Du côté de la recherche

De temps en temps, je vous proposerai quelques résultats de recherche qui méritent d’être connus. En voici trois. Je vous présente le premier, passionnant, que je viens de découvrir, sous la forme d’une petite énigme.

Tricher, ou pas ?

On fait passer à des étudiants de niveau postsecondaire un test comprenant plusieurs questions. La durée allouée et la difficulté des questions rendent très improbable qu’on puisse répondre correctement à plus de trois questions. On promet un montant d’argent par bonne réponse.

La personne qui fait passer l’épreuve informe les étudiants qu’ils corrigeront eux-mêmes sous sa supervision leur copie et qu’ils la lui remettront ensuite. En moyenne, le résultat obtenu est de trois bonnes réponses.

Même scénario, mais cette fois la personne qui fait passer l’épreuve informe les étudiants qu’après avoir corrigé eux-mêmes sous sa supervision leur copie, ils pourront la conserver et la détruire.

En moyenne, le résultat obtenu est de six bonnes réponses !

On répète ce scénario, mais cette fois, après avoir informé les étudiants qu’ils pourront ensuite conserver et détruire leur copie, on leur rappelle un court texte. Le résultat obtenu est alors de trois bonnes réponses.

On vous demande de trouver quel texte on a bien pu leur rappeler…

Téléphone cellulaire et évolution

Vous le savez : une vaste et importante discussion est en cours sur les TIC (technologies de l’information et de la communication) et l’école.

Les auteurs de la prochaine étude ne sont aucunement des technophobes. Ils reconnaissent des mérites aux téléphones cellulaires et savent qu’ils sont là pour de bon. Mais avec quels effets, bons ou mauvais, précisément ? Comment faire pour éviter les pires ? Ils apportent sur tout cela un éclairage qui mérite d’être médité en suggérant de penser ces questions en se plaçant du point de vue de l’évolution.

Une bonne part de notre appareil cognitif et éthique indispensable pour notre survie individuelle et collective s’est en effet construit dans ces petits groupes au sein desquels nous avons évolué et dans lesquels des liens sont noués et de l’information personnelle est échangée, dévoilée, reçue. Nous sommes en quelque sorte faits pour et par cela.

Arrivent les téléphones cellulaires — et les médias sociaux. Ils se nourrissent de cette prédisposition et lui offrent de nouveaux canaux. Mais ils le font dans un tout nouveau contexte, bien différent de ces petits groupes où on se rencontre face à face. Ils peuvent même alors être nuisibles. Un mot nouveau est d’ailleurs apparu pour désigner cette possible nuisance, cette possible interférence de la technologie avec notre nature : la « technoférence ».

Les auteurs de cet article mettent justement en garde contre un décalage, une non-concordance, entre ce dont l’évolution nous a dotés relativement aux relations interpersonnelles et ce que permettent les technologies.

Pour en avoir une idée, et dans le pire des cas, voyez ce parent à son cellulaire incapable de résister au besoin de réagir à un message qui vient d’apparaître sur sa page Facebook et voyez, juste à côté, son enfant qui essaie vainement de lui raconter un épisode de sa journée à l’école.

Finalement, il le racontera sur sa page Facebook à lui…

La neuro-éducation sous le feu de la critique

La neuro-éducation est à la mode et on fait toutes sortes de grandes promesses en son nom. Mais de nombreux chercheurs restent critiques et sceptiques. Si vous souhaitez connaître certains de leurs arguments, je vous invite à lire un texte de Jeffrey S. Bowers paru en 2016.

La neuro-éducation, rappelle-t-il, est l’application à l’enseignement en classe des résultats des neurosciences. Elle prétend pouvoir améliorer celui-ci en proposant de nouvelles manières plus efficaces de procéder.

