La lente agonie

« La vérité, c’est que le Parti québécois a cessé d’attirer et de se renouveler. »

Remercions la députée (désormais indépendante) de Marie-Victorin, Catherine Fournier, qui, à défaut d’offrir une véritable analyse du problème, force un regard plus soutenu sur la débandade péquiste. Malgré les aveux de responsabilité de Jean-François Lisée — « Je suis bien l’homme qui a conduit le grand parti de René Lévesque à la plus grave défaite de son histoire » — et le bilan de campagne « sans tabous » des députés péquistes après les dernières élections, rien de très percutant ne semble être sorti de ces examens de conscience. On verra bien ce qui émergera du conseil national prévu dans dix jours. En attendant, pour avoir cru, moi aussi, en René Lévesque, et applaudi à sa capacité de nous relever collectivement le menton, voici ma propre liste de ce qui est en train de « tuer le PQ ».

L’Histoire (avec un grand H). Né dans la foulée de la Révolution tranquille et béni par la présence de grands esprits (Lévesque, Bourgault, Parizeau…), le parti avait à ses débuts quelque chose de proprement révolutionnaire dans sa vision émancipatrice du Québec. Cinquante ans plus tard, rongé de l’intérieur par l’obsession du « bon gouvernement », dénué d’un idéal qui lui soit propre, contemplant un Québec qui n’a vraiment plus rien à voir avec celui des années 1960, le PQ souffre affreusement de la comparaison entre hier et aujourd’hui. Le contraste entre ce qu’il représentait à l’époque et ce qu’il représente aujourd’hui est, comme les photos de votre tendre jeunesse, insupportable. Aucun autre parti n’a eu à se mesurer autant à la mythologie qui a donné naissance au Québec moderne que le Parti québécois.

Que le PQ soit, comme le dit Jean-François Lisée, associé à la défaite n’aide sûrement pas. Mais, en réalité, ce n’est pas tant la défaite que ce que le parti en a fait qui le hante aujourd’hui. L’échec de 1980 a ouvert la porte à l’idée de compromis (le bon gouvernement), idée qui deviendra fixe avec le temps. Déjà, on troquait la vue panoramique pour la lucarne du bungalow. Cette approche plus pragmatique eut par ailleurs l’avantage d’instaurer par la porte d’en arrière ce que la souveraineté promettait par la porte d’en avant : la protection du français, la promotion du Québec inc., la fierté de nous-mêmes et la confiance en l’avenir.

On a beaucoup dit que René Lévesque nous avait donné l’indépendance sans pourtant la réaliser. C’est vrai, mais c’est aussi ce qui tue, en partie, le PQ aujourd’hui. Il a participé lui-même à sa propre obsolescence tout en étant incapable de conquérir de nouvelles frontières.

La défaite de 1995 a été bien plus dévastatrice encore. Le poison dont parle Jean-François Lisée a très peu à voir avec le penchant des médias pour les mauvaises nouvelles. Ce qui empoisonne le PQ aujourd’hui remonte aux paroles prononcées par Jacques Parizeau le 30 octobre 1995. Non seulement sa malheureuse allusion aux « votes ethniques » a planté la graine de la division, mais elle a aussi sonné le début du nationalisme frileux et du débat identitaire. La charte des valeurs proposée par le gouvernement Marois, des années plus tard, n’est rien d’autre que la pousse issue de cette même semence, une tentative, là encore combien maladroite, de planter son drapeau en reprochant aux Autres de ne pas être suffisamment comme « nous autres ».

