Élection partielle: presser le citron

Au printemps dernier, le premier ministre Legault avait justifié le recours au bâillon pour faire adopter le projet de loi sur la laïcité par la nécessité de mettre fin à un débat qui divisait la société québécoise depuis trop longtemps.

M. Legault lui-même ne semble cependant pas pressé de « passer à autre chose ». Après avoir forcé les partis fédéraux à en faire un enjeu de la dernière campagne électorale, au grand bénéfice du Bloc québécois, il voit maintenant dans l’élection partielle du 2 décembre dans Jean-Talon une occasion pour les électeurs de démontrer une nouvelle fois leur appui à la loi. Selon lui, une victoire de la CAQ signifiera : « On vous soutient sur la loi 21 pour interdire les signes religieux. »

Manifestement, il entend presser le citron au maximum en plaçant le PLQ, lui-même divisé sur la question, en porte à faux avec la majorité des Québécois. Ce ne sera pas le seul enjeu de l’élection, a-t-il concédé, mais c’est quand même le premier qui lui est venu à l’esprit.

On ne change pas une recette gagnante. S’il était de bonne guerre de mettre Justin Trudeau en demeure de ne pas se joindre à la contestation de la loi devant les tribunaux, le débat est bel et bien clos à l’Assemblée nationale. Ceux qui s’opposaient à l’interdiction du port de signes religieux par les agents de l’État en position d’autorité reconnaissent néanmoins que le Québec doit décider seul des règles de son vivre-ensemble. M. Legault devrait maintenant penser à la réconciliation plutôt qu’à tourner le fer dans la plaie. Il sera toujours temps de remonter aux barricades le jour où la loi sera invalidée par les tribunaux.


 

L’entourage de M. Legault avait poussé un soupir de soulagement l’an dernier, quand la CAQ avait réussi à faire élire Chantal Rouleau dans Pointe-aux-Trembles et Richard Campeau — de justesse — dans Bourget, mais cela ressemblait à l’exception qui confirme la règle. Former un gouvernement sans représentant élu dans la métropole aurait été embarrassant.

Au lendemain de l’élection fédérale, le premier ministre a tenté de banaliser la division que la nouvelle carte électorale a mise en lumière encore une fois en expliquant que le clivage entre la ville et le monde rural existe partout dans le monde.

Il ne faut pas déformer la réalité simplement parce qu’elle est déplaisante. La fable de La Fontaine Le rat de ville et le rat des champs atteste en effet que ce phénomène n’est pas nouveau. Sauf que ce n’est pas ce dont il s’agit ici. Le Québec n’est pas divisé entre la ville et la campagne, mais entre Montréal et tout le reste. Québec, Sherbrooke ou Rimouski sont aussi des villes, mais la réalité de la métropole est totalement étrangère à la leur.


 

Le taux de satisfaction à l’endroit du gouvernement Legault est tel que la CAQ n’a pas besoin de presser le citron de la laïcité pour l’emporter dans Jean-Talon, où Joëlle Boutin avait déjà chauffé l’ancien ministre de l’Éducation Sébastien Proulx, lors de l’élection du 1er octobre 2018. La dernière campagne fédérale a encore renforcé le prestige de M. Legault, et il y a longtemps que les Québécois n’avaient pas eu l’agréable impression que les choses vont mieux ici que dans le reste du Canada.

Il n’est pas plus nécessaire de faire le procès de cette pauvre Gertrude Bourdon. M. Legault n’a pas pu s’empêcher d’ironiser sur le magasinage de la candidate libérale, qui doit se mordre les doigts d’avoir choisi le camp libéral, disant espérer que « Gertrude » ne téléphonera pas à son chef de cabinet tous les deux jours. Il est vrai que Mme Bourdon n’avait pas très bien paru dans cette histoire, mais il y a assez de transfuges autour du premier ministre pour qu’il se garde une petite gêne.

Depuis un an, le PLQ n’a rien fait pour se reconnecter à l’électorat francophone. À cet égard, la défection de Sébastien Proulx a valeur de symbole. Perdre cette circonscription qui a toujours voté libéral depuis plus de cinquante ans ou, pire encore, terminer troisième serait de très mauvais augure pour la suite des choses.

