La fin d’une époque

Ces jours-ci, plusieurs ministres ou députés qui prennent la parole à l’Assemblée nationale soulignent avec un pincement au coeur qu’ils le font pour la dernière fois. Chaque fin de législature donne lieu à des effusions de ce genre, mais le climat est un peu différent cette fois-ci. Il flotte une odeur non seulement de fin de régime, mais aussi de fin d’époque, qu’illustrent le départ à la retraite de François Gendron, qui siège de façon ininterrompue depuis 1976, et, plus tristement, la pénible fin de carrière du vice-doyen de l’Assemblée, Pierre Paradis.

C’est devenu un cliché de dire qu’un sondage n’est pas une prévision des résultats d’une élection à venir, mais plutôt l’instantané d’une situation qui pourrait encore changer, comme cela s’est produit à quelques reprises au cours des dernières années.

S’il devait se concrétiser, le scénario que laisse entrevoir le dernier sondage Léger-LCN-Le Devoir n’en constituerait pas moins le plus gros bouleversement du paysage politique québécois depuis la première élection du PQ, qui même dans l’opposition a imposé l’ordre du jour politique pendant des décennies.

L’été n’est pas une saison propice aux revirements de l’opinion publique. À trois mois et demi de l’élection, le faible taux d’indécis (7 %) et la taille de l’échantillon (3234 personnes interrogées) donnent à penser que le proverbial ciment commence à prendre.

Lors de sa création en 2011, rien n’assurait que la CAQ saurait redonner vie à la mythique « troisième voie » que Mario Dumont et l’ADQ avaient vainement tenté d’imposer comme solution à l’impasse qui résultait aussi bien du rejet de l’option souverainiste par la population que de l’impossibilité de renouveler le fédéralisme.

En réalité, l’ascension de la CAQ a moins à voir avec le blocage constitutionnel, dont la majorité des Québécois se sont plus ou moins accommodés, qu’avec l’irrépressible envie de changement, surtout chez les francophones, créée par 15 ans de règne libéral, dont le rapport de la vérificatrice générale sur la Société québécoise des infrastructures (SQI) vient de rappeler les vicissitudes.

Encore faut-il distinguer nouveauté et changement. L’arrivée de nouveaux visages peut être rafraîchissante, mais remplacer le PLQ par la CAQ ne changera pas réellement la trajectoire du Québec.

Les Québécois semblent même sur le point de fermer la porte au véritable changement que proposent le PQ et QS, qu’ils avaient jusqu’à présent laissée entrouverte. Comme si ce changement n’en était plus un du seul fait qu’on en débat depuis un demi-siècle.

Le PQ a déjà connu des périodes creuses dans le passé, mais il pouvait se retrancher dans ses forteresses traditionnelles en attendant des jours meilleurs, comme le PLQ l’a toujours fait et devra vraisemblablement le faire encore.

Le problème est que le PQ n’a plus de forteresse. Que la CAQ consolide ses appuis dans la région de Québec et dans les couronnes de Montréal n’a rien de très étonnant. Il est plus inquiétant de la voir supplanter le PQ dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Abitibi et même dans l’est de Montréal.

Tout en s’efforçant de sauver ce qui pouvait l’être, plusieurs avaient déjà commencé à réfléchir à la façon d’entreprendre la reconstruction après l’élection, mais la tâche pourrait se révéler plus lourde qu’ils le prévoyaient.

À partir des chiffres du sondage Léger, le modèle d’extrapolation mis au point par l’analyste Bryan Breguet, du site Too Close to Call, n’accorde que cinq circonscriptions au PQ, toutes situées en région. Même s’il en remportait le double, ce serait dramatique. Les vedettes sur lesquelles il misait pour assurer la relance, notamment Véronique Hivon (Joliette) et Jean-Martin Aussant (Pointe-aux-Trembles) sont donnés pour battus, sans parler de Jean-François Lisée (Rosemont), lui aussi en péril.

Certes, le pire n’est pas toujours certain. En 1993, le Parti conservateur est passé de 156 à 2 sièges, pour rebondir quelques années plus tard, mais combien de temps le PQ peut-il encore rester dans l’opposition avant d’éclater pour de bon ?