Le début de cette lente saignée au sein du parti commence donc là. Cet étonnant repli sur soi — tout le contraire de ce qu’était Jacques Parizeau ou de ce qu’annonçait le PQ au départ — a fait fuir d’abord les communautés culturelles, ensuite les jeunes, et finalement, la charte faisant déborder le vase, les progressistes de tout acabit. N’ayant jamais voulu regarder cette réalité en face — d’abord par respect pour M. Parizeau, ensuite par engouement pour cette nouvelle « stratégie » identitaire —, le parti est aujourd’hui mal placé pour comprendre que ces dérapages ne sont pas de simples erreurs de parcours. Pour tous ceux et celles qui ont cru au « grand parti de René Lévesque », il s’agit bel et bien d’une trahison. Un sentiment tenace qui ne disparaît pas avec la dernière trouvaille électorale. On ne se remet pas de s’être senti poignardé dans le dos.

Une autre chose qui sape la capacité du PQ à rebondir ? L’orgueil. J’ai consacré tout un film (Monsieur) à essayer de comprendre comment un homme de la stature de Jacques Parizeau avait pu trébucher aussi dramatiquement le soir du référendum. Sans s’excuser, s’entend. Car bien sûr, tout le monde s’enfarge. Mais une erreur politique de cette envergure, à un moment aussi crucial, sans jamais tenter de l’effacer ? M. Parizeau, un peu comme Jean-François Lisée aujourd’hui, a cru qu’il était suffisant de démissionner, sans pour autant admettre ses erreurs de parcours. Sans mea-culpa. Le rideau est tombé, n’en parlons plus. L’honneur de l’homme est sauf, mais le dommage au parti, lui, est d’autant plus persistant que la cause n’en a jamais été clairement déterminée.

Pendant que les membres du PQ détournaient le regard, non seulement le ver s’est infiltré dans la pomme, mais il a fini par en manger les trois quarts.

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90 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 13 mars 2019 05 h 04

    Les oeillères

    L'angle mort de la réflexion politique québécoise : ignorer superbement l’action du gouvernement d'Ottawa. Personne n’a encore relevé la déclaration de Jean Chrétien à l’effet que le Programme des commandites « n'était qu'un volet d’une stratégie plus vaste. »

    Beaucoup plus vaste, en effet. Après le référendum de 1995, une équipe fut mise sur pied à Ottawa au sein du Conseil Privé. Pendant une quinzaine d’années, ce Groupe de travail a entraîné l’Administration fédérale au grand complet - y compris Radio-Canada - dans une « Guerre du sens » (Loup Francart) dont la cible principale était l’identité québécoise. Au cours des années, des milliards de dollars ont été consacrés à ce travail de sape. À la longue, cet effort remarquable de Guerre de l'information consenti et coordonné par Ottawa a fini par produire les résultats que l’on connaît aujourd’hui. Or, qui donc tente de saisir l'ampleur de cette offensive fédérale et ses effets sur le Québec actuel ?

    Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les instructeurs britanniques répétaient aux apprentis-pilotes de la RAF au sujet des chasseurs allemands : « C’est celui que tu ne verras pas qui te tuera ».

    • Jacques Lamarche - Inscrit 13 mars 2019 09 h 13

      Exactement, monsieur! Et si vous ajoutez à cette vaste opérastion de dénationalisation et de de ¨bilinguisation¨ menée par la maison-mère, tout le travail de destruction massive menée depuis cinquante ans par une armée de journalistes et de chroniqueurs de Power Coporation, il ne faut point se surprendre du champ de ruines du PQ - sur lequel vient de tomber Catherine Fournier- et aussi du déclin de la toute la société québéco-française, qui ne fait plus le poids devant Ottawa.

      L'agonie du PQ n'est que le reflet de celle de tout un peuple, qui a perdu sur toute la ligne, autant la mémoire que la fierté!

    • Louise Melançon - Abonnée 13 mars 2019 09 h 24

      Merci, monsieur, pour ce rappel à la réalité!

