Indignations

« Quand les limites sont atteintes, les bornes sont dépassées. » C’est bien ce qu’on a vu pendant cette première semaine de campagne.

Nous avons atteint le degré zéro de la politique lorsque Gertrude Bourdon a reconnu non seulement qu’elle aimait magasiner, mais qu’elle avait magasiné simultanément du côté de la CAQ et du PLQ.

A-t-elle eu la décence élémentaire d’aviser les deux partis qu’elle faisait son magasinage chez l’un et chez l’autre en exigeant le poste de ministre de la Santé et encore plus d’argent pour ce ministère ? En raison de ses nombreuses rencontres et négociations avec Gertrude Bourdon, François Legault était en droit de divulguer les textos échangés entre elle et son directeur de cabinet. Pour que chacun soit en mesure, en cette période électorale, de juger de la sincérité ou de la duplicité de la nouvelle candidate libérale.

Sans compter, par ailleurs, qu’elle a dit, il y a quelques mois à peine, à la députée Agnès Maltais qu’elle n’irait jamais à la CAQ parce que son parti, c’était le PQ… Dommage collatéral supplémentaire : le docteur Barrette étant publiquement démis de ses fonctions par la même occasion, Philippe Couillard s’empresse, pour éviter une crise au sein de son cabinet, de le nommer ministre responsable du Conseil du trésor dans un éventuel cabinet libéral. Au secours ! S’il y a un poste gouvernemental qui demande du doigté, de bonnes relations humaines, du jugement, c’est bien celui-là.

La personne qui occupe cette fonction inconnue de la majorité des contribuables devient extrêmement puissante au sein de l’appareil, car elle décide de délier ou non les cordons de la bourse. C’est le ministre qui dit souvent non à ses collègues et qui, par définition, ne s’en fait pas beaucoup aimer. Si, en plus, il possède un ego surdimensionné et une légère tendance autocratique, c’est le désastre annoncé…

Heureusement, il ne s’agit là peut-être que de politique-fiction, puisqu’il n’est pas certain que les libéraux soient réélus et que Mme Bourdon devienne députée de la circonscription de Jean-Lesage. L’opportunisme ne paie pas toujours.

Cette saga nous donne tout de même une bonne idée de ce que signifie pour elle et le Parti libéral « faire de la politique autrement » : une régression des convictions en faveur de la surenchère du plus offrant.

   

Dans un tout autre registre, QS et sa co-porte-parole ont commis, en cette première semaine, une bourde impardonnable pour un parti qui veut gouverner le Québec… et qui se dit indépendantiste.

C’est avec consternation et tristesse que j’ai pris connaissance d’abord du gazouillis d’un employé de QS, repris à son compte en anglais, mais aussi en français par Manon Massé, soutenant qu’il y a deux langues officielles au Québec. Avant que quelqu’un de mieux avisé à QS — Amir Khadir ? Gabriel Nadeau-Dubois ? — lui rappelle que le français est la seule langue officielle. Et ce, aurait-elle dû immédiatement ajouter, depuis plus de 40 ans.

En effet, c’est en 1974 que Robert Bourassa et le PLQ font voter à l’Assemblée nationale la loi 22. Trois ans avant l’adoption de la loi 101, le grand oeuvre du Parti québécois, qui va beaucoup plus loin en imposant, notamment, aux enfants des nouveaux arrivants la fréquentation de l’école française au primaire et au secondaire, alors qu’avant 1977 ils étaient, pour la plupart, scolarisés en anglais. Pourquoi n’a-t-elle pas spontanément énoncé ce qui précède ? Parce qu’elle ne le sait pas ? Parce qu’elle l’a oublié ? Parce que ça ne l’intéresse pas ? C’est pourtant le b.a.-ba de toute connaissance de l’histoire récente de la nation québécoise.

Il faut dire que, malheureusement, c’est dans l’air du temps : la relative unanimité par rapport aux acquis de la loi 101 a vécu. Au-delà de la minorité anglophone qui n’a jamais vraiment accepté la loi 101, il y a maintenant un courant chez les allophones et les francophones visant à « affranchir » et à « libérer » les Québécois de ce « collectivisme linguistique ». Québec solidaire doit maintenant préciser sa pensée : que propose-t-il exactement ? Renforcer la loi 101 ou en assouplir certaines dispositions ?

