Une neutralité gênante

Andrew Scheer a beau répéter qu’Yves-François Blanchet tournera le dos à François Legault et reprendra la lutte pour l’indépendance dès le 22 octobre, il n’arrivera pas à convaincre que l’élection de lundi prochain a un quelconque caractère référendaire, même si la grande majorité des souverainistes vont en effet voter pour le Bloc québécois.

On peut très bien comprendre que le chef conservateur soit frustré de voir le Bloc lui subtiliser le vote caquiste sur lequel il croyait pouvoir compter, mais la question nationale a été complètement absente de la campagne qui s’achève, comme elle avait été évacuée de l’élection québécoise du 1er octobre 2018.

Les derniers événements survenus en Catalogne ont cependant donné à M. Blanchet une occasion inattendue de réintroduire dans le débat la question du droit des peuples de disposer librement de leur avenir, en sommant les chefs des autres partis, en commençant par le premier ministre Justin Trudeau, de dénoncer les lourdes peines d’emprisonnement que le Tribunal suprême espagnol a imposées aux dirigeants indépendantistes catalans qui ont organisé le référendum du 1er octobre 2017.

M. Trudeau s’y est refusé, faisant valoir qu’il s’agissait d’une affaire interne espagnole. La réaction de M. Blanchet n’a pas tardé. « Le premier ministre du Canada, grand champion des valeurs humaines, des droits humains, de la démocratie, va se ratatiner dans le coin plutôt que de dénoncer l’État espagnol. C’est pas grand-chose d’autre que honteux. » Encore un masque qui tombe, dirait M. Scheer.

 

M. Trudeau s’était réfugié dans la même neutralité en 2017, quand les policiers espagnols avaient matraqué des électeurs qui voulaient exercer leur droit de vote. Cette fois-là, c’est Jean-François Lisée qui avait exprimé la gêne que causait cette dérobade. « Quelle crédibilité aura demain Justin Trudeau pour reprocher à la Chine ou à la Russie d’emprisonner des dissidents ou de rester muettes devant l’assassinat de journalistes si nous n’avons pas le cran de dire à un pays démocratique qu’il ne devrait pas user de brutalité contre ses citoyens ? » avait demandé le chef du PQ.

Élu deux semaines plus tôt, le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, avait également condamné la dérobade de M. Trudeau. « On doit parler des droits de la personne, on doit être un leader à travers le monde », avait-il déclaré, ajoutant que le droit à l’autodétermination était l’un des droits les plus importants.

Le gouvernement canadien est loin d’avoir été exemplaire lors du référendum de 1995, et les moyens qu’Ottawa a pris pour faire la promotion du fédéralisme dans les années qui ont suivi s’apparentaient au banditisme, comme en témoignent les condamnations imposées à plusieurs protagonistes du scandale des commandites.

Que ce soit en 1980 ou en 1995, personne n’a cependant envisagé d’empêcher la tenue d’un référendum ni de décourager les électeurs de se rendre aux urnes par la violence. On ne peut cependant s’empêcher de penser que le refus obstiné de condamner les dérives antidémocratiques de l’État espagnol traduit au moins autant la crainte que l’exemple catalan devienne contagieux que le souci de ne pas s’ingérer dans les affaires internes d’un pays allié.

 

Même si cette affaire n’aura aucune influence sur les résultats de l’élection fédérale, on ne peut que noter encore une fois la coïncidence entre la sortie d’Yves-François Blanchet et la réaction de François Legault, qui s’est empressé lui aussi de condamner l’extrême sévérité de la justice espagnole.

La réaction des partis représentés à l’Assemblée nationale atteste également que la recomposition du paysage politique québécois consécutif à l’élection de l’an dernier n’a pas altéré les vieux réflexes. À son habitude, le PQ a senti le besoin de renchérir sur la CAQ en évoquant la triste époque de Franco, tandis que le PLQ a aussitôt vu dans les propos de M. Legault une réminiscence de son passé souverainiste.

Il est vrai que la porte-parole libérale en matière de relations internationales, Paule Robitaille, n’est pas la plus nationaliste du caucus et que les libéraux ont toujours donné l’impression de défendre du bout des lèvres le droit à l’autodétermination. En 2017, Philippe Couillard avait déjà refusé de blâmer l’État espagnol, mais il était tout aussi gênant d’entendre Mme Robitaille justifier la non-ingérence en disant que l’Espagne est un pays souverain, un État démocratique et un État de droit. Les États-Unis correspondent aussi à cette définition, mais ce n’est pas une raison pour assister sans mot dire aux méfaits de Donald Trump.