Pascal Bérubé a déclaré que les électeurs ne verront pas l’utilité d’élire un 76e député caquiste, mais il y a de fortes chances qu’ils voient encore moins l’intérêt d’élire un 10e député péquiste, alors que l’existence même du PQ semble aussi incertaine. Déjà en 2018, son candidat, Sylvain Barrette, qui est à nouveau sur les rangs, avait terminé quatrième, derrière son adversaire de Québec solidaire. Rien ne laisse croire qu’il en ira autrement cette fois-ci.

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40 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 29 octobre 2019 05 h 59

    M. David semble avoir pris pour acquis, alors qu’il n’en est rien...


    Tant que le dossier sera dans l'air de contestation pour Ottawa. Tant et aussi longtemps que le PLQ qt QS vont continuer à encourager leurs membres à contester la loi 21.

    Tant et aussi longtemps que ceux viennent trouver refuge au Québec ne respecteront pas leur terre d'accueil et ses habitants.Tant et aussi longtemps qu'ils seront encouragés par les politiciens fédéraux, provinciaux et les médias à dénigrer ceux qui ont développé le Québec, cette société distincte, malgré des contraintes politiques historiques.

    Il est permis de penser et dire que le climat social ne fera que s'envenimer et s'aggraver au fil du temps tant et aussi longtemps que les juges de la Cour Suprême du Canada ne donnerons pas raison à la loi 21 et que le militantisme islamique sera à l'œuvre.

    • Gilles Théberge - Abonné 29 octobre 2019 12 h 58

      Pour que les juges de la Cour Suprême donnent raison au Québec, ça va prendre autre chose que des neuvaines.

      Il va falloir que ces juges, nommés par le fédéral, et qui dans certains cas ne comprennent pas la langue et la culture dans laquelle le dossier est présenté s'abreuvent à autre chose que la constitution canadienne. Et ça c'est pas gagné. Je dirais même que c'est perdu d'avance.

    • Christian Montmarquette - Abonné 29 octobre 2019 14 h 52

      "Le Québec, cette société distincte.." - Raynald Rouette

      La xénophobie n'a rien de distinct ni d'original.

      Elle est largement répandue à travers le monde.

    • Claude Bernard - Abonné 29 octobre 2019 15 h 34

      Quand les juges se seront prononcés, il y aura des heureux et des malcontents.
      Une loi partie sur une fausse base, sans données probantes, sans arguments valables pourrait quand même être légale.
      Ou illégale malgré la clause 33.
      C'est une lotterie, comme tous les procès.
      Loin de mettre fin à un débat incendiaire et identitaire, les gens ne changeront ni d'idée, ni d'opinion: ce qui est en jeu dépasse l'individu; la survie d'un peuple est en balance; ou il sera ¨distinct¨ou il ne sera pas.
      On dira: c'est être distinct à petit prix (est-ce de l'étapisme?).
      Le premier pas est le plus dur, après on continue; continue quoi? L'affirmation nationale ou l'indépendance?
      Avant d'être libre il faut exister; or si l'existence précède l'essence, Fernand Dumond, vilipendé pour cela, écrivait que «les Canadiens français n'ont jamais formé un peuple».
      Qu'il ait eu raison ou non importe peu; il doit cependant nous faire réfléchir.


      29.10.19micheldavid

    • Jean-Henry Noël - Abonné 29 octobre 2019 15 h 35

      La Loi 21

      Le sujet de l'urne ? C'est pour le moins excessif. La loi a été challengée devant les tribunaux. Il faut attendre. Éventuellement, Ottawa interviendra. C'est la position de M. Trudeau. Une démocratie libérale est tenue de protéger ses minorités. Evidemment, la CAQ et ses afficionados fidèles préfèrent les élus aux nommés. Cette position frise la dictature : la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) est absolue en démocratie.

      Cella ne m'étonne pas que M. Legault se soit permis de critiquer l'Espagne pour l'emprisonnement des leaders indépendandistes catalans, alors que c'est la Cour Suprême espagnole qui en a décidé ainsi. Depis quand on interfère dans les affaires d'un pays démocratique ?

      Point de vue d'un séparatiste rivé sur un passé révolu. Quand donc M. Legault se rendra-t-il compte qu'il n'est pas le président du Québec (une démocratie bancale, celle de la majorité francophone) mais le plutôt le premier ministre d'une province ? Cela l'aidera sûrement à cesser de déblatérer.

