Signes religieux: le feu sous la cendre

La mairesse Valérie Plante et le chef de l’opposition à l’Hôtel de Ville de Montréal, Lionel Perez, ont eu la sagesse de refuser de se lancer prématurément dans un débat sur les signes religieux, mais ce n’est que partie remise.

La motion du conseiller indépendant de Snowdon, Marvin Rotrand, qui semble se complaire dans le rôle du boutefeu, était d’ailleurs sans objet. La CAQ n’a jamais évoqué la possibilité d’interdire le port de signes religieux aux élus, que ce soit à l’Assemblée nationale ou au niveau municipal. La charte de la laïcité du gouvernement Marois ne le prévoyait pas non plus.

M. Rotrand soutient avoir obtenu l’assurance que les élus de Projet Montréal et d’Ensemble Montréal auraient appuyé sa motion si celle-ci avait été mise aux voix. Cela est en effet probable, mais quel aurait été l’intérêt d’enfoncer une porte ouverte, sinon d’envenimer un débat qui est déjà suffisamment explosif ?

M. Rotrand n’en est pas à sa première intervention du genre. Au printemps dernier, il avait demandé au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) d’autoriser ses agents à porter le hidjab ou le turban, comme c’est le cas dans de nombreux corps policiers municipaux ailleurs au Canada, que ce soit à Toronto, Vancouver, Calgary ou Edmonton, ou encore dans la GRC.

Aucun policier en service au Québec n’avait manifesté l’intention d’en porter, mais une jeune étudiante en techniques policières du collège Ahuntsic, Sandos Lamrhari, qui souhaite faire carrière au SPVM ou au Service de police de la Ville de Laval tout en portant le hidjab, avait été érigée en symbole par le premier ministre Couillard, qui voyait en elle l’incarnation d’un Québec confiant dans l’avenir, où tout le monde peut participer.

Là encore, il était permis de s’interroger sur l’opportunité de provoquer ce débat, puisque le gouvernement libéral refusait d’interdire à qui que ce soit de porter des signes religieux, pour autant que le visage soit découvert, contrairement à la recommandation de la commission Bouchard-Taylor. Il entendait plutôt laisser à chaque corps policier le soin d’établir son propre code vestimentaire. Or, la direction du SPVM se disait ouverte à toute demande, tout comme la mairesse Plante.

Le changement de gouvernement rend cependant le débat inévitable. Si le premier ministre Legault n’exclut pas que les enseignants puissent échapper au projet de loi que présentera éventuellement le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, il n’y aura pas de recul dans le cas des agents de l’État exerçant un « pouvoir de coercition », notamment les policiers.

La constitutionnalité du projet sera contestée à coup sûr. M. Jolin-Barrette se dit convaincu que son projet passera le test des tribunaux. Sinon, M. Legault a réitéré dès le lendemain de l’élection qu’il était prêt à invoquer la disposition dérogatoire (« clause nonobstant ») prévue dans les chartes des droits. D’une manière ou d’une autre, l’interdiction du port de signes religieux finira donc par avoir force de loi.

Ce débat risque d’accentuer encore davantage le clivage entre l’île de Montréal et le reste du Québec, dont la dernière élection a donné une illustration spectaculaire. Le feu couve sous la cendre et il ne faut pas sous-estimer le risque de dérapage. Il y a à peine deux semaines, le maire de l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, Dimitrios Jim Beis, s’en est pris férocement à la CAQ, dont il dénonçait les « politiques perçues comme racistes ».

« La CAQ instrumentalise la laïcité comme un cheval de Troie pour la mise en oeuvre de politiques d’exclusion et de division. Aucun Québécois ne devrait avoir à choisir entre sa carrière et sa foi », écrivait-il sur Facebook. Des propos qui avaient un désagréable accent de déjà entendu.

On peut légitimement plaider que, dans une ville aussi multiethnique que Montréal, la population fera davantage confiance à son corps policier si sa composition reflète la diversité ambiante. La commission Bouchard-Taylor avait pris cet argument en compte, mais avait néanmoins conclu que la nécessité d’incarner pleinement la neutralité de l’État l’emportait dans le cas des policiers.