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42 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 17 octobre 2019 04 h 52

    L'angle mort du nationalisme québécois

    L’excellent chroniqueur du Devoir rappelle que « les moyens qu’Ottawa a pris pour faire la promotion du fédéralisme dans les années qui ont suivi [le référendum de 1995] s’apparentaient au banditisme, comme en témoignent les condamnations imposées à plusieurs protagonistes du scandale des commandites ». Il a bien raison. Cependant, personne ne s’intéresse à la déclaration de Jean Chrétien à l’effet que ce fameux Programme des commandites n'était qu'un « volet d’une stratégie plus vaste. »

    Beaucoup plus vaste, en effet.

    Au printemps de 1996, un groupe de travail post-référendaire fut mis sur pied à Ottawa au sein du Conseil Privé. En grand secret, ce dernier a coordonné durant une quinzaine d’années l'énorme machine administrative fédérale conscrite dans une Guerre de l’information à l'encontre de divers irrédentismes au pays. Bien entendu, la cible principale consistait à en finir avec l’identité québécoise pour la remplacer par une identité « canadienne francophone ».

    Des milliards de dollars furent engloutis dans cet effort visant à éliminer au pays tout sentiment national autre que canadien. Cependant, où trouve-t-on des gens au Québec pour s’intéresser à cette affaire ? Pratiquement nulle part. L'angle mort du nationalisme québécois consiste à se désintéresser superbement de cette offensive identitaire protéiforme du gouvernement fédéral.

    Au cours de la Deuxième guerre mondiale, durant la Bataille d’Angleterre, les instructeurs britanniques disaient aux pilotes de chasseurs de la RAF, au sujet des avions ennemis : « C’est celui que tu ne verras pas qui te tuera ». Ils parlaient d'expérience.

    • Claude Bariteau - Abonné 17 octobre 2019 10 h 52

      Ce programme, comme vous l'écrivez, était très vaste. Il visait quasi tous les secteurs névralgiques du Québec et s'appuyait sur un service de dépistage des indépendantistes sous la direction du ministre Dion.

      Il a même déclaré à la Commission Gomery que les commandites étaient qu'une distraction dans cet ensemble qui visait à empêcher toute relance du projet d'indépendance.

      Ça couvrait même de l'interférence dans les activités du gouvernement du Québec. Je me souviens d'une information que m'a transmise un chercheur réputé travaillant à Ottawa. Cherchant à obtenir une loi votée par le gouvernement du Québec, il reçu la copie en provenance des services du Canada sans l'avoir demandé.

      C'est vraiment celui bien embusqué qui détient les armes pour écraser le Québec.

      Tout ça s'est fait sous le gouvernement Chrétien, qui a décidé de donner un coup de main au fils de son ami Pierre. Je soupçonne que le port d'un gilet pare-balle dans un rassemblement du PLC à Mississauga fut une suggestion d’un tireur d’élite au service de ce PM.

  • Claude Bariteau - Abonné 17 octobre 2019 06 h 52

    Au Traité de Versailles (1919), les États-Unis promeuvent la démocratie et l'indépendance des peuples, deux piliers de sa création. Pour mettre fin à la Guerre, ils signent et signent aussi le projet de créer la Société des Nations.

    Le Congrès américain refuse d’adopter ce projet parce qu’il ne va pas dans le sens des luttes qui ont mené à l’indépendance des États-Unis.

    Après la Deuxième Guerre mondiale, les Américains s’investissent à créer les Nations Unies et à prôner le droit des peuples colonisés à l’autodétermination externe, qui est la souveraineté de tout pays dans ses relations internationales et dans le respect des autres nations de cette souveraineté.

    Les référendums de 1980 et de 1995 visaient une hausse majeure de l’autodétermination interne du peuple québécois avec une refonte des rapports entre le Canada et les Québec sur des points partagés, à défaut de laquelle le Québec entendait faire valoir son autodétermination interne et externe.

