La patate «SLĀV»

Lorsque la pomme de terre partit d’Amérique pour conquérir l’Europe, elle fut froidement reçue par bien des estomacs. La patate avait, pour les fins palais, un goût difficile à apprivoiser. C’est ainsi qu’elle servit d’abord à nourrir les animaux puis les pauvres gens, des êtres guère mieux traités que des bêtes. Mais la facilité avec laquelle on la cultivait fit en sorte d’infléchir les goûts. Même Louis XIV, le Roi-Soleil, finit par prendre l’habitude d’en consommer au petit déjeuner afin d’encourager sa cour à en manger.

En Italie, on lui trouva quelques vagues ressemblances, par la forme et le goût, avec la truffe. Ce qui laisse croire que les tubercules consommés ne devaient pas toujours être bien frais. En italien, cette truffe d’un nouveau genre fut nommée, selon les régions, tartuffol, tartufola, tartofel. À la cour du roi de France, les courtisans, toujours empressés de se faire remarquer, se mirent à porter à leur boutonnière des fleurs de tartofels, un peu comme P. E. Trudeau portait des roses à la sienne. Ces têtes de truffe, croyant avoir de l’élégance en se comportant comme des patates, inspirèrent à Molière son Tartuffe, le personnage hypocrite, imposteur et fourbe que l’on sait.

En 1694, faute de pouvoir compter sur le TNM, le marquis de Frontenac voulut faire jouer à Québec cette pièce. Né la même année que Molière, habitué comme lui du palais de Versailles, Frontenac était homme de beaucoup d’esprit, mais parfaitement ruiné, soutient Saint-Simon dans ses mémoires. Sa femme l’était davantage, ce qui ne l’empêchait pas de continuer à se comporter comme une insupportable Divine. C’est ainsi, dit encore Saint-Simon, qu’on avait pu convaincre Frontenac d’aller vivre à Québec plutôt que de mourir accroché au bras d’une Divine.

Le lieutenant Jacques de Mareuil avait annoncé l’intention de monter Tartuffe. Il trouva sur son chemin Mgr de Saint-Valliers, décidé à interdire ce théâtre, se croyant autorisé par Dieu à dénoncer quiconque voudrait en parler à sa place. Un mandement accusatoire est donc lu contre de Mareuil. Le lieutenant est arrêté et séquestré avant d’être libéré puis renvoyé en France par le premier bateau. C’est ainsi que les reins du théâtre furent cassés. Il ne s’en releva que plus d’un siècle plus tard. Et encore, avec difficulté. Mgr de Saint-Valliers avait gagné, et avec lui la tartufferie, cette hypocrisie de tous les temps qui permet de plaider au premier venu l’étendue de sa fausse vertu.

Ainsi en va-t-il de cette nouvelle guerre culturelle qu’on a vue se déployer autour de SLĀV. Dans un monde où les identités sont de plus en plus métissées, comment peut-on aujourd’hui se croire les seuls dépositaires et gestionnaires des douleurs d’une portion de l’histoire universelle ?

Les salaires du plus grand nombre restent maigres. Le taux de syndicalisation baisse. Les banques alimentaires ne fournissent plus. Les prisons débordent. Un tiers de la population carcérale est composée de gens issus des Premières Nations. Les écoles se trouvent dans un état pitoyable. L’environnement fout le camp. Mais on voudrait faire croire que le scandale de l’heure, celui qu’il est urgent de dénoncer, ce sont des chanteurs qui s’efforcent de communiquer sur scène un des grands chants de la douleur humaine.

Ma grand-mère eut-elle tort de chanter le célèbre Old Man River de Paul Robeson lorsqu’elle souffrait de son quotidien ? Johnny Clegg, un Blanc aussi, ne pouvait pas chanter sa passion d’inspiration zoulou ? Leonard Cohen pouvait-il chanter Un Canadien errant ? Juifs, gitans, homosexuels et gauchistes doivent-ils être les seuls autorisés à parler des camps d’extermination nazis du fait qu’ils en furent les principales victimes ? Répondre oui, ce serait oublier que c’est l’humanité tout entière qui porte sur elle les stigmates et le déshonneur de toutes les formes de barbarie.