À l’Hôtel de Ville de Montréal, on trouvera sans doute cette interdiction excessive, même si le projet de loi de M. Jolin-Barrette sera nettement moins contraignant que l’était celui de Bernard Drainville, qui visait, au terme d’une période de transition, l’ensemble des employés d’une municipalité.

Le gouvernement Couillard accordait aux divers corps policiers, donc aux municipalités, le droit de définir leurs propres règles. On ne parle cependant pas ici d’aménagement urbain, mais d’un principe directeur applicable à toute la société québécoise. L’expression de la neutralité de l’État ne peut pas être à géométrie variable. Que cela leur plaise ou non, il n’appartient pas aux municipalités d’en fixer les paramètres, mais au gouvernement élu par l’ensemble de la population du Québec.

56 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 25 octobre 2018 00 h 21

    Correction

    «mais au gouvernement élu par l’ensemble de la population du Québec.»

    Quand même à peine 25 % des personnes inscrites, ce qui est loin de l'ensemble.

    • Serge Pelletier - Abonné 25 octobre 2018 03 h 55

      Ben oui M. Jodoin... C'est ça, ne payons plus les impôts car le GV n'a été élu que par 25% des persionnes qui ont voté... Ben oui, M. Jodoin... Aucun chèque de BS un coup parti, aucun soin de la santé y tout, aucun de rien de tout, car juste 25% des voteurs...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 octobre 2018 06 h 00

      De toute façon, sur cette question comme sur toutes les autres, c'est au Parlement qu'il appartient de légiférer, « le gouvernement » ne tirant sa légitimité exécutive que de là. On dira que je vis au pays des licornes et que dans notre régime parlementaire, à partir du moment où un parti a la majorité et peut imposer sa ligne partisane, la frontière entre le législatif et l'exécutif devient purement symbolique et que le seul rempart qui subsiste, c'est le judiciaire. Depuis des années, en effet, cela se vérifie tout à fait. Mais le réel, c'est aussi ce que les citoyens en font selon qu'ils investissent les lieux du pouvoir ou souscrivent par dépit ou par ignorance à la supposée fatalité que le PM du Québec est un monarque élu. Il y a une leçon pratique à tirer du fait que la CAQ n'a remporté que 25% des suffrages... mais que 40% de ceux-ci sont allés à deux partis qui défendaient une laïcité plus « ouverte ». Je ne sais pas s'il fera partie des travaux de renouvellement de la marque libérale de porter cette option avec vigueur. Mais on peut certainement compter sur QS pour la défendre avec constance. Quels que soient les défauts de notre régime parlementaire, la capacité réelle du gouvernement Legault de paramétrer les voies de la neutralité sera en partie suspendue à la force de la volonté populaire, tant de la part de ceux qui y souscrivent et/ou sont donc prêts à accorder un chaque en blanc au « gouvernement élu par l’ensemble de la population du Québec » que de celle de ceux pour qui la démocratie ne cesse pas d'agir après le compte des votes.

    • François Beaulne - Abonné 25 octobre 2018 07 h 06

      Que ça plaise ou que ça déplaise à certains, il n'en demeure pas moins que jusqu'ici ce sont les règles du jeu de notre démocratie parlementaire. L'élection à la proportionnelle d'un type ou d'un autre, répondrait à ce déficit de représentation démocratique au parlement. La CAQ s'est engagée à y remédier dans ses engagements électoraux, et même avant les élections, en signant une entente en ce sens avec le PQ et QS. Jusqu'à preuve du contraire Monsieur Legault n'est pas Justin Trudeau qui parle des deux côtés de la bouche en même temps sur cette question.
      On a beau chialer sur le manque de représentativité de la composition de l'Assemblée nationale résultant de la dernière élection, la modification du mode de scrutin ne semblait pas être placée en priorité par les électeurs qui, de sondage en sondage, privilégiaient des enjeux tels la santé, l'éducation, ou la baisse d'impôts.
      Tant mieux si le nouveau Premier Ministre tient parole en cette matière. Ce sera un pas de plus pour combattre le cynisme ambiant face à la politique.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 octobre 2018 12 h 24

      Remettons ce syntagme dans son contexte: "L’expression de la neutralité de l’État ne peut pas être à géométrie variable. Que cela leur plaise ou non, il n’appartient pas aux municipalités d’en fixer les paramètres, mais au gouvernement élu par l’ensemble de la population du Québec."

