Verts solitaires

Les candidats verts, entourés de membres ailés de la biodiversité, devant un fier symbole de la prospérité économique. De gauche à droite, Adis Simidzija, Stéphanie Dufresne, Chad Walcott, Alex Tyrell, Aziza Dini et Stéphanie Stevenson.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les candidats verts, entourés de membres ailés de la biodiversité, devant un fier symbole de la prospérité économique. De gauche à droite, Adis Simidzija, Stéphanie Dufresne, Chad Walcott, Alex Tyrell, Aziza Dini et Stéphanie Stevenson.

Il ne sert à rien d’être en avance sur son époque, sauf lorsque celle-ci est en retard d’une révolution. Malgré les enjeux climatiques qui désespèrent bien des gens, le Parti vert du Québec demeure le grand absent de cette campagne électorale, à la fois dans les médias traditionnels, dans les débats et, forcément, dans les esprits. HEC Montréal vient d’organiser un débat sur l’environnement, mais sans eux. Ils auraient pu occuper la chaise de la ministre assignée au dossier, Isabelle Melançon, qui y brillait par son absence. Je lisais cette semaine que certains scientifiques prévoient que notre civilisation ne verra jamais le XXIIe siècle. Le PLQ, peut-être.

Vendredi dernier, j’ai donné rendez-vous à 6 des 97 candidats du Parti vert entre la route 132 et le fleuve Saint-Laurent, ce sillon symbolique dont on prédit qu’il risque de devenir une zone morte. En arrière-plan de cette rencontre, l’emblème de notre mégalomanie pharaonique, le « futur nouveau » pont Champlain. Un détail visuel de 4 à 5 milliards. Avec un peu de chance, on finira par traverser à pied.

 

Un sondage Léger donnait récemment 9 % des intentions de vote chez les 18-34 ans au PV, contre 8 % pour Québec solidaire. C’est timide, mais révélateur. Le PV est fédéraliste, ça ne semble pas déranger les jeunes qui préfèrent une planète à un pays.

Mais passons. Passons aussi sur la bisbille avec l’ex-candidat vedette qu’ils n’ont pas su gérer, le chanteur Jamil, chez qui j’ai mangé dimanche dernier. Vous lirez les journaux à potins. Les verts sont encore green à bien des niveaux. Jamil est passé à autre chose et il a même mis du vert dans mon assiette. J’ai épargné un canard.

Notre inexpérience nous a permis de tout démarrer sur une page blanche

 

Demain, s’il en reste

Une chose qu’on ne pourra reprocher aux verts, c’est de manquer de cohérence ou de vision. Malgré l’inexpérience, il y a des personnes extrêmement valables dans cette équipe, des passionnés et certains érudits. Ils ont le vent dans les voiles à l’Île-du-Prince-Édouard et en Colombie-Britannique.

On les qualifie d’« activistes écosocialistes ». À ce jeu, les candidats de la Coalition avenir Québec sont des activistes écocapitalistes. L’autre « éco », l’économique. Tout le monde s’active à pousser sur ses valeurs. Ou celles du bien commun. Car le programme de 120 pages des verts est pétri de justice sociale (eux aussi, ils ont le dentiste gratuit et la gratuité scolaire), de propositions appuyées par une foule d’experts scientifiques en matière de climat, une taxe sur le carbone de 200 $ la tonne, par exemple.

En clair, c’est 47 cents de plus le litre à la pompe. Ils sont d’ailleurs les seuls à proposer cette taxe, même si QS vient d’en ajouter une avec son dernier plan de « transition économique » : 110 $ la tonne en… 2030. C’est trop peu, trop tard en regard de l’urgence, mais c’est tout de même plus ambitieux que de rouvrir le parc du Mont-Tremblant aux motoneigistes (CAQ).

Les verts sont également les seuls à encourager une alimentation moins carnée (15 % des GES mondiaux pour l’agriculture — dont 75 % attribuables à la viande — au même titre que le transport), à proposer une initiation à la démocratie, le droit de vote à 16 ans et un crédit d’impôt si tu exerces ce droit. Pourquoi pas ? Mon B va avoir 15 ans et il commence à s’intéresser à la politique. L’avenir, s’il en reste, lui appartient davantage qu’à sa grand-mère. Et je suis certaine qu’il est contre le broyage mécanique des poussins mâles vivants. Vous aussi ? C’est dans le programme des verts.

