Sur le multiculturalisme

« Monsieur Trudeau, êtes-vous tolérant, vous, envers les Québécois de souche ? ! » Après Maxime Bernier, c’était au tour d’une certaine Diane Blain, lors d’un rassemblement en Montérégie, d’accuser le chef libéral de « multiculturalisme extrême », c’est-à-dire d’ouvrir les bras aux « immigrants illégaux » bien avant les Québécois eux-mêmes. Bien que la querelle opposant le provincial au fédéral sur cette question date d’un demi-siècle, elle est particulièrement emportée par les temps qui courent. L’apparition de groupes identitaires, dont Mme Blain serait sympathisante, ou d’électrons libres comme M. Bernier, n’est pas la seule raison de cette véhémence.

Le multiculturalisme est une réalité aujourd’hui alors qu’il était tout juste une stratégie politique lorsque Trudeau père introduisit, en 1971, la notion d’un pays « sans culture dominante ». À l’époque, le multiculturalisme est essentiellement symbolique, une façon de mieux faire passer le bilinguisme comme politique officielle (et, bien sûr, de contrer les ardeurs indépendantistes) en reconnaissant la « contribution de divers groupes ethniques ». Mais peu de Canadiens s’y reconnaissent. On mettra plusieurs décennies avant d’y voir un véritable miroir de la réalité canadienne ou, encore, un objet de fierté.

Aujourd’hui, le multiculturalisme est devenu l’identité canadienne par excellence, et tout le monde, à commencer par Trudeau fils, le défend avec une énergie toujours renouvelée. « Il n’y a pas de place au Canada pour l’intolérance ! », martela le premier ministre jeudi dernier. Un discours qui lui vaut les applaudissements non seulement de ses partisans, mais aussi de la communauté internationale en général. Il faut admettre que l’expérience canadienne a bien marché. Le Canada est constamment parmi les pays qui réussissent le mieux l’intégration des nouveaux arrivants, en plus d’être celui qui reçoit le plus d’immigrants au monde.

   

Cela dit, le nouveau visage du Canada, tel qu’il est incarné par Justin Trudeau, n’est pas sans faille. Si sa compassion envers les réfugiés et les immigrants est tout à son honneur — il suffit d’entendre les adeptes de l’exclusion cracher leur amertume pour s’en convaincre —, il y a un prix à payer à ne pas avoir « d’identité fixe » ou de « courant dominant », pour reprendre les termes utilisés par Trudeau lui-même. À tant vouloir défendre les droits de tout un chacun, il y a une vue d’ensemble, un souci de la collectivité, qui finit par se perdre. Un exemple ? Le déboulonnage de la statue de John A. Macdonald à Victoria, récemment, sans qu’aucun politicien, encore moins le gouvernement fédéral, en dise un traître mot.

Macdonald est un homme bourré de défauts, certes, et, oui, un des instigateurs des pensionnats autochtones. Père de la Confédération, il rêvait de relier nos vastes arpents de neige par chemin de fer afin de faciliter la colonisation de l’Ouest. Sa décision de vider le territoire d’Autochtones afin de mieux réaliser sa mission est odieuse, bien sûr, bien que cela ait été une idée répandue à l’époque. On peut très bien comprendre que les communautés autochtones voient le patriarche du pays comme un bourreau, mais il s’avère qu’il demeure aussi un héros. Comme dit le Globe and Mail, « même si nous éliminions toutes les effigies de [Macdonald], si nous effacions son nom de toutes les écoles et de toutes les autoroutes, le Canada serait toujours là comme un monument à lui ».