      Dans ce contexte, je crois que ce que M. David veut dire est qu'il ne faut pas laisser à chaque municipalité le soin de choisir la politique en cette matière à adopter sur son territoire précis, ce qui mènerait à une application à géométrie variable. On pourrait ajouter - et qui constitue un pelletage du problème à chacune des municipalités, que chacune pourrait régler différemment.

      La politique s'appliquant aux services policiers du Québec devrait être la même sur tout le territoire, quelle que soit cette position. Y compris, bien sûr, si cette position est de permettre le port des signes religieux.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 octobre 2018 12 h 41

      «mais au gouvernement élu par l’ensemble de la population du Québec.»

      Ce que M. David veut dire, je crois, c'est que le gouvernement du Québec a la responsabilité de gouverner l'ensemble des citoyens sur l'ensemble de son territoire dans son champ de compétence (qui comprend les municipalités) - quel que soit le résultat des élections.

      Par ailleurs, les absents ont toujours tort - tous peuvent voter, si quelqu'un choisit de ne pas voter, on ne peut pas dire si cette personne approuve ou désapprouve telle ou telle politique. Il est donc logique de faire abstraction des non-votes. On est donc rendu à 37% pour la CAQ, en ne tenant compte que des votes exprimés.

      Le PQ serait d'accord pour interdire le port des signes religieux par les services policiers. Le PQ a obtenu 17% du vote. On est donc rendu à 54% des électeurs approuvant cette mesure.

      Ceci étant dit, il faut vraiment se débarrasser de la mentalité comme quoi la démocratie se limite à la tyrannie de la majorité. Le respect des droits fondamentaux est un élément essentiel de la démocratie. En ce sens, la question à se poser est si des droits fondamentaux sont en cause - et même si 99% de la population approuvait sa violation, il faudrait quand même les respecter.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 25 octobre 2018 15 h 48

      L'ensemble de la population ? La CAQ a obtenu 37,42 % du vote. Par conséquent, 62,58 %$ ont voté contre la CAQ.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 octobre 2018 16 h 38

      Merci, monsieur Labelle. Votre interprétation des propos de Michel David est plus juste que la mienne. Néanmoins, nous devrons convenir que la composition de l'Assemblée nationale ne reflète pas la volonté d'un ensemble indifférencié d'individus ne se distinguant que par leur allégeance à un parti ou l'autre, mais qu'elle rend compte des particularités de chacune des circonscriptions. A cet égard, même si la CAQ avait obtenu 60% du vote populaire avec un taux de participation élevé, il n'est pas impossible qu'elle eusse gagné un faible nombre de circonscriptions montréalaises, cela pouvant conduire à un déficit de représentativité si elle prétendait régulièrement utiliser sa majorité seule au principe de son gouvernement sans égard aux préoccupations des citoyens qui n'ont pas adhéré au programme de ce parti.

      Toujours un plaisir de vous lire.

    • Gilberte Raby - Abonnée 25 octobre 2018 17 h 04

      À Monsieur David,
      Que de beaux grands mots... Et quel méli mélo
      Parlons des policiers en utilisant un syllogisme très simple:
      au Québec, les policiers portent un uniforme.
      Or, un uniformer est un costume strict imposé à un groupe d'individu (voir le distionnaire).
      donc, au Québec, les policiers portent un costume strict imposé.
      Cette conclusion (ce jugement) est vraie puisque les deux prémisses sont universelles et vraies.
      Nos policiers ont toujours respecté leur uniforme (jamais de petites décorations exceptés les galons réglementaires) sinon ils auraient été congédié (mon mari était policier)...
      Pourquoi tout ce bla bla? À moins que, à l'avenir, tous les policiers portent un foulard?... pour uniformiser l'uniforme.

    • Raymond Labelle - Abonné 25 octobre 2018 21 h 53

      Merci de vos bons mots RMD - un plaisir de vous lire aussi. Je conviens de vos considérations supplémentaires qui posent un problème difficile et dont je ne connais pas la solution: comment déterminer une volonté d'une population lorsque les avis diffèrent? Ou peut-être qu'il ne s'agit pas de la bonne question à se poser?