Au sujet de SLĀV, le chanteur Moses Sumney a écrit en anglais qu’« il n’existe aucune circonstance où il est acceptable que des Blancs interprètent des chansons d’esclaves noirs. Spécialement si ceux-ci sont habillés en pauvres travailleurs des champs ou en cueilleurs de coton », et sous la direction d’un Blanc de surcroît. L’histoire du monde ne se joue pourtant plus à un stade où cette idée tordue de « race » doive permettre de dresser des murs inamovibles entre les humains.

Il est certes difficile au milieu de pareils appels à la censure d’établir un bilan suffisamment nuancé pour qu’on puisse même le croire tel. En retirant un spectacle parce qu’il déplaît à certains, on a donné beau jeu à des gens qui ont sans doute bon coeur, mais qui n’en sont pas moins d’odieux censeurs. Convenons tout de même que, sans aller jusqu’à justifier la censure, ils n’ont certainement pas tout faux.

En 2009, la Commission des champs de bataille, un organisme fédéral, s’était mis dans la tête de souligner à tout prix le 250e anniversaire de la défaite des plaines d’Abraham. Au programme, un grand spectacle en plein air, avec figurants en uniformes. Personne du côté d’Ottawa ne semblait voir ce qu'il pouvait y avoir d’outrageant là-dedans. Ce fut Pierre Falardeau qui porta un coup mortel à l’affaire, bientôt appuyé par des militants, des associations, des syndicats. Rejouer les termes du malheur au nom d’une fête, en l’occurrence ici un festival de jazz, oui, cela peut susciter des douleurs.

Ce n’est tout de même pas une raison pour que nos efforts de vivre ensemble fassent soudain patate.

49 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 juillet 2018 00 h 42

    Un faux sentiment de supériorité morale!

    Une fois de plus, vous avez excellé, monsieur Nadeau. Au lieu de se réunir pour combattre les vrais scandales, comme la pauvreté, les inégalités, les paradis fiscaux et la corruption, on se divise avec le tribalisme qu'on avait pensait délaissé derrière nous. Les nouveaux prêtres du «politically correct» perdent leur temps avec des causes artificielles, au lieu de lutter contre les vraies injustices capitalistes. «L'appropriation culturelle» n'est rien qu'un faux sentiment de supériorité morale.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2018 06 h 59

      Votre commentaire cadre avec le texte de M. Nadeau, car il relativise la patate que serait devenu le spectacle SÂLV.

      Il y a un point qui m’intrigue dans le texte de M. Nadeau : le recours à la « fête » pour faire écho à la protestation de M. Falardeau et la mobilisation qu’elle a suscitée, qui menèrent à l’annulation de la commémoration par le Canada de la « défaite » des Plaines d’Abraham.

      Pour les protestataires, cette commémoration n’avait rien d’une fête, mais d’un deuil toujours vivant.

      SÂLV n’est pas de cet ordr. Il fait écho à l’esclavagisme en différents lieux et aux chants d’esclaves de ces lieux.
      Pour que la comparaison de M. Nadeau se tienne, il aurait fallu que le spectacle du Canada ait pour thème les défaites que les armées française, britannique, espagnole, chinoise et autre ont fait subir aux défenseurs des territoires convoités. Ce n’était pas le cas.

      Avec SÂLV, c'est l’esclavagisme un peu partout dans le monde qui est révélé. Aussi, la réaction des opposants, au nom des esclaves noirs des États-Unis, est plutôt une appropriation de la pièce et sa transformation en hymne aux seuls esclaves noirs des États-Unis parce que leurs douleurs est universelle. C'est ce qu'a dit M. Sumney pour qui seuls des noirs habillés en pauvres travailleurs et cueilleurs de coton peuvent l’évoquer sous la direction de noirs.

      Reprise par des textes et commentaires dans Le Devoir, cette lecture a détourné le sens et la portée de la pièce montée par Mme Bonifassi et M. Lepage, ce qui en a fait une patate chaude.

      Déjà indigeste selon les opposants, cette patate est alors devenue répugnante parce que les Noirs ne mangent pas les patates des autres même si elles ont tout des leurs, ce que la pièce révélait.

      En juxtaposant des éléments contradictoires et en les relativisant, M. Nadeau a déformé la réalité, comme l’ont fait M. Sumney et bien d’autres. C'est le défaut du relativisme.

