Entretenir la flamme

Même si le programme officiel du Parti québécois avait beau assurer que l’indépendance était toujours l’objectif ultime, le détour par le « chemin des victoires » et le report du référendum à un deuxième mandat en avaient convaincu plusieurs que le PQ avait oublié sa raison d’être.

Le retour aux sources consacré par la « Déclaration de principes » rendue publique mercredi est sans doute une condition essentielle à sa survie, mais elle ne la garantit aucunement. Si les raisons qui justifient toujours l’indépendance y sont très bien exposées, rien n’assure que le PQ soit encore le meilleur véhicule.

En se limitant à quatre « valeurs fondamentales », il espère reconstituer la coalition qu’il formait à l’origine et transcender le clivage gauche-droite. Qu’on soit progressiste ou conservateur, on peut être soucieux de liberté et de justice, se dire nationaliste et vouloir assurer la survie de la planète. Toute référence à la social-démocratie, qui était une des deux pierres d’assise du PQ, a disparu.

Après avoir vu sa base s’éroder au point de voir son existence menacée, il lui faut ratisser le plus large possible. Il faudra toutefois que ces valeurs, auxquelles François Legault, Manon Massé ou même le prochain chef du PLQ pourraient souscrire, se traduisent dans des politiques concrètes. Le PQ voudrait dorénavant éviter les sujets susceptibles de diviser, mais il ne peut pas être simplement le parti de l’indépendance et de la tarte aux pommes. Participer au débat public suppose de faire des choix, qui ne peuvent qu’en indisposer certains.

Le programme adopté en 2017 était à deux vitesses. Dans chaque domaine, on énonçait les mesures qu’un gouvernement péquiste mettrait en avant dans le cadre constitutionnel actuel et ce qu’il serait possible de faire dans un Québec indépendant.

On a continuellement reproché au PQ de courir deux lièvres à la fois en prétendant faire la promotion de l’indépendance tout en proposant aux Québécois de former un « bon gouvernement » provincial. La Déclaration de principes annonce la fin de cette schizophrénie. « Notre action politique se concentrera sur la fondation d’un pays, non pas sur la gestion ordinaire d’une province », peut-on y lire.

Fort bien, mais il faudra être conséquent. En toute logique, refuser de gouverner une province implique de tenir un référendum le plus rapidement possible après l’élection d’un gouvernement péquiste et de démissionner en bloc si la population rejette la souveraineté.

En 2006, un groupe de personnalités souverainistes, dont Jacques Beauchemin, Jean-Roch Boivin, Marc Brière, Guy Lachapelle, avaient signé un « Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté », dans lequel ils dénonçaient une telle stratégie, qu’ils jugeaient suicidaire.

« L’électorat refuserait de courir un tel risque et pourrait bien rejeter à jamais et l’option souverainiste et le parti qui la porterait avec autant d’arrogance (après moi le déluge !) et de mépris envers son propre peuple. Comme le répète assidûment Gilles Duceppe, la stratégie du pire est la pire des politiques », écrivaient-ils.

Certes, dans l’état où il se trouve, le PQ a plus urgent à faire que de replonger dans le débat sur la façon d’accéder à la souveraineté, même s’il sera bien forcé de clarifier les choses d’ici la prochaine élection. Le mot « référendum » n’apparaît d’ailleurs nulle part dans la Déclaration de principes. Redonner aux Québécois le goût de l’indépendance, ou même simplement les convaincre d’écouter ce que le PQ a à dire, représente déjà tout un défi. Sans parler de la nécessité de trouver un nouveau chef et les moyens financiers de poursuivre les activités du parti.

Un curieux hasard a voulu que le PQ affirme dans un texte fondateur que la pérennité du français est le « défi permanent » du Québec le jour où le premier ministre Legault annonçait que la francisation allait devenir la grande priorité de son gouvernement et confiait le dossier à son homme de confiance, Simon Jolin-Barrette. On ne saurait mieux illustrer à quel point la CAQ a réussi à tirer le tapis nationaliste sous le pied du PQ.