Le point de vue de Bowers est radical. Il soutient d’abord et s’efforce de montrer qu’il n’existe aucun exemple de pratique nouvelle qu’aurait proposée la neuro-éducation. Ce qu’elle met en avant est en effet ou bien trivial, parce qu’évident, ou bien trompeur, parce que connu par des recherches menées ailleurs qu’en neurosciences, ou bien non justifié, parce que ce qui est préconisé ne découle pas de ce qu’enseignent les neurosciences ou se trompe à propos de ces qu’elles permettent d’affirmer.

Pire : Bowers affirme qu’il y a de bonnes raisons de penser que non seulement la neuro-éducation n’a pas amélioré l’enseignement, mais qu’elle ne pourra pas non plus l’améliorer dans l’avenir.

Je vous laisse découvrir ses arguments…

L’énigme

On a rappelé aux étudiants le code d’honneur de leur établissement, qu’ils se sont engagés à suivre.

Truc et astuce de prof

Pour faire apprendre les règles des multiplications par + et –, on peut utiliser l’analogie suivante avec les amis et les ennemis.

Les amis de nos amis sont nos amis (plus par plus donne plus).

Les amis de nos ennemis sont nos ennemis (plus par moins donne moins).

Les ennemis de nos amis sont nos ennemis (moins par plus donne moins).

Les ennemis de nos ennemis sont nos amis (moins par moins donne plus).

La perle de la semaine

« Plus tard cette année-là, l’armée russe essaya un cuisant revers face au japonais. »

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17 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 12 octobre 2019 09 h 41

    Rien ne remplace la maison, la discipline personnelle, la persévérance, l'effort et le travail acharné

    J’ai été conseillé pédagogique pour les TIC dans un conseil scolaire en Ontario. Ce que j’ai constaté, semaine après semaine, c’est que les élèves qui sont intelligents et qui réussissent mieux, le deviennent encore plus et ceux qui le sont moins, le deviennent encore moins avec la technologie. Il semble qu’il y ait un seuil où le cerveau humain accroche ou décroche tout simplement de la technologie pour amplifier le pouvoir individuel d’acquérir des connaissances. S’agit-il de phénomènes culturels, environnemetaux ou socio-économiques? Là est la question cher Hamlet en mode d’apprentissage. La technologie demeure, même en réseau, un exercice individuel à l’école.

    Ceci dit, pour les enfants affamés ou en mal d’attention, la neuro-éducation n’est pas la panacée voulue sans l’accompagnement de stratégies novatrices. Dans la salle de classe, le pédagogue n’est pas concerné par l’activation de l’amygdale ou de l’hippocampe chez leurs élèves, les données fondamentales des neurosciences, mais bien l'apprentissage. Pour faire court, les neuroscientifiques en savent trop peu sur le fonctionnement et le développement du cerveau pour faire une différence significative en classe. C’est un pont trop loin.

    Il n’y a rien de nouveau sous le soleil avec la neuro-éducation. C’est du vieux matériel recyclé avec une nouvelle couleur technologique et scientifique, tout comme pour les théories de l’apprentissage comportementaliste, cognitiviste, constructiviste et humaniste. Mais les domaines dans lesquels les neurosciences éducatives ont fait de grands progrès sont ceux qui aident les enfants ayant des difficultés d’apprentissage spécifiques, telles que la lecture (dyslexie) ou les mathématiques (dyscalculie).

    La solution, pour les enseignants et les éducateurs, n'est pas de rejeter la neuro-éducation complètement, mais de comprendre les limites actuelles de la neuroscience et de développer de meilleures façons de traduire ce que les chercheurs voient en laboratoire.

  • Marc Therrien - Abonné 12 octobre 2019 09 h 50

    Biais cognitifs: pièges et raccourcis du cerveau


    Parlant du décalage entre ce « dont l’évolution nous a dotés relativement aux relations interpersonnelles » et les exigences apportées par la complexité du nouveau monde virtuel actuel, l’émission « Les Décrypteurs » présentée le vendredi soir à ICI RDI est une source intéressante de réflexion sur ce sujet. L’émission d’hier portait, entre autres, sur la recherche sur les biais cognitifs, « des réflexes solidement ancrés dans nos cerveaux », qui depuis la nuit des temps guident en partie les actions et prises de décisions de l’humain. On y expliquait comment 90 % des canadiens peuvent s’être fait prendre par une fausse nouvelle tel que le révélait un sondage Ipsos publié en février dernier.