    • Nadia Alexan - Abonnée 13 mars 2019 10 h 33

      Je regrette de vous annoncer que je ne suis pas d'accord du tout avec l'analyse de Francine Pelletier. Premièrement, Jacques Parizeau a dit la vérité, en prononçant les mots «l'argent et les votes ethniques» la nuit de la défaite de l'option indépendantiste. Il n'avait pas à s'excuser. C'était la vérité que tout le monde pensait plus bas, sans avoir le courage de le dire tout haut.
      Deuxièmement, il n'y a rien de mal à proposer «un bon gouvernement» si la population a rejette l'indépendance. On ne peut pas imposer l'indépendance sur un peuple qui ne la veut pas. En attendant l'indépendance, le PQ a légiféré des lois remarquables pour le bien commun des citoyens et citoyennes.
      Troisièmement, la chroniqueuse est obsédée par la Charte des valeurs dont elle attribue tous les malheurs et la raison de la défaite du PQ. Elle a tort là encore. Le PQ voulait simplement être cohérent avec l'implantation de la laïcité envisagée par les pères de la Révolution tranquille. On a sorti les frères et les soeurs de nos écoles et on a enlevé les croix de nos salles de classe, justement pour accommoder la diversité et l'inclusion. Mais il fallait mettre fin aux accommodements déraisonnables et de l'infiltration de l'intégrisme religieux politique, qui s'infiltrait dans les affaires de l'État comme un Cheval de Troie, en se cachant derrière la diversité.
      Il faut comprendre que la diversité n'est pas unanime sur cette question. La plupart des immigrants issus de la diversité ne veulent pas un amalgame de la Religion avec l'État. Dire que la Charte des valeurs a amené à la défaite du PQ est contradictoire. Alors, comment expliquer la victoire de la CAQ qui a justement gagné avec la promesse de l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique?
      Malheureusement, Francine Pelletier, comme d'autres chroniqueurs, continue de propager ce paradoxe pour expliquer la défaite du Parti Québécois, tandis que les sondages démontrent un appui massif de la laïcité, dépassant les 70%. A

    • Nadia Alexan - Abonnée 13 mars 2019 11 h 28

      De plus, j'en ai marre d'entendre que les Québécois recherchent les valeurs identitaires. Je me demande comment peut-on expliqué alors les valeurs de ceux et celles qui crient haut et fort, sur toutes les tribunes, qu'ils haïssent les homosexuelles, les transgenres, les mécréants, les juifs, la liberté sexuelle et la liberté de conscience et qui insistent à porter le voile, par choix personnel, comme porte-étendard de leurs identités? Ceux-ci ne sont pas des valeurs identitaires?
      Les valeurs québécoises ne sont pas des valeurs identitaires, mais des valeurs «universelles» soutenues par tous les peuples civilisés de la terre. Les valeurs d'ouverture, de la liberté de conscience et de parole et la laïcité de l'État sont des valeurs universelles et non identitaires.

    • Christian Montmarquette - Abonné 13 mars 2019 13 h 59

      @ Nadia Alexan

      «Jacques Parizeau a dit la vérité, en prononçant les mots «l'argent et les votes ethniques» - Nadia Alexan

      La région de Québec au complet a voté pour le Non à 60%, mais c'est la faute du vote ethnique..

      Sans compter que ça braquait toutes les communautés culturelles contre l'indépendance.

      - Quel coup de génie!
      .

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 13 mars 2019 14 h 49

      D’aaccord avec vous monsieur Naud.
      Une autre raison majeure n’est-elle pas que le PQ s’est plombé lui même lors de la dernière élection en renonçant momentanément à l’indépendance ?

    • Jean-Henry Noël - Abonné 13 mars 2019 16 h 38

      Tot ce bla bla bla, parce que le PQ n'a pas choisi comme chef Martine Ouellette, une souverainiste authentique. «Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.»

    • Jean-Henry Noël - Abonné 13 mars 2019 16 h 38

      Tot ce bla bla bla, parce que le PQ n'a pas choisi comme chef Martine Ouellette, une souverainiste authentique. «Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.»

