Le diable est aux vaches!

La campagne qui s’achève réservait une surprise de taille. La question nationale évacuée, on se serait en effet attendus à un véritable débat entre la gauche et la droite : c’est plutôt à deux guerres féroces et de plus en plus distinctes qu’on assiste. À droite, entre les fédéralistes du Parti libéral du Québec et ceux de la Coalition avenir Québec. À gauche, plus virulente qu’annoncé, entre les sociaux-démocrates souverainistes du Parti québécois et les gauchos-souverainistes de Québec solidaire.

Qui plus est, dans chacune de ces batailles, le gagnant et l’ampleur de sa victoire sur son adversaire auront un impact sur l’autre front. De telle sorte qu’aujourd’hui, avec la volatilité de l’électorat, un taux de participation inconnu — surtout chez les jeunes — de même que la force des « machines », bien malin qui peut prédire avec précision l’issue de ces 39 jours de campagne.

Alors, en attendant le 1er octobre, c’est sur une note plus légère que j’écris cette chronique électorale.

Le mois qui s’achève n’avait ni grand thème ni trame sonore, contrairement à l’époque de Demain nous appartient de Stéphane Venne. Mais, rétrospectivement, décodons ces quelques succès musicaux en arrière-plan des campagnes des partis. À prendre avec humour.

Je m’voyais déjà pour la Coalition avenir Québec : on la donnait largement gagnante avant la partie. On imagine bien François Legault entonner ce grand succès de Charles Aznavour. Si la victoire se concrétise lundi, on pourra y voir une « revanche des régions » (sauf les plus éloignées) sur Montréal et sentir une vraie cassure entre la métropole et le reste du Québec, où les excès de la rectitude politique et du discours multiculturaliste créent, notamment, une grande insatisfaction.

Pour que tu m’aimes encore pour le Parti québécois : Jean-François Lisée n’aurait pas renié cet hymne de Céline Dion dans sa tentative de reconquête du coeur des Québécois. Cependant, sa stratégie s’est essoufflée. En amont, l’échec de la « convergence souverainiste » continue d’avoir des répercussions graves. Surtout, le PQ n’a pas été en mesure d’incarner le changement à la hauteur de ce que son chef espérait, pas plus que de démontrer le sérieux de ses propositions, par rapport au côté « brouillon » de celles de la CAQ. Ce pari, qui a pris forme jusque dans le slogan « Sérieusement », aurait nécessité que les électeurs s’attardent aux programmes, les lisent et les décortiquent… Or en notre ère, c’est avant tout l’impression qui domine, de même que la personnalité des chefs, qui ont l’air ou non « inspirants », « authentiques » ou « sympathiques ». Un autre chef n’aurait probablement pas fait mieux, mais la réalité est qu’aujourd’hui le PQ semble en mauvaise posture.

Avec le temps pour le Parti libéral du Québec : quinze longues années de gouvernement, la lassitude, le découragement, le besoin de passer à autre chose, le désamour : tout y est dans ce chef-d’oeuvre de Léo Ferré.

Le coeur, quand ça bat plus

C’est pas la peine d’aller chercher plus loin

Faut laisser faire et c’est très bien

En effet… Sauf pour les quelque 17 % de francophones qui ont toujours l’intention de voter rouge. Il n’y en aura pas beaucoup plus, parce que Philippe Couillard s’est posé, encore une fois, en défenseur des minorités, tout en oubliant, comme d’habitude, que les Franco-Québécois sont aussi une minorité, au Canada et en Amérique du Nord. Malgré tout, au bout du compte, ils seront peut-être pas moins de 45 députés libéraux à gagner lundi et, qui sait, à former le gouvernement.

Ticket to Ride pour Québec solidaire : étant donné que l’anglais a été sacré langue officielle un (bref) moment par Manon Massé et qu’elle s’en est relativement bien tirée lors du débat dans la langue de Shakespeare, la trame de QS vient des Beatles. D’autant que, comme le croient le PQ et de nombreux observateurs, cette course a été une free ride pour le parti, plus ou moins suivie par les journalistes lors de sa tournée. QS dont le principal objectif, après son refus de la main tendue par le PQ, est de le rayer de la carte de Montréal. Chose curieuse, certains électeurs semblent hésiter entre la CAQ et QS, preuve accablante que les programmes comptent, souvent, pour des prunes.

Dans tous les cas, les dernières notes résonneront lundi. On y reviendra.

28 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 26 septembre 2018 03 h 15

    et oui , la vie, une roue éternelle qui bourge continuellement

    la question n'est-elle pas de se demander pourquoi, le monde n'est il pas fait de circonstances plus ou moins heureuses, qui apparaissent et ensuite s'enfuits, voila ce a dont je crois, des circonstances plus ou moins heureuses,peut être que la vie est faite d'une roue éternelle qui bourge continuellement

    • Claude Bariteau - Abonné 26 septembre 2018 18 h 16

      Elle tourne la roue, la roue qui chasse tout devant elle de l'ouest à l'est de l'île de Montréal poussée et repoussée pour qu'elle chasse de l'île ceux qui ont osé s'en protéger dans les années 1960-1980.

