Le premier ministre Couillard recadré

Le 5 mars à Paris, aux côtés d’Emmanuel Macron, Philippe Couillard, visiblement réjoui, annonçait que le président avait accepté son invitation à s’adresser à l’Assemblée nationale, tout comme Nicolas Sarkozy et François Hollande.

« Ce sera un grand moment, le moment où vous viendrez vous adresser aux représentants du peuple québécois. » Il y voyait la « manifestation d’une amitié profonde » entre les peuples français et québécois. Faut-il en conclure a contrario que l’annulation de sa visite à Québec consacre un recul de l’influence du Québec vis-à-vis de Paris et au sein du triangle formé avec Ottawa ? Un rééquilibrage commencé depuis 2014 et l’élection du Parti libéral du Québec ?

Avec un peu d’imagination, Emmanuel Macron aurait facilement pu invoquer des raisons de sécurité, mais la consule générale de France à Québec a démenti cette hypothèse dans Le Soleil du 31 mai.

Cherchons donc ailleurs. Dans son agenda, nous dit-on.

Oui, le président français a un horaire bien rempli. Un horaire présidentiel, quoi ! Mais les choix d’agenda sont éminemment politiques. Il est éclairant de constater, à cet égard, que la République, convertie à la monarchie, a opté pour une rencontre avec la gouverneure générale du Canada ainsi qu’une autre avec les Français établis à Montréal plutôt qu’avec les députés de l’Assemblée nationale du Québec ! Cela, en ramenant le volet bilatéral québécois à sa plus simple expression, qui plus est à Montréal et non à Québec, dans la capitale nationale, pourtant décrétée par la loi comme lieu de ce type de rencontres.

En outre, au cours des derniers mois, Québec n’a pas su convaincre Paris de la nécessité de reconduire sa candidate, Michaëlle Jean, au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, et ce, bien que le premier ministre se soit entretenu avec le président à ce sujet, début mars et à nouveau jeudi dernier. Emmanuel Macron a ainsi infligé une rebuffade au Québec, en annonçant fin-mai qu’il soutiendrait la potentielle candidate rwandaise Louise Mushikiwabo. Décision réitérée en conférence de presse à Montréal, en présence même de notre premier ministre.

Certes, le courant passe entre les quadragénaires Trudeau et Macron et, pour le président français, il y avait, ne serait-ce que du point de vue de l’image, plus à gagner à se lier avec la rockstar de l’égoportrait qu’avec le cérébral docteur. De tous les présidents français, le leader d’En Marche est le premier à être né après le « Vive le Québec libre ! » de De Gaulle et, sans l’ombre d’un doute, celui qui connaît le moins le Québec. De ce fait, les compteurs s’étaient remis à zéro et il faut blâmer le gouvernement du Québec de n’en avoir pas fait plus pour conserver son « avantage concurrentiel » historique.

Avant même l’élection d’Emmanuel Macron, Québec avait perdu de précieux points en France. Qu’on se rappelle la visite ratée de Manuel Valls, premier ministre socialiste, en octobre 2016, pendant laquelle on avait pu constater qu’il y avait déjà pas mal d’eau dans le gaz : ne serait-ce que par les interférences, constamment repoussées jusque-là au plus haut niveau en France et au Québec, de l’ambassadeur de France à Ottawa dans cette relation encore « directe », mais de moins en moins « privilégiée ».

Aucun premier ministre québécois, ni Jean Charest ni, bien sûr, les premiers ministres issus du Parti québécois, n’avait accepté jusqu’à maintenant de s’éloigner, ne serait-ce qu’un instant, d’un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, ni de voir faiblir le lien politique du Québec avec un membre du G7, un pays actuellement au centre de l’Union européenne, compte tenu du contexte politique en Allemagne et en Italie, ainsi que du Brexit. Un pays qui, avec un PIB de près de 3000 milliards de dollars, constitue la 6e économie mondiale.

Mais doit-on réellement s’en étonner puisque la seule ambition du Parti libéral depuis quatre ans est de se comporter en gouvernement ultra complaisant face à Ottawa, gérant une province comme les autres, sans la conscience nationale qui a toujours habité ses prédécesseurs depuis la Révolution tranquille ? Or la politique étrangère d’un État n’est jamais que le prolongement de sa politique intérieure.

20 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 11 juin 2018 06 h 37

    Autres mentions pour le gouvernement Couillard

    - avoir renié la signature du Québec et changé unilatéralement les termes de l'entente sur les frais de scolarité applicables aux étudiants français au Québec (la France respecte toujours la sienne, où ces frais égalent souvent zéro d'ailleurs).