   

Bref, le problème du multiculturalisme aujourd’hui ne consiste pas tant en sa supposée trahison du Québec qu’en son incapacité de défendre le Canada lui-même. De la même façon que le souci québécois de préserver la langue et la culture françaises, qui sont des droits majoritaires, nous rend parfois insensibles aux droits individuels, la préoccupation de plus en plus tatillonne du gouvernement fédéral pour les droits minoritaires le rend parfois insensible à la majorité. À chacun ses ornières, si l’on veut. D’un côté, la peur de « disparaître » qui, trop souvent, ouvre la voie à l’exclusion. De l’autre, la rectitude politique, qui laisse libre cours au révisionnisme et à la négation de l’histoire. Après la « tyrannie de la majorité » que redoutait tant Alexis de Tocqueville, voici donc celle de la minorité. Si la première est effectivement beaucoup plus inquiétante, la réalité ne se trouve pas moins tronquée dans un cas comme dans l’autre.

Au Québec comme au Canada, il nous faudrait tous, en fait, avoir un peu moins peur. Moins peur de l’Autre, au Québec, et moins peur de Soi, d’une identité qui lui soit propre, au Canada. C’était une aberration en 1971 de prétendre que ce pays était « sans culture dominante » et ce l’est tout autant aujourd’hui.

79 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 août 2018 03 h 08

    Le multiculturalisme est un élément essentiel du racisme anglo-saxon

    Dans toutes les villes coloniales britanniques, on retrouvait le même schéma d’aménagement : de beaux quartiers occupés exclusivement par le colonisateur, une couronne peuplée par les colonisés qui aspiraient à leur ressembler, et un grand amas de bidonvilles où le bas peuple pouvait vivre comme il l’entendait (une liberté qui favorisait son acceptation de la domination étrangère).

    À cela s’oppose la citoyenneté républicaine, né de la Révolution française, qui vise à faire en sorte que tous aient les mêmes chances de réussite, ce qui implique qu’on brise les éléments d’appartenance au clan ou à la tribu.

    Lorsque le président du Canadien Pacifique appelle Trudeau père pour qu’il adopte une loi qui interdise aux sociétés provinciales (dans ce cas-ci la Caisse de dépôt et de placement) de prendre une participation financière importante dans un domaine de compétence fédérale (ici le transport ferroviaire) son but est simple; il ne veut tout simplement pas de Canadiens-français sur son conseil d’administration. Pourtant, Trudeau adoptera une loi dans ce sens.

    En somme, le multulturalisme n’est acceptable que lorsqu’il ne menace pas l’hégémonie anglo-saxonne sur une société.

    Quant à votre plaidoyer en faveur du premier ministre Macdonad et de ses grandes réalisations — plaidoyer qui n’était pas essentiel à votre défense du multiculturalisme — je note qu’on a fait disparaître le nom d’un grand cinéaste de l’espace public québécois alors que le nombre de ses victimes est insignifiant en comparaison avec le nombre de Métis dépossédés de leur territoire par ce premier ministre génocideur que vous défendez.

    Vous me décevez beaucoup Mme Pelletier.

    • Pierre Desautels - Abonné 22 août 2018 10 h 24


      "Dans toutes les villes coloniales britanniques, on retrouvait le même schéma d’aménagement : de beaux quartiers occupés exclusivement par le colonisateur, une couronne peuplée par les colonisés qui aspiraient à leur ressembler, et un grand amas de bidonvilles où le bas peuple pouvait vivre comme il l’entendait (une liberté qui favorisait son acceptation de la domination étrangère)."

      Désolé, mais cela ressemble à tout point à ce qui se passait aussi dans les colonies françaises et autres.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 22 août 2018 10 h 30

      Très intéressant votre parallèle avec Jutra ( je le nomme parce qu'il a existé et que je ne l'ai pas oublié). Comme quoi, culturellement, nous sommes ( les Québécois) les fossoyeurs de notre propre patrimoine.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 août 2018 10 h 47

      Vous avez raison de dire M. Martel, que le multiculturalisme, c’est l’hégémonie anglo-saxonne sur une société. Le multiculturalisme est tout simplement la continuité du colonialisme anglo-saxon. Avant, on l’appelait le Commonwealth. Et ce sont les riches et puissants de ce monde qui sont les promoteurs de cette idéologie parce que la dissolution des frontières politiques et naturelles des pays facilite l’exploitation par le 1% des peuples de la Terre, libre-échange et mondialisation obligent.