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 13 mars 2019 18 h 04

      M. Montmarquette, je n'ai pas les mêmes chiffres que vous. Je vous soumets cet extrait d'un article paru en 2015 dans 'Le Soleil' :

      « En 1995, la Capitale-Nationale a voté oui à 54,3 %, soit l'équivalent du 63e vote le plus souverainiste sur 125 circonscriptions (15 se sont ajoutées entre les deux référendums). Dans la «couronne de Québec», l'appui à la souveraineté a recueilli 52,2 % (75e sur 125). »

      https://www.lesoleil.com/actualite/politique/verification-faite-la-faute-a-quebec-bf7042fc5bf944a512f1bcd5f4de50e9

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 13 mars 2019 19 h 56

      Monsieur Monmarquette voici une analyse du Soleil, publiée par Jean-François Cliche :

      « Voyons ce que disent les résultats du premier référendum. En 1980, les circonscriptions de la ville de Québec ont voté Oui à 47,9 %; sur les 110 circonscriptions qui existaient l'époque, cela correspondait au 28e résultat le plus souverainiste. Les alentours de la capitale, eux, ont voté Oui à 43,4 % (l'équivalent du 50e rang sur 110).

      En 1995, la Capitale-Nationale a voté oui à 54,3 %, soit l'équivalent du 63e vote le plus souverainiste sur 125 circonscriptions (15 se sont ajoutées entre les deux référendums). Dans la «couronne de Québec», l'appui à la souveraineté a recueilli 52,2 % (75e sur 125).
      Ainsi, alors qu'elle faisait pratiquement partie du quartile le plus souverainiste en 1980, l'actuelle ville de Québec avait glissé en milieu de peloton en 1995; ses environs, eux, ont reculé de la «petite moyenne souverainiste» au tiers le moins réceptif.»

      Alors que j'avais 15 ans en 1995, je me souviens de la déclaration et c'est mon père qui m'a expliqué le contexte: alors qu'en 1980, il n'était pas évident que les Québécois (franco-canadien-français-de-souche-vous-comprenez-de-quoi-je-parle-puisque-ça-inclut-les-assimilés-évidemment-comme-Aquin-le-disait-en-1962-ça-vous-va-tu-comme-définition?) voulaient se donner un pays; en 95, l'analyse de Parizeau révélait que c'était clair que les Québécois le voulaient désormais, à 60%, une majorité franche.

      Il y a une lutte nationale, 2 peuples se battent pour la prépondérance et les Italiens, les Grecques et les Juifs votent en bloc (en fonction de leurs intérêts), traduisant d'une manière homogène leur allégeance canadiAn à l'encontre des Québécois. L'argent ET les votes ethniques.
      L'argent et d'autres peuples n'avaient pas à constituer un Veto contre la volonté des Québécois, la prochaine fois, il fallait voter à 70%, et la foule de se ragaillardir.

      Le vote ethnique, la charte, ce sont des raisons GESCA-SRC...

    • Françoise Maertens - Abonnée 13 mars 2019 22 h 30

      Tout à fait d'accord!!!

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 14 mars 2019 07 h 18

      M. Montmarquette,

      J'espère que vos textes dans « Presse-toi à gauche » sont plus crédibles.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 14 mars 2019 07 h 19

      Mme Françoise Maertens École Garneau(entrée Principale)

      Moi aussi.

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 mars 2019 09 h 33

      En ce qui me concerne, c'est suffisant pour ne pas jeter le blâme sur le vote ethnique, quand les francohones de la région de Québec eux-mêmes refusent de le faire.

      "Si l'on applique mécaniquement le fameux «60 % des francophones» à toute la région, alors, effectivement, on obtient assez de Oui pour gagner le référendum." - Le Soleil

      https://www.lesoleil.com/actualite/politique/verification-faite-la-faute-a-quebec-bf7042fc5bf944a512f1bcd5f4de50e9

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 mars 2019 12 h 53


      "J'espère que vos textes dans « Presse-toi à gauche » sont plus crédibles." - Sylvio Le Blanc

      Lisez-les, et faites-nous le rapport, si vous espérez que votre commentaire soit autre chose que du commérage:

      Mes textes chez PTÀG:

      https://www.pressegauche.org/_Christian-Montmarquette_?

