importante tâche qui sera la sienne : initier le novice à son futur métier, lui en montrer les ficelles, lui apprendre des trucs et astuces, lui confier des leçons et commenter ses prestations, et ainsi de suite.

Durant ce temps, ces stagiaires poursuivent leur formation. Ils ont cinq autres cours à réussir. Les universités doivent faire un effort pour proposer une offre et un horaire de cours qui conviendra. Ces cours peuvent être suivis les soirs, les fins de semaine et, au besoin, l’été qui suivra, alors que les dix cours de l’exceptionnel certificat en enseignement devront avoir été réussis.

Quels cours, exactement ? Là aussi, il y a matière à discussion. Disons, pour me mouiller : deux cours de didactique ; un cours sur l’art de s’informer de manière critique sur les sujets à propos desquels un enseignant doit se tenir informé durant toute sa carrière ; un cours sur la psychologie de l’enfant ou de l’adolescent, selon le niveau auquel enseignera le candidat ; et un cours au choix.

Nous sommes à la rentrée de l’année suivante. Après leur stage de presque six mois, nos candidats entrent en classe comme enseignants réguliers. Ils seront en probation durant cette année scolaire et seront toujours accompagnés et supervisés par leurs mentors. Ils seront tout au long évalués par les autorités compétentes. Si tout se passe bien, ils deviendront des enseignants réguliers l’année suivante.

Voilà des mesures exceptionnelles pour résoudre une situation exceptionnelle. Elles permettraient, si je ne me leurre pas trop, de la résoudre rapidement.

Il va sans dire que, pour que cette désolante situation qui est aujourd’hui la nôtre ne se reproduise plus, pour contrer la désertion professionnelle qui en est une des causes, il faut rendre la profession attrayante. Améliorer les salaires et les conditions de travail sont au nombre des éléments qui pourraient permettre de résoudre ce problème.

La perle de la semaine

D’un enseignant en histoire.

À la question « Quelles valeurs actuelles étaient véhiculées par les penseurs humanistes de la Renaissance ? », un élève, tiquant sans doute sur le mot « véhiculé », répond : « Ben voyons, ils avaient pas d’autos dans ce temps-là. »


 
31 commentaires
  • Michel Laforge - Abonné 25 janvier 2020 02 h 04

    Docimologie

    Je lui ajouterais tellement un cours de docimologie.

    La sensation de contrôle, de connaître, de comprendre comment une évaluation ministériel fonctionne donnerait du pouvoir aux futur.es enseignant.es. Connaître les limites et le fonctionnement d'un instrument mesure ne peut qu'induire du bon pour ceux qui le reçoivent mais est encore plus essentiel pour ceux qui le prescrivent. Pourquoi le ministère modère-t-il les notes, par exemple?

    Par la suite, en partie, expliquer aux élèves le fonctionnement de l'évaluation ministériel, c'est leur transférer ce pouvoir.

    Beaucoup d'élèves en échec avaient une excellente note à leur bulletin. Après avoir modéré leur évaluation, ils se retrouvent en échec. Pour d'autres, c'est le contraire. Par exemple, une note dans le bulletin de 48% deviendra un 66% dans le relevé du ministère après modération même si le résultat à l'examen du ministère était de 61%. Pourquoi? Comment? Que s'est-il passé?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 25 janvier 2020 13 h 57

      @ M. Laforge

      Vous parlez, ici, de "la modération" appliquée aux matières objets d'examens uniformes du Ministère de fin secondaire" Surtout secondaire 4 et secondaire 5?

    • Cyril Dionne - Abonné 26 janvier 2020 07 h 45

      Le titre de la chronique était « Résorber la pénurie de profs » et non pas combien d'anges peut-on placer sur la tète d'une épingle éducationnelle. Parler d’évaluation sous-entend que nous avons les enseignants qualifiés pour le faire. Idem pour tous les autres cours suggérés.