    - ne pas être allé à Paris lors des attentats du Bataclan. Pourtant, Montréal est la ville hors-France où la participation avait été la plus grande pour manifester sympathie à cette occasion.

    Ajoutons aussi que le gouvernement Couillard ne met pas beaucoup de pression sur les corporations professionnelles qui se traînent les pieds quant à l'échange d'admissibilité entre les française et québécoise qui avait été négociée entre Jean Charest et Nicholas Sarkozy. Dont entre autres le Collège des médecins. La France honore malgré tout sa part du contrat.

  • Pierre R. Gascon - Abonné 11 juin 2018 07 h 17

    Son âme et sa flamme

    Ne soyons surpris, d'ici le 1er octobre, que son âme québécoise s'étincellera comme une veilleuse, ; alors que sa flamme canadienne vibrera avec ardeur, chaleur et passion.

    Cependant, pourquoi ne songerions-nous pas à appuyer un chef qui exprime son âme québécoise, avec amour et passion ...et qui nous regarde avec un vif éclat?

  • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2018 07 h 45

    Enfin, un Président qui ne joue pas au grand-père.

    Je lis autrement les positions du Président Macron.

    Qu’expriment les gestes que vous identifiez ? Que ce n’est pas un premier ministre provincial ultra-fédéraliste qui va lui dicter la marche à suivre concernant la francophonie. Qu’une présence à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une rencontre du G-7 n’est appropriée.

    Il s’agit d’attitudes qui allaient de soi. Le président Macron est un président de pays. Si le Québec entend s’en rapprocher, ça ne peut être que pour des motifs politiques associées à sa démarche vers la création d’un pays, mais pas la recherche d'un tremplin pour un parti ultra-fédéraliste.

    Sous cet angle, le Président Macron a bien joué ses cartes en rencontrant des Français vivant à Montréal, qui l’ont soutenu. Pour le reste, il a agi comme il fallait et ça n’a rien à voir avec l’identité d'âges avec le Premier ministre Trudeau.

    Cela dit, il importe de se rappeler qu’en 2008 la France et le Québec se sont faits humilier par le Premier ministre Harper à l’occasion du 400ième anniversaire de la fondation temporaire de Québec, car ce n’est qu’à partir de 1632 que cet emplacement devint pérenne.

    Il importe aussi de rappeler que le Premier ministre Couillard, après des attaques terroristes de 2015 en France, s’est organisé une petite manifestation de sympathie à Québec après avoir refusé de s’allier à une manifestation d’envergure à Montréal, et , pire, qu’il a remis une vidéo au président Hollande pour mousser son image.

    Enfin, il ne faut pas oublier que les politiques du Québec contre le réchauffement de la planète s’inscrivent dans la logique loufoque et antithétique du Premier ministre Trudeau, qui poursuit le programme mis au point par son père pour développer les sables bitumineux.

    Alors, mieux vaut penser que le Président Macron a dit aux Québécois de se réveiller et que, le temps venu, il le considérera comme un peuple qui s’est doté d’un pays indépendant avec lequel la France transigera.

    • Jacques Patenaude - Abonné 11 juin 2018 08 h 38

      Et si tout simplement la France face à la situation Catalane ne veut pas sembler endosser toute démarche de démantèlement de grands ensembles fédérés. Bien que les Catalans soient pro Europe ils n'ont reçu aucun appui ni aucune sympathie de la part des grands pays de l'union européenne. L’Écosse d'ailleurs non plus bien qu'elle se soit prononcée contre le Brexit. Comme conclue mme Beaudoin " la politique étrangère d’un État n’est jamais que le prolongement de sa politique intérieure."
      La diplomatie européenne a choisit son camp: Entre appuyer de petits alliés nationaux qui pourraient favoriser la fragmentation des États actuels et supporter des alliés minoritaires dans leur pays elle a choisit son camps et nous en sommes le "dommage collatéral" .

