L’ennemi de l’intérieur

La nostalgie Barack Obama bat son plein. Chaque jour de méchancetés et d’insultes par Donald Trump augmente les regrets pour un président qui se comportait comme un adulte. Certes, une restauration de dignité à la Maison-Blanche serait une aubaine. Toutefois, je me trouve de plus en plus agacé par les analyses du caractère de l’ancien président par des journalistes anti-Trump. En tant que critique d’Obama avant la lettre, je me suis souvent buté à l’ignorance de mes confrères, surtout au début de sa montée spectaculaire en 2006-2008. Avec du recul, j’aurais souhaité plus de sagesse de leur part.

Mais voilà que Maureen Dowd, du New York Times, se trompe de nouveau, malgré son admirable effort pour blâmer le bien-aimé Barack pour l’ascension de Trump. Dowd souscrit à l’idée d’un Obama céleste, celui qui voulait être au-dessus du sale jeu de la politique. Selon ce scénario, Obama était trop idéaliste pour la politique crue, et en même temps trop arrogant et condescendant pour se rendre compte des réalités de l’Amérique profonde et du travail brut nécessaire à un politicien professionnel. Citant le nouveau livre de Ben Rhodes, Dowd saisit la déclaration suivante attribuée à Obama, peu après l’élection de Trump : « Peut-être est-on allés trop loin. Peut-être les gens veulent-ils juste se replier sur leurs propres tribus. » Et encore, « parfois, je me demande si j’étais dix ou vingt ans en avance ».

En effet, il y a là une indication qu’Obama se sent sorti de la cuisse de Jupiter. Cependant, Dowd s’étonne qu’Obama ait pu ignorer ce qu’elle appelle « la faim pour le changement révolutionnaire » affichée aux rassemblements de Donald Trump et de Bernie Sanders — faim née de « la peur » qu’avaient de nombreuses petites gens d’avoir sombré dans le vide, oubliés par Washington. Comment se fait-il que le président sortant, bénéficiaire en 2008 du même désir de rupture après huit ans de Bush, ait, en 2016, « appuyé le candidat le plus statu quo et le plus élitiste », Hillary Clinton ? Ironie aiguë, d’après Rhodes, car en fin de compte le message d’Obama en 2008 fut le même que celui de Trump en 2016 : « [Hillary] fait partie d’un establishment corrompu à qui on ne peut pas faire confiance pour qu’il change. » Pour Dowd, la réponse est dans le manque d’intérêt par Obama de travailler avec les militants du Parti démocrate. Étant « l’homme seul dans l’arène… Obama n’aimait pas persuader les gens de faire ce qu’ils ne voulaient pas faire », ce qui est « l’essence de la politique ».

Mon Dieu, comment va-t-on se sortir du cauchemar Trump si les médias méconnaissent la politique américaine à ce point ? Obama était, et reste toujours, un politicien de souche, membre de la faction démocrate la plus puissante et corrompue du pays, le Parti démocrate de Chicago. Ayant quitté son travail de militant pour les pauvres afin de poursuivre ses études de droit à Harvard, il est revenu dans sa ville adoptée et s’est mis à côtoyer les barons locaux pour préparer son avenir. Au long de ce parcours, Obama a littéralement épousé la machine démocrate : en tant que fille d’un capitaine de circonscription, Michelle Obama a non seulement grandi dans le milieu dominé par le « boss » réactionnaire du parti, le maire Richard J. Daley, mais elle lui était redevable pour sa survie économique. Son père, Fraser Robinson, travaillait dans le système hydraulique municipal où l’emploi était quasi garanti aux soldats de la machine. C’est par Michelle que Barack, en 1991, a rencontré Valerie Jarrett, alors chef d’état-major adjoint pour le maire Richard M. Daley, fils de Richard J. et l’héritier du fief familial. Au Sénat d’Illinois et ailleurs, Obama a rendu service à son nouveau patron, et le patron l’a bien remercié en février 2007 lorsqu’il a annoncé son soutien — et ce, très tôt dans le cycle électoral — pour la candidature présidentielle d’Obama.

Un seul événement affirme les liens serrés entre patron politique et disciple : en septembre 2009, en pleine crise financière et alors engagé dans une lutte cruciale pour la réforme nationale des soins médicaux, le président Obama s’est rendu, en vain, à Copenhague afin de décrocher les Jeux olympiques… pour Chicago.

