L’indignation de façade

L’ex-p.-d.g. du CHU de Québec-Université Laval, Gertrude Bourdon n’est pas la première victime de la fâcheuse tendance de François Legault à dévoiler le contenu d’un échange qui aurait normalement dû rester confidentiel.

L’année dernière, l’ancienne première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, avait été furieuse d’entendre le chef de la CAQ révéler publiquement la teneur de leur tête-à-tête lors de sa visite à Québec. À entendre Mme Wynne, il avait même déformé ses propos pour lui faire dire que l’Ontario était très intéressé par les projets de développement hydro-électrique de M. Legault, ce qu’elle avait formellement nié à deux reprises.

Même si cela avait été vrai, l’indiscrétion du chef caquiste aurait placé la première ministre ontarienne dans une position très inconfortable face à M. Couillard, qui ridiculisait le projet de « Baie James du XXIe siècle » proposé par le chef de la CAQ, alors qu’Hydro-Québec ne savait plus quoi faire de ses surplus.

On n’a jamais su avec certitude qui disait la vérité, mais cet épisode n’en avait pas moins laissé la désagréable impression que M. Legault est un homme auquel il est préférable de ne pas confier ce qu’on ne souhaite pas voir ébruiter.

Cela ne fait pas de lui un sexiste. Il aurait sans aucun doute agi de la même façon avec un homme qu’avec Mme Bourdon, s’il avait eu le sentiment d’avoir été trompé. À lire les textos qu’elle a échangés avec l’entourage du chef caquiste, on comprend que ce dernier a eu de bonnes raisons de croire qu’il était le dindon de la farce, peu importe les raisons qui ont amené la p.-d.g. du CHU de Québec à se joindre à l’équipe libérale.

  

Il est plutôt rare de voir un chef de parti en campagne se porter à la défense de son principal adversaire, comme l’a fait Jean-François Lisée, mais celui-ci semble bien décidé à s’inviter dans tous les débats, que cela le concerne ou non. Au reste, la comparaison entre M. Legault et Donald Trump était si grossière qu’il ne pouvait pas résister à la tentation d’accabler M. Couillard.

On peut comprendre que la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, et la candidate vedette du PLQ dans Saint-Laurent, Marwah Rizqy, n’aient pas aimé que leur nouvelle collègue soit malmenée sur la place publique. Quand on sait combien chaque intervention est soigneusement calculée en campagne électorale, il est cependant bien difficile de croire que la sortie simultanée des deux femmes n’a pas été autorisée, voire commandée par l’état-major libéral. C’est tout juste si le premier ministre ne leur a pas donné publiquement sa bénédiction.

Même Manon Massé, à qui on ne peut certainement pas reprocher de manquer de vigilance en cette matière, a trouvé « particulier que Philippe Couillard utilise ses candidates pour lancer ce type d’accusation ». C’était avoir bien peu de respect pour elles que leur confier ce sale travail, comme cela aurait dû être gênant de l’accepter.

Il est parfaitement ridicule d’imputer le rejet de la ligne rose du métro par M. Legault à un quelconque « sexisme de façade », parce que le projet émane de la mairesse Plante, comme l’a fait Mme Rizqy. On peut toujours reprocher à la CAQ d’avoir privilégié les projets de transport en commun qui avantageraient les secteurs où se concentrent ses électeurs, mais ne mélangeons pas tout.

  

Les stratèges caquistes sont très conscients qu’une politique de soutien à la famille peut facilement être interprétée comme une invitation faite aux femmes de rester à la maison. Pendant un bon moment, la CAQ a jonglé avec la possibilité de ressusciter les « bons de garde » que proposait jadis l’ADQ, mais l’idée a été jugée politiquement trop risquée.

Il se peut que M. Legault n’ait pas une vision de la société aussi moderne que celle de Mme Rizqy, qui voit dans la bonification des allocations familiales proposées par la CAQ une autre manifestation de ce « sexisme de façade ». C’est pourtant à tort qu’on l’associe aux « bébé-bonus » du gouvernement Bourassa, qui visaient ouvertement à stimuler la natalité.

Il ne s’agit pas ici d’augmenter le montant des allocations selon le nombre d’enfants, mais simplement d’éviter qu’elles soient moins avantageuses pour un deuxième ou un troisième enfant que pour un premier, comme c’est présentement le cas. Faut-il comprendre qu’aux yeux du PLQ, le respect envers les femmes et le soutien à la famille sont incompatibles ?

Tout cela ressemble fort à une indignation de façade provoquée surtout par la crainte que le succès de la CAQ dans sa recherche de candidatures féminines lui permette de rejoindre un électorat qui lui était traditionnellement réfractaire.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que la fiscaliste Marwah Rizqy était candidate pour le PQ, a été corrigée.

14 commentaires
  • Louise Poulin - Abonnée 28 août 2018 09 h 07

    Au secours de la famille

    Pauvre Madame St-Pierre, comme on dit elle est prête à prendre ne balle pour sauver la famille Libéral, mais de la à accepter cette ligne pour la presse, elle est allée trop loin.

    La famille c'est important et les amis de la famille aussi, mais pedrre sa crédibilité pour si peu. Dommage.