      Le multiculturalisme a érodé la cohésion sociale et a effacé les identités nationales. Si vous critiquez cette idéologie, on vous appellera un raciste comme l’a fait récemment notre adolescent en chef envers une dame d’un âge avancé. Allez à Toronto et sa périphérie pour vous apercevoir l’échec total de cette idéologie. Cela a créé des nations dans une nation où les différents interlocuteurs vaguent à leurs affaires quotidiennes sans parler aux autres ethnies. Aucune intégration. C'est la meilleure recette pour des conflits à venir lorsque la situation socio-économique changera pour le pays au nord du 45e parallèle. Avant 1967, les immigrants s’intégraient à la société canadienne qui les avait accueillis. C'était avant l'apparition d'un certain Pierre Elliot Trudeau en politique.

      Personne de la communauté des élites aux souliers cirés ne semble s’en faire avec des idéologies venues d’ailleurs qui vont à l’encontre de la liberté et de l’égalité pour tous. On invoquera les droits individuels comme si ces derniers respectaient les droits démocratiques des autres. Les « tweets » de Maxime Bernier détonnent parce qu’il s’en prend justement à la très Sainte rectitude politique et ose la critiquer.

      M. Martel, Mme Pelletier est une fédéraliste endurcie. Alors, ne soyez pas déçu de sa position. Elle mange à la table du multiculturalisme qui ne parle pas français.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 août 2018 11 h 42

      À Pierre Desautels :

      Avec une différence majeure qui est que l’école publique française vise à faire en sorte que l’élève perde les attributs — le port de la burka, par exemple — qui donnent prise à la discrimination et qui sont des obstacles à sa participation à la vie de la nation.

      La société anglo-saxonne permet le multiculturalisme puisque dans une société inégalitaire (voire raciste), ce qui est essentiel, c’est que chacun garde son rang. La cohésion sociale est obtenu autrement, en entretenant la peur d’un ennemi commun (le communisme, le terrorisme islamique, etc.).

      Cette différence entre la citoyenneté républicaine et la citoyenneté anglo-saxonne est ce qui explique qu’on ne trouve pas d’équivalent dans les pays anglo-saxons — du moins pas avant le milieu du XXe siècle — d’une personne comme Joséphine de Beauharnais, créole, qui se hausse au sommet de l’État, ou d’Alexandre Dumas, mulâtre, qui devient un des plus grands auteurs de France.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 22 août 2018 12 h 02

      @ M. Désautels Oui, la France fut détestable autant en Afrique qu'en Indochine ou dans ses autres "possessions' outremer. Mais de là à noyer le poisson, il y a une marge. Ici, ce fut une autre histoire bien décrite par Serge Bouchard, Denys Delâge, Jean Morisset et bien d'autres, non pas tant du fait des Français "métropolitains" que du fait des habitants du pays qui n'hésitèrent pas à se mêler (des "sang mêlé" ou des "bois brûlés" comme il était coutume de le dire à l'époque) avec les premières nations. Ainsi, par exemple, il n'y a qu'à visiter le Fort Ville-Marie dans le Témiscamingue pour se faire remémorer comment les "Canayens" vivaient avec les "Indiens" sur la grève du lac jusqu'au XIXe siècle, alors que les Britanniques s'enfermaient dans le fort en haut de la butte. Ce métissage a donné naissance à une nation mélangée qui peut revendiquer son américanicité au même titre que les Mexicains peuvent le faire. Avez-vous vu le film L'empreinte de Carole Poliquin et Yvan Dubuc (http://lempreinte.quebec), je sais il déplaît aux étudiants de Concordia, car il les dérange dans leur vision manichéenne et passablement méprisante envers notre nation, mais il a le mérite de poser de bonnes questions!