La fin d’une époque signifie le début d’une autre. Malgré les déboires du PQ, il y a toujours 36 % de Québécois (44 % de francophones) qui voteraient « oui » à un référendum. En fin de semaine dernière, l’infatigable présidente des Organisations unies pour l’indépendance, Claudette Carbonneau, a convié les souverainistes à « un grand rebrassage de cartes » dans les prochains mois.

Que ce soit à Ottawa ou à Québec, les partis ont démontré de façon convaincante leur incapacité à surmonter les divisions et les considérations partisanes. La prochaine campagne électorale ne risque pas d’améliorer les choses. La mobilisation de la société civile a cependant ses limites. Une direction politique sera toujours nécessaire et elle risque de manquer cruellement au cours des prochaines années.

37 commentaires
  • Serge Dussault - Abonné 14 juin 2018 00 h 31

    Pour l'indépendance.....et rien d'autre.

    À quand la naissance d'un grand parti indépendantiste voué à la promotion de la nation québécoise et de son histoire et surtout qui défendra sa culture,sa langue et ses valeurs.
    N'en déplaise à plusieurs hé oui ici en cette terre du Québec il y a un peuple qui depuis plus de 400 ans lutte pour sa survie.
    Encore aujourd'hui elle est menacée. Si 36% des québécois se déclarent en 2018 souverainistes.....alors là avec un parti politique où des hommes et des femmes auraient vraiment à cœur l'avenir du Québec et de le porter bien haut alors on pourraient facilement recommencer à rêver.......n'en déplaise à M.Legeault.

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 juin 2018 09 h 42

      @Serge Dussault au Devoir :

      "Si 36% des québécois se déclarent en 2018 souverainistes (...) alors on pourraient (sic) facilement recommencer à rêver"- Serge Dussault

      Si les indépendantistes proposaient la perspective d'une société meilleure, plus juste, plus verte et plus équitable, au lieu de nous brandir le drapeau comme le PQ l'a fait durant des décennies, la question nationale aurait peut-être progressé et même gagné, au lieu de stagner en faisant comme le Parti québécois et nous répétant ad nauseam que l'indépendance n'est ni de gauche ni de droite et qu'elle ne changerait finalement rien de concret pour les gens ordinaires au bout du compte.

      On ne change pas de pays pour le plaisir de changer de pays.

      Mais dans l'objectif légitime d'éméliorer son sort.

      Christian Montmarquette

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 14 juin 2018 14 h 13

      @ CM... Mais que de tort vous avez causé par vos commentaires souvent hargneux envers le Parti québécois. Vous savez très bien que, pour des non initiés à la politique...et ils sont légions, vous auriez pu vous retenir de vilipender le PQ, ses membres et/ou toute autre personne qui, sans être liée par une "carte", se vouent corps et âme à la venue du PAYS QUÉBEC. Oui, on peut changer l'aberration qu'est le Canada ...pour le plaisir de voir cette aberration remise à sa place... par un peuple uni et fier dans une même quête.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 14 juin 2018 14 h 57

      "Si les indépendantistes proposaient la perspective d'une société meilleure, plus juste, plus verte et plus équitable, etc..." - Christian Montmarquette

      C'est justement (qu'on me corrige si c'est faux) ce que propose QS depuis sa fondation et quel est le résultat: moins de 10% d'appuis! Il y a de l'eau dans le gaz quelque part...

      Ou bien les Québécois ne veulent pas d'une société meilleure et plus juste, ou bien l'idée qu'il se font de cette société ne correspond pas vraiment avec ce que QS s'entête à leur proposer.

      Il me semble que cette dichotomie mérite à tout le moins un examen sérieux.

    • Serge Lamarche - Abonné 14 juin 2018 15 h 22

      Christian Montmarquette voit très juste. L'indépendance pour l'indépendance n'apporte rien de bon. Le bon gouvernement de René Lévesque a conquis et était la voie. Il fallait simplement garder un bon gouvernement pour deux décennies pour gagner la confiance des gens. Les référendums n'ont fait que gâcher la sauce et motiver les anglais.