      Si le parti élu a présenté un programme donné, n'a-t-il pas le devoir d'appliquer le programme qu'il a proposé pendant l'élection (sauf dans les cas où on s'attaque à des droits fondamentaux, lesquels ne doivent pas être soumis à la règle de la majorité ou de la pluralité)?

      On peut donner plusieurs réponses, mais je trouve la question plus difficile qu'elle ne peut sembler au premier abord.

      Je donne des arguments pour la réponse oui, même si je pourrais en trouver pour la réponse non.

      Un parti élu devient un gouvernement. Ce parti a été élu sur la base de son programme. L'élection fonde la légitimité de la gestion des différends sur le choix des politiques. Car gouverner implique nécessairement choisir. Malgré toutes les déformations possibles d'un mode de scrutin ou d'un autre, comme il s'agit d'un mécanisme de gestion des différends, dans une certaine mesure, on doit accepter que le parti élu applique son programme.

      Je sais qu'on peut voir les choses autrement aussi - question de provoquer un peu la réflexion.

      D’une autre manière, M. Jodoin fait se poser la même question.

  • Nadia Alexan - Abonnée 25 octobre 2018 01 h 56

    L'appartenance et l'inclusion se trouvent dans la citoyenneté et dans les valeurs communes.

    La diversité de la société ne se traduit pas en invoquant les signes religieux. Les Arméniens, les Grecques, les Vietnamiens, les Chinois, les Noires, les Polonais, la plupart des musulmans, les juifs et toutes les autres races se distinguent par leur citoyenneté et leur appartenance à des valeurs communes. Ils/elles ne brandissent pas leurs religions par le biais de signes ostentatoires pour démontrer leur foi.

    • Claude Bariteau - Abonné 25 octobre 2018 09 h 53

      D'accord avec vous.

      M. Davis, en écho aux signes religieux, signale clairement qu'il ne s'agit pas « d’aménagement urbain, mais d’un principe directeur applicable à toute la société québécoise (puisque) l’expression de la neutralité de l’État ne peut pas être à géométrie variable ».

      Il opine dans votre sens, mais néglige de dire que la neutralité de l'État s'affirme par ses agents, à moins qu'un État privilégie des règles qui limitent cette affirmation.

      Le PLQ sous Couillard a composé avec l'approche canadienne et celle des commissaires Taylor-Bouchard. La CAQ entend intégrer aux exceptions des commissaires les enseignants et les responsables de la garde des enfants.

      Dans les deux cas, le principe de la laïcité, qui vise tous les employés de l'État, sera bafoué. Il faut savoir que ce principe implique la promotion par l'État et de ses agents de la diversité de la société, qui consiste à reconnaître la diversité de ses membres, sauf des situations particulières, et celle des usagers des services publics comme de l'espace public.

      Les élus, qui ne sont pas des agents, ne sont pas astreints aux règles de la laïcité de l'État comme, mais le sont les employés de l'État et ceux qui œuvrent dans des services financés par l'État.

      C’est ce que le principe de la laïcité de l’Éta met de l'avant. Les tenants d'une approche à la canadienne au Québec s'opposent en fait à l’affirmation de l'État du Québec, dont ils entendent minimiser l'autorité.

      Ils se retrouvent en grand nombre sur l’Île de Montréal pour des motifs apparemment différent. À l’ouest pour consolider l’encadrement canadien ; à l’est pour le droit au travail.

      Dans le premier cas, minimiser le pouvoir du Québec fut toujours valorisé ; dans le deuxième, le recours à l’emploi dessert le principe parce qu'il particularise les employés de l’État sur la base de la primauté des convictions sur l’État de droit et les règles de vie en société.

      C'est ce qu'il faut dire comme vous le faites.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 25 octobre 2018 14 h 36

      Mais Madame Alexan, d'abord, vous faites un amalgame non fondé en mélangeant races (sic) et religions. La Charte portera sur les religions, surtout l'islam. De plus, il y a des gens qui portent des signes religieux contestés. Oui, contestés, car certains affirment que les femmes sont dominées par des hommes qui les obligeraient à porter ces signes. Et ces femmes portent, selon leurs dires, ces signes parce que leur religion l'exige. Il faudrait en préambule résoudre ces positions diamétralement opposées. Qui a raison ? Sinon, vous ne faites que broyer du vide.