Pourquoi Obama a-t-il appuyé Hillary aux dépens de la nation et en contradiction de ses valeurs censées être progressistes et réformistes ? Sans doute parce qu’en 2008, Hillary a cédé sa place dans sa campagne présidentielle contre la promesse qu’elle deviendrait secrétaire d’État et obtiendrait le soutien d’Obama pour sa candidature en 2016 au moment où ce serait « son tour ». Aujourd’hui, Obama, loin d’être isolé dans des nuages philosophiques, continue à tremper ses pieds dans la boue électorale, surtout pour empêcher les alliés de l’insurgé Bernie Sanders de capter des postes importants au Parti démocrate. Dans ce rôle de seigneur de l’ancien régime, Obama risque encore d’étouffer la réforme et d’encourager la réélection de Donald Trump.

John R. MacArthur est éditeur de Harper’s Magazine. Sa chronique revient au début de chaque mois.

16 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 3 juillet 2018 05 h 48

    En plein cela

    St-Obama n'est pas plus saint que les autres. La seule différence est qu'il a une maîtrise absolue de la rhétorique, tout comme d'ailleurs Bill Clinton. Se sont des tribuns. Mais pour le restant, il s'agit de politiciens comme les autres. Et aux USA, pour devenir président, il faut en avoir écraser un puis un autre, et ce même dans son propre parti politique.
    J'aurai bien aimé que Mme Clinton devienne présidente - elle possède pratiquement toutes les qualités requises, sauf une. La plus importante, l'humilité. Elle n'a qu'elle même à blâmer... Elle et gang de sangsues prenaient la ceinture de rouille comme acquise. Conséquemment, elle ne s'est pas déplacé le c... pour leur rendre plusieurs visites... Ce que le fumiste Trump a fait... Ce qui a eu comme résultat que les États de la ceinture de rouille ont massivement tourné le dos au parti démocrate, et que l'hillarant fumiste Trump a "rentré". Pire, comme vous le dites si bien, il y a fortes chances que le fumiste soit encore là pour un autre terme.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juillet 2018 10 h 40

      Je suis d'accord avec votre commentaire M. Pelletier sauf pour la partie d'Hillary Clinton. De quelles qualités parlent-on?

      Qu'est-ce que son séjour comme Secrétaire d'état a changé dans la vie des Américains? Son insistence pour déloger Kadhafi du pouvoir a créé un vide géopolitique et une nation côtière sans gouvernement. C'est par là, la Libye, que transiste maintenant les millions de migrants qui veulent rejoindre l'Europe. Elle a supporté les supposés rebelles syriennes qui étaient en fait une manifestation de nos djihadistes mal-aimés de l'EI. Elle a supporté Obama et sa ligne dans le sable en Syrie devant un tyran qui était pouffé de rire.

      En plus, suivant dans l'idéologie de son mari, elle est une mondialiste et une libre-échangiste de premier plan aux accents de Wall Street et du néolibéralisme sans morale. C'est pour cela qu'elle a fait beaucoup de discours aux nouveaux barons de la finance en retour de cachets très lucratifs. Comment pouvaient-elle se rendre en Ohio, en Pennsylvanie, au Michigan et j'en passe et dire qu'elle comprenait le désarroi des travailleurs en chômage alors que les politiques de Bill Clinton et qu'elle voulait poursuivre, les avaient placés et les maintiendraient dans cette situation précaire. Ce n'est en déplaçant les emplois manufacturiers vers des pays qui traitent leur population comme des esclaves, que vous alliez remettre ces gens au travail.

      Alors, de quelles qualités parlent-on? Parce qu'elle est une femme? Bien au contraire, si elle avait été élue, cela aurait été trois pas en arrière pour l'émancipation des femmes.

