Le délire humanitaire

La pire réponse que l’on puisse apporter aux migrants africains est “la politique de la pitié”

En cette époque de « fake news », que n’aura-t-on pas entendu sur l’épisode de l’Aquarius ? Il suffisait d’ouvrir la radio pour entendre les pires énormités sur le sort des 629 migrants que transportait ce bateau affrété par des ONG françaises et que le nouveau gouvernement italien a refusé d’accueillir sur ses côtes.

Ainsi, donc, ces migrants venus de la Libye étaient-ils sur le point de manquer de vivres. Les représentants de SOS Méditerranée ne tarissaient pas de mots pour expliquer devant les caméras qu’ils venaient de distribuer leurs derniers sandwichs. On faisait des gros plans sur ces hommes qui, disait-on aussi, se trouvaient en plein soleil. Un porte-parole confiait ses craintes que le mauvais temps ne se lève et que les rescapés ne doivent affronter des vagues de quatre mètres de haut.

Après 48 heures de ce cirque médiatique, c’est pourtant sans surprise que le bateau devrait être accueilli par le port de Valence, à moins qu’un autre port s’offre pour les accueillir d’ici là. Une fois rescapés à la limite des eaux territoriales libyennes par l’Aquarius, puis escortés par deux navires des gardes-côtes italiens, les migrants n’ont plus couru aucun risque. Comment pouvait-il en être autrement, au beau milieu d’une véritable autoroute maritime à deux pas de quelques-uns des principaux ports de la Méditerranée ?

Dans un livre éclairant, le journaliste Stephen Smith (La ruée vers l’Europe, Grasset) a calculé le risque que couraient ces migrants de mourir noyés en 2015, à une époque où les secours étaient moins bien organisés qu’aujourd’hui. Le taux peut surprendre, mais il était de 0,37 % ! Smith en concluait qu’à la même époque un migrant avait moins de chances de périr en Méditerranée qu’une femme de mourir en couches au Soudan du Sud (1,7 %) et qu’un Français de subir un arrêt cardiovasculaire (0,46 %).

Ces chiffres ne changent évidemment rien au drame des migrants. Il n’y en aurait qu’un seul qu’il faudrait le secourir. Mais tant qu’on détournera pudiquement les yeux de ces réalités pour se complaire dans le misérabilisme humanitaire, on ne pourra pas comprendre pourquoi ils sont toujours des milliers à tenter la traversée. Pourquoi cette traversée attire aujourd’hui surtout des migrants économiques qui ont suffisamment d’argent pour se payer un passeur — les plus miséreux n’ayant pas ces moyens. Ni pourquoi la solution humanitaire, évidemment nécessaire, ne permettra jamais de régler le problème puisqu’elle crée en même temps un appel d’air. Plus on sauvera de personnes, plus il en viendra et plus nombreux seront ceux qui seront prêts à tenter une traversée devenue de moins en moins périlleuse. C’est ici que le bien devient l’ennemi du bien.


 

Combien de morts faudra-t-il encore pour comprendre enfin qu’il n’y a pas d’autre solution à ce drame, tant pour les migrants que pour l’Europe, que le rétablissement des frontières et leur respect le plus strict ? Si cette frontière avait été respectée, quitte à instaurer un « blocus humanitaire » et à créer des lieux destinés à identifier les véritables réfugiés, comme l’avait suggéré dès 2015 l’ancien ministre Hubert Védrine, nous n’aurions pas tous ces morts sur la conscience.

Mais cela, comment la bureaucratie bruxelloise, qui chante depuis tant d’années la ritournelle jovialiste de la suppression des frontières, pouvait-elle le comprendre ?

Heureusement, les pays n’ont pas attendu qu’elle leur vienne en aide. L’Allemagne a été la première à négocier un accord avec la Turquie pour stopper la vague migratoire. L’Italie n’a pas attendu l’élection d’un gouvernement populiste pour agir. C’est même un ministre de gauche, Marco Minniti, qui a dépêché des militaires au Niger et en Libye afin d’aider à casser les réseaux mafieux qui organisent ces trafics devenus une véritable industrie. Emmanuel Macron a beau snober l’Italie et implorer l’Europe, la France fait exactement la même chose en fermant ses frontières à l’Italie et en s’attaquant aux réseaux de passeurs. En mars, à Niamey, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’était félicité des efforts des pays africains afin de « barrer la route du Nord » vers la Libye.