    • Nadia Alexan - Abonnée 25 octobre 2018 22 h 44

      À monsieur Noël: Ce que j'essaye de dire c'est que toutes les races sont liées par leur citoyenneté et ils/elles n'ont pas besoin de brandir leur religion comme identité.
      Pour votre information, le voile n'est pas une obligation religieuse, c'est plutôt un signe politique et prosélyte.
      On peut se garder une petite gêne quand on travaille pour la fonction publique, sans brandir des signes religieux, pour préserver la neutralité de l'état.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 octobre 2018 09 h 46

      Ce qu'il faut entendre, c'est que toutes les « races » peuvent s'élever jusqu'à la citoyenneté, à condition de laisser leur peau au vestiaire. Bravo.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 26 octobre 2018 11 h 53

      Madame Alexan, j'ai de la difficulté à vous comprendre. D'abord «race» est un faux concept. Je préfère parler de phénotypes et d'ethnicités, Ce mélange infâme races-religions-identités-citoyennetés ne favorise pas une pensée claire et un débat sain. Je ne vous comprends pas et je passe.
      Pour m'en tenir à un sujet facilement abordable (laîcité et religion), je comprends que, pour les signes religieux, vous épousez le postulat de la domination coercitive de la femme. Il me reste à attendre le point de vue des femmes voilées. Comment pouvez-vous parler en leur nom ?

    • Raymond Labelle - Abonné 26 octobre 2018 13 h 07

      "Pour votre information, le voile n'est pas une obligation religieuse, c'est plutôt un signe politique et prosélyte." NA

      À partir du moment où une religion interprète une écriture vue comme sacrée comme signifiant une chose et que cette interprétation est un élément de cette religion, cette interprétation fait partie de la religion. Dans le cas du voile et de l'Islam, interpréter le Coran comme prescrivant le port du voile se défend. Voici les extraits pertinents.

      « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles, c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées… » (Coran 33, 59).

      « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines, de ne montrer leurs atours qu’à leur époux…Dis leur encore de ne pas frapper le sol de leurs pieds pour ne pas montrer leurs atours cachés. » (Coran 24, 31).

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 25 octobre 2018 02 h 46

    Le cas particulier des détenteurs des pouvoirs répressifs de l’État


    À de multiple reprises, dans les pages du Devoir et ailleurs, j’ai défendu le principe de la neutralité religieuse de l’État, c’est-à-dire l’indifférence de l’État à l’égard des signes religieux portés par ses citoyens, y compris par les fonctionnaires, les employés d’hôpitaux, les enseignants, etc.

    Toutefois je crois que ce principe général devrait faire exception dans le cas des personnes détentrices des pouvoirs répressifs de l’État; policiers, soldats, gardiens de prison et juges.

    Pourquoi ?

    Le principe selon lequel l’État doit traiter chaque citoyen de manière égale possède comme prérequis que les personnes investies des pouvoirs répressifs de l’État doivent paraitre sans biais politique, religieux ou autre.

    D’où le port d’un uniforme destiné à masquer tout biais chez ces personnes. Ce qui rejoint l’étymologie du mot ‘uniforme’, c’est-à-dire un seul aspect.

    La première chose qu’on apprend à un étudiant qui veut devenir policier ou soldat, c’est d’obéir aux ordres. S’il reçoit un ordre qui ne lui convient pas, il lui faudra s’y soumettre ou exercer un autre métier.

    Cette étudiante qui ‘rêve’ d’être la première policière à porter le hijab est dans la même situation que celui qui ‘rêve’ de devenir soldat tout en respectant le sixième commandement de sa foi chrétienne : ‘Tu ne tueras point’.