      .

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 14 mars 2019 17 h 19

      M. Montmarquette,

      Croyez-vous vraiment que je vais perdre mon temps à lire ces conneries. Votre prose indigeste dans «Le Devoir» me suffit amplement. N'en jetez plus!

      Nima Machouf, quésoliste, comme son mari, l’ex-député Amir Khadir, veut se présenter pour le NPD. Une soi-disant indépendantiste avec un parti fédéraliste. Que dites-vous de cela?

  • Gaétan Cloutier - Abonné 13 mars 2019 05 h 59

    Le vote ethnique...

    J'ai toujours cru que ce bout de phrase avait sonné la fin (ajouté à la défaite). Pas mêlant, on jurerait que c'est arrangé avec le gars des vues, car à partir de ce moment, la descente du PQ (accompagné de l'indépendance) a cessé d'être perçu comme nécessaire.

    Et dire que plusieurs lui donne raison...aux statistiques je les renvoient.

    Blâmer les autres pour sa perte n'est pas très gagnant; ça explique en partie pourquoi on ne s'est jamais toujours pas réalisé.

    • André Joyal - Inscrit 13 mars 2019 09 h 15

      Francine Pelletier fait de la déclaration (pourtant très juste) de Jacques Parizeau rien de moins qu'une obsession. Ce que je retiens de son film sur «Monsieur» c'est la toute fin, quand il dit: «Moi, contrairement à qui vous savez, je n'ai jamais mis des innocents en prison comme le font les pires dictateurs.» Préfère-t-elle le souvenir de celui qui imposa les mesures de guerre alors qu'il savait très bien que le FLQ était l'affaire que d'une poignée d'exaltés?

      Quant à «notre» ex-Catherine, pour qui se prend-elle? Oui, elle du bagout, mais elle est loin d'un Pierre Bourgault qui lui était en plus entouré de gens tels les André Dallemagne, l'architecte Guité et le très efficace gestionnaire Pierre Renaud.
      Qui est derrière cette rebelle égérie ? Aussant? C'est très peu, mille fois hélas. Et pendant ce temps les Montréalais francophones continuent de s'angliciser en douce. Mais, le PLC de Justin, avec tous ses députés québécois, a apporté aux Québec, comme au ROC, le canabis... Pour nous, oui, rien d'autre.

    • Christian Roy - Abonné 13 mars 2019 13 h 52

      M. Parizeau a parlé de vote ethnique, vrai. 1995: le mouvement indépendantiste a réalisé qu'il devra arriver à ses fins sans (ou contre) l'accord des "ethniques" - les Autres, ceux qui ne font pas partie du "Nous". À quoi bon les inclure dans le projet ? À quoi bon tenir compte de leurs particularités et de leurs demandes ? Ce ne serait qu'une perte de temps.

      M. Parizeau a aussi parlé de "l'Argent"....une réalité pas mal plus dificile à contourner pour qui n'est pas déterminé à faire les sacrifices qu'exigent la naissance d'un pays souverain.

      Remarquez que c'est le thème qui s'est imposé au cours des dernières campagnes électorales: "Réingénérie de l'État", "Les vraies affaires", "Le gouvernement économique", etc.

      Faut croire que les Québécois de souche, endettés comme ils le sont, ont davantage peur des turbulences financières que des accoutrements religieux exotiques.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 13 mars 2019 20 h 16

      Ce qu'il dit, c'est simplement que d'autres peuples n'ont pas à avoir un droit de veto sur notre destin, comme Québécois (au sens de la nation-historique-culturelle), le oui était environ à 60%, ce qu'il a dit ce soir-là. Il y a un autre peuple sur le territoire québécois, les Canadien-anglais, les CanadiAns... L'argent ET le vote ethnique. C'est quand même différent de se dire perdant avec ça que si les franco eux-même s'étaient refusé le pays. D'où la phrase suivante, on a voté à 60, la prochaine fois ça sera 70.