    Bien qu’au cours des dernières décennies les chercheurs aient identifié des dizaines de biais cognitifs, «la recherche scientifique sur les stratégies à adopter pour éviter les biais cognitifs chez les humains est très embryonnaire.» Pour Janie Brisson, chercheuse au laboratoire des processus de raisonnement au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la première étape, qui apparaît trop simple en apparence, consiste à accepter que nous soyons biaisés. «Ça peut être même assez souffrant d’accepter que malgré notre bonne volonté, et malgré qu’on soit conscient de ces biais-là, on puisse quand même avoir un comportement qui est biaisé. » Et bien entendu, quand on voyage sur le web et surtout sur les réseaux sociaux, cette véritable « pouponnière à biais » il faut demeurer vigilant et attentif à ses émotions. « Tout contexte sensible, émotif, qui vient chercher nos opinions et nos valeurs, ça devrait être une alerte [...] quand une nouvelle vient chercher quelque chose de très émotif en nous, il faut être encore plus vigilant au niveau de la vérification des sources. »

    Marc Therrien

  • Jean-Yves Laporte - Abonné 12 octobre 2019 13 h 18

    Instrument de mesure

    Comme le dit Jeffrey s. Bowers dans le résumé de sa thèse, "les neuroscientifiques ne peuvent aider les enseignants, mais les enseignants peuvent aider les neuroscientifiques." Si les neurosciences se bornent à invalider les pédagogies fumeuses et les prétentions pédagogiques des ludificateurs et autres technolâtres butés, je les endosse et les relaie à volonté. La question est moins de découvrir quel peut être l'apport nouveau des neurosciences à la pédagogie que de constater que ces neurosciences peuvent par contre constituer un rempart mesurable contre les fadaises invérifiables des pédagogies molles inspirées du vaste mouvement de croissance personnelle qui a pollué le réseau d'éducation des dernièrs trente ans.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 12 octobre 2019 14 h 19

    Il n'avait pas copié semble-t-il

    A la fin des années 50, à la fin du cours classique, il y avait une dissertation corrigée par l’université; car, ça menait aux Bacc, ès Arts.

    Au collège, que je fréquentais, il y avait un finissant très brillant. Il lisait beaucoup. Il sera prof d’histoire dans une université.C'était un érudit.

    Or, dans sa dissertation, il utilisait plusieurs citations d’auteurs : il les savait par cœur.

    Les correcteurs auraient été embêtés et lui auraient mis la note de passage de 60%.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 12 octobre 2019 16 h 28

      Enseignant en Électronique industrielle au cégep, j'ai rencontré le même phénomène chez un de mes étudiant(e)s. Il était capable de reprendre presque mot à mot la théorie sur le fonctionnement d'un système, sans erreur ni altération du contenu! À l'époque, c'était avant l'an 2000, les autres enseignants avaient aussi « diagnostiqué » qu'il s'en tenait seulement à ce qu'il recevait comme notes de cours ou lisait le chapitre d'un livre. Bref, sa mémoire était excellente, mais au cours des travaux de laboratoire, il ne pouvait pas fonctionner normalement avec un autre étudiant (équipe de deux). Il était lent à exécuter les montages mais par contre, tout seul, il corrigeait ses erreurs pour atteindre le but désiré! Et, comme dans votre commentaire, tous les professeurs lui ont donné la note de passage pour son DEC!

  • Claude Coulombe - Abonné 12 octobre 2019 16 h 24

    Merci pour ces chroniques qui nous titillent l'intellect!

    Votre première énigme était triviale mais je ne connaissais pas l'analogie des amis et ennemis pour apprendre les lois de multiplications avec des signes. C'est simple et lumineux! Et votre perle nous montre qu'une seule lettre, une petite voyelle, de différence peut changer totalement le sens d'une phrase.