Son excellence

Si on cherchait des arguments pour remettre en question l’existence même de l’institution du gouverneur général du Canada, on ne devrait pas regarder plus loin que la récente série de nouvelles concernant les détentrices actuelle et ancienne de ce poste symbolique.

La révélation cette semaine par Postmedia que l’ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson a facturé au moins 1,1 million de dollars aux contribuables canadiens depuis qu’elle a quitté ses fonctions en 2005 en a fait sourciller plusieurs. En effet, peu de Canadiens savaient que, dans le cadre d’un programme mis en place en 1979, un ancien gouverneur général bénéficie d’un financement à vie pour les frais de bureau et de déplacement reliés à son ancien poste. On lui demande simplement que ses frais soient « raisonnables et justifiés », sans pour autant permettre aux contribuables de décider eux-mêmes de la pertinence de telles dépenses en fournissant un minimum de transparence. Impossible, donc, de savoir pourquoi exactement Mme Clarkson a dépensé plus de 100 000 $ pour des activités liées à ses anciennes fonctions durant au moins 9 des 13 années ayant suivi son départ de Rideau Hall.

Le premier ministre Justin Trudeau a vite cherché à remettre les pendules à l’heure en promettant de réexaminer ce programme fédéral pour déterminer les « meilleures pratiques » dans l’avenir. Mais les Canadiens ne devraient pas compter sur lui pour proposer une réforme plus en profondeur de cette institution qui inspire l’indifférence totale chez une majorité de la population. Triste réalité, le Canada vit une espèce de paralysie constitutionnelle lorsqu’il est question de la modernisation de nos institutions fondamentales. C’est ainsi que l’on est pris avec un Sénat en manque de raison d’être et de légitimité en 2018 sans qu’on puisse tenir le moindre débat sur son avenir, tellement les Canadiens n’en peuvent plus d’en entendre parler.

Si l’image de l’institution du gouverneur général a été moins dégradée au fil des ans dans l’esprit des Canadiens, l’actuelle représentante de la reine Élisabeth II au Canada n’a pas exactement contribué à son amélioration depuis qu’elle est entrée en fonction il y a un peu plus d’un an maintenant. Le gouvernement Trudeau n’était pas peu fier d’annoncer la nomination de l’ex-astronaute Julie Payette pour succéder à David Johnston en 2017. Mais force est de constater que sa première année en fonction ne passera pas à l’histoire.

Quand elle n’était pas parfaitement invisible, Mme Payette faisait les manchettes pour avoir réussi à se mettre à dos tous ceux qui sont normalement portés à montrer une obéissance totale envers celui ou celle qui occupe le poste du vice-monarque. Des institutions caritatives qui ont toujours compté sur le gouverneur général pour porter leur cause ont été laissées à elles-mêmes pendant que Mme Payette décidait si elle voulait s’y associer — comme s’il s’agissait d’un véritable choix. Les exemples des médailles du Gouverneur général envoyées aux récipiendaires par la poste au lieu de leur être remises en personne sont revenus hanter Mme Payette. La sanction royale d’un projet de loi — fonction fondamentale du gouverneur général s’il en est — aurait même nécessité l’intervention du greffier du Conseil privé pour que Mme Payette accepte de modifier son horaire pour poser sa signature sur ladite législation.

Un sondage de l’Institut Angus Reid publié le mois dernier a révélé qu’une majorité de Canadiens, soit 57 %, étaient incapables de dire si Mme Payette avait fait un bon ou un mauvais travail durant sa première année en poste. Ceux qui avaient une opinion sur la question se divisaient sur les lignes partisanes, les conservateurs étant plus portés, à 41 %, à dire qu’elle avait fait un mauvais travail. Angus Reid a surtout souligné l’indifférence de la population envers cette question, notant que le sujet du gouverneur général figurait en bas de l’échelle, selon l’indice d’engagement ARI. Alors que les médias canadiens conjecturaient sur l’avenir de Mme Payette, le National Post laissant même entendre qu’elle était en train de négocier son départ avec le bureau du premier ministre, l’indifférence des Canadiens semble offrir à la gouverneure générale l’occasion de se remettre de ses erreurs.

Mme Payette est revenue au pays cette semaine après un voyage en Afrique qu’elle aurait effectué, selon son bureau, « à la demande du très honorable Justin Trudeau ». Pourquoi ce périple, qui a amené la gouverneure générale au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Nigeria entre le 23 et le 30 octobre, alors qu’elle n’avait même pas encore trouvé le temps de visiter le Manitoba depuis son entrée en fonction ? Y aurait-il un lien avec la campagne du gouvernement Trudeau en vue de gagner un siège au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies en 2020 ?