    Ça ne s’est pas produit. Mais ça peut se produire, car le contexte s’y prête plus que jamais. D’où la valse-hésitation du PM Trudeau et sa lecture de ce qui se passe en Catalogne comme une affaire interne à l’Espagne.

    Lorsque les pays baltes ont proclamé leur indépendance après l’effondrement du Mur de Berlin alors que la Russie était en grands changements, le PM Mulroney n’a pas traité ces déclarations comme relevant des affaires internes de la Russie. Il a appuyé les pays baltes parce qu’il connaissait leur histoire.

    M. Trudeau dit connaître le Québec et affirme mieux la connaître que les Québécois et les Québécoises au point qu’il fait tout, comme son père et son remplaçant, M. Chrétien, pour en faire son tremplin pour construire le Canada, un pays issu de l’écrasement des Patriotes qui voulaient instaurer une démocratie rendant le peuple d’alors indépendant comme le firent les Patriots américains.

    M. Blanchet a raison de le rappeler.

    • Pierre Fortin - Abonné 17 octobre 2019 11 h 23

      « D’où la valse-hésitation du PM Trudeau et sa lecture de ce qui se passe en Catalogne comme une affaire interne à l’Espagne. »

      Justin Trudeau peut bien la jouer facile et invoquer la vertu en déclarant respecter les affaires internes de l'Espagne, mais si la campagne électorale actuelle avait permis de débattre des affaires étrangères du Canada, on se serait étonné de l'ingérence active que celui-ci pratique en Amérique du Sud, notamment par son influence importante dans le Groupe de Lima, et plus particulièrement dans les affaires internes du Venezuela où le seul embargo sur les médicaments a déjà fait des dizaines de milliers de morts.

      Si on pouvait discuter ouvertement des ingérences canadiennes en Ukraine, auxquelles la communauté ukraino-canadienne est tout sauf indifférente et particulièrement en période électorale, nous aurions une toute autre version que celle véhiculée par les rêveries vides de sens d'un PM de conte de fée. Le Canada qu'il dirige depuis 2015 n'est pas aussi vertueux qu'il veut bien nous le faire croire.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 octobre 2019 07 h 11

    Paradoxal, quand même...


    ... que le Bloc aussi bien que la CAQ enjoignent au Premier ministre de se porter à la défense des droits humains en Espagne après avoir déchiré leur chemise parce qu'il avait osé affirmé qu'il exercerait la responsabilité politique qui lui incombe de supporter les revendications des citoyens canadiens dont les droits fondamentaux sont expressément limités par L21.

    Trudeau ne pouvait pas ne pas savoir que ce faisant, il donnait un coup de pouce au Bloc et compromettait donc ses chances de réélection, le profit qu'il pouvait anticiper ailleurs au Canada étant incomparablement plus faible. À nouveau, plutôt que la trève réponse qu'un chef d'État devait en l'occurrence opposer à l'interpellation partisane dont il était l'objet, il aurait très bien pu s'adonner à une surenchère qui eusse privé le Bloc d'un nouveau motif de scandale (y a pas de petit profit).

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 octobre 2019 07 h 18

      Trève réponse : contraction involontaire de très brève réponse, mais opportunément : réponse de trève, en attendant que le chef de parti repasse la main, le cas échéant, au chef d'État. Si la réponse demeure la même dans ce nouveau contexte, les remarques de monsieur David auront tout leur poids. En attendant, elles seraient plutôt à porter au compte des positionnements de campagne électorale, qui sont d'un tout autre ordre.

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 octobre 2019 07 h 52

      Laparadoxce swe retrouve chez unepersonne qui compare des arrestations avec un code vestimentaire.

      Il y a des limites à dérailler.

    • Michel Héroux - Abonné 17 octobre 2019 09 h 04

      « car le contexte s’y prête plus que jamais »... Ah oui, où et quand, cela ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 octobre 2019 09 h 13

      À ce que je vois, monsieur Trottier, votre propre capacité de dérailler ne connaît aucune autre limite que votre propension à vous étouffer, hélas, dans vos propres emportements.

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 octobre 2019 09 h 28

      Vous décidez de continuer. C'est votre choix.

      De toute évidence vous cherchez l'affrontement,. Vous ne devriez pas.

