La fantaisie des verts

Cette semaine, le National Post a révélé qu’une image retrouvée sur le site Web du Parti vert du Canada, sur laquelle la cheffe Elizabeth May tenait une tasse réutilisable arborant le logo du Parti vert du Canada (PVC) et de laquelle sortait une paille en métal, avait été retouchée. Dans la photo originale, Mme May tenait une tasse jetable. Interrogée sur l’apparente manipulation de cette image, une porte-parole du PVC avait menti avant de finalement avouer au journal que le parti s’est servi de Photoshop pour éliminer toute trace de la tasse honnie. Il s’agissait donc d’un acte délibéré.

Ce n’est pas le seul raccourci dont est coupable ce parti qui prône pourtant la vertu environnementale. Les erreurs délibérées qui se trouvent dans certaines promesses du PVC sont en effet d’une telle ampleur que ce serait une faute grave de les passer sous silence au prétexte que Mme May n’a presque aucune chance de devenir première ministre. Cela ne la dispense pas pour autant de la responsabilité de présenter aux électeurs canadiens un programme électoral qui tient la route. Le PVC essaie d’entretenir les électeurs dans l’illusion que tout est possible en peu de temps. Il fait abstraction des obstacles à la réalisation de ses promesses, dont la géographie canadienne n’est qu’un exemple.

Mme May a beau prétendre vouloir gouverner différemment, elle ne détient pas pour autant une baguette magique. Son idée d’interdire les exportations de pétrole et de gaz canadien pour ainsi favoriser la consommation d’énergies fossiles produites au Canada, tout en interdisant la construction de nouveaux oléoducs, ne serait tout simplement pas possible sans une hausse fulgurante du transport de pétrole par train. Le PVC n’aborde pas ce problème dans son programme, préférant prétendre que la transition énergétique sera chose faite d’ici quelques années. Selon le PVC, nous n’aurons plus besoin de pétrole ou de gaz naturel en 2040. Même si cette idée est séduisante, elle n’est pas pour autant réaliste.

« Les activités actuelles de l’industrie pétrolière et gazière se poursuivront en régressant progressivement, la production de bitume devant se terminer entre 2030 et 2035 », lit-on dans le programme du parti. Or, l’industrie pétrolière et gazière canadienne a généré des revenus de 124 milliards de dollars en 2018, selon Statistique Canada, fournissant des emplois de qualité à plus de 400 000 Canadiens. Et ce, pendant une période de ralentissement économique. Qui plus est, les ressources naturelles étant la propriété des provinces selon la Constitution canadienne, aucun gouvernement fédéral ne peut à lui seul interdire leur exploitation. Le Québec et l’Alberta s’entendent sur cette question.

N’en déplaise à Mme May, nous ne sommes pas à la veille de nous libérer de notre dépendance pétrolière. Même au Québec, riche en ressources hydroélectriques, les énergies fossiles ont compté pour la moitié de l’énergie consommée dans la province en 2018, selon l’État de l’énergie au Québec, le bilan annuel publié par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

Ce n’est pas une marche sur le climat, comme celle qui a eu lieu hier à Montréal, qui convaincra la majorité des Québécois d’abandonner leurs VUS, qu’ils achètent en plus grande quantité que jamais. Nier cette réalité, c’est nier l’ampleur du défi qui attend tout gouvernement dans sa tentative de faciliter la transition énergétique. Quand 68 % des Canadiens, selon un sondage Ipsos publié cette semaine, refusent de payer plus de 100 $ de plus par année pour lutter contre les changements climatiques, un travail de sensibilisation bien plus substantiel serait nécessaire avant de procéder à des politiques publiques radicales qui les forceraient à changer leurs habitudes du jour au lendemain. Sinon, on risque de se retrouver tôt ou tard avec un Donald Trump canadien à la tête du pays.

À la limite, on peut pardonner au Parti vert de rêver en couleur quant à l’exploitation des ressources. La lutte environnementale est après tout sa raison d’être. Mais le cadre fiscal que le PVC a déposé cette semaine pour étayer ses promesses électorales n’est pas pardonnable. Le parti a beau prétendre que son cadre fiscal avait été vérifié par le Directeur parlementaire du budget (DPB), ce dernier a émis tellement de réserves concernant ses évaluations de revenus et de dépenses que personne ne peut se fier aux comptables verts.

En effet, le DPB a constaté « un degré d’incertitude élevé » concernant presque toutes les promesses du parti. Par exemple, le PVC prétend récolter 15 milliards de dollars dès 2020-2021 en instaurant une taxe de 0,5 % sur les transactions financières, alors que la France ne récolte qu’un milliard d’euros (1,45 milliard de dollars canadiens) annuellement avec une taxe similaire de 0,3 %.

« Le document ne fait pas la preuve d’une gestion financière responsable, car les cadres de planification budgétaire à moyen et à long terme souffrent de sérieuses carences », a conclu l’Institut des finances publiques et de la démocratie de l’Université d’Ottawa cette semaine en se penchant sur le cadre fiscal du PVC.

En proposant une hausse de dépenses de près de 70 milliards de dollars dès la première année d’un gouvernement vert, le cadre fiscal du parti n’est pas un document digne de considération. Le PVC prétend être capable d’équilibrer le budget fédéral en cinq ans en augmentant les taxes et les impôts d’un montant similaire. Ce n’est pas crédible ; c’est risible.

Les verts ont beau vouloir un monde meilleur, plus vert et plus équitable, ils n’y arriveraient jamais en inventant des chiffres. Au contraire, ils nous éloigneraient ainsi de la terre promise.

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