Recalibrage boursier

L’investisseur boursier a de quoi jongler, ces jours-ci. Déjà fin avril, lorsque le taux des bons du Trésor américain à échéance de dix ans frappait à la porte symbolique des 3 %, on sentait qu’un changement d’ambiance s’installait. L’arbitrage actions-obligations devenait plus palpable. Bank of America Merrill Lynch avait mesuré cette hésitation des investisseurs en indiquant que les flux de capitaux sur les fonds d’investissement étaient de même ampleur sur les fonds d’action et obligataires, certains fonds d’action accusant des sorties nettes pour la première fois depuis le début de l’année.

Obligations spéculatives et gouvernementales attirent davantage et les arbitrages indiquent un degré d’aversion au risque accru, précisait alors l’institution. Protectionnisme et guerre commerciale se bousculaient avec le réveil de l’inflation et son impact sur la remontée des taux d’intérêt dans la liste des peurs des boursicoteurs.

Depuis, les tensions commerciales ont monté de quelques crans, les pressions inflationnistes se sont également accentuées aux États-Unis et les risques d’un ralentissement économique mondial se sont exacerbés. En fait, en Bourse, il n’y a que New York qui performe cette année, mais les ajustements de portefeuille associés aux élections de mi-mandat du 6 novembre pourraient redistribuer les cartes.

À ce jour, le Nasdaq s’inscrit en hausse de 13 % depuis le début de l’année. Le S&P 500 suit avec une progression de près de 6 % et le Dow Jones, de 2 %. Ailleurs, c’est la disette. En Chine, le recul moyen est de 15 %, comme celui de l’indice des pays émergents. Il est de 4 % en Allemagne, de 0,3 % à Londres. La hausse depuis le début de l’année est inférieure à 1 % à Toronto, à 2 % en France.

Les fameux « fondamentaux » tiennent le coup à Wall Street. Robert Kavcic, économiste senior chez BMO Marchés des capitaux, rappelait vendredi qu’environ 90 % des entreprises composant l’indice S&P 500 ont publié leurs résultats financiers du deuxième trimestre. Il en ressort que 84 % avaient atteint les cibles de profits attendues par les analystes et 71 % avaient touché la cible en matière de revenus, une performance surpassant de loin les normes historiques. Ainsi, la croissance annuelle moyenne des bénéfices des entreprises du S&P 500 anticipée en début d’année, soit 25 %, est dans la mire. Et ce n’est pas que l’affaire de l’important stimulant fiscal retenu par Washington. Robert Kavcic précise que la progression des revenus touche les 10 % sur une base annuelle. « Ce n’est donc pas qu’une histoire de baisse d’impôts et de réduction des coûts. »

Mais selon l’ampleur du mouvement haussier du loyer de l’argent, à partir d’un taux sur les bons du Trésor américain à 10 ans de 3 ou 3,25 %, « il sera difficile de soutenir la hausse des cours, même avec des résultats d’entreprises favorables », reconnaît Wall Street. Ce taux est présentement de 2,87 %. Sans compter l’impact haussier sur le billet vert, plutôt défavorable aux multinationales américaines.

Aussi, les gestionnaires de portefeuille ne sont pas sans se préparer aux élections américaines de mi-mandat. Cette semaine, l’agence Reuters soulignait que la possibilité de voir le Parti démocrate remporter au moins une des deux chambres du Congrès américain aux élections en novembre amène des gestionnaires à se prémunir en renforçant la part des liquidités dans leur portefeuille et en se détournant de certains secteurs à la Bourse comme les financières ou les hautes technologies, dont la réglementation pourrait être durcie. La Bourse américaine pourrait perdre au moins 10 % entre la fin août et septembre dans la perspective d’un succès démocrate le 6 novembre, ajoute-t-on.

La Financière Sun Life disait jeudi que ses clients investisseurs étaient devenus « prudents » et qu’ils s’éloignaient du risque…

Il n’y a que New York qui performe cette année.