    • Serge Pelletier - Abonné 3 juillet 2018 17 h 31

      Erreur M. Dionne, Bill Clinton avait avisé à moults reprises les travaileurs de l'industrie lourde (automobile et acier) au début des années 90 que les mises à pied massives se poursuivraient et que les fermetures de plans étaient elles aussi indéniables, et que cet état de faits n'était pas dû à la "mondialisation économique", mais à la mise en place de l'informatique et de la robotique. Il ajoutait, le Bill, que seuls les ouvriers se perfectionnant en ces domaines pourraient "tirer leur épingle du jeux". Il a répété ce discours à plusieurs reprises - les grands pontes du AFL/CIO (American Federation of Labour - Congress of Industrial Organisations) étaient avec lui et confirmaient ces affirmations. D'ailleurs, ce sont ces états qui rouillaient et roullaient qui le mirent au pouvoir pour deux mandats.
      Bill Clinton avait fait mettre en place d'excellents programme de FP pour les travailleurs... Et les programmes eurent d'excellents résultats. Le hic, c'est que Bush lui a succédé... s'en suivire la fin des programmes de FP.
      Quand aux travailleurs, il faut avoir visiter les "nouvelles lignes de production" pour se rendre compte que l'emploi massif de main-d'oeuvre ne reviendra pas, et ce à jamais. La robotique et l'Informatique est présente partout, absolument partout - des robots à perte de vue c'est cela les lignes de montage... Fini les dizaines de peintres industriels, les dizaines de soudeurs-assembleurs, les centaines de mécaniciens-visseurs... Tout est robotisé.
      Ça Bill Clinton l'a dit à répétion aux travailleurs, les pontes du American Federation of Labour & Congress of Industrial Organisations l'approuvèrent...

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juillet 2018 23 h 34

      Je suis bien d'accord que Bill Clinton répétait sans cesse son argument que l'ère de la 2e révolution industrielle était terminée et que nous étions dans un monde de l'automatisation et de la communication interplanétaire (3e révolution industrielle). Là n'est pas le problème. En favorisant le libre échange de biens et services, il a transposé ces industries dans les pays du tiers monde, qui avec une population d'esclaves, ont fabriqué les mêmes produits en utilisant la techonolgie de l'ère industrielle du 20e siècle pour les revendre ensuite aux Américains. Durant ce temps, la plupart des travailleurs en chômage n'ont jamais pu réintégrer le marché du travail parce que la plupart ne pouvaient pas suivre des formations exigeantes que seul 10% de la population pouvaient et peuvent réussir aujourd'hui. Et qui dit automatisation, dit perte d'emploi. Maintenant nous sommes à l'ère de la 4e révolution industrielle de la robotique et de l'intelligence artificielle. Ici on parle de peut-être 5% de la population qui peuvent comprendre un algorithme de la logique floue.

      Ce libre-échange ou capitalisme sauvage promulgué par les sbires de Wall Street, les élites, l'establishment et les néolibéralistes du 1%, eh bien, a commencé sous le régime de Bill Clinton. Hillary voulait tout simplement poursuivre dans cette direction. Elle s'en foutait si tous les emplois étaient transposés ailleurs. La classe moyenne américaine lui a envoyé un message clair et net le 8 novembre 2016.

  • Claude Bariteau - Abonné 3 juillet 2018 07 h 03

    2008, avant et après

    Dans cette chronique, l'auteur explique les dessous de l’engouement pour le couple Barak-Michèle et l’état actuel d'une opposition qui n’arrive pas à ébranler le président Trump.

    Tout débuta avant 2008 : Michèle et Barak furent propulsés à la présidence par un homme et ses associés d’un Chicago de corruption. À la tête du parti démocrate, Barak compose avec les hauts dirigeants qui font de la politique au-dessus du peuple, car ils se croient pilotes des Américains et souflleurs de ballons de rêve qu’ils savent aussi crever.

    Là s’expliqueraient les liens entre Barak, Michèle, Hilary et Bill en 2006 pour transformer Bernie en tremplin pour monter dans sa montgolfière démocrate.

    C’est troublant mais plus que vraisemblable, car ça s'est passé ainsi.

    À mes yeux, Ml’analyste minimise toutefois la façon dont Barak et son entourage ont abordé et traité la crise financière de 2008. Cette
    crise faucha des millions de gens de la classe moyenne obnubilés par la magie de l’argent facilement accessible par des magiciens de la finance qui s’en mettait plein les poches.

    Or, la façon politique de corriger le tir ne fut pas orchestrée pour renflouer les victimes du rêve que furent les emprunteurs de la classe moyenne. Elle l’a été pour remettre en selle les financiers du rêve : banques et promoteurs de produits financiers à haut risque.

    Avec cette politique, Barak s'attacha les pieds. S’il pouvait fasire écho à ses rêves de jeunesse et parler comme un homme avant son temps, il venait de se couper de nombreux alliés des rêve qu’il avait suscités.

    Ses propos et ses difficultés en témoignent. Il manquait d’oxygène pour gonfler les ballons, d’où son virage vers les plus dépossédés alors qu’il aurait pu en 2008 sortir de l’eau les dupés de la classe moyenne plutôt que les nantis qui ont siphonné l’État après avoir dupé et siphonné la classe moyenne.