  • Ian Murchison - Abonné 28 août 2018 09 h 09

    Ad hominem

    Ce qui est très ironique, c'est que ce genre d'attaque ad hominem nous rappelle le « blame game » de nos voisins du sud. Incapable de débattre honnêtement d'un enjeu ou d'une proposition, on cherche à mettre en boîte son adversaire. Au Canada, au provincial comme au fédéral, il s'agit de lui trouver un mal immoral, comme le sexisme, le racisme, l'âgisme, l'anti-multiculturalisme, bref, une posture qui s'oppose au dogme libéral qu'on tente d'imposer comme le seul paradigme idéologique digne de respect. Tout discours à contre-courant doit être invalidé, dénoncé, honni. Une censure à peine voilée. Cette stratégie est pourtant bien connue. Le comble de l'ironie, donc, de se permettre une comparaison à Trump pour les libéraux.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 28 août 2018 10 h 36

      Aux grands utilisateurs de ce genre d’attaques contre les autres en les accusant de tares comme le sexisme, le racisme, l'âgisme, l'anti-multiculturalisme, on devrait immédiatement leur répondre ‘’prends un miroir et regarde toi!’’ Si ces gens pensent avoir à portée de main la formule magique qui leur permet de mettre facilement les autres en boîte, ils devraient être capables de se faire demander s’ils ne seraient pas, eux, des hypocrites.

      Bien d'accord avec votre commentaire.

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 août 2018 08 h 49

      Selon le faits, ces attaques vicieuses ont un but bien différent que ce que l'on voit au premier coup d'oeil.

      Elles ne servent pas vraiment à décourager de voter pour une personne, mais de voter tout court.

      C'est le jeu des Libéraux depuis très longtemps. Ils ont une formidable machine à faire sortir le vote, et d'autant plus avec la "seconde" caisse, pleine à dizaines de millions.
      Le jour des élections leur appartient. La prétendue prime à l'isoloir est dûe au fait que, parmi les indécis qui n'iaient pas voter, ceux qui pensent plutôt en faveur du PLQ sont choyés, bercés. On va les chercher à leur porte, on les amène au bureau de vote avec un petit café, on est souriant... et on laisse faire le reste.
      Je suis tout autant persuadé qu'au besoin de faux bénévoles payés sous la table vont aider un tiers-parti pour diviser le vote des adversaires : entre les deux le PLQ passe, un autre vieux truc toujours efficace.

      Mais la base reste : briser la confiance envers les politiciens, tous, sans faire dans la dentelle.
      Charest a toujours été un maître pour détruire l'image de l'adversaire. Son but était de diminuer le vote en général, sachant que "le sien" serait moins touché. Il a aussi préparé le retour du PLQ en minant chaque ministère juste avant l'arrivée du PQ en 2012. Ce gars ne s'est jamais préoccupé d'autre chose que de gagner, à n'importe quel prix.
      Et il a laissé une marque profonde dans ce parti déjà très poussé vers le "cheap shot".

      Une prédiction : un gouvernement minoritaire Libéral en octobre. Parce que leur truc, ben, il marche.
      Et je suis en colère.

  • Denis Grenier - Abonné 28 août 2018 10 h 07

    La vitesse et la justesse du tir est-elle un défaut ou une qualité ?

    «Il est plutôt rare de voir un chef de parti en campagne se porter à la défense de son principal adversaire, comme l'a fait Jean-François Lisée, mais celui-ci semble bien décidé à s'inviter dans tous les débats, que cela le concerne ou non». Lors de la conférence sur le volet 2 du "Grand Déblocage", Jean-François Lisée a répondu à une question journalistique. S'y est-il invitée? Y a-t-il eu collusion entre le ou la journaliste dans le genre : «Pourriez-vous me poser cette question ?» ?! Durant une campagne électoral un chef a t-il le droit sinon le devoir de se prononcer et de dénoncer une façon de faire de la politique ? François Legault a dans le passé accepter cette comparaison entre lui-même et Donald Trump. Quoique l'accusation envers François Legault "semble" exagérée et franchement tendancieuse, votre propos ne l'est-il pas aussi ?

  • Claude Gélinas - Abonné 28 août 2018 10 h 24

    De l'esbroufe !

    Ce n'est pas la première bourde de Madame St-Pierre qui cette fois, l'occasion était trop belle, accepte de jouer le rôle de faire valoir commandé, il faut le présumer, par les stratéges libéraux qui ont vu là une possibilité de lancer la ligne et de relancer le mouvement des Yvettes. Le plus étonnant c'est que Madame St-Pierre fasse toujours partie du Cabinet libéral .

    Comment expliquer qu'une jeune femme brillante fiscaliste de profession et candidate libérale se joigne à cette mascarade ? Se pourrait-il que cette erreur de stratégie et de communication démontre une certaine panique face à la CAQ alors que rares sont les personnes qui reprochent à son chef d'avoir rendu public le butinage de Madame Bourdon, adepte, elle l'a reconnu, du magasinage ?

  • Claude Richard - Abonné 28 août 2018 10 h 58

    Nataliste? Pourquoi pas!

    Quel mal y aurait-il à ce que le Québec se dote d'une politique nataliste? Notre taux de natalité est désespérément bas. L'immigration, même gonflée à l'excès,ne parvient pas à compenser la faiblesse des nouvelles générations. Le Québec présente un taux de viellissement parmi les plus élevés de la planète. Au nom d'un féminisme mal compris, on pousse les hauts cris dès qu'une mesure proposée aurait un quelconque effet à la hausse sur la natalité. C'est un comportement suicidaire.

    C'est le défunt Michel Brunet, je crois, qui disait: "En histoire, il y a le nombre, le nombre et le nombre." Le conservatisme du Québec actuel n'est-il pas dû à cette pyramide des âges inversée où la jeunesse n'a pas la place qu'elle devrait avoir? La Révolution tranquille a été en grande partie rendue possible par le dynamisme de la génération montante. Il n'y aurait que des avantages à avoir une vraie politique nataliste.