    • François Beaulé - Abonné 9 juillet 2018 08 h 12

      Vous attirez l'attention, madame Alexan, sur un aspect important du texte de M. Nadeau qui mériterait d'être davantage exploré et débattu.

      En effet, le capitalisme est un dogme aux États-Unis. C'est par lui que ce pays a fondé son empire. Les Américains arrivent difficilement à critiquer leur système économique. Quand certains le font, ils sont perçus par la majorité comme étant des gens souffrant de problèmes mentaux.

      Ce qui tient lieu de gauche aux États-Unis survit dans certaines facultés de certaines universités et dans certains milieux culturels. Et elle n'a aucun projet politico-économique valable. Elle fait une obsession de la correction du langage et a inventé le concept d'« appropriation culturelle ». C'est une gauche des apparences, des bons sentiments et de la bonne conscience. Dans les faits, cette pseudo-gauche participe à la séparation du peuple américain en minorités ethniques et sexuelles. Elle nourrit la bête au lieu de la combattre.

    • Micheline Gagnon - Abonnée 9 juillet 2018 09 h 12

      M. Baribeau, il y a eu de l'esclavage en Nouvelle-France aussi : des Noirs et des Autochtones (qui sont les vrais québécois de souche alors que nous descendons de colonisateurs)!!!!!! https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/population/esclavage/

    • Pierre Robineault - Abonné 9 juillet 2018 09 h 43

      À monsieur Bariteau.
      Voici ce que je venais d'écrire à une amie avant de m'adreser à vous.
      "Et Nadeau me conforte lorsqu’il nous rappelle la célébration de la défaite sur les Plaines d’Abraham et sur le site même. Lieu et circonstance en porte-à faux ne font jamais bon ménage. La pièce aurait pu être présentée à l’automne par exemple, et peut-être même à Québec. Il y aurait peut-être eu quand même maille à en redire mais avec moins d’impact ou d’opprobre , surtout de la part d’un quelconque chanteur noir américain à peine connu.
      Me reste maintenant de savoir si c’est le Festival qui a demandé la présentation de cette pièce ou si au contraire, à l’instar du Canada et les Plaines, ce serait l’organisation entourant Lepage qui en avait fait la demande."

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2018 11 h 43

      Madame Gagnon, je sais qu'il y eut de l'esclavage en Nouvelle-France envers des Noirs et que des Iroquois furent utilisés sur des galères après avoir été fait prisonniers par l'armée française.

      S'agissant des Québécois dits de souche, une appellation sans sens pas plus que les Autochtones comme la vraie souche, car les deux sont aujourd'hui des habitants d'un territoire devenu la Province de Québec comme le sont les habitants des autres provinces du Canada, mais aussi ceux des États-Unis et de tous les pays d'Amérique.

      À ce que je sache, les Autochtones sont reconnus membres des « Premières Nations » dans des réserves canadiennes, ce qui est aussi le cas aux États-Unis et dans certains pays de l'Amérique, mais pas des Noirs de l'esclavagisme ni les descendants des ressortissants français après la conquête par le Royaume-Uni d'un territoire reconnu français.

      Les habitants implantés après les Autochtones sur le territoire du Québec, qu'ils soient descendants de Français, de Britanniques et d'immigrants de tous les pays sont là parce qu'il y eut des guerres entre Iroquois et Français et entre Britanniques et Français associés chacun d'eux à des Autochtones.

      Si je vous suis, il faurait refaire l'histoire et rendre les Français responsable pour le départ des Iroquois dans la vallée du Saint-Laurent même si leur retrait découle de leurs guerres contre des tribus amérindiennes pour des fins commerciales.

      L'histoire en est une de guerres et d'ententes pour l'occupation d'un territoire. Les Iroquois ont signé plusieurs ententes avec les Français et ont participé à la Grande Paix de Montréal (1701), qui prit fin avec la reddition du Gouverneur de la Nouvelle-France à Montréal en 1760 et la signature peu après des Accords d'Oswegatchie entre des « Nations » amérindiennes et le Royaume-Uni.

      Ce sont là des faits d'histoire et celle des de souche est une posture pour revendiquer un statut au sein de l'ordre politique canadien.