Espérons que les Africains auront aimé la présence de notre gouverneure générale plus que les Canadiens semblent le faire lorsqu’elle est chez elle.

10 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 3 novembre 2018 03 h 19

    Qu'elle est l'année, cette année?

    Le Canada est un pays (pas selon le fils de l'autre qui est rendu en "pays post-national") qui n'a jamais dépassé la préhistoire de la Conquête. Même Jean sans Terre possèdait moins de privilèges que ses rejetons très éloignés qui survivent en Canada.
    Quand au mini-scandale de la Adrienne Clarkson, c'est sortie uniquement parce qu'elle facturait plus de 100,000$/an... et qu'un fonctionnaire a coulé l'information aux différents quotidiens... Les autres de la cuisse gauche du représenant du conquérant facturent aussi, mais sous les 100,000$ pour passer incognitos dans les livres comptables. Un dollar de moins = pas de compte portant le nom de la cuisse gauche.

    Il serait facile d'enlever toutes ces couches de "sang bleu" - gouverneurs et cliques, sénateurs et cliques. Mais encore faut-il avoir une réelle volonté. Le Québec, sous le père Johnson, a abolie au niveau privincial l'équivalent des sénateurs d'Ottawa... Je me souviens des "crises d'hystérie collective des petites cuisses gauches" et des journalistes qui en remettaient... Pourtant, le QC s'en est remis, et fonctionne encore. Ce ne fut pas la fin de tout, sauf des petites cuisses gauches descendantes du conquérant.

    Vitement le dépôt d'une "Loi constitutionnelle" qui met fin à cette folie directement sortie du Moyen Âge: Gouverneur général, Lieutenant-gouverneurs, sénateurs, et cliques tous à la poubelle de l'histoire.

  • Jacques-André Lambert - Abonné 3 novembre 2018 04 h 00

    Astronaute

    Jje me demande ce qui incarne le mieux le vide sidéral: la reine d'Angleterre ou une quelconque potiche...

    Devinez où vont mes sympathies (rien à voir avec la fonction).

  • Michel Lebel - Abonné 3 novembre 2018 07 h 28

    Sans guère d'intérêt!


    Julie Payette semble bien avoir été un mauvais choix pour le job de gouverneur général. Ce qui ne devrait pas empêcher les Canadiens de bien dormir! Mieux vaudrait un député ou un sénateur pour occuper la fonction, faute d'être capable de l'abolir.

    M.L.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 novembre 2018 11 h 31

    La monarchie constitutionnelle, misère

    Non merci au Canada anglais, les fiers descendants des colonialistes, orangistes et loyalistes d’antan où le soleil ne se couchait jamais sur leur empire. Aujourd’hui, en 2018, est-ce qu’ils pourraient prendre leurs cliques et leurs claques monarchiques et nous foutent la sainte paix avec leur histoire de roi, reine et de droit divin? Les GG, de l’astronaute à l’ancienne directrice de l’OIF en passant par la femme du bâtard de Voltaire, fichez-nous la paix avec vos histoires et arrêtez de nous voler notre argent. Qu’il est indigeste le système de monarchie constitutionnelle sans oublier le Sénat non élu ou les juges de la cour Suprême qui sont choisis pour les inclinaisons politiques par le premier ministre.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 3 novembre 2018 12 h 28

    Elle nous rappelle que nous sommes des vaincus

    Qui a dit que nous envoyons nos propres bourreaux? Trudeau et Chrétien qui nous ont donné : Octobre 1970, 1982, rejet de Meech, les Commandites de 1995.Les Payette et Jean, ce sont des nôtres qui représentent la Reine d’Angleterre…tout comme l’inconnu qui est lieutenant à Québec. Des nôtres qui nous rappellent que nous sommes des vaincus. Si les Francophones avaient eu seulement 5% « du guts » des Juifs, ça ferait longtemps que ce pays serait une CONfédération entre 2 peuples, comme le proposait Lester B. Pearson, en 1963. Si les Québécois avaient eu seulement 5% « du guts » des Juifs, ça ferait longtemps que le Québec serait un pays. Misère de misère!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 novembre 2018 08 h 15

      Certains, malicieusement, appellent cela:Francophone de service!