Si le gouvernement Legault a atteint un tel sommet de popularité, c’est moins pour avoir renvoyé les libéraux dans l’opposition que pour avoir redonné aux Québécois un sentiment de sécurité culturelle et même une certaine fierté, tout en les assurant qu’ils n’ont pas à prendre le risque de quitter le Canada.

Ce qui n’arrange rien pour le PQ est que bon nombre de souverainistes sont convaincus, à tort ou à raison, que M. Legault n’a pas renoncé à son rêve d’indépendance et qu’à défaut d’avoir un plan secret, les circonstances pourraient éventuellement lui offrir l’occasion de le réaliser. D’ici là, si d’autres que lui veulent s’employer à entretenir la flamme, au cas où, cela ne doit sans doute pas lui déplaire.

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19 commentaires
  • Roger Gobeil - Inscrit 5 septembre 2019 02 h 58

    Soyons sans crainte

    Le PQ n'aura pas bientôt à faire la minable «gestion ordinaire d’une province».
    Il sera trop occupé par la fondation imaginaire d’un pays.
    Triste ce qui arrive à ce parti qui a déjà tant fait.

  • Léonce Naud - Abonné 5 septembre 2019 03 h 04

    L’obsession référendaire, ou jouer l'avenir de la Nation au poker

    Le fétiche référendaire aujourd'hui devenu chiffon inerte, pourquoi le Québec ne deviendrait-il pas indépendant « à la canadienne » ? Le Canada actuel n’est rien d’autre qu’une ancienne colonie britannique devenue un Dominion puis graduellement un pays branlant mais pays quand même, avec une armée, une marine et une aviation. Bref, les vraies affaires.

    Il y a un siècle, une poignée de Canadiens anglais ont consacré leur vie à faire du Dominion of Canada une entité politique indépendante de la Grande-Bretagne. Le tout s'est finalement réalisé sans que personne ne pense à organiser quelque référendum que ce soit. D'ailleurs, si on avait demandé à la population canadienne si elle désirait se séparer de la Grande-Bretagne, la majorité aurait probablement répondu non…en commençant par les Canadiens français.

    Écoutons ici le Premier ministre Jean Lesage, en 1963 : « Les Canadiens français ont, dans l'ensemble, toujours perçu la Couronne comme leur protectrice. Les Canadiens français seraient les derniers à s'intégrer aux États-Unis. Ils demeureront dans le Commonwealth ». D’ailleurs, lors du coup de force de Trudeau en 1982, le gouvernement de René Lévesque s’opposa fermement à la rupture du lien colonial qui unissait encore le Canada à la Grande-Bretagne.

    Bref, les pays naissent parfois de coups de poker mais doivent la plupart du temps leur existence à des dirigeants qui préfèrent le jeu d’échecs au jeu de poker. D'ailleurs, qu'est-ce au juste que ce jeu ? Un roi, une reine, des tours, des cavaliers, des fous pas si fous que çà, des troupes, des stratégies. De quoi donner des idées aux plus bêtes…

  • Raynald Rouette - Abonné 5 septembre 2019 06 h 12

    Par la fusion des deux partis éventuellement...


    Aujourd’hui le Québec est au bord de l’assimilatiion.

    Depuis 1980, les différents chef du PQ sauf Jacques Parizeau, et la population du Québec ont beaucoup tergiversé. Mais l’attitude les libéraux aux deux niveaux de gouvernements depuis le dernier référendum et le retour de la religion ont provoqués l’éveil des Québécois. Que cela plaise ou non!

  • Claude Bariteau - Abonné 5 septembre 2019 06 h 57

    Vous revoilà avec la sagacité qui vous honore parce qu’elle fait réfléchir.

    J’avais noté du flou et des absences dans la proposition du PQ.