      Si les communautés se donner un droit légitime de voter à 95% en faveur d'une allégeance au peuple anglo (ce qui est strictement leur intéret) pourquoi on ne ferait pas pareil. Les CanadiAns ont un pays, les Grecs, les Italiens et les Hébreux (qui ne sont pas des Arabes...) aussi, mais les Québécois, eux, n'auraient pas de pays?

      Peut-on s'entendre quand on parle des Allemands qu'on ne parle pas des Turcs ? Les Turcs en Allemagne devraient pas constituer une minorité de blocage d'où le principe que pour les intérêts allemands, la majorité historique allemande devrait, lors d'un vote, soutenir fortement une position.

      Toute cette affaire est montée en épingle par l'ennemi déclaré de l'indépendance de notre peuple. Desmarais, l'a déclaré (voir une entrevue au Point) il n'y a pas de mal à le dire. Option Canada, le Scandale des Commandites, le traitement de la SRC, voilà des causes objectives.

      Ajoutez la mort de Falardeau et il est évident que la nationalisme québécois étant en lambeaux, le PQ est son double, le champ de ruines.

      Parizeau le disait au congrès de ON.... Les choses seraient différentes si Aussant avait été élu, par exemple, si avec lui, le PQ avait pu constituer un gouvernement presque majoritaire. Sans une doctrine, le parti ne pouvait survivre à la cascade de démissions

      Parizeau en 95 a dit qu'il fallait retourné TOUTES les pierres, ça n'a jamais été fait.

      Pas de doctrine, pas d'histoire, c'est la déchéance assurée

    • Jean-Henry Noël - Abonné 14 mars 2019 15 h 11

      Les non-québécois constituent environ 20% de la population. Comment peuvent-ils remporter des élections ou gagner un référendum ?

  • Robert Bernier - Abonné 13 mars 2019 06 h 33

    D'accord mais ...

    Vous écrivez: "Ce qui empoisonne le PQ aujourd’hui remonte aux paroles prononcées par Jacques Parizeau le 30 octobre 1995."

    Je suis d'accord pour dire que les conséquences de cette bévue ont été qu'elle "a sonné le début du nationalisme frileux et du débat identitaire. ", comme vous dites. Et que tout ceci a mené à la charte Drainville, de bien triste mémoire.

    Mais je ne suis pas d'accord avec l'idée que la "frilosité" ait commencé là. Elle était déjà présente. Sinon pourquoi les députés et ministres ne se sont-ils pas regroupés autour de M. Parizeau, le lendemain, pour le supporter? C'était la seule chose à faire mais chacun a préféré se retirer sur ses terres pour ne pas être mouillé. Tout le monde sait que ce que M. Parizeau a dit était la triste vérité. Ou à tout le moins une partie non négligeable de celle-ci puisqu'il faut bien reconnaître que la région de la Capitale a voté Non au référendum. Si on s'était regroupé autour de M. Parizeau, l'affaire "médiatique" aurait duré 2-3 jours, comme c'est d'habitude le cas. Les anglos nous font à l'année longue des vacheries bien pires.

    Le manque de courage politique était déjà là.

    Le triste constat, c'est que les québécois ne veulent pas de l'indépendance. Ils préfèrent rester bien au chaud dans ce pays qui les méprise. Et ça, Madame Fournier n'y pourra rien.