Pendant ce temps, en cette première semaine, le Parti québécois ne s’est fourvoyé dans aucun bourbier : il a su demeurer positif et constructif. C’est tout à son avantage.

42 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 29 août 2018 08 h 30

    Partisanerie!


    Il me semble que ce texte d'une ancienne ministre péquiste est plutôt partisan. Passons pour l'objectivité minimale!

    M.L.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 29 août 2018 09 h 26

      Et vous, M. Lebel, elle est où votre objectivité minimale ????

    • Michel Lebel - Abonné 29 août 2018 10 h 05


      @ Jean-Pierre Marcoux,

      Mais à la différence de Mme Beaudoin, je ne suis pas chroniqueur! Je ne suis pas non plus membre du Parti libéral. Mais je suis un affreux fédéraliste! Que voulez-vous!

      M.L.

    • François Beaulne - Abonné 29 août 2018 10 h 13

      Et l'objectivité de Radio-Canada, société d'Etat 'canadian' qui vit grâce à nos impôts? Heureusement qu'il y a TVA, le Journal de Montréal et le groupe Québécor pour faire contrepoids. Regardez le Téléjournal de RC à 21h à RDI et celui de TVA à 22h et vous conmprendrez ce que je veux dire.

    • Louise Collette - Abonnée 29 août 2018 10 h 25

      Ce n'est pas partisan c'est tout simplement la vérité, ce sont des faits.

    • Claude Gélinas - Abonné 29 août 2018 10 h 33

      Malheureusement contrairement à votre habitude votre commentaire de ce matin portant sur la chronique de Madame Louise Beaudoin aurait besoin, pour être convaincant, d'être motivé. Vous nous avez habitué à mieux !

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 29 août 2018 10 h 33

      M Lebel juge "ex cathedra" Mme Beaudoin et son texte, sans justifier son jugement par des points précis. Et il termine avec une sournoise attaque personnelle.

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 août 2018 10 h 54

      Madame Gertrude Bourdon avait raison de magasiner, simultanément du côté de la CAQ et du PLQ en même temps, parce qu’essentiellement il n'y a pas de différence entre la CAQ et le PLQ. C'est du pareil au même.
      Une raison de plus de ne pas voter pour ces deux partis opportunistes qui travaillent essentiellement pour les riches et les grandes entreprises.

    • Claude Poulin - Abonné 29 août 2018 11 h 00

      Je suis de votre avis monsieur Lebel. C'est aussi ce que l'on observe alors qu'elle commente règulièrement l'actualité politique à la tribune du 24/60 à RDI. Et lorsque l'on fait remarquer à son animatrice, Anne-Marie Dussault, le peu d'objectivité de l'ancienne ministre, elle vous répond qu'elle est maintenant détachée de ses liens péquistes, puisqu'elle n'est plus membre depuis longtemps de ce parti. Mais bon! D'ailleurs, Brian Myles, devant une remarque semblable répond que pour assurer l'équilibre entre deux perspectives différences, Le Devoir a choisi de proposer une chronique à tendance fédéraliste au journaliste du Globe and Mail, Konrad Yababuski.

      Réponse à monsieur Marcoux. Que je sache, monsieur Lebel n'est engagé par Le Devoir pour exprimer son opinion. Alors...

    • Cyril Dionne - Abonné 29 août 2018 12 h 17

      Non, ce n'est pas de la partisannerie, mais bien une dose de réalité.

      Gertrude Bourdon, la bureaucrate (voir gestionnaire), qui a été consacrée comme la réponse au déficit budgétaire en santé, a troqué (magasiné) ses valeurs pour arriver à ses fins. L’hyper-individualisme consacré quoi! Elle n’a rien à envier aux enfants rois. Et après, on se demande pourquoi les gens sont cyniques.