    • René Pigeon - Abonné 22 août 2018 12 h 48

      Réponse à MM Desautels et Martel :
      Le multiculturalisme est devenu acceptable en 1971 quand les Anglo-saxons ont acquis l’assurance de leur pouvoir d’assimilation, appuyée par le pouvoir d’assimilation de la société américaine ; cette thèse est une variante de celle de M. Martel. Le multiculturalisme est une mise à jour de la politique d’immigration et d’intégration.
      Le multiculturalisme est une « politique » ; ce n'est qu'une intention qui n’a rien produit de substantiel : si le fédéral n’avait pas adopté la loi sur le multiculturalisme en 1971, la société canadienne anglaise aurait évolué pour devenir la même société que celle qu’elle est aujourd’hui. Hormis, bien sûr, le fait d’avoir évité le biculturalisme et contrecarré la volonté du Québec d’épanouir et protéger sa culture.

    • Pierre Desautels - Abonné 22 août 2018 13 h 35


      @Pierre-Alain Cotnoir

      Je répondais à Monsieur Martel sur sa comparaison douteuse sur l'ensemble des colonies anglaises et françaises à travers le temps, sur la planète entière. Bien sûr, je suis d'accord avec vous qu'ici, ce fut une autre histoire. Il y a toujours une exception qui confirme la règle.
      Je suis justement en train de revoir la série Le rêve de Champlain à Télé-Québec, qui confirme cette exception, comme les excellents textes de Serge Bouchard sur la question. Nous sommes loin ici des atrocités des négriers et des français d'Algérie et de celles de toutes les puissances coloniales. Aucune de ces puissances n'a de leçons à donner aux autres. À moins de vivre au pays des bisounours.

    • André Joyal - Abonné 22 août 2018 14 h 03

      Pour que M. Martel dise etre décu par notre chroniqueuse, c’est qu’elle le décoit en grand.

    • André Joyal - Abonné 22 août 2018 14 h 09

      M. Martel:invitez donc notre chroniqueuse à faire un tour à Vancouver: pire qu’a Toronto. Que des fiefs ethniques.

    • Léonce Naud - Abonné 23 août 2018 06 h 25

      Les liens qui unissent ces fiefs ethniques ? L'Ethnie ou la Race plutôt que la Citoyenneté, la Croyance plutôt que la Raison, l'Anglais plutôt que le Français, une vision tribale plutôt que celle d’une égalité citoyenne au sein d'une même communauté nationale.

  • Robert Morin - Abonné 22 août 2018 03 h 26

    Une idée répandue à l'époque...

    ...est-ce qu'on peut dire que la corruption clairement démontrée dans le cas de John A. MacDonald, qui accepta de nombreux pots-de-vin des compagnies ferroviaires et qui se trouva tellement en conflit d'intérêts qu'il a dû démissionner comme premier-ministre du Canada, est-ce que ce bourreau qui a fait pendre le grand Louis Riel, est-ce que tout cela était «une idée répandue à l'époque»? Est-ce qu'on doit continuer à en faire abstraction et à chanter ses louanges, à le traiter en «héros national» et à voir sa face sur nos billets de 10 $?

  • Claude Bariteau - Abonné 22 août 2018 04 h 53

    La peur ???

    Le multiculturalisme repose sur une valorisation de droits individuels dont les assises sont ethnoculturelles.

    Il est la négation de la nation d’un pays, car il en fait une agglomération d’ayants droits devenus des citoyens et des citoyennes qui s’expriment dans l’une des deux langues officielles et s’engagent à respecter les lois canadiennes.

    Pour le comprendre, il faut se rappeler que le Canada est créé pays en 1931 lorsque le Statut de Westminster reconnut la souveraineté des Dominions de l’Empire britannique, dont celle du Dominion of Canada.

    En 1947, ce nouveau pays créa la citoyenneté canadienne en une catégorie distincte pouvant être octroyée à ses habitants sans égard à leurs pays d’origine, qui les distingua de la catégorie de sujets britanniques.

    Le Canada ne naît pas en 1867. Naît plutôt un Dominion regroupant les colonies du Canada-Uni, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse en super-colonie sous la supervision de Londres.