    • François Beaulne - Abonné 11 juin 2018 09 h 35

      En tout respect, Monsieur Bariteau, tout en saisissant le sens général de votre critique des propos de Madame Beaudoin, je dois reconnaître que son analyse est très juste et que la vôtre pêche par certaines omissions ou comparaisons boiteuses.
      Ce n'est pas parce-que M. Macron est né après Vive le Québec Libre du général De Gaulle qu'il faut excuser la gifle qu'il vient de servir aux Québécois, à leur Assemblée Nationale et à leur premier ministre, tout fédéraliste endurci soit'il. L'attitude de la France et de ses gouvernements jusqu'à Sarkozy, et maintenant Macron, s'est constamment inscrite dans la lignée:<Nous vous appuierons mais nous ne vous précéderons pas>.
      Si la ferveur à s'intéresser et à soutenir l'évolution du mouvement souverainiste en France s'est quelque peu étiolé au fil des dernières décennies c'est d'abord et avant tout parce-que les Québécois eux mêmes s'en sont éloignés. Cette dimension politique ne devrait cependant rien enlever à la propension normale de la France à entretenir des liens prévilégiés. je dirais même instinctifs, avec la seule nation à majorité française des Amériques issue de ses propres racines. La véritable motivation de Macron se trouve ailleurs. Comme celle de Sarkozy il faut la chercher dans son arrivisme découlant de ses liens avec les milieux d'affaires. Il est le plus anglophile des tous les présidents qu'ai eu la France au point de renoncer au devoir national que se sont toujours donné les dirigeants Français d'assumer le rayonnement de la langue et de la culture française, Depuis son élection il cherche à imiter le comportement médiatique de Trudeau et à s'inscrire dans cette mouvance d'Etat post-national où toutes les identités collectives sont nivelées pour céder la place à une sorte de préchi-précha multiculturel méconnaissable. En cela il est en porte-à faux par rapport à la majorité des Français, comme en témoigne son élection au second tout par moins de 40% des votes exprimés Comme Trudeau est en voie de le de

    • Solange Bolduc - Abonnée 11 juin 2018 09 h 35

      M. Bariteau, je crois que Macron n'en a rien à cirer que le peuple québécois devienne ou non un pays indépendant, et je me demande même s'il croit que cela pourrait arriver un jour, quand on sait à quel point il est près de Trudeau.

      Le climat de sympathie me semble bien plus grand entre Trudeau et Macron, qu'entre Macron et Couillard. Ce dernier a tout faux, selon moi, concernant son fédéralisme de bon aloi, alors que Trudeau a eu son père avant lui, il peut donc se péter les bretelles et continuer, avec toute l'exubérance qu'on lui connait (comme son père) sur la lancée d'un fédéralisme qui se fout pas mal de la nation québécoise.

      Comme Emmanuel Macron semble un bien grand «Monsieur», particulièrement ambitieux, plus ouvert au multiculturalisme qu'au patriotisme français , le fait de se rapprocher de Trudeau, pourrait le rassurer dans ses positions de grand Seigneur dominant les «terres et terriens», le confortant aussi dans l'indifférence vis-à-vis de la nation québecois, et de Couillard, par ricochet!

      Tant qu'à Michaëlle Jean, je donne raison au Président français de la remplacer par la dame Rwandaise à l'OILF! Madame Jean déshonore la cause qu'elle défend avec son flafla ou ses extravagances !

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2018 09 h 43

      La France ne pouvait pas officiellement appuyer les Catalans. L'aurait-elle fait si le peuple canalan s'était prononcé en faveur de l'indépendance lors de l'élection pébliscitaire qui a suivi le référendum piégé ? Je n'en sais rien, mais je doute que le Président Macron aurait pu demeurer impassible, car il en va d'un principe défendu par la France d'une majorité démocratiquement exprimée.

      Le même raisonnement vaut aussi pour l'Écosse.

      Il ne s'agit pas de politique intérieure, mais de politique internationale, car c'est à ce niveau que renvoient les affirmations d'indépendance de nouveaux pays. Et, à ce niveau, il y a une règle de base qui consiste à respecter la souveraineté des États indépendants, une règle qui devient moins contraignante lorsqu'un peuple affirme sa souveraineté et l'officialise par une déclaration en conséquence et le déploiement d'une démarche visant sa reconnaissance.

      En cela, la France n'a pas choisi son camp, pas plus d'ailleurs que la diplomatie européenne. Elle s'est comportée selon les règles en la matière. Et, soit dit en passant, rien ne permet de penser que la France et la diplomatie européenne agiront de la même façon advenant une déclaration d'indépendance supportée par uen majorité d'Écossais, de Cantalans et de Québécois.