      Demain, cette île sera isolée du reste du Québec.

      Le rouge et l'orange la tapisseront des couleurs automnales dans un océan bleu-vert tout autour.

      Mais comme l’a chanté Brel dans Ne me quitte pas :

      On a vu souvent
      Rejaillir le feu
      D'un ancien volcan
      Qu'on croyait trop vieux
      Il est, paraît-il
      Des terres brûlées
      Donnant plus de blé
      Qu'un meilleur avril
      Et quand vient le soir
      Pour qu'un ciel flamboie
      Le rouge et le noir ne s'épousent-ils pas?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 septembre 2018 05 h 28

    Bof ?!?

    « La question nationale évacuée, on se serait en effet attendus à un véritable débat entre la gauche et la droite : c’est plutôt à deux guerres féroces et de plus en plus distinctes qu’on assiste. » (Louise Beaudoin, Le Devoir)

    En effet, mais ce genre de guéguerre que se livrent les aspirant.e.s à la Gouvernance du Québec tend à démontrer quelques traits de caractère « grossiers » et « indigestes », d’autant plus qu’il donne l’impression d’une fausse (ou « hypocrite » !?!) détermination devant un électorat désarmé et estomaqué !

    De cette « guéguerre » qui ne sert en rien les besoins-intérêts du Québec, on-dirait que l’essentiel, escamoté, devient inutile et sans objet !

    Que se passe-t-il ?

    Bof ?!? - 26 sept 2018 -

  • Gaston Bourdages - Abonné 26 septembre 2018 06 h 44

    Superbe utilisation, un brin poétique de...

    ...ces titres de chansons fort évocateurs et vhoisis avec puérile intelligence. Merci madame Beaudoin. « Ça » fait du bien. Vous avez trouvé très juste pour adoucir, alléger certains tons de voix, peut-être aussi de pensées s'approchant dangereusement de l'irrespect.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Robert Morin - Abonné 26 septembre 2018 07 h 31

    Étonnant tout de même...

    ...que malgré sa piètre maîtrise de l'anglais, Manon Massé soit, parmi les chefs, celle qui a le plus souvent recours à des expressions anglaises à la mode, en les disséminant dans son discours. Sans doute est-ce là une marque de l'influence «montréalaise si ouverte à l'autre», qui fait en sorte que, dans une sorte de mimétisme qui s'ignore, les bobos montréalais ressemblent de plus en plus à notre Elvis Gratton national et tentent, de par une attitude colonisée qui semble s'ignorer, de projeter une image de modernisme en ayant recours à des mots anglais chaque fois qu'ils veulent bien appuyer une idée qu'ils jugent importante... Décevant comme attitude, je trouve.

    • Louise Melançon - Abonnée 26 septembre 2018 09 h 15

      Eh! que je suis en accord avec cette opinion!.... Les francophones de Montréal en grand nombre sont en train de revenir en arrière pas pour rire! Le "bonjour-Hi" comme symbole de ce recul désespérant....
      Madame Beaudoin choisit la légèreté pour cacher cette déception.... il vaut mieux en rire que d'en pleurer? dirait-elle?.... Mais je ne peux entrer dans cet état d'esprit... je dois vivre avec ma déception...

    • Hugues Cormier - Abonné 26 septembre 2018 09 h 45

      Bravo

    • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2018 10 h 39

      C’est aussi étonnant qu’un parti marxiste, ayant pour chef une politicienne qui ne comprend même pas la langue de l’autre, ancré dans une solitude politique qui revendique la socialisation des avoirs et la nationalisation des ressources naturelles et publiques, fassent bonne impression chez nos amis anglophones.

  • Christian Montmarquette - Abonné 26 septembre 2018 09 h 03

    Les gauchos-souverainistes de Québec solidaire

    "Les gauchos-souverainistes de Québec solidaire..."

    - Pffft !!

    J'ai arrêté de lire là.

    • Yves Ménard - Abonné 26 septembre 2018 09 h 30

      Tant mieux !
      Ça nous évitera une autre interminable litanie !

    • Denis Baillargeon - Abonné 26 septembre 2018 10 h 47

      Mrs Montmarquette ce matin qui s'offusque d'un qualificatf sur QS , vous n'en faites pourtant pas l'économie dans vos multiples interventions démonisant le PQ à l'aide de votre carnet des péchés capitaux !

    • Hélène Paulette - Abonnée 26 septembre 2018 12 h 44

      Vous faites ma journée, monsieur Ménard.