    • Michel Blondin - Abonné 14 juin 2018 15 h 46

      Plusieurs sont encore à se demander quels éléments attachés avec le rapatriement des pouvoirs de la constitution au Québec.

      Les uns veulent la répartition de la richesse comme moteur central. Sans cette considération pas question de voter pour l’Indépendance. D’autres préfèrent que la question féministe soit au rendez-vous comme conditions sine qua non. Enfin, d’autres aimeraient que le Québec soit transgenre, sinon, ils n’embarquent pas. Les Anglais seraient aussi intéressés si la langue est l'anglais est l'anglais et la culture, le multiculturaliste. Bref, j’aurais tout et son contraire.
      Pourtant force d’admettre que de faire un pays du Québec, n’a de motif unificateur et fondamental simplement le rapatriement de la constitution de la loi de toutes lois qui aura force de contraindre dans l’Intégrité de son territoire.
      À vouloir satisfaire tout un chacun de ses lubies et de les monter en obligation vient de vouloir le beurre et l’argent du beurre.
      À ce jeu, QS joue quitte ou double ou le jeu de deux ou trois valent mieux qu’un tu l’auras.
      Et le PQ est passif sur le moteur de changement. Il joue à la cachette entre une tentative de cohésion et une incohérence problématique de sa fonction première. Au moins s’il proposait des actes souverains tels l’enlèvement des symboles monarchique et prendre une approche de la constituante, il solidifierait sa base sur l’essentiel. Ça fait deux ans que je répète qu’il perd sa base et ses militants multiplicateurs. L’insatisfaction de ses propres militants lui fait plus que mal. L’implosion du militantisme le guette ou c’est l’explosion du vide électorale qui le menace.
      Il ne peut, je le répète, faire l’indépendance avec une élection ordinaire, mais extraordinairement autrement. Il doit revenir à l’élection qui engage le processus indépendantiste. Sinon, il fait vieux jeu derrière la CAQ et le PLQ. Le parti vert sans l'environnement n'est plus le parti vert mais un parti ordinaire. Comprendre qui veut comprendre.

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 juin 2018 17 h 56

      @ Jean-Charles Morin,

      " Il y a de l'eau dans le gaz quelque part..." - Jean-Charles Morin

      Pour une fois je vous donnerai raison.

      Et l'eau dans le gaz, c'est un mode de scrutin complètement obsolète et inéquitable, où il faut plus de 105,000 votes pour parvenir à faire élire un seul député QS, alors qu'il n'en faut que 25,000 au Parti libéral.

      Et tout ce gâchis démocratique, alors que le PQ a évacué le scrutin proportionnel de son programme en 2011 et qu'il aurait pu changer les choses durant son dernier mandat et qu'il ne l'a pas fait.

      Le PQ se retrouve donc aujourd'hui gros Jean par devant, en devenant la victime de son propre système, de son propre antidémocratisme et de sa propre injustice.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 juin 2018 18 h 08

      @Michel Blondin,

      "À ce jeu, QS joue quitte ou double ou le jeu de deux ou trois valent mieux qu’un tu l’auras."- Michel Blondin

      Alors sachons que l'indépendance coquille-vide ni de gauche, ni de droite du PQ n'est pas parvenue en 50 ans à gagner le coeur d'une majorité stable Québecois et que ce "UN tu l'auras", le PQ ne nous l'aura jamais donné non plus.

      Comme disait si bien Albert Einstein, la définition de la folie, c'est de refaire toujours la même chose en espérant s'attendre à des résultats différents.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 juin 2018 18 h 17

      @ Nicole D. Sévigny,

      "Mais que de tort vous avez causé par vos commentaires souvent hargneux envers le Parti québécois."-Nicole D. Sévigny

      1 ) Merci pour cette reconnaissance de mon travail militant, même si cela m'apparait beaucoup m'attribuer.