    • Normand Perreault - Abonné 9 juillet 2018 12 h 36

      Claude Bariteau. "SÂLV n’est pas de cet ordre. Il fait écho à l’esclavagisme en différents lieux et aux chants d’esclaves de ces lieux."
      Je n'ai pas vu la pièce mais les présentations qui en ont été faites dans les médias avant la controverse mentionnent tous que les chants dans la pièce SÂLV sont exclusivement des chants provenant des esclaves afro-américains. Alors si c'est le cas, je ne comprends pas pourquoi tant de personnes s'entêtent à faire référence à l'esclavagisme en d'autres temps, en d'autres lieux ou même actuellement...

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2018 13 h 46

      M. Perreault, je ne suis pas un entêté.

      Mme Bonifassi a expliqué pourquoi il n'y a « pas plus de personnes de couleur noire dans le show ?». Simplement, a-t-elle expliqué, parce que « l’histoire du spectacle ne raconte pas que l’esclavagisme du peuple africain déporté aux Amériques. Mais aussi, l’esclavagisme subi par les Slaves des Balkans, celui des Irlandais, celui des Asiatiques d’aujourd’hui. Donc, il me semblait normal de représenter tout le monde, correctement.»

      Son propos révèle le sens de SÂLV, que les médias ont banalisé en mettant en relief les propos qui parlaient d'appropriation culturelle alord que ces mêmes propos visaient à l'appropriation par les noirs du spectacle.

      Personnellement m'intéresse le sens de la création, pas son détournement.

    • Normand Perreault - Abonné 9 juillet 2018 14 h 27

      Claude Bariteau. Vous avez raison, j'étais moyennement dans l'erreur. À noter en passant que je n'ai jamais pris position dans la controverse. Après une courte recherche, il y a effectivement dans SÂLV une petite place à au moins un chant autre qu'afro-américain et davantage de place à d'autres formes d'esclavages dans les aspects théâtraux de la pièce. Je me basais sur les présentations d'avant-première qui ne mentionnaient, et depuis longtemps, que l'origine américaine de l'esclavagisme (et de ses chants) dans SÂLV Ceci n'a certainement pas aidé la cause et a peut-être même alimenté la controverse, la contestation de la pièce datant de plusieurs mois. Voir par exemple à ce sujet :
      - "SLĀV : la résilience à travers les chants d'esclaves arrachés à l'Afrique" (Radio-Canada, 21 juin 2018)
      - «SLĀV» de Robert Lepage: les chants des esclaves américains au Festival de jazz (Huffington Post 23 novembre 2017)
      - Même la présentation du TNM (https://www.tnm.qc.ca/piece/slav/)

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 juillet 2018 02 h 48

    Confusion

    Je n’ai pas compris l’analogie entre SLAV et la célébration de la victoire des armées anglaises sur nous.

    SLAV ne faisait pas l’apologie de l’esclavage. Au contraire, il s’agissait de la condamnation de l’exploitation de l’homme par l’homme en donnant une voix d’outre-tombe à des êtres opprimés.

    Je félicite l’humanisme de Betty Bonifassi. Celle-ci qui est la seule interprète au monde à enregistrer et à faire connaître ces chants d’esclaves.

    On doit savoir que ses recherches et son travail ont été cautionnés par un proche conseiller de Martin Luther King.

    Quand sera passée de mode l’idée raciste selon laquelle les interprètes doivent se cantonner aux styles musicaux typiques de leur race — ce à quoi se résume le concept d’appropritation culturelle losqu’on l’applique à la musique — on reconnaîtra la valeur inestimable de son combat.

    • Cyril Dionne - Abonné 9 juillet 2018 09 h 26

      Très bien dit M. Martel.

    • Christian Roy - Abonné 9 juillet 2018 10 h 15

      Analogie qui dénote un manque de sensibilité: "Personne du côté d’Ottawa ne semblait voir ce qui pouvait y avoir d’outrageant là-dedans."

    • Céline Pelletier - Abonné 9 juillet 2018 12 h 13

      «Rejouer les termes du malheur au nom d’une fête» : où diable M. Nadeau est-il allé chercher ça pour établir un parallèle avec SLAV? L'affaire des Plaines d'Abraham, oui, c'était rejouer la défaite des uns en rejouant la victoire des autres, et pour faire la fête en plus, ce qui n'était vraiment pas approprié.