Au fond, le geste de l’Italie aura eu le mérite de mettre en évidence le décalage complet entre les déclarations publiques de ces dirigeants européens, qui ne visent qu’à flatter la fibre « humanitaire » de certains, et l’action de leur gouvernement sur le terrain qui est en train, elle, de donner des résultats. C’est en effet grâce à ces mesures que les flux en Méditerranée ont déjà chuté de manière draconienne et qu’ils devraient continuer à le faire.

On pourrait d’ailleurs se demander ce que fait l’Organisation internationale de la Francophonie afin de contribuer à cet effort. À moins de cas exceptionnels, il n’y a en effet pas de raison pour que des Sénégalais, des Ivoiriens, des Maliens ou des Marocains viennent demander l’asile en Europe. Demande qui sera de toute évidence rejetée et qui ne contribuera qu’à vider l’Afrique de ses forces vives et à accroître les tensions ethniques sur le continent.

Comme l’écrit si bien Stephen Smith, c’est trop souvent « la larme qui trouble le regard ».

23 commentaires
  • Steve Brown - Abonné 15 juin 2018 07 h 28

    L'humanitaire selon Védrine!

    « Si cette frontière avait été respectée, quitte à instaurer un « blocus humanitaire » et à créer des lieux destinés à identifier les véritables réfugiés, comme l’avait suggéré dès 2015 l’ancien ministre Hubert Védrine, nous n’aurions pas tous ces morts sur la conscience. » — Christian Rioux

    Monsieur, vous évoquez Hubert Védrine et vous me donnez envie de vomir. Cet homme est connu dans son propre pays comme ayant été un rouage important dans l'exécution du génocide Rwandais de 1994.

    En dépit d'un embargo de l'ONU sur la livraison d'armes au Rwanda, dont la France était signataire, Paris a continué à livrer des armes à l'armée génocidaire.

    L'humanitaire selon Védrine? Ce sont des militaires de l'armée française qui ont livré des armes aux forces génocidaires, et ce, sur les ordres d'Hubert Védrine.

    Conséquence: des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants sont massacrés.


    L’opération Turquoise

    « L’opération Turquoise est une opération militaire organisée par la France et autorisée par la résolution 9291 du 22 juin 1994 du Conseil de sécurité de l'ONU pendant le génocide des Tutsis au Rwanda. Elle a pour mission de « mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force. »

    Encore aujourd'hui, soit 24 ans plus tard, le gouvernement français garde toujours sous-scellés les documents sur l'opération Turquoise, une opération pourtant HUMANITAIRE selon l'ONU.


    https://survie.org/billets-d-afrique/2014/235-mai-2014/article/livraison-d-armes-l-aveu-d-hubert-4712

    https://www.youtube.com/watch?v=9ZNO--KQi9o

    http://francegenocidetutsi.org/AnneJolisTheUntoldS

    https://leblog14.files.wordpress.com/2016/12/golias132-133dossierrwanda.pdf


    Steve Brown
    Charny

  • Claudette Perreault - Abonnée 15 juin 2018 08 h 12

    Erreur

    C'est plutôt le délire inhumain

  • Pierre Robineault - Abonné 15 juin 2018 08 h 38

    Bravo!

    Vous avez osé le dire. Vous seul!
    Merci!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 juin 2018 09 h 24

    Il n’y a pas d’issue aux crises migratoires sans paix

    Christian Rioux écrit : « Combien de morts faudra-t-il encore pour comprendre enfin qu’il n’y a pas d’autre solution à ce drame, tant pour les migrants que pour l’Europe, que le rétablissement des frontières et leur respect le plus strict ? »

    C’est le bon vieux plaidoyer en faveur du respect de la loi et de l’ordre.

    Les frontières sont des inventions contemporaines. Elles n’existaient pas aussi récemment qu’à l’époque de Moïse.

    En Amérique, nous sommes protégés par deux océans. En dépit de cela, que serait le Canada si les peuples autochtones du pays avaient suivi les conseils de M. Rioux voilà quatre siècles…

    Les pays d’Europe occidentale ont commis la stupidité de laisser la guerre s’installer à leurs portes.

    La France et l’Angleterre ont renversé Kadhafi en Libye sans avoir d’alternative pour contrôler le pays. Comme les Américains l’ont fait en Irak. Tout l’Occident a applaudi la mise à feu et à sang de la Syrie par des mercenaires venus de partout et financés par le Qatar et l’Arabie saoudite.

