Une certaine arrogance

Il y avait de l’euphorie dans l’air au conseil général de la CAQ en fin de semaine dernière. Près de huit mois après la victoire du 1er octobre, plusieurs semblaient même se pincer pour être certains qu’ils ne rêvaient pas.

Les caquistes ont toutes les raisons d’être heureux. Les derniers sondages indiquent que la popularité du parti et celle du premier ministre ont encore augmenté au cours des derniers mois. La CAQ est pratiquement seule sur la glace et il faudra manifestement du temps avant que le PLQ et le PQ retrouvent une identité, sans parler d’un chef.

Le pouvoir peut cependant monter à la tête, surtout quand on n’en a pas l’habitude. Il est facile de penser que les vaincus ont nécessairement tort. Si la CAQ a toute la légitimité pour gouverner, il n’en demeure pas moins qu’aucun parti dans l’histoire du Québec n’avait encore formé un gouvernement majoritaire avec un aussi faible pourcentage des voix (37,4 %). Cela devrait lui inspirer une certaine modestie.

Depuis sa nomination, on ne peut certainement pas reprocher au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de se traîner les pieds. Dans un petit livre intitulé Et si on réinventait l’école ?, cet ancien enseignant au primaire avait démontré qu’il avait des idées bien arrêtées sur la question, qu’il s’emploie aujourd’hui à mettre en pratique. On peut cependant faire preuve de détermination sans verser dans l’arrogance.

M. Roberge a une fâcheuse tendance à ignorer superbement ceux qui ne pensent pas comme lui, y compris ceux qui sont concernés au premier chef par ses projets de réforme. De toute évidence, le ministre n’aime pas les commissions scolaires, mais rien ne justifie que la CSDM ait été exclue des consultations sur le projet de loi sur la maternelle 4 ans.

 
 

Dans notre système parlementaire, le rôle de l’opposition est précisément d’empêcher le gouvernement de tout faire à sa guise. Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, n’a pas à se scandaliser qu’elle s’efforce de retarder l’adoption du projet de loi 9, qui comportait un vice de forme si grossier que la Cour supérieure a dû rappeler le ministre à l’ordre.

Cela n’a cependant pas corrigé le problème de fond. Même si le ministère de l’Immigration a dû reprendre le traitement des 18 000 demandes en attente jusqu’à l’adoption du projet de loi, la décision de les envoyer à la déchiqueteuse moyennant un remboursement de 1000 $ demeure toujours aussi inacceptable.

Il en va de même de l’obligation de se soumettre à un test de langue et de valeurs pour être admissible au statut de résident permanent. Là encore, M. Jolin-Barrette se serait facilité la vie en ayant la modestie de reconnaître que cette tracasserie est aussi inapplicable qu’inutile.

Le premier ministre Legault avait été averti qu’en confiant le dossier de l’immigration et celui de la laïcité à la même personne, il prenait le risque qu’ils se confondent dans l’esprit de certains. À sa décharge, il n’avait pas l’embarras du choix. Plus de la moitié de ses ministres n’avaient aucune expérience parlementaire et seule Marguerite Blais avait fait partie d’un gouvernement. Les deux dossiers s’annonçaient explosifs et M. Jolin-Barrette avait démontré un bon sens politique dans l’opposition.

Ce double chapeau ne signifie pas cependant qu’il a le don d’ubiquité. Il ne peut pas étudier en même temps deux projets de loi dans deux commissions parlementaires différentes et l’opposition ne fera certainement rien pour lui faciliter les choses.

 
 

Il ne faut pas se faire d’illusions : la politique étant ce qu’elle est, la partisanerie sera toujours une tentation. Raison de plus pour la mettre de côté quand cela est possible. Dans le mouvement d’indignation provoqué par le drame de Granby, on s’accordait à dire qu’une commission d’enquête sur la protection de la jeunesse devait y échapper. C’était manifestement trop demander. Avant même d’être constituée, elle est déjà l’objet de chicanes entre les partis.

Personne ne conteste la compétence de l’ancienne présidente de la FIQ, Régine Laurent, que le premier ministre a choisie pour présider la commission sans consulter l’opposition, mais ce dernier aurait très bien pu opter pour une présidence bicéphale, comme dans le cas de la commission Bouchard-Taylor.

Dans le cas de l’aide médicale à mourir, qui est devenue le modèle de collaboration entre les partis, les parlementaires partaient de zéro. La question était éminemment délicate, dans la mesure où elle pouvait poser un problème de conscience, mais il n’était pas possible de transformer la commission en procès de « l’ancien gouvernement ».

Au contraire, la protection de la jeunesse a un lourd historique dont il n’est pas possible de faire abstraction. Déjà, plusieurs pointent du doigt les réformes de Gaétan Barrette. Il est donc indispensable que l’opposition ait confiance dans l’impartialité des membres de la future commission. Et que le gouvernement accepte de ne pas tout contrôler.

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15 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 30 mai 2019 07 h 11

    Pourquoi vouloir TOUT contrôler...