      Mais la pièce SLAV, ceux qui l'ont vue (Monsieur Sylvain Cormier, par exemple) témoignent de ce qu'elle rejoue la souffrance de l'esclavage, certes, mais certainement pas pour exalter le "bonheur" de ceux qui l'ont imposée aux autres...

      L.-P.Desaulniers, co-abonné

    • Serge Lamarche - Abonné 10 juillet 2018 01 h 42

      Aucune comparaison, les plaines d'Abraham n'est qu'un petit bout de l'histoire que les anglais aiment nous rabâcher pour se vanter qu'ils sont les meilleurs. Ils le sont évidemment puisqu'ils ont gagné l'angleterre aussi.
      Et c'est bien la même chose mais différement, là les anglais viennent nous dire qu'on n'est pas bon non plus en spectacle. Un québécois reconnu vient de se faire écraser. Pas avec des abus sexuels comme Rozon, mais avec des décisions professionnelles.
      Faudrait plutôt comparer ça avec le lynchage de Louis Riel.

  • Gilles-Marie Lesage - Abonné 9 juillet 2018 04 h 47

    Appropriation culturelle canadienne

    Cette polémique autour de la censure de SLAV m'a fait immédiatement penser au livre de Vincent Vallières '' Nègres blancs d' Amérique'' mais aussi à cette particularité canadienne qui consiste à fêter leur totale appropriation des symboles du peuple qui fût obligé au début des années 60 de se trouver un autre nom...ce Peuple Québécois dont l'identité volée ne donne lieu à aucune revendication depuis maintenant 151 ans. Voilà une entreprise d'appropriation culturelle sans doute la plus perverse et la moins condamnée.

    • Antoine W. Caron - Abonné 9 juillet 2018 11 h 02

      PIERRE Vallière

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juillet 2018 14 h 54

      Revendiquer n'est pas un geste d'affirmation, mais d'acceptation d'une autorité.

      Il revient pluttôt aux habitants du Québec de s'unir pour s'affirmer, car les revendications permettent au Canada de gérer leurs divisions sur des bases ethnico-culturelles et communautarisme, ce dont témoignent les protestations revendicatrices contre SÂLV sur la base d'un droit d'appropriation culturelle.

      La constitution de 1982 avec une charte qui fait du Canada le promoteur du multiculturalisme nourrit les revendications et a conduit l'obligation faite faite aux provinces de faire de même, l'objectif étant de renforcer le pouvoir du Canada en déplaçant les revendications des habitants des provinces vers les gouvernements provinciaux.

      Ne m'inquiète aucunement qu'il n'y a plus de revendications, m'inquiète par contre l'absence d'une approche liant les habitants du Québec pour fonder leur pays.

      Là se trouve le travail de sape qui a conduit à la création du Dominion of Canada puis du Canada et au rapatriement de la constitution.

      Il faut lire les motifs qui ont animé les « pères » du Dominion et ceux du Royaume-Uni désireux d'établir un mur face aux Américains et de juguler toute démarche au Québec visant à instaurer, comme sous les Patriotes, un gouvernement d'élus et non celui d'une autorité impériale.

      Pierre Valières n'avait pas totalement tort de parler des « Nègres blancs d'Amérique », mais aurait été mieux avisé d'écrire que la majorité des habitants en étaient, y compris les Amérindiens et des immigrants.

  • Yves Côté - Abonné 9 juillet 2018 04 h 48

    Tant que...

    Tant que nous nous laisserons ébouir, éblouir strictement comme dans "aveugler", par les idées canadiennes brodées au fil d'or que de nous grouper autour de ces idées québécoises faites de laine du pays, elle-même fafriquée d'amérindianité, de France exilée, d'esclavage composite et fuyant les USA, d'Irlande affalée et évacuée, de Vietnam et d'Haïti martyriséés, d'Afrique désespérée, etc., et de créativité universelle, nous persisterons à ratatiner notre réflexion sur un territoire qui n'est qu'un avorton de langue française.
    Ayons enfin le courage et la détermination de nous libérer de ces normes et lois canadiennes qui font de la société québécoise un échec par définition et en l'inventant, nous trouverons enfin la large voie d'un épanouissement collectif et individuel.
    Autrement, je serai ici poli, nous persisterons à tremper nos fesses dans ce qui en sort en encourageant nos bourreaux à nous faire croire qu'il s'agit d'or...