      Ici vous comparez des gens emprisonnés avec un code vestimentaire. Un code qui porte sur des sifnes reliés à des organisations qui se disent toutes d'amour évidemment, ce qui est rarement bon signe, suirtout quand on voit les résultats.

      Par exemple, des guerres débutées au VIème siècle (et encore!) et qui se perpétuent encore au Moyen-Orient, pour des riaons dont on ne peut absolument pas rejeter la religion. Vous pouvez essayez, hein.

      Mais est-il nécessaire d'aller si loin, quand on sait que les Premières Nations souffrent encore aujourd'hui du traitement qui leur a été asséné, grâce aux prône religieux et avec la complicité opérante des religions?
      60 ans à se cacher pour l'Église catholique vous suffisent pour tout oublier? Moi, j'ai pardonnmé. Aux gens. L'organisation, elle, a démontré ses propensions et j'en préserve ma communauté.

      Je dois répondre qu'une personne qui ose dire que la liberté n'a aucune limite pour justifier des comportements totalitaires fait dans la tartufferie, se faisant complice de la collusion entre l'Église Anglicane et le Gouvernement derrière des paroles fort vaines, entre autres.

      Je souhaite tout le bien du monde à vos artères qui se préparent à éclater si ne m'abuse.

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 octobre 2019 09 h 37

      Au cas où vous n'auriez pas remarqué, ma réponse, rédigée sans prêter attention au point que je ne me suis même pas relu, était très mesurée.

      Est-ce déraillement ou délire?

    • Jean Thibaudeau - Abonné 17 octobre 2019 09 h 55

      @ RMD
      Vous vous surpassez une fois de plus (est-ce Dieu possible?) avec une argumentation ridiculement bancale. Mais, pour une fois, votre cher QS ne vous suit pas, puisqu'il mène la charge pour faire condamner le régime espagnol... aux côtés du PQ et de la CAQ, et à l'encontre de ses grands alliés libéraux dans la défense des droits-individuels-fondamentaux-et-imprescriptibles.

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 17 octobre 2019 09 h 58

      Je vois que vous partagez le point de vue de François Cardinal, qui a déjà affirmé sur les ondes de la SRC que les valeurs religieuses sont plus importantes que les valeurs politiques, ce qui signifie qu'un incroyant serait en quelque sorte un citoyen de catégorie inférieure. On pourrait donc mettre sur le même pied la volonté d'un peuple d'avoir un pays et la volonté individuelle d'un citoyen d'afficher ses croyances religieuses. On pourrait même privilégier cette dernière, les convictions religieuses étant plus importantes, à vos yeux, que les convictions politiques.

      En réalité, aucune soi-disant démocratie aux prises avec un mouvement autonomiste ne se portera à la défense des Catalans, de crainte d'encourager la dissidence sur son propre territoire. Nos dirigeants comme ceux de l'Europe de l'Ouest, sans parler de l'individu qui occupe le Bureau ovale, n'ont pas de convictions, ils n'ont que des intérêts. Et aucun d'entre eux n'a intérêt à appuyer les Catalans.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 octobre 2019 15 h 14

      Ne soyons pas naïfs. Yves François Blanchet, sous couvert de réclâmer que Trudeau agisse en Premier ministre, ne fait que profiter de l'occasion pour sonner le possible réveil de la ferveur souverainiste, mais surtout pour assurer encore mieux ses postions électorales. S'il était assis à la table des EX, il est plus probable que tout en étant d'accord avec le chroniqueur sur le fond, il reconnaîtrait la justesse de la position que Trudeau tient tant qu'on est en campagne. Tout comme il reconnaîtrait que la « volonté populaire » qui est à l'origine du choix politique d'utiliser la dérogation pour L21 n'a pas la légitimité d'empêcher le gouvernement fédéral d'assumer lui aussi son rôle politique. Comme son père le fit en '80, fort alors de l'appui de 68% des québécois. Même s'il ne récoltera apparemment pas plus d'appui que le Bloc, cette fois-ci, son engagement à soutenir la revendication de droits (sans prétendre trancher à la place des cours) sera au moins aussi légitime que les hauts cris de Legault-Blanchet, d'autant plus qu'on peut présumer qu'il disposerait d'un surcroît de légitimité au moins apparent si on compte tous les votes québécois pour qui telle intention ne pose pas suffisamment problème pour qu'il se rallie à... 70%, à ce qu'il paraît, à L21. A moins de considérer que de réclamer un appui populaire à l'encontre d'une autre formation politique soit de l'ingérence et que les votes obtenus par Trudeau de cette manière seraient une fraude. Monsieur Thibaudeau peut bien dire que l'argument est bancal, tant qu'il veut : ce ne sont pas des arguments. Seulement les faits. S'ils lui donnent raison, mardi, on en reparlera.