    Quand le général ordonne ‘Tirez !’, eh bien on tire. Par contre, si on veut être objecteur de conscience, on ne fait pas carrière ni dans l’armée ni dans la police.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 octobre 2018 09 h 53

      Le port de l'uniforme ou plus largement les prescriptions vestimentaires, même s'il est « destiné à masquer tout biais chez ces personnes » n'a pas du tout l'effet de supprimer de tels biais. Elles peuvent même avoir exactement l'effet contraire. Quand un militaire accepte de porter l'uniforme, il ne fait que témoigner extérieurement d'un engagement sans lequel le privilège de le porter ne lui serait pas accordé. Quand une personne accède à la fonction de policier, de juge, d'enseignant, c'est qu'il s'est montré capable non seulement de souscrire aux obligations déontologiques de sa fonction, mais de ne pas laisser son idiosyncrasie interférer avec celles-ci. On dira bien sûr que la revendication de porter un signe véhiculant des standars éthiques ou religieux ou politiques potentiellement conflictuels avec ces obligations est déjà une manifestation d'une telle incapacité. Cela est fort possiblement symptomatique dans bien des cas. Mais pas plus qu'on ne s'accorde de présumer qu'une femme juge serait biaisée (la question ne se posant pas pour le juge mâle), pas plus on doit faire droit à de grossières préventions au lieu de juger à leur face même avec des critères moins superficiels.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 25 octobre 2018 14 h 25

      D'accord avec vous Monsieur Martel...Les employés de l'État ne sont pas là pour faire la morale comme le font toutes religions ni pour appliquer et faire la promotion de préceptes religieux...La fonction des employés de l'État est d'agir conformément aux lois de l'État et de faire appliquer ces lois...Point...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 25 octobre 2018 17 h 17

      Exactement, monsieur Simard. Mais assortir cette exigence d'une prescription quant au vêtement ne sert qu'à calmer des appréhensions que ne justifient que le préjugé, ce qui ne constitue pas un motif raisonnable de brimer les droits fondamentaux de ces personnes.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 25 octobre 2018 17 h 28

      @ à tous ceux à qui le chapeau va... Arrêtez de rêver et de philosophiser (sic) et relisez le commentaire de Nadia Alexan...ou encore, celui de Serge Pelletier.. Ça vous ira mieux! ça vous décoincera.!
      Pas d'angélisme svp!

  • Gilles Bonin - Abonné 25 octobre 2018 03 h 06

    Et

    le bon peuple va bientôt commencer à avoir la larme à l'oeil pour les pauvres personnes qui pourraient se voir « ostracisées» par leur prosélitisme religieux. Et la même mélasse va s'installer....

  • Serge Pelletier - Abonné 25 octobre 2018 04 h 33

    Ouais!!!

    Les pays scandinaves (idoles de la go-gauche homard bien-pensante du QC) resserrent toutes les lois "civiles" pour resteindre le port des "voiles" dans les fonctions d'État - incluant l'enseignement. Des pays comme la France ont depuis plus de 100 ans l'imposition de la laïcité à tout le corps de l'État et des créatures qui en découlent... Ce qui n'est pas dit ici, dans ce merveilleux monde d'ignares supposément scolarisés mais bien-pensant, c'est que plusieurs pays interdisent la double citoyenneté pour en devenir citoyen - l'Allemagne en tête de liste des pays occidentaux... et la Chine continentale pour l'Asie.

    La Belgique, après des décennies de laisser-faire, a commencé à révoquer le citoyenneté des personnes ayant une double citoyenneté qui commettent des attentats (et jugés coupables)... avec l'expulsion vers le pays d'origine. L'application vient de contrarier un individu d'origine marocaine, qui en terminant son séjour à l'ombre, s'est fait indiqué l'avion. Il plaide maintenant que sa déportation au Maroc le mettrait en danger de mort après des tortures de bienvenues...

    Pendant ce temps, ici royaume des bien-pensants, l'on se chicane sur le terme "coercition" de qui et de quoi... qui est directement sorti d'un rapport insipide qui donnait suite à une longue file de pleurnichards généralement mulsulmanes... Instrumentisées par les Frères musulmans.

    Pire, l'on en est rendu à crier sur tous les toits que : "j'ai été à l'école pour faire cela, ce métier là... Ça va briser des rêves"... Et les bien-pensants, certains élus en tête (trouver la raison, ce n'est très difficile) en remettrent... Pourtant, une multitude de jeunes font des rêves de carrières, vont à l'école pour tenter d'atteindre leurs rêves, et finisent laveur de vaisselle ou sur le BS... Pourtant, ces derrniers de la multitude ne crient pas au raciste...

    C'est là que conduit le langage politiquement acceptable et les rapports insipides: un chat n'est plus un chat, mais un félin féroce..