    Merci à vous Monsieur Nadeau de nous montrer qu'il peut être valeureux "d'avoir la patate" contre vents et marées !.
    Merci à Monsieur Parmentier et à la France qui ont donné ses lettres de noblesses à la patate, à l'opposé exact de l'Empire britannique et ses stratèges militaires qui en ont fait une occasion idéale pour affamer, faire mourir de faim ou dégager de son propre pays, un peuple irlandais alors abandonné de tous !
    Monsieur Lepage, tenez bon. L'intelligence et la sensibilité n'appartiennent ni aux puissants, ni à celles et ceux qui veulent les flatter puisque lourde ou légère en présentation, elle est toujours accompagné de la subtilité, toujours fuyante des cris et des sparages.

    Et bien entendu pour moi, plus que jamais : Vive le Québec Libre !

    • Louise Collette - Abonnée 9 juillet 2018 10 h 07

      Toujours très pertinents vos commentaires Monsieur Côté.
      Ce qui me dérange dans toute cette histoire c'est qu'on ait traité de racistes Robert Lepage et Betty Bonifassi alors que c'est tout à fait le contraire.
      En montant ce spectacle sur l'histoire des Noirs ils ont en quelque sorte voulu leur rendre hommage, faire connaître leur histoire. Mal leur en pris.
      Cela ne fait pas d'eux des racistes, bien au contraire, s'ils avaient été racistes ils n'auraient sûrement pas mis toute cette énergie à monter un spectacle comme celui-là. Cependant il y a eu maladresse, il n'ont pas embauché des chanteurs Noirs pour interpréter des champs d'esclaves, pas suffisamment en tout cas.
      Maladresse et racisme...ce n'est pas la même chose.

      Je trouve que les mots <<raciste et racisme>> son terriblement galvaudés depuis quelques années, on les utilise vraiment à toutes les sauces. Il faut faire attention au choix des mots car si on en abuse cela n'aura plus d'impact. Et cela aura aussi un effet pervers, si on en abuse ça ne voudra plus rien dire au final.
      Et quand, encore une fois, on traite de racistes le public qui se rend voir le spectacle Slav, on fait fausse route. Si les gens se sont déplacés pour voir Slav c'était parce qu'ils étaient intéressés, s'ils avaient été racistes ils seraient restés chez eux, ils n'auraient pas dépensé un sou pour ça.........
      C'est vraiment du n'importe quoi.

      Je suis vraiment désolée pour Robert Lepage, s'il y en a un qui n'est pas raciste c'est bien lui.
      Quant à moi, mon capital de sympathie envers la cause a pris une dégringolade majeure. Et si j'en juge par ce que j'entends autour de moi, je ne suis pas la seule. Les Québécois sont fatigués de se faire traiter de racistes et d'intolérants, d'autants plus que ce n'est pas justifié la plupart du temps et en paticulier dans le cas qui nous occupe.
      Oui Monsieur Lepage, tenez bon, vous avez raison, ne reculez pas.