    Ce Dominion naît parce que les dirigeants coloniaux et britanniques, sachant que les États-Unis vont mettre fin au Traité de réciprocité (1854-1866) par représailles à leur support aux sudistes lors de la Guerre de sécession, craignent que les Américains envahissent les territoires coloniaux au nord des États-Unis et attaquent Londres.

    C’est ainsi que ce Dominion est visa à renforcer l’emprise coloniale du Royaume-Uni d’est en ouest pour relancer l’économie au nord des États-Unis

    Macdonald n’a rien d’un père d’un pays. Ce fut un dirigeant colonial qui servit les intérêts du Royaume-Uni et d’un milieu d’affaires britannique implanté dans des colonies et des territoires au nord des États-Unis, ce qui est toujours le cas.

    Sous cet angle, le multiculturalisme consolide les visées ayant conduit à la reconnaissance du Canada en fait de sa nation une post-nation qui reflète les vues politico-économiques des mondialistes que partage le monde des affaires comme les politiciens qu’il appuie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 août 2018 07 h 12

      ayants droit et non ayants droits, paraît-il.

    • Nadia Alexan - Abonnée 22 août 2018 08 h 24

      Il n'y a pas de peur de l'autre. Il faut arrêter de miser sur la peur pour expliquer l'exclusion. À l'ère de la globalisation et les voyages à travers le globe, les gens sont habitués à la diversité. Ce que les Québécois et les Canadiens craignent avant tout, ce n'est pas la peur de l'autre comme la bienfaisance nous l'explique, mais la primauté de la religion, sur tous les autres droits. Une religion avec des croyances complètement opposées à nos valeurs n'est pas propice à une cohésion sociétale. Ce que nous avons créé au Canada c'est la ghettoïsation où chaque communauté se replie sur elle même, sans qu'elle soit obligée de s'intégrer aux valeurs de la majorité.

    • Claude Bariteau - Abonné 22 août 2018 08 h 46

      Juste précision. Merci.

      Il faudrait aussi lire au troisième avant dernier paragraphe : « C'est ainsi que ce Dominion visa (...). Puis, au dernier paragraphe « du Canada et fait de sa nation »

    • André Labelle - Abonné 22 août 2018 10 h 24

      Excellent commentaire M. Bariteau.
      Je ne peux m'empêcher de faire un lien entre votre dernier paragraphe et l'idée du néolibéralisme visant à déconstruire les États et les remplacer par des manoeuvres occultes de quelques entités financières qui de fait exercent un contrôle planétaire.
      «Je me croyais libre
      Sur un fil d'acier
      Quand tout équilibre
      Vient du balancier.»
      [Aragon chanté par Jean Ferrat]

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 22 août 2018 16 h 36

      @ Nadia Alexan...on pourrait ajouter cette entourloupette de la CSDM qui serait prête à changer la date d'un examen ministériel, en rapportant cet examen déjà fixée dans le temps à une date autre...pourquoi? parce que pendant le Ramadan...les petit.e.s musulmans s'absentent en grand nombre de leur cursus scolaire.
      Mais où en sommes-nous rendus...?

  • Gilles Bonin - Abonné 22 août 2018 04 h 58

    Surtout

    moins oeur de soi et de ce qu'on est et d'où l'on vient... mais cela, les québécois dits «de souche» y ont renoncé et de ce fait s'en veulent de leur pusillanimité... d'où certaines réactions «identitaires» déplorables, mais surtout une grande perte de fierté de soi.

    Quant à notre PM «canadian», à la pensée étriquée et aux comportements enfantins et folkloriques, ne lui en donnons pas trop de crédit... la si belle politique d'intégration des niuveaux arrivants cache des comportements grandissants d'enfermement raciaux, culturels et religieux. On verra de plus en plus apparaître non UN Canada (ou UN Québec) à multiples facettes enrichissantes, mais des Canadas isolés en communautés divergentes... qu'à peine un passeport commun (et encore si pas trop le reflet des diverses identités) comme seu socle de ce pays.

  • Guy Tassé - Inscrit 22 août 2018 06 h 26

    Vers une autre convention sociale.