L'air du temps n'est plus au déni

 

Changer les mentalités

« Un parti peut traiter les symptômes, mais il faut changer la culture, les mentalités », souligne Adis Simidzija (candidat dans Trois-Rivières), qui me cite la philosophe Hannah Arendt et le sociologue Pierre Bourdieu en s’enfilant un Subway. Ce militant anticapitaliste éloquent votera cette année pour la première fois, à l’âge de 30 ans.

« Quand on fait du porte-à-porte, les gens ne nous parlent pas d’environnement », fait remarquer Chad Walcott, candidat dans N.-D.G., 30 ans aussi. « Ils veulent savoir combien ils vont recevoir d’argent s’ils votent pour nous. Les vieux partis ont habitué les électeurs à vendre leur vote. »

« Je peux espérer 2 % de vote, je m’en fous », ajoute Stéphanie Dufresne (Champlain), 43 ans, une géographe allumée, mère célibataire de deux enfants qui possède une maîtrise en environnement. « Tous les changements sont difficiles. Mais c’est plus facile quand tu es inspiré. C’est quoi gagner ? Ce n’est pas seulement le vote. J’ai guéri mon cynisme personnel en me portant candidate. Ce qui est décourageant, c’est d’être seule chez moi. »

« Lorsqu’on me dit que je vais perdre, je suis encore plus déterminé. On va garder la conversation active durant les quatre prochaines années », lance le flamboyant Chad, qui a étudié en science politique, dont l’un des frères joue dans la LNH et l’autre est comédien. Il a l’étoffe d’un chef, je mets un dix là-dessus. Et il est capable de faire des métaphores de pogo, relish-moutarde en plus.

Leur chef actuel ? En deux heures d’entrevue, le candidat de Verdun, Alex Tyrell, 30 ans, en a passé la moitié à consulter son téléphone devant moi. Une chance qu’il n’est pas encore premier ministre. Sans méchanceté, il a le charisme d’un poteau boudé par les pancartes.

De jeunes militants écologistes, résidents de sa circonscription, m’ont mentionné dans une manif pour la planète, samedi dernier, que ses interventions publiques avaient l’air « douloureuses » : « Je voterais pour les verts, mais pas pour le chef. » On peut dire cela de bien des partis, remarquez. Il faut parfois faire preuve d’imagination.

Mais, détail, détail, un « cheuf », ça se remplace. Une planète, moins.

Le sérieux change de camp

Il s’appelle Aurélien Barrau et il est astrophysicien. Il résume de manière inspirante, brillante mais urgente les enjeux environnementaux en cours. « Un système instable, c’est un système qui va crasher. » Il n’est pas le seul à penser que nous préparons des guerres à moyen terme avec 200 millions à 1 milliard de réfugiés climatiques prévus dans 30 ans. « Il faut que la réception du sérieux change de camp, dit-il. On ne peut pas continuer à faire comme si la pensée écologiste était l’apanage de quelques doux dingues, et le dogme d’une croissance immodérée, l’apanage des gens sérieux. C’est exactement l’inverse ! » Et il parle de politique. À écouter avant d’aller voter.


Vérifié si j’ai un candidat vert dans ma circonscription. Il ne faut pas se fier à leur site, car tous les candidats ne sont pas inscrits. Moyenne d’âge ? 34 ans. Leur slogan : « Bien plus qu’une couleur », mais on ne voit jamais leurs pancartes. Zéro déchet. Leur plateforme, ici.