    Le flou est le recours au premier point des concepts de « nation » postulée existante et de peuple sans préciser à quoi il réfère.

    Les absences : dire que l’indépendance implique la création d’une république et son pendant : un système politique en conséquence devant être adopté par les citoyens et les citoyennes du Québec. Pour moi, parler d’indépendance oblige à ces précisions.

    Aussi j’ai eu des doutes en lisant que le PQ entend se concentrer sur la fondation du pays.

    Vous revenez sur ce point en y voyant un engagement qui peut faire table rase de choix politiques de gestions provinciales seulement en enclenchant un référendum après l’élection et une démission en cas de défaite.

    J’ai apprécié, contrairement à vous, que le mot référendum n’apparaisse pas dans cette proposition. Le motif est simple. Ce n’est pas la seule façon de faire et encore moins celle à privilégier depuis que le Canada s’est octroyé le pouvoir de questionner la question et les résultats, mais surtout de préciser le cadre de la négociation.

    Un affrontement militaire étant exclu, à défaut d’entente entre le Canada et le Québec sur le processus et les suites, il reste l’élection plébiscitaire comme celle ayant portant sur la nationalisation de l’électricité en 1962.

    Il s’agit d’un point qui, comme l’écho à une république, qui demande d’être précisé.

    Le motif est simple : fonder un pays implique une démarche en ce sens et celle-ci permettre au peuple québécois de dire qu’il n’entend plus jouer dans le carré de sable qu’est la province parce le sable, perdu dans le vent en 1982, revient depuis 1995 englué alors que la CAQ brandit le fleur-de-lys pour continuer à y jouer.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 5 septembre 2019 07 h 54

    Faire table rase d'un référendum a été un boulet qui peut disparaître du Parti Québécois!

    Bon retour Monsieur David! Bien sûr nous revoilà avec les mêmes passions et les mêmes questionnements! Mais une chose que personne ne connaît : c'est l'avenir après le passage d'un ouragan, une guerre, une épidémie et bien d'autres phénomènes insoupçonnés! Oiseau de malheur, non je ne le suis pas! Non spécialiste des prédictions politiques au Québec, je puis affirmer cependant que le jeu de M.Legault n'est pas sans de nombreuses failles depuis son élection et celui de son parti, la CAQ. Ainsi, hier Mme Roy a été rétrogradée de sa fonction la plus importante car, et je le soutiens encore, elle n'avait rien d'ardent en tête concernant la langue française! Alors, comme les rumeurs vont bon train concernant l'usage de celle-ci, un des gros canons va s'en charger! Bravo, mais si des dérogations sont faites comme celles pour les .écoles privées, il n'est pas certain que du trot on ira au galop! Chaque jour nous apporte son lot de nouvelles négatives quant à l'efficacité et aux choix de ce parti! Bref, son avenir peut lui aussi partir en fumée, les citoyens désabusés du peu d'intérêt pour l'Environnement par exemple!
    C'est une minorité des membres du PQ qui ont décidé de ne pas conserver la carte du référendum aux élections passées. D'ailleurs je me souviens de votre sourire et celui de M.Mulcair, à TVA, pendant la demande de M. J.F. Lisée à Mme. M. Massé d'expliquer brièvement le rôle des chefs de QS! Aussi, ce n'est pas pour rien que l'on ne veut plus entendre parler du NPD au Québec, M.Mulcair étant là l'oiseau de malheur! Qui dit que demain, que se ne sera pas le tour d'un autre parti (ou mêmes d'autres) qui verra ses membres chercher ailleurs car désabusés du système en cours! J'appuie le PQ depuis son début et,je souhaite que les plus jeunes puissent vivre dans un pays libre, de langue française, sans les sempiternelles magouilles du dominion canadien auquel le peuple québécois est encore soumis. Un nationalime subordonné à un état fédéral, NON MERCI!