      2 ) Mais cette prétendue hargne envers le Parti québécois, c'est du pipi de chat comparé à ce que le PQ a fait endurer aux millions de pauvres qu'il a laissé crever de faim et de misère avec 500$ par mois pour vivre durant les 22 ans où il a détenu le pouvoir.

      Social démocrate le PQ? - Mon oeil.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 juin 2018 18 h 34

      @ Serge Lamarche,

      "L'indépendance pour l'indépendance n'apporte rien de bon. Le bon gouvernement de René Lévesque a conquis et était la voie. Il fallait simplement garder un bon gouvernement pour deux décennies pour gagner la confiance des gens." - Serge Lamarche

      Je vais commencer par vous remercier de votre compliment, puisque je ne reçois généralement que des tomates sur cette tribune fortement péquiste pour défendre la justice sociale.

      Ceci dit, je suis entièrement d'acccord avec vous, qu'il importede démontrer qu'on est vraiment social démocrate et qu'on défend le bien commun et non de virer à droite comme le PQ l'a fait depuis Lucien Bouchard, en défendant les intérêts des entreprises au détriment des intérêts du peuple.

      Le néolibéralisme étant fondamentalement en contradiction avec la souverainté effective, et ce, autant celle de l'État que celle du peuple du Québec.

      - Comment peut-on se prétendre un peuple et un pays souverain, quand on se fait la soubrette des banques et des multinationales?

      Christian Montmarquette

    • Pierre Samuel - Abonné 15 juin 2018 11 h 06

      @ M. Montmarquette :

      BIen d'accord. Sans projet de société plus équitable, comme le dit l'adage populaire : < On change quatre trente sous pour une piastre ! >

      Salutations cordiales !

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 juin 2018 17 h 50

      @ CM Encore une fois...vous faites dans l'emphase verbale. Et les tomates sont trop cher payées pour vous en lancer... C'est parfois frustrant de "converser" (sic) avec vous...car vous déformez nos propos...sans vergogne. Si un jour, nous en arrivons à nous comprendre...ce sera parce que la raison du Pays à bâtir aura réussi à NOUS convaincre tous de l'urgence d'agir... C'est tout ce qui importe présentement . Et je n'ai pas à vous faire un dessin...pour la suite des choses.

  • Serge Pelletier - Abonné 14 juin 2018 05 h 24

    Bien fait pour la PLQ et le PQ

    Quand J-F Lisée est devenu chef du PQ, il n'avait qu'à faire le ménage des gens qui y ont fait carrière comme membre du bureau d'un député, puis comme député (à titre d'exemples: Richard sur Duplessis et Poirier sur Hochelaga-Maisonneuve) et Couillard a faire place nette des oligarques gravitant autour des ministres et autres "permanents" libéraux, et de nommer de "jeunes/nouveaux" députés ministres.

    Les gens vont voter - si l'on en croit les sondages - pour la CAQ. Or, le "vote" n'est certainement pas pour l'appuie du programme CAQ, mais uniquement par un réflexe de "dégagisme", la population ne pouvant plus supporter "la face" des perpétuels bien-pensants du politiquement correct qui s'empifrent de tout ce qu'ils peuvent avec les deniers publiques... Les "missions" qui est un terme militaire transposé aux voyages d'agréments des députés qui sont accompagnés des factotums de service en sont des exemples flagrants.

    Le cas des repas/missions de Chagnon est un autre exemple de l'incurie de ces chers messieurs-dames de l'Assemblée nationale... Pas un seul ou une seule n'a rouspété avant que le plat de bonbons ne soit révélé par les journalistes... Pourtant personne dans cette gang là (les députés) ne pourrait dire sans rire qu'il ne savait pas... À moins bien sur qu'il/elle soit si niaise que sa place conséquante et appropriée à son état psychologique/intellectel soit dans une aile de St-Jean-de-Dieu ou St-Michel-Archange qu'à l'Assemblée nationale.

  • Josée Duplessis - Abonnée 14 juin 2018 06 h 33

    Au Québec les gens feront ce que les américains ont fait. Une grosse connerie.