    • Françoise Labelle - Abonnée 17 octobre 2019 16 h 34

      M. Maltais Desjardins,
      La cour européenne des droits de l'homme a reconnu que la gestion de la laïcité et des signes religieux relevait des compétences des états et a refusé de condamner le ban du foulard islamique à l'école publique française, à fortiori (chanteur d'Harmonium) au service de l'État.
      Les musulmans, comme les raéliens, peuvent œuvrer au sein de l'État s'ils s'abstiennent de faire de la publicité, par respect pour le citoyen. Dans l'espace public, ils peuvent faire librement la promotion de leur équipe. Et on peut très bien lutter contre le racisme et pour la laïcité de l'État.

      Mais qu'est-ce que ça vient faire avec le droit d'un peuple qui avait déclaré son autonomie en 1932 et dont l'autonomie a été confisquée par les franquistes?
      Votre parti s'obstine à ne pas reconnaître ses errements et lutte avec les intégristes, un peu comme Trump. Votre obsession à ne pas comprendre la laïcité vous amène même à dévoiler ce que plusieurs soupçonnent: vous préférez défendre le Canada néo-colonial des Trudeau, auquel le Québec n'a pas adhéré, plutôt que le Québec.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 octobre 2019 23 h 16

      Madame Labelle, ce qui est en cause, ce n'est pas votre jugement ou le mien ou même celui de la CEDH sur le voilement mais les prérogatives dont jouissent les gouvernements de Québec et d'Ottawa au plan politique. Québec aura très probablement la latitude de reconduire indéfiniment les dispositions de L21, tant que les citoyens du Québec lui en donneront la permission ou le demanderont. Quoi qu'on pense du cadre constitutionnel actuel, la clause 33 fait de la volonté populaire telle qu'elle s'exprime en Assemblée nationale le critère prévalent, à la seule condition de devoir la réitérer démocratiquement aux cinq ans. Tout ce que je dis, malgré les procès d'intention et les pièges que vous faites, c'est que le PLC de Trudeau peut tout à fait légitimement défendre sa propre conception de la défense des droits reconnus comme fondamentaux non seulement par la charte du pays étranger mais par la nôtre. Je sais bien que la seule évocation du fait que la CAQ n'est pas l'unique titulaire de la légitimité politique hérisse les indépendantistes. Ont-ils raison ou tort? Tant que les québécois continueront à élire des partis fédéralistes à Ottawa à la faveur d'élections libres (on verra bien dans quelle proportion les défenseurs de L21 vont se rallier au BQ), il est parfaitement puéril de vous rabattre sur les procès d'intention que vous me servez à nouveau pour faire diversion. En passant, par chez nous, ce n'est pas parce que nos points de vue sont quelquefois convergents qu'ils nous viennent des extraits puisés dans un compendium, comme chez bien des partisans de L21, en dépit de toute pertinence, comme vous en donnez l'exemple. Je ne fais pas partie de QS. Grand bien leur fasse, d'ailleurs :).

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 octobre 2019 07 h 48

    Une bonne chronique

    M. Michel David se rattrape de belle manière.

  • Paul St-Gelais - Abonné 17 octobre 2019 07 h 59

    La classe laborieuse a un pays comme un cheval a une calèche.

    Le prolétariat semble s'accorder beaucoup plus d'importance qu'il en a vraiment aux yeux de la classe 'dirigeante'.
    Servir les riches et asservir les pauvres, toujours plus. C'est la véritable mission de nos dirigeants, qui ne dirigent plus grand chose depuis qu'ils ont abandonné la gestion financière et économique de pratiquement tous les États de la planète aux bandits du FMI, aux néolibéralistes, dans le plus grand intérêt des plus riches, toujours plus riches..
    Mais il faut bien rêver, lire des romans, regarder des téléromans, voire même exiger la solidarité de la classe 'dirigeante'envers la vile populace, et même aller voter...