      Votre lecture m'étonne, surtout que vous parlez de « dommage collatéral ». À ce que je sache, les dommages collatéraux ont été plus le résultat d'un référendum négatif en 1995, même s'il a été volé selon plusieurs, et la froideur des gouvernements du PLQ par la suite, l'un visant à favoriser la venue de Français, l'autre faisant des pirouettes facilement décodées comme des pirouettes par les dirigeants français.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 juin 2018 11 h 14

      1 - À M. Patenaude. Une visite prévue à l'Assemblée nationale du Québec n'implique pas un appui aux mouvements sécessionnistes européens, d'autant plus que le gouvernement actuel du Québec n'est pas sécessionniste. Personne n'aurait protesté, ni le gouvernement fédéral, ni qui que ce soit de sérieux en Europe. On peut invoquer une certaine tradition ou certains liens privilégiés entre la France et le Québec pour justifier cette visite.

      2 - À M Bariteau. L'entretien des liens avec la France est fondamental pour le rayonnement international du Québec. Et aussi, en cas d'indépendance, comme vous le dites, l'appui international est fondamental - comme on a pu le constater a contrario dans le cas de la Catalogne par exemple. Or, les relations avec un pays doivent être entretenues, cultivée, nourries, dans la durée. Et l'annulation faite si facilement par la France est bel et bien un signe de relâchement des relations entre la France et le Québec. Rien d'irrémédiable, pas une raison de paniquer, mais un signe préoccupant quand même. Par ailleurs, même en l'absence d'indépendance, le maintien et le développement de liens privilégiés avec la France est très constructif pour les deux parties. Que le Québec puisse avoir des liens avec un pays de cette envergure est un atout à conserver et à développer. Ceci peut également avoir un effet sur une éventuelle immigration française, moins difficile que d'autres à franciser, bien entendu.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 11 juin 2018 13 h 20

      Merci monsieur Bariteau.

      Vous écrivez avec aisance et persuasion.

      Madame Bolduc et messieurs Patenaude, Beaulne et Labelle s'expriment clairement.

      À nous de discerner chaque argumentaire.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 juin 2018 14 h 40

      1. M. Labelle, je n'ai pas écrit que le Président Macron a brisé les liens avec le Québec. J'ai signalé que sa présence à l'Assemblée nationale n'était pas appropriée dans le cadre du G-7.

      Cela dit, je n'ai pas vu de relâchement dans sa position et, comme vous, j'estime que les liens entre le Québec et la France sont pertinents. Par contre, des liens entre un pays et une province ne seront jamais des liens entre deux pays, car, dans ce cas, ils seraient d'avantage d'ordre économique et politique.

      2. M. Beaulne, ce n'est pas moi qui ait fait écho à la naissance du Président Macron, mais Mme Beaudoin.

      Quant à sa propension envers le milieu d'affaires, il s'agit d'un tout autre dossier et je vois mal comment le lier à son absence à l'Assemblée nationale.

      La France est en relance économique pour se positionner au coeur de l'UE. Ce dossier a eu des incidences au sommet de la Malbaie face à un Président américain désireux de relancer l'économie américaine en modifiant certaines règles. De la France et de l'Allemagne, le pays qui a le plus à perdre est l'Allemagne.

      3. Mme Bolduc, je ne lis pas les relations politiques internationales en scrutant les accointances entre chefs de pays.

      Cela dit, Macron reconnaît la diversité nouvelle de la population française et cherche à faire des gens de l'immigration des citoyens et des citoyennes de la République.

      S'il se distancie de la vision du Front national, il ne prône pas le multiculturalisme canadien, qui octroie à des membres de communautés des prérogatives qui en font des sujets avec des droits comme dans les monarchies constitutionnelles issues du Royaume-Uni.

      Ce sont des approches différentes. L'une mise sur la citoyenneté, l'autre sur les assises communautaristes. La France est attaquée parce qu'elle prône la citoyenneté. Quant au Canada de Pierre-Elliott Trudeau, il est colonisé de l'intérieur parce qu'il a pavé la voie en ce sens en 1971 et l'a bétonnée en 1982, une démarche que poursuit son fils Ju

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 11 juin 2018 08 h 08

    Je m'interroge,madame Beaudoin,

    sur votre "cérébral docteur",vous devez parler de ses connaissance en neurologie et non ses sourires avec Macron aussi vides
    de yes-man de colonisé qu' avec le tout brillant Justin .Macron est fort avec les faibles.
    Et il faut relire et se souvenir de votre dernier paragraphe.
    Qui sont les marionnettes :les Québécois ou leurs dirigeants élus ou les deux ?
    L'absence de colonne vertébrale est funeste...

    • Louise Collette - Abonnée 11 juin 2018 12 h 33

      J'aime beaucoup votre commentaire, surtout : <<Macron est fort avec les faibles>>
      :-)

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 juin 2018 08 h 26

    Un petit chef-d'oeuvre de Mme Louise Beaudoin

    Bravo !