    Là s'expliquent ses appuis à Hilary et Bill. Il ne pouvait pas supporter Bernie. Michèle aussi.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 juillet 2018 07 h 36

    L'heure juste

    Bon. Enfin un journaliste qui nous donne l'heure juste au sujet d'Obama. On n'entend jamais cette version des choses chez les puristes, les vertueux, les bien-pensants et donneurs de leçons.

    M. MacArthur nous décrit un parti démocrate aux prises avec des guerres intestines entre des pseudos progressistes d'une part et des élites du statu quo de l'autre. Obama représentait l'espoir pour ceux laissés pour contre mais il s'est avéré une déception, une grande déception aux grands discours vides. Il n'a jamais livré la marchandise lui qui avait pourtant les pleins pouvoirs du Congrès lors de son premier mandat. On comprend maintenant pourquoi après avoir lu l'analyse de M. MacArthur. Il faut souligner aussi le fait qu'Obama était un mondialiste et libre-échangiste engagé tout comme l'était le clan des Clinton, les raisons principales de la déchéance économique de la classe moyenne américaine.

    Ceci étant dit, Donald Trump n'aura pas besoin de la débandade du parti démocrate pour se faire réélire. "It's the economy, stupid", est le mantrat des Américains. Il va de paire avec le rêve et l'exceptionnalisme américain.
    "God is American" après tout. Pour tous ceux qui le traite de crétin, lui il parle vraiment au peuple américain à tous les jours sans faire de grands discours, twitter oblige. Cela, pas beaucoup d'experts aux souliers cirés l'ont compris et ne comprennent toujours pas.

    Et toujours pas de sauveur démocrate à l'horizon. C'est Justin Trudeau, notre petit prince déchu, qui droit prier à tous les jours à l'autel de la très Sainte rectitude politique pour qu'ils en trouvent un rapidement.

  • Bernard Terreault - Abonné 3 juillet 2018 08 h 07

    Obama et Clinton

    Peut-être Obama a-t-il voulu appuyer une femme. Elle a beau être une politicienne tout ce qu'il y a de plus conventionnel, le symbole d'une femme au centre du pouvoir à Washington aurait été un signal important et encourageant pour les jeunes femmes qui rèvent d'être plus que la 'conjonte de'

  • Gabriel Bock - Inscrit 3 juillet 2018 09 h 32

    La crise de 2008.Machination banquaire calculée.Les Rothschild's de ce monde ne font pas ce genre derreurs.Les banques prêtaient des montants astronomiques aux petits emprunteurs sachant fort bien qu'a un moment précis il n'avait qu'a élevé les taux d'intérêts de un ou deux pour cent pour depossedes la classe moyenne de leurs biens.En provoquant cette crise, les banques ne perdaient rien.Elles ont demandées l'aide gouvernementale et l'ont eu.Obama était de connivence avec ces banques ,c'était flagrant.Les gens perdaien leurs maisons et leur biens aux mains de ces même banques et le peuple Americains remboursaient en plus les "supposés " pertes dues à cette crise.Deux pierres d'un coup.L'argent est fictif.Ce ne sont que des chiffres dans les ordinateurs et ce sont les banques privées qui contrôlent tout.La Réserve fédérale américaine ( privée ) contrôlent toutes nos banques.C'est la plus grande arnaque de l'histoire.Les banques vous prêtent de l'argent qu'elle n'ont pas.Autrement dit , ils n'ont pas l'or pour soutenir les prêts qu'ils vous font.Ils font de l'intérêt avec vous avec rien dans les poches.On appelle ca une arnaque.Alors la Fed prête de l'argent a la banque CentraleDu Canada avec intérêts qui elle a son tour prête de l'argent a votre banques avec intérêts qui elle prête de l'argent a nous avec interets.Tout ça avec de l'argent fictif.Pas mal quand meme.Comme voleurs ont ne fait pas mieux.Et en plus ils faut payer pour leurs supposées erreurs qui dans le fond n'en sont pas.Obama vaut 40 millions aujourd'hui.En 2007 sa fortune était de 1300000.En 2011 sa fortune était de 11473000. Dix millions en quatre ans.Avec 400000 comme salaire de President même avec des placements on arrive pas au onze millions et demi.Et quatre ans plus tard,il vaut 40 millions.Posez vous des questions.OBama un bon president? Bull shit.Les banques ont renflouées les coffres de sa fondation juste après la crise de 2008.Tiens tiens.