    • Jean Lacoursière - Abonné 13 mars 2019 08 h 51

      "En 1995, la Capitale-Nationale a voté oui à 54,3 %, soit l'équivalent du 63e vote le plus souverainiste sur 125 circonscriptions (15 se sont ajoutées entre les deux référendums). Dans la «couronne de Québec», l'appui à la souveraineté a recueilli 52,2 % (75e sur 125).
      Ainsi, alors qu'elle faisait pratiquement partie du quartile le plus souverainiste en 1980, l'actuelle ville de Québec avait glissé en milieu de peloton en 1995; ses environs, eux, ont reculé de la «petite moyenne souverainiste» au tiers le moins réceptif."

      Source : https://www.lesoleil.com/actualite/politique/verification-faite-la-faute-a-quebec-bf7042fc5bf944a512f1bcd5f4de50e9

  • Yvon Pesant - Abonné 13 mars 2019 06 h 36

    Le vote ethnique et l’argent

    Il serait peut-être le temps qu’on en revienne et que, à contrario, le vote ethnique des uns et l’argent des autres se regardent eux aussi le nombril dans cette histoire d’un peuple ouvert désireux de s’affirmer. Car, en 1995 comme en 1980, le projet de création d’un État québécois souverain s’adressait également et s’adresse toujours aussi à ces gens qu’on a maintenu dans la peur.

    Je trouve déplorable que des journalistes et des chroniqueurs comme vous, madame Pelletier, ne fassent qu’encore et toujours retenir de ces mots importants prononcés par Jacques Parizeau que la marque d’un nationalisme chausson et exacerbé alors qu’ils traduisaient une réalité à analyser autrement et non pas seulement de cette manière mortifère. Jean-François Lisée a bien raison quand il traite de votre responsabilité d’entretenir cette image très négative de notre fermeture sur nous-mêmes, les « de souche », alors que ce n’était et que ce n’est toujours pas du tout le cas.

    L’ouverture à l’autre dans le projet de pays dont il est ici question ne doit pas être qu’à sens unique, qu’il s’agisse de finance ou de culture, si on veut que tout le monde y trouve son profit et son bonheur de vivre ensemble dans une société distincte, juste et équitable tant du point de vue économique qu’environnemental. Parce que c’est ça le programme du PQ et pas autre chose.

    Il serait bien que l’argent, le vote ethnique et vous-même, madame, alliez y voir de plus près pour vous en assurer et pour cesser d’avoir peur.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 13 mars 2019 09 h 01

      Merci M. Pesant.
      Je suis d'accord avec vous. Vous m'épargnez le temps de rédiger un texte en réaction à la chronique de Mme Pelletier. Je vais pouvoir partir plus de bonne heure faire ma randonnée pédestre.

    • Louise Melançon - Abonnée 13 mars 2019 09 h 23

      Je suis tout à fait d'accord avec vous, monsieur. Le manque d'analyse conduit à l'injustice. Et madame Pelletier en fait souvent la démonstration. Mais elle n'est pas la seule, d'autres journalistes aussi se contentent de répéter des lignes de presse...

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 13 mars 2019 20 h 18

      Merci, rien à ajouter.

  • Clermont Domingue - Abonné 13 mars 2019 06 h 44

    Etait-ce du racisme?

    On se croyait accueillants et ( paradoxe) on a pensé qu'on pouvait faire l'indépendance sans les immigrants.Illusion... En 95,nous n'étions plus à l'époque de ma mère et mes soeurs avaient abandonné le fourneau. Quant aux immigrants,il fallait d'abord les apprivoiser.Gérald Godin avait commencé à le faire. Il faut savoir que les groupes ethniques qui ont pris la relève de nos grands-mères pour peupler le territoire sont venus au CANADA, pays de paix, de liberté et de prospérité.Dans leurs pays d'origine, ces personnes ont souvent connu l'instabilité politique et ne souhatent pas prendre de risque.Chat échaudé craint l'eau froide.

    J'en suis venu à la conclusion que ni le PQ ni l'indépendance n'ont d'avenir. Au yeux des Canadiens, nous devenons lentement un groupe ethnique comme un autre; plus dérangeant, mais pas plus important qu' un autre.

