On commence par où pour éviter un naufrage planétaire?

Illustration tirée du livre «La famille (presque) zéro déchet, ze guide», de Jérémie Pichon
Photo: Bénédicte Moret Bloutouf.fr Illustration tirée du livre «La famille (presque) zéro déchet, ze guide», de Jérémie Pichon

Pacte au Québec, blitz sur YouTube en France, l’immobilisme des États fait éclore des mouvements citoyens à la pelle. Des gens de plus en plus convaincus qu’à défaut de pilote dans l’avion, chacun peut mettre la main sur le volant pour éviter un naufrage planétaire.

Quand le thermomètre planétaire flirtera avec les trois degrés projetés à l’horloge climatique, ils seront les premiers à être sur les charbons ardents, à subir les montées de lait de dame Nature et l’«effondrisme» annoncé par les chevaliers de l’apocalypse économique.

Julien Vidal, jeune auteur du livre à succès Ça commence par moi, est du nombre. Lorsque les indicateurs seront au rouge, il est de ceux qui auront 50 ou 60 ans. Alors, pour lui, le sort du globe se joue ici, maintenant.

Pas demain, en 2030, dans les Parlements et autres cénacles du climat où l’on exhibe ses cibles carbone comme d’autres leurs pectoraux. Jouer les bons cops à la COP, avant d’aller recracher ses GES en catimini ou de devenir actionnaire de pipelines achetés en coulisse, ça vous détricote la foi d’une génération en la classe politique. Pas étonnant que toute une frange de la population ne parle plus de politique pour changer le cours des choses et conjugue maintenant au « je » l’avenir de la planète.

 

D’ici à ce que les gouvernements captent le bon poste pour trouver « la fin du monde est à 7 heures », Julien, à l’instar des signataires du Pacte québécois la semaine dernière, est un de ceux qui font le choix d’ausculter leur propre nombril pour alléger leur poids sur la planète.

En Europe, le ras-le-bol citoyen couve aussi. En mars dernier, 25 clients d’un supermarché, en colère contre le suremballage de leurs produits, lançaient à leur insu, en laissant sur place leur trop-plein de cartons et de sacs cellophane, un mouvement depuis devenu viral dans des centaines de villes sous le nom de Plastic Attack.

En France, à coups de clics et de vues, 60 jeunes youtubeurs inondent les réseaux sociaux depuis le 6 novembre pour inviter leurs amis à faire des gestes concrets afin d'alléger leur empreinte carbone d’ici la COP24.

Parmi eux, Norman, youtubeur qui draine dans son sillage numérique pas moins de 11 millions d’abonnés, ainsi que Cyril, Lucien Maine, Natoo et autres millionnaires du clic sur les réseaux sociaux. « Imaginez la chance qu’on a, on est la génération qui peut changer le monde », lance Natoo, la star du clip.

Comme les 50 000 personnes descendues dans la rue à Montréal, ils seront des milliers samedi à Paris à fouler le macadam pour dire que l’heure n’est plus au freinage, mais carrément au rétropédalage.

Leur site Web Il est encore temps fait même état de la poussée d’urticaire des cousins québécois. « Le Québec bouge aussi. Nous sommes en passe de faire tomber le premier domino qui enclenchera une vraie transition écologique. Votre action, aussi petite soit-elle, s’additionne aux autres. »

Coup de fouet

Utopistes ? Peut-être. En tout cas, pragmatiques et surtout exaspérés de la procrastination de ceux qui auront levé les pieds depuis longtemps quand le mercure fera bouillir leur quotidien. Julien Vidal est de ces convertis à l’«autoactivisme». Réédité quatre fois au Seuil depuis le 6 septembre, son livre raconte la conversion enthousiaste de ce trentenaire lambda en écocitoyen, et son périple à travers 365 gestes concrets, faits en autant de jours.

« Ça commence par moi, ça veut dire j’arrête de fermer les yeux, d’être incohérent dans mes gestes », dit l’auteur joint à Paris. En faisant de son quotidien sa ligne de front pour donner une bouffée d’air à l’atmosphère, il a attiré un million de personnes sur son site Web. Vidal s'est débarrassé de la moitié de ses meubles, a adhéré à une coopérative d’alimentation, transféré ses placements dans des fonds verts, sans pour autant devenir ascète. « Je vois ce défi comme une occasion plutôt que comme une contrainte ou une menace à mon bien-être, à ma qualité de vie. » Car, dans le fond, assure Vidal, sa vie n’a pas tellement changé.

« Je mange, je dors, je travaille et, oui, je fais la fête ! Je me balade à vélo, je prends le train plutôt que l’avion. Ça n’est rien de la catastrophe à laquelle pensent bien des gens. Je consomme mieux, je retrouve le temps que je n’avais plus. Et je fais surtout beaucoup moins de dépenses futiles qu’avant. »

Un discours qui fait écho à celui de Jérémie Pichon, auteur de La famille (presque) zéro déchet, ze livre, un titre loin de sonner comme un thriller, pourtant écoulé à 150 000 d’exemplaires depuis deux ans.

Si 15 % des gens adoptent un mode de vie plus vert, c’est assez pour enclencher une petite révolution. On en est loin, mais ça pourrait arriver.