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 octobre 2019 09 h 55

      Exactement le contraire de ce qui se passe dans les pays scandinaves quoi.

      La social-démocratie est née le jour où quelques personnes avisées ont décidé ce qui est maintenant un fait patent suite aux différentes catastrophes que l'on a connues : la marxisme et sa lutte des classes sont des aberrations, que dis-je, des perversions de la vie sociétale et de l'identification de la personne.

      C'est suite à leur condamnation de cette pensée, suivie de l'adoption des idées de Keynes en matière d'économie, que les pays scandinaves ont connu la plus longue période de prospérité relative, exempte des crises économiques dévastatrices, des dernièrs siècles.

      Mais bon, si vous tenez à votre guéguerre...

    • Claude Bariteau - Abonné 17 octobre 2019 13 h 38

      M. Trottier, vous négligez un point mis en relief par plusieurs analystes de l'économie monde. La social-démocratie apparaît dans le cadre de la Guerre froide dans des pays qui cherchent leur voie hors des sentiers russes et américains.

      La chute du Mur de Berlin a fissuré leur aspace, car en es ressorti un engouement capitaliste qui a pressuré les États démocratiques qui ont mis en place des mesures sociales lors des Trente Glorieuses.

    • Françoise Labelle - Abonnée 17 octobre 2019 16 h 53

      M.Bariteau,
      puisqu'il est question de la Catalogne, savez-vous que la Catalogne a fonctionné selon un modèle anarchiste (sans casse ni chaos) au début du XXe siècle avant de voter à 99% pour l'autonomie? On parle d'un mode de gestion par la base à partir des villes, des organisations et des syndicats rejetant la centralisation.
      Le Parti social-démocrate suédois des travailleurs (SAP), et qui a été au pouvoir de 1928 et 1996, a été fondé en 1917, bien avant la guerre froide. Les premiers ministres Göran Persson et Olof Palme, assassiné en 1986, était membre du SAP (Sveriges Socialdemokratiska Arbetareparti).

    • Françoise Labelle - Abonnée 17 octobre 2019 17 h 04

      Le problème, c'est que les mesures de redistribution des richesses n'ont pas suivi la «mondialisation» qui en soi n'est pas mauvaise.
      Trump condamne le «mondialisme», un terme de novlangue qui ne veut rien dire, se gardant bien de condamner la mondialisation sans redistribution qu'il pratique et défend. Au contraire, les bénéfices des mesures fiscales récentes de Trump croissent selon les quartiles: le quartile le plus riche en retire le plus et le plus pauvre en retire le moins. Cf. «Le triomphe de l’injustice», Gérard Fillion, Src 2019

    • Jean-François Trottier - Abonné 17 octobre 2019 18 h 57

      M. Bariteau, la social-démocratie débute longtemps avant la Guerre froide.

      Elle a débuté il y a plus d'un siècle, justement avec une condamnation définitive du marxisme. C'est comme si vous disiez que le marxisme est apparu en 1918 avec la Révolution soviétique, ou peut-être lors de la Commune de Paris en 1872?
      Dans les deux cas ce serait faux. Disons, au pif, environ 1845 pour le marxisme, et le début du XXème siècle pour la social-démocratie.

      C'est l'application de la social-démocratie qui se situe après-guerre, en utilisant les principes de Keynes qui a publié surtout dans les années '20 et '30, et dont Roosevelt s'est largement inspiré pour sortir les USA de la crise.

      Les socio-démocrates sont appelées par les marxiste des social-traîtres. Ne cherchez pas : c'est parce que leur modèle, il marche, lui, contrairement aux revanchards et moralistes marxistes.
      L'immense ombre de Keynes se profile juste derrière.

    • Claude Bariteau - Abonné 17 octobre 2019 22 h 22

      Je sais que la sociale-démocratie est un courant socialiste important avant la Guerre froide. Mon commentaire, mal formulé, aurait eu avantage à signaler que la sociale-démocratie se répand lors de le Guerre froide après la fondation de l'internationale socialiste qui rejette les communismes de l'est et s'ouvre à un socialisme démocratique dans le cadre du capitalisme.

      Mes excuses pour ne pas avoir fait ces précisions et mes remerceiements pour me l'avoir rappelé.