Où s’en va le NPD?

Dans la vision de la politique de Stephen Harper, le Parti libéral du Canada était une entité artificielle. Contrairement au Parti conservateur et au Nouveau Parti démocratique, tous les deux issus de la société civile, le PLC était le parti des élites qui n’avait d’autre objectif que l’atteinte du pouvoir et le maintien de celui-ci. De gauche un jour, de droite le lendemain, le PLC se métamorphosait constamment afin de damer le pion à ses adversaires, ce qui irritait royalement conservateurs et néodémocrates, pour qui la politique était une affaire d’idées.

C’est ainsi que sa victoire lors des élections fédérales de 2011 fut doublement satisfaisante pour M. Harper. Non seulement l’ancien premier ministre conservateur a-t-il obtenu le gouvernement majoritaire dont il rêvait, mais il faisait également face à une opposition officielle néodémocrate forte de 103 sièges, alors que le PLC fut réduit à 34 députés. Le réalignement fondamental de la politique que visait M. Harper semblait enfin chose faite.

On connaît la suite. Alors que le PLC a repris son élan sous Justin Trudeau, le NPD sombre presque dans l’oubli. Le dernier sondage de la firme Mainstreet, réalisé cette semaine, attribue au parti de Jagmeet Singh 10,8 % des intentions de vote des Canadiens. Bien que la firme Nanos accorde au NPD presque deux fois plus d’appuis (19,8 %), ce dernier score est basé sur une moyenne mobile des quatre dernières semaines.

Peu importe le sondage, le NPD s’enligne vers une dure campagne. Dans le meilleur des scénarios, le parti perdrait quelques-uns de ses 41 sièges à la Chambre des communes en 2019. Dans le pire, il serait rayé de la carte à cause de l’éparpillement du vote néodémocrate à travers le pays.

Avec M. Trudeau à la tête des libéraux et du pays, il serait probablement difficile pour quelque chef néodémocrate que ce soit d’attirer l’attention des médias. Mais dans le cas de Jagmeet Singh, le NPD s’est retrouvé avec un leader qui peine à se faire remarquer. Élu massivement par les militants néodémocrates il y a un peu plus d’un an, M. Singh semble totalement absent des débats nationaux. Il ne siège pas à la Chambre des communes et manque de tribunes pour se faire voir et entendre. Qui plus est, il n’est pas certain qu’il ait grand-chose à dire.

Beaucoup de gens ont critiqué M. Trudeau, avec raison, lorsqu’il a récemment annoncé une élection complémentaire pour le 3 décembre, en Ontario, alors que M. Singh n’attendait que le signal de départ afin d’essayer de se faire élire dans la circonscription de Burnaby-Sud, en Colombie-Britannique, laissée vacante par l’ancien député néodémocrate Kennedy Stewart. Mais si M. Singh tenait tant à siéger aux Communes avant les prochaines élections fédérales, il aurait pu demander à M. Stewart de démissionner de son siège bien avant le mois de septembre, d’autant plus que M. Stewart avait signalé son intention de se présenter à la mairie de Vancouver en mai dernier. S’il l’avait fait, M. Trudeau aurait été obligé de déclencher une élection complémentaire dans Burnaby-Sud au plus tard en novembre. Or, M. Singh fait maintenant face à une élection partielle en mars ou avril, partielle qu’il risque d’ailleurs de perdre.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres du manque de flair politique de M. Singh. Le chef néodémocrate a plusieurs qualités, dont un authentique engagement en faveur de l’égalité des personnes. Mais il dégage cette impression chez beaucoup d’électeurs qu’il n’est qu’une pauvre imitation de M. Trudeau. Ce dernier a beau appuyer la construction des pipelines, l’opposition de M. Singh envers l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain ne lui a pas permis de se distinguer aux yeux des électeurs. Tout au plus, elle a concrétisé les divisions entre les néodémocrates albertains d’une part et les militants du NPD dans le reste du pays de l’autre.

Le NPD est à la remorque des conservateurs et des libéraux en matière de financement et de nominations de candidats en vue des élections qui auront lieu dans 11 mois seulement. Les conservateurs continuent de ramasser beaucoup plus d’argent que leurs adversaires, et bénéficient d’une avance en matière d’organisation. Mais le parti souffre de l’ambivalence des Canadiens envers son chef, Andrew Scheer, et ses appuis demeurent concentrés dans les provinces des Prairies. Les libéraux partent donc favoris, avec un chef très populaire, tous les sondages accordant à M. Trudeau une énorme avance sur les autres chefs de parti lorsqu’on demande qui parmi eux ferait le meilleur premier ministre. À peine 8 % choisissent M. Singh, selon Nanos.

Il est difficile de voir comment le NPD peut livrer bataille au PCC et au PLC dans de telles circonstances. Alors que les Canadiens ont assisté à une véritable lutte à trois lors des élections de 2015, tout indique que l’on se dirige vers une lutte à deux en 2019.

Le rêve que M. Harper avait cru avoir réalisé n’aura finalement été qu’un mirage.

4 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 17 novembre 2018 09 h 15

    Donc...

    Justin Trudeau serait une sorte de génie électoral, un tacticien de haut-niveau.

  • Yolande Chagnon - Inscrite 17 novembre 2018 10 h 11

    Jeu égal avec le Bloc

    Si je comprends, dans la pire hypothèse pour lui, le NPD fera jeu égal avec le Bloc québécois.

  • Hermel Cyr - Abonné 17 novembre 2018 11 h 39

    Bonjour, Hi ! ... La terre appelle Yakabuski, la terre appelle Yakabuski !

    Où s'en vont les Franco-Ontariens ?
    Mais cette question là ne vous préoccupe pas cette semaine, n'est-ce pas ?
    Comme vous dites :"whistle past the graveyard" ?

  • Gilles Bonin - Abonné 17 novembre 2018 13 h 07

    Où?

    Mais dans les limbes, son milieu naturel.