    Je vais voter pour le Bloc pour que nos intérêts soient bien défendus à Ottawa. La présence des députés d'un parti strictement québécois rappelle aux autres que nous tenons à notre différence. Elle fait aussi penser que ce petit parti pourrait avoir la balance du pouvoir.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 13 mars 2019 09 h 07

      Le référendum de 95, ce sont les francophones du Québec et, plus particulièrement ceux de Québec, qui l'ont perdu. N'oublions pas aussi que les anglophones ont voté à 95% contre.

      Si Parizeau avait expliqué pourquoi il pensait que les «ethniques» n'avaient pas voté pour, je crois que la réception à cette affirmation aurait été complètement différente.

    • Jean-François Trottier - Abonné 13 mars 2019 15 h 12

      M. Domngue,
      je vais tenter de vous expliquer.

      En 2016, i.e. un an après le référendum, plusieurs de mes amis et connaissances d'origine française ont reçu leur citoyenneté canadienne, 4 abs après leur demande pour certains, et 5 pour d,autres.

      Des délais franchement exagérés.

      En comparaison, des milliers d'immigrants sont passés en quelques mois après la demande durant la même période.

      La différence selon ce que j'ai vu, et en effet ça n'a rien de scientifique, c'est que les uns parlaient français et lisaient des journaux français, et les pour autres c'était l'anglais.

      La différence a pu être facilement de 3,000 immigrants anglophones de plus sur une courte période, écart qui a par la suite été comblé, et zoup rien n'y parait.

      La procédure d'admission dépend uniquement des bureaux du fédéral. Le fédéral était, je reprends les paroles de Jean Chrétien à l'époque, en guerre contre les séparatistes.
      Le fédéral a mis plus d'argent connu dans la campagne référendaire que les deux clans réunis.
      Quand à l'argent caché, je ne doute pas qu'Ottawa en ait mis beaucoup. Le scandale des commandites qui a suivi démontre comment Ottawa jongle avec les milliards sans se sourciller de légalité.
      Aucune pancarte routière n'était disponible. Toutes réservées par uine agence fédérale, qui ne s'en est même pas servi.

      Quand Parizeau a lancé "la faute à l'argent et aux ethnies", c'est de ça qu'il parlait. Il était en calvaire devant tant de crapulerie.

      Il y a eu en effet racisme, mais contre les immigrants francophones, sous le couvert et avec adresse. N'empêche que les fédéralistes ont agi en salauds.

      Au moment précis du référendum, des troupes armées étaient massées au bord du Québec en Ontario.
      Ça aussi, Parizeau le savait. C'est pour ça qu'il a accepté la défaite, Personne ne voulait d'un bain de sang, en tout cas dans le camps du Oui.

      Quant à Ottawa, ben... ils étaient en guerre. Chrétien l'a dit.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 13 mars 2019 16 h 16

      M. Marcoux, votre observation est tout à fait exacte... En 95, le population du Québec est très très majoritairement quebeco-francophone et le deuxième groupe important minoritaire est quebeco-anglophone et les neoquebecois franco ou anglophones) de toutes ethnies d’origine forment le dernier groupe minoritaire.
      La phrase malheureuse de Jacques Parizeau était effectivement sans fondement. Le mythe, par contre, est demeuré... comme si c’était la faute « en bloc » des néoquébécois si en 95 le non a été majoritaire!

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 13 mars 2019 20 h 20

      Les immigrants n'ont pas de raison de s'identifier à des seconds violons.
      Nous avons cru naïvement à leur appu, c'était une erreur. Ils se rallieront aux gagnants car là est leur intérêt.

      Je n'immigrerais pas en Israël pour aider les Arabes... Si je veux vivre en espagnol, je ne choisirai pas Puerto Rico...

    • Clermont Domingue - Abonné 13 mars 2019 22 h 24

      Monsieur Gill, votre remarque est très juste. Elle nous incite à abandonner le rêve pour composer avec la réalité.