La suppléante

Le premier ministre Couillard n’avait certainement pas besoin d’un sondage commandité par la CAQ pour savoir que Gaétan Barrette est devenu un boulet pour son gouvernement. Il y a longtemps qu’il trône au sommet de la liste des mal-aimés de la politique québécoise.

Tasser le ministre de la Santé aurait pu être une opération douloureuse. Même l’éviction d’un poids plume comme François Ouimet a tourné au psychodrame. Dans le passé, M. Barrette a catégoriquement refusé toute mutation.

En remportant la loterie Gertrude Bourdon, M. Couillard a toutefois mis la main sur une recrue que M. Barrette juge digne de lui succéder, alors que M. Ouimet doit encore se demander en quoi Enrico Ciccone est plus qualifié que lui.

M. Barrette a accepté de s’effacer à la condition d’hériter du Conseil du trésor, une perspective qui est de nature à en inquiéter plusieurs. Le premier ministre a même dû rompre avec la tradition en annonçant sa nomination à l’avance, tout comme celle de Mme Bourdon.

Jean-François Lisée a présenté la p.-d.g. du CHU de Québec-Université Laval comme le « symbole de l’indécence politique ». En évacuant la question du référendum, qui rendait les frontières entre les partis plus étanches, le PQ a cependant facilité ce butinage. Comme bien des électeurs, certains candidats se sentent plus libres de magasiner.

    

François Legault n’a pas mis de temps à retomber sur ses pattes. L’ancienne p.-d.g. de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Danielle McCann, n’était manifestement pas son premier choix, mais elle a aussi le profil que M. Legault recherchait pour former un tandem de la santé avec le Dr Lionel Carmant, comme lui-même en a jadis formé un avec David Levine au sein du gouvernement de Bernard Landry.

Si la compétence de Mme Bourdon ne fait aucun doute, elle est perçue dans le réseau comme une « hospitalo-centriste », alors que Mme McCann, issue de la première ligne, correspond peut-être mieux à la vision de la CAQ.

Le revirement de Mme Bourdon en a choqué plusieurs, mais on peut difficilement l’accuser d’opportunisme. Ses chances d’être élue dans la région de Québec et de devenir éventuellement ministre semblaient bien meilleures avec la CAQ, qui lui proposait la circonscription de Charlesbourg, où des sondages internes lui accordaient une confortable avance.

Dans Jean-Lesage, où elle défendra les couleurs du PLQ, un sondage Mainstreet Research réalisé jeudi pour le compte de la CAQ place Mme Bourdon au troisième rang avec 18 % des intentions de vote, derrière la candidate caquiste (25 %) et le candidat de QS (21 %).

On peut se demander dans quelle mesure M. Couillard croit réellement à la possibilité de la faire élire ou s’il cherchait simplement une suppléante qui lui permettrait de remiser son encombrant ministre de la Santé pour la durée de la campagne, en se disant qu’il sera toujours temps d’aviser par la suite.

Qui héritera de la Santé si Mme Bourdon n’est pas élue, mais que le PLQ conserve le pouvoir ? La formation d’un Conseil des ministres est un exercice difficile, dont le résultat peut être très différent de ce qu’on avait prévu au départ. Se pourrait-il que M. Barrette, dont la réélection dans La Pinière est pratiquement assurée, retrouve finalement son poste ?

Dans Sanguinet, la dernière des circonscriptions que Legault avait gardées en réserve pour attirer un candidat vedette, Mme McCann se retrouve au coeur du Caquistan. Si elle n’y est pas élue, c’est que la CAQ ne formera pas le gouvernement.

    

Mme Bourdon avait beau être une femme très occupée, elle ne pouvait pas ignorer qu’un puissant vent caquiste souffle sur la capitale depuis plus d’un an. Sa décision de choisir néanmoins le PLQn’a certainement pas été prise à la légère.

Sans vouloir minimiser sa découverte des « valeurs libérales », cette gestionnaire d’expérience croit manifestement impossible d’assurer le bon fonctionnement du réseau de la santé si on force les médecins spécialistes à renoncer à des revenus totalisant 1 milliard par année, comme s’y est engagée la CAQ.