    Qu'ont en commun multiculturalisme, identité sexuelle, féminisme, statut des minorités etc.? Toutes ces questions ébranlent les fondements traditionnels des sociétés occidentales (à tout le moins). C'est l'émergence des droits et libertés 2.0, les clôtures et les barrières s'effondrent, comme un certain mur à Berlin. D'ailleurs cela est accompagné d'une résistance, d'une vague réactionnaire tout aussi manifeste. Que l'on parle de genre ou d'âgisme ou de multiculturalisme, l'espace d'une discussion, c'est le nom que l'on donne par défaut à la nouvelle convention 2.0. Cette convention rejette les étiquettes, les préjugés et surtout, le statut quo idéologique. Elle n'est pas viscérale mais un résultat historique. Pour sauver la planète il faudra que les États se parlent autrement. Le morcellement idéologique et identitaire (quand il devient isolement) ne survivra pas aux contraintes planétaires.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 août 2018 09 h 51

      Excellent.

    • Claude Bariteau - Abonné 22 août 2018 09 h 54

      Vous écrivez « Cette convention rejette les étiquettes, les préjugés et surtout, le statut quo idéologique ».

      Cette « convention » crée plutôt les étiquettes et nourrit les préjugés de toute sorte dans le but de consolider le Canada de 1931 à l'image d'un empire dirigé par des entrepreneurs et des politiciens qui ont demandé la souveraineté du Dominion of Canada pour rayonner sur la scène internationale.

      Justin Trudeau en est un sous-produit qui reflète ce qu'est un pays sans nation autre que les Premières nations. Comme « canadien », il peut être n'importe quel autre « canadien » selon ses choix du jour qui le fait n'importe qui, sauf un autochtone, car ce serait manqué de respect envers ces derniers qui se définissent collectivement sur des bases ancestrales dont la particularité est d'être exclusives.

      Le problème est que les citoyens et les citoyennes sont des sujets ayants des droits et veulent vivre à l'image des Premières nations, ce qui est aux antipodes de la constitution d'une nation dans un pays, fut-elle sujette à des ajustements.

      Sous cet angle, le multiculturalisme ne fut pas un ajustement mais l'assise d'une non-nation de telle sorte que le Canada est devenu le paradis des ayants droit parce qu'il entend élaguer toute idée de nation définissant les pays à l'exception des Premières nations. Dans cette conception, les Premières nations, qui regroupent 2 % de la population canadienne avec des variations dans les provinces, constituent les seules nations reconnues par les dirigeants canadiens qui entendent régir les 98 % autres selon leurs vues « post-nationales » et mondialistes.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 août 2018 10 h 43

      Il est bien évident qu'on peut lier ces états «post-nationaux» aux visées coloniales britanniques par un bout, aux tendances lourdes de la mondialisation par l'autre bout. Mais le jugement négatif que nous pourrions porter sur les causes de ce passage historique vers ce que monsieur Tassé appelle la Convention 2.0 ne justifie pas si clairement le désaveu et le repli réactifs dont elle est l'objet. On peut ne pas être d'accord avec cela, mais il se pourrait bien en effet que la mondialisation porte aussi en germe le dépassement de ce qui des différences constitue pour l'instant encore la cause de leur isolement. Les LBGTQ2R ne veulent pas s'enfermer dans une identité, mais que leur accès à une certaine universalité ne soit plus au prix d'un exil, d'un déni. Même chose pour les autochtones. Je différerai donc d'avis avec monsieur Bariteau là-dessus, je crois.

    • Claude Bariteau - Abonné 22 août 2018 11 h 22

      M. Maltais Desjardins, je ne dis pas que la « convention » a figé les ayants droit, ni que ces ayants droit sont confinés à des réclusions et qu'ils ne sauraient se redéfinir collectivement.

      Se redéfinir demeure dans l'ordre du possible.

      L'histoire témoigne de la création d'une confédération de multiples nations -ce fut le cas en Allemagne- ou dans l'empire austro-hongrois dont émanèrent de multiples entités indépendantes souvent tiraillées par des relants culturels.