      Manon Massé et QS ont tous dit la même chose. L’anglais est une langue officielle au Québec. Ah ! ben. Les kamarades ne sont pas à une bourbe près lorsqu’ils commencent à vouloir jouer dans la cour des grands. Mais, tout cela est de la petite bière lorsqu’on prend connaissance de leur cadre financier qu’ils ont présenté. Là, on vogue sur une galère irréaliste de complaisance économique. En fait, ils veulent recréer les mêmes conditions qui a plongé le Venezuela dans une crise économique sans pareil et son million de pourcentage en inflation.

      Depuis le début de la campagne électorale, seulement le Parti québécois n’a pas fait des promesses chimériques à coup de milliards pour épater la galerie. En plus, Jean François Lisée a eu la sagesse de vouloir s’unir et de parler d’une seule voix québécoise en ce qui concerne les négociations avec les Américains au sujet de la gestion de l’offre. Philippe Couillard a dit non au début pour ensuite se rallier au gros bon sens.

    • Michel Lebel - Abonné 29 août 2018 17 h 16

      Temps électoral...

      Je trouve toujours que le texte de Mme Beaudoin beurre pas mal épais contre le Parti libéral! Qu'on le lise attentivement! Il est vrai que nous sommes en période électorale et que les esprits s'échauffent! Quant à l'observation que je carburerais à une ''surnoise attaque prsonnelle'', ce n'est pas sérieux, cela n'a jamais été mon genre.

      Michel Lebel

    • Tristan Roy - Abonné 30 août 2018 09 h 38

      C'est une chronique d'opinion, ça n'a pas à être objectif. Et Mme Beaudouin est ouvertement péquiste, ses couleurs sont annoncées.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 29 août 2018 08 h 38

    Québec débâcle : le feu est pris dans la cabane

    Pour ajouter à votre chronique : et dire que les deux tiers des jeunes de 18 à 35 ans veulent voter pour le PLQ et la CAQ. Davariuouss qu'on s'en va???

    • François Beaulne - Abonné 29 août 2018 10 h 22

      Il est tendancieux de prétendre que les jeunes de 18-35 ans préfèrent les libéraux. Ce sondage, et les autres semblables, omettent de nous décortiquer les préférences exprimées entre jeunes francophones et autres origines, la distiribution régionale et les tranches d'âge. Si la majorité des jeunes sondés vient de Montréal il est à parier qu'elle contient un contingent d'anglo-allos concentré. D'autre part, entre un jeune de 18 ans et un <jeune> de 35 ans il y a une grande différence de mentalité et de vécu. Les mettre tous dans le même paquet est ridicule. De quoi tous ces sondages sont à prendre avec des pincettes.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 août 2018 08 h 42

    Québec solidaire n'en a rien à foutre de la langue française

    Pour ce parti extrémiste, il faut se concentrer sur l'essentiel : la lutte à mort contre le capitalisme. La question de la langue distrait.

    Non, mais, il faut le faire. La chef d'un parti du Québec, une femme d'expérience, qui ne savait pas que l'anglais n'est pas une langue officielle au Québec. Quelle aberration !

    • François Beaulne - Abonné 29 août 2018 10 h 27

      Le sondage de ce matin montre que les Québécois sont en train de découvrir le vrai visage de QS et leur déconnection d'avec la réalité québécoise, tout du moins francophone. Ils sont essentiellement anti socio-démocrates, multiculturalistes et anti nationalistes. Pas beaucoup de positif là dedans!

    • Louise Collette - Abonnée 29 août 2018 10 h 28

      <<une aberration>> vous voulez dire un désastre, une catastrophe, que dis-je <<c'est une péninsule>>

  • Gilbert Talbot - Abonné 29 août 2018 08 h 56

    "Pas le temps d'analyser!" Gertrude Bourdon.