    • Serge Pelletier - Abonné 14 juin 2018 10 h 27

      On se fait F""" et on est heureux comme cela... C'est ça Josée. Hein!

  • Claude Bariteau - Abonné 14 juin 2018 06 h 37

    L’insoutenable légèreté politique


    Vous identifiez les vraies choses :
    1) remplacer le PLQ par la CAQ ne changera pas la trajectoire du Québec;
    2) brasser les cartes de nouveaux s’impose ;
    3) un alignement politique nouveau est devenu incontournable.

    Vous ajoutez que ça risque de ne pas de se faire. Je ne partage pas vos prédictions. Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais de cibler l’indépendance.

    Ce n’était pas la cible en 1980 et en 1995, car la souveraineté se liait à une association ou à un partenariat.

    Les désavantages de l’absence de l’indépendance et les avantages qu’elle comporte, M. Aussant les a présentés Voir : https://www.facebook.com/lepartiquebecois/videos/10155834573644620/

    Il y a plus à faire. Un référendum fit sens jusqu’en 2000. Depuis y recourir nécessite de le rendre conditionnel à une entente avec le Canada sur le processus et les suites. À défaut d’entente, une élection plébiscitaire permet de procéder unilatéralement avec une majorité d’appuis et une majorité d’élus.

    Les souverainistes d’hier et la génération d’après 1995 sont peu informés de ce qu’implique créer un pays parce que ça n’a jamais été la cible.

    Le préciser fera disparaitre la légèreté actuelle par plus de profondeur.

    Il faut préciser ce que sera le territoire du Québec, les axes de son aménagement, l’essor d’une économie avec des énergies son-fossiles, surtout, oui surtout, le renforcement des liens entre les Québécois et les Québécoises avec pour socle un système politique républicain répondant à leurs recherches d’un plus grand contrôle sur les parlementaires qu’ils élisent.

    Tout ça, c’est plus qu’un contrôle de nos impôts, de nos lois et de nos traités. C’est l’affirmation d’un peuple sur le territoire qu’il occupe et sa présence reconnue dans le monde.

    La CAQ propose des gesticulations provincialistes dans le Canada, comme l’a fait le PLQ.

    Ce sera vite insoutenable devant un projet de pays devenu l’affaire du peuple québécois.

    • William Dufort - Abonné 14 juin 2018 07 h 47

      J'aimerais partager votre optimisme et voir le projet de pays devenir l'affaire du peuple québécois. Les souverainistes d'hier, comme vous dites et dont je suis n'ont pas besoin de plus d'infrmation pour croire au pays. Par contre, le PQ a laissé la jeune génération se désintéresser de la question nationale et je ne vois pas comment on pourra corriger la situation, hormis un affront sans borne commis par le gouvernement fédéral qui "galvaniserait" ce qu'on appelait les forces vives de la société. Or, les fédéraux ne sont pas si bêtes.

      En attendant, les jeunes sont passés à "autre chose" nous disent-ils. Quoi? Ce n'est pas clair, mais ce serait vaguement mondialiste. Leur "Nous" est tellement inclusif que le peuple québécois occupe déjà la place qui lui revient pour peu qu'on continue à défendre le français, et encore.

      En attedant le grand soir auquel même le PQ ne semble plus croire, la vie continue. En attendant le grand soir, il faut replacer les Libéraux corrompus et ouvertement "Canadiens d'abord et avant tout". La CAQ a une certaine fibre nationaliste et n'a pas encore eu la chance d'être corrompue, mais ça pourrait se manifester pors d'un deuxième mandat. En attenfant, elle se présente comme seule alternative aux deux vieux partis usés. Un moindre mal en attendant un nouvel allignement politique.

    • François Beaulé - Abonné 14 juin 2018 07 h 57

      « l’affirmation d’un peuple sur le territoire qu’il occupe »

      Voilà bien le cœur de la question. Beaucoup plus qu'une question de constitution. Le libéralisme favorise l'appropriation privée du territoire et non pas son appropriation publique. Il dissout le peuple dans un marché d'individus consommateurs et d'entreprises privées. Le libéralisme est basé sur une conception strictement individuelle de l'humanité au détriment de sa dimension sociale.