    • Yves Côté - Abonné 9 juillet 2018 11 h 32

      Merci Madame Collette de l'amitié que vous me faites de me lire.
      Si je manque très souvent de temps pour peaufiner mes commentaires et n'ai pas la chance de pouvoir gagner ma vie en produisant des textes, même pas modestement, et que pendant de (trop) longues périodes je n'ai même pas le temps d'en produire, cela ne m'empêche jamais pour auatnt de faire de mon mieux pour exposer mes perceptions. Sans pour autant prétendre à la vérité, je pense que vous l'avez remarqué.
      Je crois que le processus complexe dans lequel nos sociétés ont été installées est nourri de tant d'angoisses, angoisses le plus souvent vide de sens, que les véritables enjeux auxquels nous sommes soumis s'en trouvent plus habilement dissimulés. Tel ce qui me semble bien se passer autour de la production de Monsieur Lepage et Madame Bonifassi et la facilité avec laquelle des illusionistes réussissent à transformer les choses. Ce qui selon moi a commencé chez nous au Québec avec le vol historique de la signification pourtant historique de de l'identité de "Canadiens" et le détournement de sens habile qui s'opère depuis le début avec le concept d'indépendance du Québec.
      Raison pour lesquelles j'insiste autant dans mes textes sur le sens des mots qu'on oulie si facilement et sur la nécessité constance de parler de République. Ce que par maladresse je crois, mais aussi par peur et même ignorance parfois, nos chefs et cheffes politiques mais aussi intellectuels oublient trop souvent de faire eux-mêmes publiquement.
      Faisant de cette maladresse une faute politique patente puisque largement responsable de notre incapacité collective, elle qui devient chronique à mes yeux, à ne pas exprimer un projet de société moderne, respectueux de l'environnement et de l'humain. Et mobilisateur...
      Madame, nous avons tout pour réussir à initier un monde nouveau; malheureusement, le conservatisme du marché libre et l'endormissement qu'il induit chez un nombre conséquent de nous freine.
      Travaillons donc à un réveil...

    • Yves Côté - Abonné 9 juillet 2018 11 h 53

      Je viens de relire mon petit mot à vous, Madame Collette et il me semble que la dernière phrase est trompeuse...
      "Travaillons donc à un réveil..." pourrait laisser entendre que vous ne le faites pas, comme si cette phrase était une forme de condamnation à votre commentaire. Alors que c'est exactement le contraire que je veux vous exprimer.
      Donc, "Persistons ensemble, contre vents et marée,s à travailler à un réveil..." me semblerait plus juste de l"expression de ma pensée à votre, à notre, endroit.
      Pardon de mon impair.

      Mes amitiés républicaines, Madame.

    • Louise Collette - Abonnée 9 juillet 2018 14 h 56

      Monsieur Côté.
      Non il n'y a pas d'impair, je n'ai jamais pensé qu'il pouvait y avoir une forme de condamnation à mon commentaire.

      Je ne sais pas si je travaille à un réveil mais depuis bientôt 10 ans je travaille farouchement à la francisation du Québec plus particulièrement dans la région de Montréal où je fais du bénévolat auprès des nouveaux venus. Je fais la conversation, en français bien sûr, avec des participants de différents niveaux. Certains ne parlent pas beaucoup français et d'autres ont simplement besoin de pratique, la qualité de leur français est quand même assez bonne il s'agit simplement pour eux d'avoir confiance en eux et d'y aller sans crainte.
      C'est une expérience des plus enrichissantes pour moi, ils apprennent le français et moi je me renseigne et je me cultive, je découvre des coin du monde que je ne connaissais pas.
      Oui persistons contre vents et marées ( les vents et les marées sont puissants par les temps qui courent) ;-) Il faut absolument garder le cap.
      Il ne faut jamais lâcher et il faut se faire respecter, ne pas accepter de se faire traiter de raciste, ouvertement ou a mots couverts quand il n'y a pas lieu, ce mot, raciste, on en abuse et cela aura des conséquences très négatives
      Mes amitiées républicaines à vous également. :-)

  • Raynald Rouette - Abonné 9 juillet 2018 06 h 40

    L’échec du multiculturalisme de 1982


    Ajouter l’interculturalisme ou la diversité.

    Le Québec a toujours été une terre de paix.

    Le seul contentieux qu’il avait jusqu’à récemment, était de déterminer sa place dans ou hors Canada.

    Le jugement sur le voile intégral islamiste et le lynchage médiatique cautionné d’une œuvre artistique de Robert Lepage est très révélateur de la situation du Québec en 2018. Il est cerné de toutes parts!

    Alaine Deneault a raison de déclarer:  « Le Canada un projet colonial réussi ». 1982 ça vous dit quelque chose?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 juillet 2018 08 h 00

      M. Rouette, le Québec est non seulement cerné de toutes parts; il est infiltré de l’intérieur.

      Les protestataires qui sont venus crier leur mépris (Shame on you) sont majoritairement de jeunes anglophones _blancs_ de Montréal. Et ils ont choisi d’exprimer leur rage au moment précis où les abonnés se rendent au TNM parce que derrière ces abonnés, leurs crachats sont destinés à l’ensemble du peuple francoQuébécois.