    Vous avez bien raison madame Beaudoin, le moins qu'on puisse dire c'est que ce début de campagne se passe au ras des pâquerettes et même en sous-sol de la décence politique à laquelle on voulait nous convier. Ce matin madame Bourdon répond à la question d'Alain Gravel sur ce qu'elle pensait de l'entente avec les médecins spécialistes, qu'elle n'a pas le temps d'analyser le passé, tout ce qu'elle veut c'est faire appliquer correctement cette entente. Une chance que nous avons de bons journalistes pour analyser ce qui se passe, quand les politiciens n'ont plus le temps de le faire.
    Du côté de la CAQ, ce n'est pas mieux: son président démissionne de son poste et renonce à sa candidature. Semble-t-il qu'il ne pouvait plus supporter les critiques des réseaux sociaux concernant sa participation à une compagnie qui pratiquait des prêts usuraires en Ontario, ce qui n'est pas permis au Québec. Faut croire aussi que le Parti libéral avait déjà produit une pub pour le dénoncer, ce qui ternirait l'image propre de la CAQ. On repassera pour la campagne propre, que ces deux partis nous avait promis au départ.
    Pour ce qui est de la bourde de Manon Massé, il faut le voir pour ce que c'est: une bourde corrigée par la suite par GND. Il est clair que pour QS, le français est la seule langue officielle du Québec.
    Durant cette campagne, il y aura bien d'autres bourdes et lapsus, qu'il ne faudrait pas confondre avec le véritable programme mis de l'avant par les partis.

  • Bernard Chabot - Abonné 29 août 2018 09 h 02

    Un campagne sous silence

    D'accord avec vous pour dire que M. Lisée fait une très bonne campagne. Mais comment se fait-il que pour en entendre parler je doive avoir recours à La Presse (!) ou au Journal de Montréal ? Rien sur le PQ dans le Devoir d'aujourd'hui. Presque rien hier. Pourtant M. Lisée présentait hier ses engagements en culture. Mais pas un mot là dessus. C'est un silence qui devient assourdissant.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 29 août 2018 09 h 18

      Cela s'appelle du muselage; donc, dans le cas présent nous pourrions écrire: réduire un groupe au silence.

    • François Beaulne - Abonné 29 août 2018 10 h 30

      Depuis que Le Devoir cherche des subventions gouvernementales il a changé. Dommage. C'était le seul quotidien indépendant. Il en paiera éventuellement le prix, comme La Presse qui s'est camouflée en OSBL.

    • Louise Collette - Abonnée 29 août 2018 10 h 31

      En effet Monsieur Chabot et, très décevant de la part du Devoir...on se serait attendu à mieux.

    • Jean Richard - Abonné 29 août 2018 10 h 32

      « Lisée estime qu’il y a maintenant des « profits » à faire avec la saga « Kanata » » (Le Devoir)

      Quand on lit des choses comme celles-ci, on se dit qu'il vaut peut-être mieux que Le Devoir n'insiste pas trop sur la couverture de la campagne péquiste : ça pourrait nuire plutôt qu'aider (et on sait quel quotidien est surtout péquiste).

      Faire des profits avec la saga Kanata... On croirait entendre le maire de Québec, Régis Labeaume, lorsqu'il disait à peu près ceci : la culture, c'est bien beau, mais il faut que ça nous amène un chèque.

      Dans l'ensemble, la politique culturelle du PQ est défendable. Mais que le chef se sente obligé d'y inclure un profit mercantile, ça laisse perplexe.

      « Le chef péquiste n’a pas fermé la porte à la possibilité de financer la pièce avec des fonds publics. » – Soit, les manifestations culturelles ont souvent besoin d'un appui financier venant des fonds publiques. Mais avant de financer la grande industrie déjà bien établie, ne serait-il pas préférable de miser sur la relève, qui se fait de plus en plus discrète, ce qui augure mal pour la survie du français.

      L'affaire Kanata est du passé et la poussière est presque tombée. Vouloir la ressusciter à des fins électoralistes, ce n'est pas la trouvaille du siècle. On sait bien sûr que les Autochtones ne voteront pas pour le PQ...

    • André Labelle - Abonné 29 août 2018 10 h 36

      Les médias ajustent leurs nouvelles et leurs couvertures en fonction des sondages, pas en fonction de la qualité des contenus.

      «Les campagnes électorales sont une excellente occasion de dire n'importe quoi, que ne surpassent peut-être que les lendemains d'élections.»
      [Jean Dion]

    • Lise Bélanger - Abonnée 30 août 2018 08 h 27

      À moins d'erreur de ma part, il semble que M. Amir Kadhir ait été choisi par le Devoir pour conseiller ce journal pour la présente campagne électorale. Si cela est bien exact, vous avez votre réponse.