      S’il y a plus de 20% des enseignants qui quittent la profession durant les 5 premières années, un phénomène qu’on retrouve partout non seulement au Québec, mais aussi dans le ROC, la suggestion de « stagiaires » de M. Baillargeon devient essentielle pour amener les futurs enseignants vers la terre promise. Là où je décroche tout simplement, c’est la multitude de cours d’appoint que plusieurs ont suggéré. Retenons seulement deux sujets de la liste suggérée par M. Baillargeon, soit le curriculum que le candidat sera appelé à enseigner et les méthodes pédagogiques. Pour le reste, c’est de l’enrichissement personnel. Pour la gestion de classe, l’individu l’apprend très rapidement lorsqu’il fait face à une classe par lui-même et c’est là qu’il réalise si enseigner est pour lui. L’art d’enseigner, c’est de créer une et des relations avec ses élèves pour les amener à se convaincre que c’est eux qui veulent apprendre. J’ai appris plus en quelques mois de stages que toutes les années passées à étudier la pédagogie à l’université. En fait, c’est ce que j’aimais faire et non pas passer mon temps à apprendre des cours inutiles. On n’apprend pas à couper des atomes en deux avec ces cours de pédagogie. On pourrait aussi revoir l’archaïque concept des commissions scolaires qui a fait son temps.

      Enfin, si le statut de permanence n’est pas abordé et que si les conditions de travail, le salaire, le régime de pension, les avantages sociaux ne sont pas au rendez-vous, vous pouvez être assuré que plusieurs enseignants quitteront le Québec pour aller enseigner ailleurs. On parle de pénurie et il y a présentement 4 400 enseignants formés au Québec, des Québécois pure laine, qui enseignent en Ontario.

  • Eliise Lapointe - Inscrite 25 janvier 2020 07 h 43

    Il ne faut pas oublier...

    ... Un cours sur la gestion de classe. Car piloter un groupe avec ses énormes défis, c'est essentiel.
    (Histoire de l'éducation est un peu superficiel dans le contexte de pénurie pour l'avoir suivi dans mon propre parcours)

    ...Il est à noter que l'enseignant mentor ne sera propablement plus à la même école l'année suivante, considérant la précarité des emplois.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 25 janvier 2020 07 h 49

    Et pourquoi pas une formation spécifique après un DEC professionnel?

    Des diplômées en techniques en service de garde pourrait suivre une formation(certificat ????) pour enseigner au pré-scolaire, et peut-être à l'élémentaire? Ou même après une technique en éducation spécialisée?

    Dans les années 60-70, j'ai connu des gens venus à l'enseignement au secondaire après une formation équivanete au DEC professionnel actuelle, en techniques physiques (électronique, électricité....etc). Ces gens-là sont allés chercher leur certificat en pédagogie à temps partiel. Ils furent d'excellents profs en maths et en sciences.

    J'ai débuté, dans l'enseignement, en septembre 1960. La situation actuelle me rappelle celle des années 60 et 70.

  • Irène Durand - Abonnée 25 janvier 2020 07 h 54

    Excellente idée.

    J'espère que le Ministre de l'éducation prendra la peine de lire cette excellente suggestion qui laisse place à la discussion.

  • Gilbert Talbot - Abonné 25 janvier 2020 08 h 05

    Comment devenir un bon prof?

    Pour devenir un vrai bon enseignant, il faut avoir la vocation, disait-on au temps de ma jeunesse. J'ai été enseignant pendant trente-cinq ans au cours desquels j'ai pensé souvent à démissionner. Heureusement nous avions droit à des années sabbatiques, qu'on se payait soi-même, en épargnant sur notre propre salaire. Cette année-là nous permettait de décanter et/oú parfaire notre formation.

    Aujourd'hui, la vocation ne semble plus être aussi forte qu'avant, les démissions sont plus fréquentes et les engagements pas assez grands. Je ne sais pas si le programme que vous proposez pourra solutionner quoi que ce soit. Moi, je n'ai reçu aucune formation pédagogique, ( ce n'était pas exigé au cégep) ni aucun mentor. J'ai appris sur le tas et je suis devenu est très bon enseignant, selon les feed-back de mes élèves et de mon milieu.
    Il faut laisser du "lousse" à l'enseignant. Lui permettre d'expérimenter, de créer, de faire des erreurs et de s'auto-corriger. Le travail d'équipe peut aider, si l'équipe est solide, ce qui n'est pas toujours le cas.
    On apprend davantage de ses erreurs que de la formation théorique.
    Par contre, au cours de mon auto-formation, mon mentor en philosophie de l'éducation à été: John Dewey et son livre: Démocratie et éducation, je vous le recommande, il est toujours pertinent, me semble-t-il.