    Toute guerre déclenche une crise migratoire. Qui était assez stupide pour invoquer le respect des frontières lors de la Seconde Guerre mondiale ?

    Dans ce cas-ci, l’Europe a cru que la Turquie servirait de rempart contre la crise migratoire syrienne sans rien demander en retour. Quelle naïveté…

    Et dès que l’Europe a été débordée par cette crise, l’occasion a été belle pour des millions d’autres réfugiés (cette fois, économiques) de tenter leur chance en Europe.

    Bref, cessons de répandre la guerre sous de beaux grands principes creux et il sera plus facile pour l’Europe — comme ce le fut le cas entre 1945 et 2011 — de défendre ses frontières.

    Il faut mettre au pas nos complexes militaro-industriels et nos machines de propagande médiatiques (ce qui comprend l’Agence France-presse) qui ne ratent jamais l’occasion de battre le tambour de la guerre.

    • David Cormier - Abonné 15 juin 2018 11 h 38

      "Elles n’existaient pas aussi récemment qu’à l’époque de Moïse."

      Et c'est censé être récent, ça?

    • Serge Lamarche - Abonné 15 juin 2018 14 h 37

      D'accord avec m. Martel, laisser la guerre aller ne pouvait que causer toutes sortes de problèmes. La crise migratoire reste un problème minime et les pays qui contribuent à la guerre serait bienvenus de prendre soin des migrants à leurs frais. C'est le prix de la guerre. Une taxe pour les bombardements.

  • Clermont Domingue - Abonné 15 juin 2018 10 h 18

    La paille et la poutre.

    Il n'y a pas que la larme qui peut troubler le regard. Avez-vous déjà vécu en Afrique noire? Y séjournez-vous de temps en temps?

    Les Sénégalais, les Yvoiriens et les Camerounais ont une bonne raison de fuir vers l'Europe. ILS VEULENT UNE MEILLEURE VIE!

    Il y a cinquante ans, je vivais au Cameroun. Les jeunes ne se jetaient pas à la mer. Ils ne réalisaient pas qu'il y avait une meilleure vie ailleurs.. Maintenant, ils savent.

    Depuis des décennies,ces peuples voient leurs richesses partir par la mer et ils voient les chalutiers européens vider la mer sur leurs côtes. Qu'ils veuillent rejoindre leurs richesses parties pour l'Europe, je trouve cela compréhensible.

    Le développement commence par les outils. Or ,il n'y avait pas d'outil dans un village africain il y a cinquante ans. C'est encore comme cela aujourd'hui. Ce n'est pas avec un ballon rond et une machette que les Africains pourront combler leur retard.

    Mme Merkel a compris que l'immigration illégale est l'un des plus grand défis de l'Union européenne.. D'autres ont une poutre dans l'oeil.

    Les larmes de la pitié ne résoudront pas les problèmes de pauvreté des populations africaines et l'égoĩsme non plus.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 juin 2018 11 h 36

      La surpopulation m’apparaît comme le plus grand problème pour l’avenir de l’humanité.

      L'Afrique et Haïti peinent à nourrir leur population qui grandit à pas de géant. D'ailleurs, dans ces pays et surtout à Haïti, la surpopulation est insoutenable à moyen et même à court terme. Des programmes d'aide à la planification familiale pourraient amener un certain répit à ces populations courageuses et assurer leur pérennité. Il ne s’agit pas de prôner le malthusianisme, mais de pouvoir nourrir sa population.

      Il y a beaucoup trop de pays pauvres dans le monde, et beaucoup de leurs ressortissants veulent les quitter. Mais quitter leur pays est-il une solution à leurs problèmes ?

      Dans le cas d’Haïti, le problème fondamental est la surpopulation (actuellement 11 millions d’habitants, et doublement à tous les 25 ans), sur un territoire si exigu. Les organismes internationaux devraient mettre sur pied un genre de plan Marshall visant à développer l’économie haïtienne sur une saine base démographique.

      Il vaudrait mieux financer le développement économique et social à l'intérieur de ces pays, au lieu d'accueillir ici des gens qui ne semblent pas être parmi les moins fortunés.

    • Serge Lamarche - Abonné 15 juin 2018 14 h 40

      La crise des migrants n'est pas un simple appel vers des cieux plus enrichissants. Leurs pays sont en ruines et dirigés par des meurtriers qui en veulent à leur peau.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 juin 2018 18 h 16

      @ Serge Lamarche

      Et à qui la faute? Duh!