      Se pourrait-il que le multiculturalisme canadien se dépasse selon vos vues ? C'est possible. Ça pourrait se produire sous l'effet d'un choc majeur. L'horizon du futur annonce de tels chocs.

      Cependant y sont d'avantage préparés les pays qui ont engendré leur nation et réalisent des ajustements appropriés. Aussi ai-je plus tendance à y voir un plus grand potentiel d'unité dans la diversité.

      À mes yeux d'analyste, ce pourrait être le cas au Québec si le pays envisagé est celui des habitants, quelles que soient leurs origines, qui s'allient pour le fonder, mais ne saurait l'être si ce pays est l'affaire d'une nation imaginaire artificiellement créée pour s'afficher dans le Canada, que fut celle des « Canadiens français ».

    • Raymond Labelle - Abonné 22 août 2018 11 h 35

      Se dégager de l'identification au groupe, quel qu'il soit, permet de faire en sorte que nous nous considérions comme des individus. Cela n'empêche pas que des individus choisissent de communiquer, échanger agir et interagir en vue du bien commun. De se voir chacun comme personne plutôt que de voir (soi-même ou l'autre) comme membre d'un groupe - autochtone, LGBT, Noir, Blanc, musulman, Américain, Russe - me semble plus proche de la vérité: nous sommes toutes des personnes et les autres caractéristiques distinctives ne découlent que du hasard et/ou passé biologique, social, géographique ou historique.

      Cette vue est peut-être un aboutissement de l'aspect chrétien de la civilisation occidentale: égalité et dignité égale de l'âme de chacune devant Dieu. Un petit souffle d'Esprit qui a pu percer malgré beaucoup de couches de beaucoup d'autres choses.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 août 2018 14 h 59

      "si le pays envisagé est celui des habitants, quelles que soient leurs origines," CB pourquoi l'envisager si rien de pré-existant ne nous y incite?

      À moins qu'il n'y ait quelque chose de pré-existant qui nous y incite - si oui, quoi?

    • Jean-François Trottier - Abonné 23 août 2018 09 h 54

      M. Tassé, votre mot ne passe pas la rampe. Pas la mienne en tout cas.

      Comparer le multiculturalime à la chute du mur de Berlin, c'est fort de moutarde parce que c'est précisément le contraire.

      L'état postnational de Trudeau et le multiculturalisme ne sont pas des nouveautés, au contraire. Tous les Empires depuis le début des temps historiques se sont voulus multiculturels et postnationaux. Babylonien, Romain, Alexandrin, Chinois, Russe, Allemand, Anglais, tous.
      Une exception avec le Reich, qui n'a pas vécu assez longtemps pour se prétendre multiculturel. En quelques générations se serait arrivé je suppose.

      Votre internationalisme n'est que de l'impérialisme avec un beau slogan.

      La réalité est que la culture d'un peuple est basée sur la survie de ses composants, i.e. chaque personne. Elle se moule sur l'environnement immédiat et ses contraintes. C'est donc sur la base de cette culture régionale que l'on peut et doit gérer l'environnement. Pas parce qu'elle est sensée, ou belle. Parce qu'elle est là!

      Ne pas respecter la culture régionale, c'est bousculer les gens, les rendre irresponsables sinon fous, ou même dangereux. Les Grandes Décisions Internationales finissent toujours en catastrophes naturelles. Regardez seulement autour de vous,

      Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Pour moi les cultures en provenance d¯ailleurs sont plus que souhaitables et forcément profitables en autant qu'elles prennent racine ici.
      Je souhaite surtout que ces cultures ne deviennent jamais du folklore comme dans cette caricature de tolérance qu'est le multiculturalisme.

      La culture est la mesure de la différence entre les gens. Obligatoirement elle gêne, sinon les différences sont accessoires... comme dans le multiculturalisme qui permet à un zigue comme Justin de se déguiser trois fois par jour.

      Votre couplet prétendûment progressiste nie la part sociale de l'être humain.