Après avoir dénoncé sur tous les tons l’entente signée en février dernier, M. Legault ne pouvait pas revenir sur cet engagement sans perdre toute crédibilité. Qui plus est, la validité du cadre financier de la CAQ reposera en grande partie sur cette récupération.

Les craintes de Mme Bourbon n’en sont pas moins légitimes. Si choquantes que puissent être les augmentations accordées aux spécialistes, leur collaboration demeure indispensable. Si un gouvernement caquiste décide de déchirer l’entente, la révision du mode de rémunération des médecins et l’octroi d’une plus grande autonomie aux autres professionnels de la santé, que projette également la CAQ, risquent fort de tourner à l’affrontement.

18 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 25 août 2018 00 h 54

    Vous connaissez le Culte du Cargo?

    On peut comprendre maintenant pourquoi nous répétons toujours les mêmes erreurs. Quand on voit ces deux partis se déchirer des gestionnaires du réseau de la santé qui font déjà partie, depuis longtemps, du problème plutôt que de la solution.

    On est pas sortie du bois si un de ces deux partis prend la gouverne de notre état.

    Pour ce qui est du Culte du Cargo, il y a Wikipedia.

  • Nadia Alexan - Abonnée 25 août 2018 01 h 26

    Traiter la politique comme une course à chevaux n'aide pas les électeurs à faire un choix éclairé.

    Une fois de plus, vous traitez la politique comme une course à chevaux, au lieu de nous éclairer sur les enjeux qui puissent concerner les citoyens/citoyennes.
    C'est ce genre de sophisme qui laisse les électeurs sur leur faim et qui anime le cynisme de la population.

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 25 août 2018 09 h 25

      Tout à fait juste! M. David a même laissé entendre sur les ondes de la Première chaîne de la SRC que le « magasinage » des candidats se justifierait par la volatilité de l'électorat. Curieux raisonnement puisque c'est précisément pour ça que nous avons plusieurs partis : pour pouvoir passer de l'un à l'autre quand nous ne sommes pas satisfaits. Par contre, les candidats qui se magasinent un parti démontrent qu'ils n'ont d'autre conviction que leur intérêt personnel. Comment croire à ce que dit un candidat qui est prêt à tenir n'importe quel discours pourvu qu'il y ait un poste de ministre à la clé?

    • Louise Collette - Abonnée 25 août 2018 09 h 54

      Vous avez tellement raison Madame.
      Pour ma part je suis dégoûtée de ces élections et ça ne fait que commencer. En fait non, ça ne fait pas que commencer, on nous rebat les oreilles avec depuis le début de l'année, ou presque..Conséquences des élections à date fixe.
      La politique, et ce à tous les niveaux, est devenue infecte, nous allons de Charybde en Scylla dans ce domaine, très démoralisant.
      Un vrai cirque.
      J'essaie de suivre ça de loin, je me protège.

    • Hélène Paulette - Abonnée 25 août 2018 12 h 06

      Malheureusement, il semble que nous aurons encore une élection nourrie par les "spins" quotidiens. Exit la réflexion.

  • Gilles Bonin - Abonné 25 août 2018 01 h 42

    Peut-être

    temps que le gouvernemet du Québec cesse d'être essentiellement préoccupé de santé (qui ne va toujours pas mieux pour autant) et d'éducation (qui ne forme plus en gros que des illétrés fonctionnels). Y a-t-il une révolution dans l'air avec cette élection 2018? Il me semble qu'il faudra probablement attendre une nouvelle échéance pour un grand brassage qui va s'avérer plus nécessaire que jamais... ou qui ne sera jamais. Oubli, oubli et enfoncement dans la petitesse et l'espoir étriqué que semble adopter le Québec.

  • Réjean Martin - Abonné 25 août 2018 03 h 24

    Donc, on renie, le temps de le dire l'oeuvre de Barrette ?

    Donc, on renie, le temps de le dire, l'oeuvre de Barrette alors qu'on a laissé plus ou moins celui-ci faire ce qu'il voulait pendant quatre ans. Ne trouvez-vous pas que ça ne fait pas sérieux ? Que ça manque de courage ?

  • Bernard Terreault - Abonné 25 août 2018 07 h 14

    Tanné

    Je n'ai pas lu l'article, parlez-nous d'autre chose que ces spéculations hasardeuses.