Fait chiffrer en pourcentage par un statisticien les 23 questions posées aux quatre partis politiques sur leurs priorités environnementales. Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) a demandé aux 11 groupes écolos (dont Équiterre, Fondation Suzuki, Greenpeace) de retirer ces questions de leurs plateformes cette semaine. Ils ont refusé. Nouvelle interprétation de la loi et rebondissements à suivre. La bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec a décidé d’héberger les réponses sur son site, privilégiant le droit du public à l’information. En attendant d’être…

En attendant d’être muselés par des forces obscures, voici en pourcentage le taux de réussite au test, auquel il manque des questions. Il aurait été utile de connaître leurs positions futures vis-à-vis du marché du carbone, si le prix sur la pollution sera fortifié par une taxe et leurs mesures pour le méthane (agriculture et gaz de schiste). Le Parti vert n’a répondu ni oui ni non aux 23 questions. Résultats : CAQ : 28 %, PLQ : 52 %, PQ : 76 %, QS : 87 %, PV : vert foncé.

Adoré le livre Demain le Québec, coécrit par Diego Creimer, Louise Hénault-Éthier, Karel Mayrand et Julie Roy. La préface est du réalisateur Cyril Dion (Demain). Les auteurs, tous de la Fondation Suzuki, ont voulu montrer une foule d’initiatives vertes au Québec, qui vont de l’épicerie en vrac et bio en ligne à la Banque des Terres, qui jumelle jeunes et vieux agriculteurs à un financier, Paul Allard, qui a créé la première banque d’impact au Canada : tout doit être investi dans l’économie réelle et des entreprises adhérant au principe d’une plus-value pour les travailleurs et l’environnement. Les auteurs jurent qu’ils auraient pu écrire trois livres avec tous les projets verts qui émergent au Québec depuis cinq ans. Très inspirant, et ça donne envie de se rouler les manches. editions.lapresse.ca

Noté qu’il y aura une autre manif demain pour que « La planète s’invite dans la campagne ». Nous étions seulement 1500 samedi dernier sous un soleil de plomb…

7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 septembre 2018 09 h 00

    merci madame de nous enchanter de votre plume

    que vous manier habillement les mots , peut de gens ont votre habilité surtout quand vous vous permettez un pur acte de création, peu de gens autres que vous aurait pu parler de verts solitaires en parlant de certains électeurs,

  • Jean Richard - Abonné 21 septembre 2018 10 h 08

    L'environnement monochrome

    Il faudrait peut-être songer à changer le nom du Parti Vert, car à y regarder de plus près, le vert n'est pas la couleur dominante de notre environnement. Petit coup d'œil sur une mappemonde : il y a du blanc, beaucoup de blanc aux deux pôles. Ensuite, il y a des des lacs, des rivières, des fleuves et des océans qui, heureusement ne sont pas verts. Un plan d'eau qui se couvrent de vert est souvent identifié à un plan d'eau en mauvaise santé. Enfin, il y a des déserts, dans ces zones où domine la subsidence atmosphérique non propice aux précipitations.

    Mais il est vrai que le vert, couleur des feuilles de la majorité des végétaux, est associé à la photosynthèse, un processus biochimique qui pourrait aider à stocker les surplus de carbone qui déséquilibrent notre bilan thermique atmosphérique. Attention toutefois : il y a vert et vert. Une pelouse de banlieue ou de terrain de golf sont aux antipodes d'un écosystème équilibré. Leur pouvoir de rétention du carbone est bien mince en comparaison de celui d'une forêt. Or, l'agriculture a repoussé la forêt et la banlieue a repoussé l'agriculture pour faire place à une quasi-monoculture désastreuse pour l'environnement.

    Revenons au politique. Le Parti Vert en est le grand absent, soit ! Mais l'environnement serait-il quelque chose de trop complexe pour qu'on se contente d'en faire un enjeu électoral ? Tiens, en l'absence du Parti Vert, on aurait pu donner une légère avance à Québec Solidaire en la matière. Mais voilà qu'hier, au débat TVA, Mme Massé s'est soudainement enflammée en soulignant la grande abondance du lithium au Québec. Le Québec se devait de devenir le paradis de la batterie. En entendant ça, plusieurs auront eu envie de dire : « Jean Charest, sors de ce corps ! » (Le plan Nord)

    Le discours environnemental de la présente campagne est plus drabe que jamais. Pourtant, il n'y a rien de plus multicolore que l'environnement. Pourquoi tenir un discours aussi monochrome ?