      La problématique dépasse de beaucoup la question de l'indépendance du Québec. La gauche doit se redéfinir ici comme en Europe et aux États-Unis. Le dernier sondage ne signifie pas seulement l'échec de l'indépendantisme au Québec, il exprime l'échec de la gauche occidentale face à l'économisme libéral. Et cette question est infiniment plus importante que celle de la constitution du Canada ou du Québec.

    • Robert Bernier - Abonné 14 juin 2018 07 h 57

      Vous écrivez: "Ce sera vite insoutenable devant un projet de pays devenu l’affaire du peuple québécois."

      Mais y a-t-il ou y a-t-il encore un peuple québécois? J'en suis venu à en douter.

      Robert Bernier

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 juin 2018 09 h 21

      M. Bariteau,

      ce que vous dites est très intéressant.

      Pour ma part j'ai l'intention de voter PQ parce que, malgré tout, c'est le moins menteur des partis, et aussi parce que quoiqu'on dise c'est celui qui s'approche le plus de la social-démocratie dans la vision néokeynésienne.

      Mais voilà, le PQ n'a plus d'élan, et personne ne croit Jean-François Lisée. Pourtant ses écrits sur l'économie sont très intéressants mais, bon...

      Le mensonge structuré qu'est en soi QS ne peut être une solution.Les exemples pleuvent.
      On y est "pour la démocratie" tout en étant convaincu avoir tous les pouvoirs après avoir gagné une élection. Exactement dans la ligne de tous les petits tyrannos de l'histoire.
      Refuser toute entente de libre-échange est profondément stupide : on ne peut tourner le dos au commerce de proximité parce qu'il est essentiel, et tout gouvernement du pays-Québec devra avoir des ententes avec les états et provinces qui l'avoisinent. Bin quin!
      Quant au commerce vraiment international, qui ne devrait toucher que les produits de luxe, on peut en effet s'en passer et c'est même souhaitable parce que dans sa forme actuelle il modifie des questions de régie interne. Mais on est loin de la vision obtuse de QS, hé!
      Quitter l'OTAN et NORAD, c'est si bête que ça pue. Tant qu'à faire, pourquoi pas un mur aux frontières ?
      Dois-je vraiment parler de ce programme économique, impraticable sauf en milieu fermé et dans un état quasi-policier ?

      Suffit de voir, QS accuse le PQ de tous les maux et dit que ce sont ses manques qui ont mené à l'échec de '95. Mentir effrontément en misant sur l'ignorance des nouvelles générations, c'est ça. Ou bien faudrait croire que l'argent ne joue aucun rôle dans les campagnes électorales.... de l'angélisme, on dit ? Ben non. Le Politburo et ses porte-paroles sont tout sauf angéliques.

      Alors repartir à neuf ? Je n'aime pas l'idée de tout jeter et recommencer mais... On peut en discuter.

    • Réal Ouellet - Inscrit 14 juin 2018 09 h 42

      Je garde mon abonnement au Devoir pour vous lire! Merci pour vos contributions.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 juin 2018 10 h 23

      M. Dufort, je ne partage pas le pessimisme qui vous incite à voir dans la CAQ un restant de fibre nationaliste, car c'est là précisément que se trouve le problème. Créer un pays n'est pas fonder une nation définie par le passé. mais d'en instituer une nouvelle en tenant compte du présent, c'est-à-dire les avantages qu'il y aurait pour tous les habitants du Québec et les inconvénients de ne pas créer ce pays.

      Vous dites que les jeunes sont ailleurs. Ce n'est pas partiellement le cas. Ils veulent savoir et comprendre avant de s'engager. En vous associant à la CAQ, ils comprennent de vous et des autres que vous faites ce qu'ils refusent de faire.

      Samedi dernier, à Montréal, des jeunes étaient présents au colloque de OUIQuébec. Des jeunes qui les reprsentaient se sont engagés à les rejoindre là où ils se trouvent dans les associations régionales. Ils sont plus de 20 000. Par ailleurs, Mme Carbonneau a accueilli leurs représentants au sein de OUIQuébec pour qu'ils expriment leurs vues sur l'indépendance et débattent du projet de pays.