    ...Du mot « arrogance » le dictionnaire des synonymes de l'université de Caen en donnent 25. Je retiens « condescendance,fatuité, hauteur » Parmi les antonymes offerts : humilité.
    Si tentant chemin que celui de vouloir s'enfler la tête et la frontière entre la fierté et l'orgueil est si mince.
    L'orgueil tue de bien des façons. Que de ravages, que d'horreurs dûes à l'orgueil. L'orgueil et ses si subtiles manifestations. « On » peut même « se pendre avec »
    J'en témoigne.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 30 mai 2019 07 h 27

    Michel David a raison

    M.Legault agit comme un enfant et il est excité de ce qui lui arrive.
    Avec une équipe novice, il voit trop grand et risque de ne pas réussir
    dans ses projets trop grands. Son style lui nuit et il est trop fier de son succès. Un peu d'humilité lui ferait du bien.

    • Louise Collette - Abonnée 30 mai 2019 16 h 02

      Vous avez déjà oublié l'incommensurable arrogance des Libéraux ????

  • Bernard LEIFFET - Abonné 30 mai 2019 07 h 32

    L'arrogance des uns et des autres...

    Dès qu'un parti « prend le pouvoir », comme s'il l'avait volé avec un si bas pourcentage des votes dans la plupart des cas, les us et coutumes du Québec font que les élu(e)s tentent de mettre rapidement au rancard les vicissitudes de la vie, de leur vie précédente. il apparaît que ce phénomène est tellement répandu sur la Terre qu'il en est rendu secondaire. Quant à s'en péter les bretelles vis-à-vis des concitoyens ordinaires dont ils sont issus, ils subiront comme d'autres les affres et revers de la politique, avant de redevenir d'honorables citoyens, ceux qui comme moi en ont marre des magouilles, du manque de transparence, des lobbystes de tout poil, et bien sûr des décisions discriminatoires à l'emporte pièce.
    Ainsi va le traitement des dossiers (anciens et nouveaux) sur l'immigration, sur un registre d'armes à feu qui sème aussi la zizanie dans différents milieux, qui d'ailleurs relève de rien de scientifique quant à son efficacité. Mais c'est vrai que faire de la politique, de la science et de la philosophie sont loin de faire bon ménage. Il est tout aussi facile de monter sur un piedestal que d'en tomber, comme l'ont fait les libéraux qui ne vivent qu'au crochet des anglophones de Montréal avec leur porte-étendard canadien, la mairesse « de Montreal ».
    Qu'elle arrogance dans ses propos, la même qu'avait un certain empereur avant d'être un citoyen emprisonné par les Britanniques, il faut dire sur une île plus petite que celle de Montréal. Ce duel franco-britannique est encore là, ici, au Québec, avec en prime des québécois qui s'affrontent eux-mêmes faisant le jeu des fédéralistes! Pendant combien de temps va durer cette arrogance qui va même jusqu'à charcuter le gouvernement quant aux moyens de transport dans le Montréal anglais et Québec capitale nationale à majorité francophone. Pourtant, nous ne sommes pas en Belgique!

  • Bernard Terreault - Abonné 30 mai 2019 07 h 50

    J'ajouterai

    Que ce gouvernement, et Legault particulièrement, a tendance à exprimer des opinions personnelles quand il devrait se taire. Par exemple quand Legault se mèle de la négociation entre l'aluminerie de Bécancour et le syndicat, ou quand FitzGibbon commente une transaction entre firmes privées.

  • Cyril Dionne - Abonné 30 mai 2019 08 h 17

    Gardons le cap

    Bon. 37,4 % n’est pas une grande majorité mais on pourrait bien lui coller presque tous les votes du PQ et une partie de QS, vous savez, ceux qui ont remis leur carte et se sont dissociés de ce parti. On dépasserait largement le 50% pour se retrouver près des deux tiers. Le gouvernement Trudeau n’a recueilli que 39,47% des votes à la dernière élection.

    Le ministre de l’éducation n’aime pas les commissions scolaires comme la grande majorité des Québécois. Ce système archaïque qui remonte au temps de la Confédération de 1867 afin de garantir les droits des minorités linguistiques et religieuses a fait son temps. Plus personne ne vote dans ces élections et les commissions scolaires ne représentent qu’un intermédiaire superficiel et inutile aujourd’hui dans la gestion des écoles. Mais il faut le dire, le gouvernement erre dans son projet sur les maternelles 4 ans. On peut citer tous les experts du monde, mais à la fin de l’exercice, ce qu’on va entrevoir dans 20 ans, c’est que tout cela était inutile pour l’individu en question. Il réussira ou ne reussira pas malgré ce programme de la maternelle.

    Pour l’immigration, le gouvernement a bien agi dans le traitement des 18 000 demandes en attente. Immigrer n’est pas un droit, mais bien un privilège qui peut être révoqué à tout moment. Ce privilège ne profite qu’aux immigrants et non pas à la société d’accueil au niveau socio-économique. Est-ce que quelqu’un pourrait nous expliquer les bienfaits de l’immigration aujourd’hui dans un pays déjà construit et plein si on se fie aux environnementalistes qui ne cessent de nous fustiger sur l’étalement urbain qui font disparaître les milieux humides et en plus de réduire à une peau de chagrin, les écosystèmes marins et terrestres et d’augmenter la production de GES? Pour trouver du personnel afin de combler des emplois de misère au salaire minimum? Pourquoi est-ce si nécessaire dans une économie qui roule présentement à 110% mais qui risque de ralentir très vite?