Dans ma cour

Rencontré lors de son passage à Montréal début novembre, cet ex-militant écologiste aux côtés de Nicolas Hulot est aussi en désintoxication de la politique. Il persiste à dire que la somme des gestes individuels peut limiter la poussée de fièvre planétaire. « On ne peut attendre que les gouvernements agissent pour nous. J’ai travaillé avec les politiques pour signer les accords de Grenelle sur l’environnement. On croyait que ça changerait le monde. Or, malgré tous ces plans climat, aujourd’hui, tous les indicateurs sont au noir », explique-t-il, désillusionné.

Le surfeur, qui vit dans les Landes avec sa famille, est aux premières loges de l’indigestion de plastique recrachée sur les plages. Quand il s’est mis au zéro déchet il y a cinq ans, il prêchait dans le désert. Plus aujourd’hui. « Si 15 % des gens adoptent un mode de vie plus vert, c’est assez pour enclencher une petite révolution. On en est loin, mais ça pourrait arriver. »

Photo: Bénédicte Moret Bloutouf.fr Illustration tirée du livre «La famille (presque) zéro déchet, ze guide», de Jérémie Pichon

Trois ans après avoir amorcé son propre virage, sa petite famille produit 10 kilos de déchets par année, contre 300 kilos pour un Français moyen et plus de 800 kilos pour un Québécois. Il a complètement lessivé son portefeuille d’actifs placés dans des industries qui siphonnent plus que ce que le globe peut donner. « Pourquoi attendre un effondrement financier pour que les gens se réveillent ? On peut subir la transition, et ce sera brutal, ou la choisir, et ce sera plus doux. On a encore la chance de faire ce choix. »
 

Oui, mais la Chine

À ceux qui lui chauffent les oreilles en disant que ces gestes ne font pas le poids face à la Chine ou aux États-Unis, poids lourds des émetteurs de CO₂ dans le monde, il rétorque que ces émissions sont en grande partie le fruit des produits que nous consommons, ici. « Si l’industrie produit, c’est que nous achetons. Ce sont nos achats qui alimentent ces industries. Arrêter d’acheter n’importe quoi, c’est la meilleure façon d’avoir un impact sur ce qui se passe à l’autre bout du monde. »

Avec les centaines de millions de visiteurs sur leurs sites, Jérémie Pichon comme Julien Vidal retrouvent une parcelle d’espoir. Si le bateau prend l’eau, hissons les voiles, pensent ces deux éco-optimistes, qui calculent maintenant leurs actifs en bonheur intérieur brut.

« Il faut faire contrepoids aux récits sombres et angoissants. On peut voir ce défi autrement et penser que, quand on agit, on le fait d’abord pour soi. En plus de réduire mon empreinte, dit Julien Vidal, je suis en meilleure forme, je mange mieux. En fait, je cumule du bonheur. »

Et de toute façon, comme le disait si bien Yann Arthus-Bertrand : « Il est trop tard pour être pessimiste. »

17 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 16 novembre 2018 05 h 41

    "Il est trop tard pour être pessimiste."

    Cette phrase fait vraiment réfléchir et nous met face à l'urgence d'agir.

  • Denis Paquette - Abonné 16 novembre 2018 06 h 47

    combien save qu'au Mexique , que Chapo a surventionné pendant des années l'armé et le gouvernement, que c'est ce qui a empêcher le Mexique de se développer, que la mafia est toujours l'ennemi, voulez vous me dire pourquoi nous sommes en train de légaliser le canabis

  • Eric Ricard - Abonné 16 novembre 2018 07 h 13

    Utopie (2)

    Hier, j'écrivais dans mon tout petit commentaire, qu' il était utopique de pensez éduquer la planète rapidement. Malheureusement je le crois encore aujourd'hui. Mais nous avons la technologie et les connaissances (voiture électrique, reboisement etc) pour réduire drastiquement et rapidement les effets négatifs de nos modes de vie. Mais, c'est seulement quand tous les pays s'entendront ensemble pour agir de manière concertée. Taxes mondiales uniforme (et progressive d'année en année) sur tous les hydrocarbures et les produits les utilisants. Subventions mondiales beaucoup plus importantes aux produits vert et action verte (transport en commun, voitures électriques, reboisement dans les pays en voie de dévellopement). Utopie ? Oui ! Possible ? Avons-nous vraiment le choix ? C'est triste, mais Il faut rendre la consommation écologique plus économique pour les citoyens que la consommation polluante.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 16 novembre 2018 08 h 16

    Le problème

    La pollution, c'est un problème certes. Le contre-poids ne peut pas être individuel et boule-de-neige. Le contre-poids, c'est la dépollution. Les compagnies multi-milliardaires doivent investir dans ce champ négligé qu'est la dépollution. J'estime que la horde de chimistes qui s'escriment dans leurs laboratoires (y compris des Nobel) saura trouver des solutions s'ils s'y mettent. La pollution relève de la technologie. La dépollution aussi.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 16 novembre 2018 08 h 16

    Le problème

    La pollution, c'est un problème certes. Le contre-poids ne peut pas être individuel et boule-de-neige. Le contre-poids, c'est la dépollution. Les compagnies multi-milliardaires doivent investir dans ce champ négligé qu'est la dépollution. J'estime que la horde de chimistes qui s'escriment dans leurs laboratoires (y compris des Nobel) saura trouver des solutions s'ils s'y mettent. La pollution relève de la technologie. La dépollution aussi.