      Pour moi, ce fut un moment d'espoir parce qu'il pense pays et affirmation plutôt que la défense d'une langue. Une langue c'est un moyen de communication dans un pays concret, pas dans une province de quémandeurs. L'approche de la CAQ n'est pas un moindre de mal. S'y lancer, c'est accepter un avenir plus sombre que celle qu'annonce le PLQ. Il y a plusieurs souverainistes qui vont faire comme vous parce qu'ils n'ont pas eu la chance de faire autrement que de rêver à un pays, ce pays n'étant pas conçu comme entité indépendante du Canada mais comme une forme plus ou moins grande de souveraineté.

      Quiconque pense pays ne peut pas se consoler en votant provincialiste pour le CAQ. C'est mon cas et c'est le cas d'une majorité d'indépendantistes. L'espoir n'est pas la CAQ. C'est une dérive ethno-nationaliste qui ramène les Québécois et les Québécoises aux années avant la révolution tranquille après le gouvernement pourri de Taschereau.

    • William Dufort - Abonné 14 juin 2018 18 h 54

      M. Bariteau,

      On n'y échappera jamais. Le pays comme fin ou le pays comme moyen. Les deux visions se défendent et ne s'excluent pas mutuellement. Je me souviens encore du dernier discours de Pierre Bourgault comme chef du RIN. Ce n'est pas de gaité de coeur qu'il s'est joint au MSA de René Lévesque, mais bien parce qu'il a réalisé que les purs et durs de l'indépendance n'étaient pas assez nombreux, seuls, pour faire du Québec un pays.

      C'est encore vrai aujourd'hui. En 1995, nous sommes passés bien près de réussir car toutes les conditions gagnantes étaient réunies, mais ce ne fut pas suffisant. Je croyais néanmoins l'affaire dans le sac en croyant, erronément, que la tricherie fédérale et l'arrivée d'une cohorte de nouveaux électeurs prédisposés à voter oui convaincrait assez de nationalistes mous à passer au camp du oui avec enthousiasme. Je me suis trompé.

      Faudra donc recommencer et convaincre les souverainistes de la nécessité de voter pour le pays car sans eux, on n'y arrivera pas. Mais pour y arriver, il faudra unifier les forces sous un chef fort capable de convaincre. Sans ce chef, les factions vont continuer à s'entredéchirer et ces disputes stériles feront que les électeurs qu'il nous faut convaincre n'écouteront même pas le message, si attrayant soit-il, indisposés qu'ils seront pas les différents sous-chefs et leur cacaphonie.

  • Gilles Bousquet - Abonné 14 juin 2018 07 h 16

    C'est M. Marceau, député du PQ qui aurait étiré l'époque du PQ

    En mai 2 016, M. Marceau, député du PQ, et deux autres collègues avaient sorti une bonne et originale idée pour le PQ, la tenue d'un référendum en 2021, demandant aux Québécois de choisir entre un Québec indépendant et une hypothétique offre de fédéralisme renouvelé

    Faut que, avec cette promesse d'un référendum, pour choisir entre le Québec dans le Canada ou le Québec en dehors du Canada, les 2 camps, comme aux 2 précédents référendums, seraient formés et financés également. Celui du Québec indépendant mousserait les avantages de sortir du Canada et celui des fédéralistes, dans le Canada, devrait dire ce qu'ils exigerait pour le Québec, pour rester dans le Canada. Il aurait presque 3 ans pour négocier un fédéralisme renouvelé avec le fédéral, pour présenter le résultat sous l'option fédéralisme renouvelé. WOW, QUELLE BONNE IDÉE !.

    Pas de OUI ni de NON. On choisit le Canada négocié par nos fédéralistes ou on choisit de sortir du Canada.La négociation Québec-Canada se faisant avant le référendum, le fédéral s'étirerait le plus qu'il pourrait afin de conserver le Québec DANS LE CANADA