    • Christian Roy - Abonné 22 septembre 2018 17 h 12

      À lire ce qu'on fait des millions du Fonds vert et du peu de profondeur des réflexions concernant la gestion des ressources résiduelles - question de base-. ne sommes-nous pas politiquement et économiquement des cancres en la matière ? Et dire que la Planète a seulement deux ans pour se revirer ! On est pas sorti du bois !

  • Philippe Tremblay - Abonné 21 septembre 2018 12 h 30

    Un parti Vert fédéraliste

    La raison pourquoi le Parti Vert du Québec n'est pas prit au sérieux est probablement dû au fait qu'il est farouchement fédéraliste. Je crois que beaucoup d'environnementaliste considère que la meilleure façon d'avoir un Québec vert est d'obtenir la souverainté puisque l'environnement est, au mieux, partagé entre le fédéral et le provincial. Tout accord signé par le Canada (et surtout non respecté) lie aussi le Québec dans les succès et les échecs. De plus, budget et pouvoirs sont divisés entre les deux ministères.

    Vous pouvez bien dire que les gens préfère ''la planète à un pays'', dans les faits, si les environnementalistes québécois veulent vraiment gérer l'environnement ils doivent se dissocier du Canada, pays pétrolier.Cette illusion du monde sans frontière est franchement mignonne mais naive.

    • David Huggins Daines - Abonné 21 septembre 2018 14 h 22

      J'avoue que l'enthousiasme du PVQ de se déclarer "fédéraliste" m'a fait sourciller, car cette position apparaît contraire à l'idéologie verte, axée sur la décentralisation et le contrôle local. Pourtant je crois qu'il existe un problème de terminologie par rapport à la question nationale au Québec. Le parti Libéral du Canada et le NPD de la Colombie-Britannique sont les deux des partis "fédéralistes", mais celui-là réclame le droit, au nom de la confédération canadienne, de passer des pipelines sur le territoire de celui-ci, qui refuse ces piplines au nom de cette même structure fédérale. Le parti Vert en Suède se dit pour l'Union Européenne mais contre l'Euro et contre une fédération europeenne. Est-il fédéraliste ou pas?

      Je trouve que le mot "fédéraliste" au Canada ne veux strictement rien dire à part un signal d'appartenance au pays imaginaire du Canada et ses symboles, ce qui exerce une forte attraction sur les électeurs de l'Ouest de Montréal et de l'Outaouais, ciblés en priorité par ... le parti Vert du Québec. Et malheureusement, "souverainiste" me semble tout aussi vide de contenu, ce qui ouvre la porte à des dérives comme ces fans du Front National français qui s'associent de temps en temps au PQ (après tout le FN se dit aussi "souverainiste"!)

      Peut-être ces jeunes ne préfèrent pas tant "une terre à un pays" - ils sont tout simplement tannés de tout ce discours politique stérile.

  • Mario Jodoin - Abonné 21 septembre 2018 15 h 23

    Appui des jeunes

    «Un sondage Léger donnait récemment 9 % des intentions de vote chez les 18-34 ans au PV, contre 8 % pour Québec solidaire»

    Dans le plus récent, avec un échantillon trois fois plus gros, Léger donne 25 % de l'appui des 18-34 ans à QS et 1 % au PV.

  • Jean Larivière - Abonné 22 septembre 2018 11 h 11

    Déni quand tu nous tiens dans tes bras

    L'été '18 nous aura bien averti; caniculessss, asphalte qui fonds sur les autoroutes des pays-bas, ouragans, typhons, et tornades. Une sinistrée nous avouait hier; on se croyait à l'abri ici au Québec..... Et, en majorité, plus ou moins absolue, nous en demanderons plus; encore plus, à ces nouveaux élus; élargissement et prolongement d'autoroutes, le retour des ski-doo dans nos parcs provinciaux, un tapis rouge pour le pétrôle butimineux et pour nous achever, un troisième lien pour le paradis.
    Vous croyez que l'éducation coûte cher; essayez l'ignorance... ou mieux, son frère, le déni.