  • Claude Bariteau - Abonné 29 octobre 2019 06 h 22

    Si le PM Legault presse encore et encore le citron, c’est qu’il lui a permis à étendre ses pieds bien assis dans le carré de sable vidé des outils introduits par le Québec quand les Charest et Couillard ont fait la job de bras pour le gouvernement canadien en répandant même le sable hors de ce carré.

    Depuis 1995, le Québec régresse les yeux fixés sa porte arrière donnant vue sur le passé. Comme à l’époque de l’entrée de la télévision dans les foyers du Québec, M. Legault se mit à giguer dans le carré de sable sans se rendre compte que la musique d’antan n’était plus celle qu’aimaient les gens qui ont applaudit son audace.

    Ce PM n’a hélas rien compris de tout ça. Aveuglé par ces mains qui se frappent au-dessus de sa tête, il eut l’impression que ça se passe mieux dans le carré de sable que dans le reste du Canada.

    Il se mit à penser qu’en jouant dans un carré de sable dégarni les Québécois, qu’il voit en « canadiens français », sortiraient même leurs vêtements des penderies pour giguer avec lui. Il le dit et redit avec des lunettes bleutées qui l’empêchent de voir que le Québec est en régression que ses « steppettes » accélèrent au grand plaisir du Canada.

    C’est ce à quoi conduit le pressurage du citron. Si l’élection partielle de Mme Guilbault présagea le retour du fantôme, une victoire de la CAQ dans Jean-Talon sera l’apothéose pour ce parti, car elle coiffera d’un toit le carré de sable pour y giguer durant tout l’hiver qui s’annonce.

    Le Québec de la CAQ a pour horizon un carré de sable dégarni recouvert où qui gigue un PM à la courbette facile à tout venant, surtout les gens d’affaires et les politiciens canadiens qui respectent sa zone de confort.

    Une zone au demeurant mortifère qui n’invite pas tous les habitants du Québec à penser à l’horizon qu’est un pays. Et ça, c’est ce que cherchait les Charest et les Couillard pour renforcer le Canada.

    • Claude Bariteau - Abonné 29 octobre 2019 08 h 27

      Corrections : 1) 2ième paragraphe, lire « les yeux fixés sur sa porte » et enlever le t à applaudit ; 2) 6ième paragraphe, lire « où y gigue »; 3) dernier paragraphe, lire « cherchaient les Charest... »

      Mes excuses.

    • Clermont Domingue - Abonné 29 octobre 2019 11 h 13

      Bravo pour votre allégorie! Les courbettes et stépettes du PM ne nous rapprochent pas du pays que vous souhaitez et que j'ai souhaité pendant cinquante ans. Voyez-vous, les immigrants font des petits Canadiens et peu de petits Québécois. Si vous regardez bien ce qui se passe sur l'île de Montréal, vous comprendrez que nous serons morts tous les deux avant que les indépendantistes ne gagnent un prochain référendum.

      Legault lachera bientôt l'os de la laĩcité;il n'y a plus de viande après.

      La viande,c'est la négociation des conventions collectives, les besoins des vieux toujours plus nombreux, les listes d'attente pour se faire soigner,les enfants en dfficulté,le décrochage scolaire, les retraités qui dépensent rapidement leurs REER, la main d'oeuvre non qualifiée, l'amaigrissement de la péréquation et le courant de droite qui envahit mëme les pays qu'on croyait sociaux-démocrates.

      C'est l'argent qui mène le monde. Justin et François ont de bien petits pouvoirs... Le voile d'une jeune musulmane est-il plus important que le réchauffement climatique?

    • Claude Bariteau - Abonné 29 octobre 2019 12 h 36

      L'argent, oui l'argent fait rêver les jeunes et les moins jeunes.

      En avoir toujours plus isole dans une tour imaginaire où ça prend des jumelles pour voir, par en bas, ce qui se passe chez les moins nantis, les gagne-petit, les malades et ceux et celles qui s'esquintent à donner des services de qualité alors que les nantis se faufilent dans des institutions privées subventionnées pour abaisser les coûts de leur isolement.

      Les résultats des élections de 2019 n'ont pas dressé un mur rouge à Montréal. Elles ont témoigné de la peur de voir un pouvoir bleu à Ottawa. Quant à celle de 2018, elles ont dit, dans le Grand Montréal, que le PLQ s'est comporté en poltron, que QS parlait mieux que le PQ le langage des moins nantis et que la CAQ collait mieux aux attentes en région où on pensait encore jouer dans le carré de sable.

