À vos cartes, prêt…

Les 42 % de détenteurs de cartes de crédit ne remboursant pas la totalité du solde à la fin du mois devront accroître leur paiement minimal. La pression qui sera exercée n’a cependant rien de dramatique et modifiera à la marge le profil d’un endettement se maintenant à des niveaux records.

On en parlait déjà en 2011. Le ministre québécois de la Justice de l’époque, Jean-Marc Fournier, avait déposé un projet de loi comptant parmi ses mesures phares une augmentation, de 2 à 5 %, du paiement mensuel minimum exigé pour les cartes de crédit. Celui-ci avait été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale en novembre 2017. Le ministre responsable de l’Office de la protection du consommateur (OPC) avait alors souligné qu’entre 15 et 20 % des ménages ne paient, chaque mois, que le minimum requis. Avec un taux de crédit de 19,9 % prenant des allures de loyer de l’argent usuraire, on imagine très bien l’impact du jeu de l’intérêt composé sur l’accroissement de l’endettement.

L’exemple donné par l’OPC cette semaine est éloquent. Pour un solde de 1000 $ sur une carte dont le taux de crédit est de 19,9 %, un consommateur qui ferait un paiement minimum fixé à 2 % rembourserait sa dette en 25 ans et 10 mois, en payant des frais d’intérêt de quelque 3000 $.

Cette mesure va voir le jour huit ans plus tard, quoique certaines institutions émettrices appliquent déjà des taux s’y rapprochant. À compter du 1er août, le seuil minimum sera fixé à 2 % pour les cartes déjà émises, pour ensuite augmenter de 50 points de base annuellement jusqu’à l’atteinte d’un paiement minimum annuel de 5 % au terme de cette période de six ans. Les nouveaux contrats de carte de crédit se feront au niveau plancher de 5 %.

Selon les données d’une enquête d’Abacus Data remontant à décembre 2016 mais servant toujours de référence, 58 % des Canadiens remboursent la totalité du solde chaque mois. Parmi les autres, près de la moitié indiquent verser une somme supérieure au minimum requis. Quant aux sommes en jeu, on retrouve sur le Web les résultats d’un sondage en ligne mené par RateSupermarket.ca auprès de plus de 2000 répondants disant que le solde moyen est d’environ 3300 $. Aussi, 41 % mentionnent une dette sur carte de crédit supérieure à 3000 $, mais pour 26 % elle est supérieure à 5000 $ et pour quelque 10 % elle est supérieure à 10 000 $.

Pour ce qui est de savoir si cette hausse du paiement minimal sera efficace, il est difficile d’être contre la vertu. On peut toutefois présumer que les personnes qui éprouvent déjà de la difficulté à rembourser le minimum ressentiront une pression accrue. Et que d’autres évoluant à la limite de leur capacité de payer puiseront probablement dans leur marge de crédit personnelle. Mais, en définitive… L’Union des consommateurs a déclaré cette semaine que les détenteurs de cartes de crédit seront gagnants, au bout du compte, puisque le paiement de leur dette se fera plus rapidement. « Il est possible que certains consommateurs aient des difficultés à faire leurs paiements, mais l’augmentation n’est pas énorme », pouvait-on lire dans un texte du Devoir.

Tout cela n’est que les composantes d’un portefeuille d’emprunts plus large. Dans cet univers élargi, on retient généralement que l’encours des dettes rattachées aux cartes de crédit varie peu, bon an mal an, alors que les autres sources de crédit ont pris de l’embonpoint, alimentées par cette longue phase de faibles taux d’intérêt.

Un tableau publié par la Société canadienne d’hypothèques et de logement en décembre dernier rappelait que la dette garantie par un actif accaparait la grosse partie du ratio dette/revenu des ménages. Dominent le prêt et la marge de crédit hypothécaires, avec un poids de 114 % et de 18,8 % respectivement, au Canada. Suivent les prêts à remboursement échelonné (16,9 %) et automobile (6,8 %). Dans la catégorie des dettes non garanties, la carte de crédit affichait un ratio de 9,1 % du revenu des ménages et la marge de crédit personnelle, de 5,5 %.

La dette totale moyenne des consommateurs québécois (hors hypothèque) atteignait 19 410 $ au premier trimestre de 2019, selon Equifax Canada.

Autres modifications

Les modifications réglementaires souhaitées ont également visé à exhorter le prêteur à évaluer la capacité d’un consommateur à rembourser le crédit demandé en tenant compte de ses revenus et de son dossier de crédit ; à imposer des obligations particulières aux prêteurs qui concluent des contrats de crédit à coût élevé, « ces entreprises, en émergence, qui accordent des prêts à fort taux à des consommateurs qui sont déjà en difficulté » ; à limiter les honoraires versés aux entreprises offrant des services de règlement de dettes ; et à encadrer les programmes de fidélisation, empêchant notamment l’expiration des points accumulés à une date déterminée. Entre autres choses.

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