      Tout ça résulte de la peur de revoir un PLQ et un PC au pouvoir.

      La peur est un réflexe devant le vide. Devant ce vide, le BQ est réapparu non en bouée de sauvetage ou en avion distributeur de billets de la reine. Plutôt comme un revenant qui n'entend pas errer sur la colline parlementaire, prêt à faire voir un Québec en régression et désireux de mettre la main à la pâte pour quitter un carré de sable mortifère avec un autre cap qu'Ottawa comme horizon.

      Et ça, ce n'est pas une question d'argent. C'est un rapport à la vie dans un univers où elle est en réel danger partout sur la planète à cause précisément de l'argent dont se remplissent les poches les multinationales avec la collaboration des politiciens qui valorisent l'argent. Trudeau, comme Scheer et Legault, le font comme leurs partis qui s'en nourrissent. Il faut un peu plus de colonne vertébrale et de liens entre ceux et celles qui en ont pour se tenir debout face à eux.

      C'est cette pâte qu'il faut faire lever.

  • Daniel Vézina - Abonné 29 octobre 2019 07 h 02

    Et vous savez quoi, c'est parfait comme ça.

    Inversement, cela faisait plus de 20 ans que le PLQ pressait le citron de la souveraineté pour contrer les votes péquistes
    alors ce n'est qu'un jouissif retour d'ascenceur contre ces anti-nationalistes, anti-francophones, anti pas mal tout
    ce qui existe pour revendiquer notre différence dans ce foutu pays...

  • Gilbert Talbot - Abonné 29 octobre 2019 08 h 29

    À beau mentir qui vient d'un autre parti

    Encore des élections! Et en plus on va nous servir des plats réchauffés, avec des candidats qui se sont déjà présentés. Moi, si j'étais de ce comté, je n'irais même pas voter tellement ça sent le ranse des plats qui ont collé au fond. M. Legault, vous n'avez pas encore compris: la question de l'heure, ce n'est pas la laïcité, c'est l'urgence climatique. Si jamais je me décide à aller voter, ce sera pour le Parti qui en fera vraiment sa prioruté.
    Deuxièmement, M. David, vous n'en parlez pas, mais ça fait Parti du même sujet: le candidat ou la candidate de QS n'est pas encore choisi-e.. L'assemblée d'investiture à lieu ce soir. Là il y a du nouveau: Manon Massé s'en mêle et y propose son candidat, un conseiller de Labeaume, au détriment de celui qui était là lors de la dernière élection. Ça aussi ça sent mauvais. QS commence à se comporter comme un vieux Parti, alors qu'il est clair dans ses statuts et dans sa jeune tradition, que les porte-paroles n'interfèrent pas dans les décisions des membres. Décidément, je crois bien que je vais passer mon tour pour ce coup-ci.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 29 octobre 2019 08 h 33

    Le ROC, le RDQ et Montréal!

    Après l'élection de J. Trudeau comme PM minoritaire d'un dominion éclaté, grâce à une partie seulement du ROC et des anglophones montréalais, c'est au Québec maintenant que nous assistons à une joute politique entre la CAQ et le PLQ! Bien que moins flamboyante que la première où la mise en scène frisait le ridicule, c'est un plan de match idéal pour François Legault qui veut ainsi éliminer un comté libéral, en ajouter un à son palmarés et renforcer la loi 21 sur la laïcité!
    Déjà on ne parle plus du Bloc québécois qui veillera au bien du Québec dont le PM en fera autant avec son vis-à-vis le PM du Dominion! M. David annonce que le Parti Québécois fut quatrième la dernière fois, après Québec solidaire! Peut-on enfin espérer que le PQ, dont plusieurs anciens membres qui font partie le CAQ, puisse avoir un coup de pouce des indépendantistes du Bloc, à moins carrément de jeter la serviette! Renaître de ces cendres, est-ce encore possible?
    Commme d'autres irréductibles, en particulier ceux du RDQ, j'y crois! Le problème c'est Montréal et son noyau de radicaux anglophones que protégent la Constitution britannique! Pire, ils sont mêmes soutenus par les francophones élus du PLQ, lequel parti semble coincé avec ses accointances anglaises qui priment contre une avancée de la langue et de la culture françaises! Que Jean Talon devienne péquiste est probablement utopique, mais qui sait si les indépendantistes régionaux n'en n'ont pas marre de ce giron vestige de l'impérialisme britannique!
    VLQF!