Quand on se compare…

Il est de bon ton ces années-ci de déplorer le manque d’envergure de nos leaders politiques et d’évoquer avec nostalgie la belle époque des Lesage, Bourassa, Lévesque, Parizeau, Bouchard. Selon le plus récent sondage Léger-Le Devoir, le plus apprécié des trois chefs de parti qui peuvent de façon réaliste aspirer au pouvoir est François Legault, qui a la faveur de seulement 25 % des Québécois, suivi de loin par Philippe Couillard (14 %) et Jean-François Lisée (12 %). Dans les trois cas, leur popularité est très inférieure à celle du parti qu’ils dirigent. C’est aussi vrai de Manon Massé.

Quand on se compare, il y a cependant lieu de se consoler. Malgré les défauts qu’on peut leur trouver, MM. Legault, Couillard et Lisée ont tous les qualités requises pour diriger un gouvernement. Dans le cas de Doug Ford, cela ne paraît pas évident, malgré le mandat très clair que lui ont accordé les électeurs ontariens.

Il est de bonne guerre pour les adversaires de M. Legault d’évoquer la « petite noirceur » dans laquelle il plongerait le Québec, mais il serait injuste de le comparer à M. Ford, dont les années passées à l’Hôtel de Ville de Toronto, dans le sillage de son tristement célèbre frère Rob, ne sont pas très rassurantes. Son inexpérience parlementaire est telle qu’on a dû lui enseigner en catastrophe l’a b c du processus législatif.

Si M. Couillard s’autorise des vingt ans que le chef caquiste a consacrés à la politique pour le présenter comme un homme du passé, cette longévité a aussi permis d’apprivoiser le personnage. Il est vrai qu’il a souvent versé dans le populisme au cours des dernières années, mais il ne s’est jamais comporté en cowboy dans ses fonctions ministérielles antérieures. En réalité, au sein de son parti, il se situerait plutôt parmi les modérés.

   

Il n’en demeure pas moins que la victoire de Doug Ford est de bon augure pour la CAQ. Si le désir de changement a pu amener les électeurs ontariens à signer un chèque en blanc à un parti dont les vagues promesses n’ont pas été chiffrées et dont le chef est accusé devant les tribunaux d’avoir lésé sa propre famille, tous les espoirs semblent permis.

M. Legault a démontré qu’il n’est pas à l’abri des gaffes, mais il est difficile d’imaginer qu’il puisse mener une aussi mauvaise campagne que le chef conservateur. Si la « Ford Nation » a tout pardonné à ce dernier, il est permis de croire que les partisans de la CAQ dans le 450 et la région de Québec manifesteront aussi une certaine indulgence.

Il est cependant une chose qui ne risque pas de se produire au Québec. Le PLQ ne s’effondrera pas comme l’ont fait les libéraux ontariens, qui ne disposaient pas de la base inébranlable que l’appui des non-francophones assure au PLQ.

Si les électeurs libéraux avaient été plus nombreux à passer au NPD dans l’espoir de bloquer la route à M. Ford, ce dernier aurait peut-être dû se contenter d’un gouvernement minoritaire. Même si le référendum n’est pas à l’ordre du jour, un transfert de voix péquistes au PLQ demeure toutefois impensable.

   

Quand Kathleen Wynne a eu la curieuse idée de reconnaître sa défaite près d’une semaine avant le jour de l’élection, M. Couillard lui a rendu un vibrant hommage. Il est vrai que la première ministre sortante était une femme de grande qualité, mais aussi une alliée du Québec. Contrairement à d’autres, elle ne l’a jamais accusé d’être un mauvais partenaire ou un enfant gâté au sein de la fédération.

On ne connaît à M. Ford aucun intérêt particulier pour le Québec, ni pour le français, qu’il n’a jamais jugé utile d’apprendre. On sait en revanche qu’il entend retirer l’Ontario du marché du carbone, qui constitue la clé de voûte de la stratégie québécoise de lutte contre les changements climatiques.

Il ne faut cependant jurer de rien, la politique crée parfois des rapprochements inattendus. En 1998, Lucien Bouchard avait dépeint le dernier premier ministre conservateur de l’Ontario, Mike Harris, dans lequel on peut voir un ancêtre spirituel de M. Ford, comme un monstrueux réactionnaire qui affamait les assistés sociaux de sa province et faisait souffler sur le pays le « vent glacial de la droite ».

Deux ans plus tard, M. Bouchard le présentait comme « un grand ami du Québec », après que les deux hommes eurent uni leurs efforts pour forcer le gouvernement de Jean Chrétien à augmenter la contribution fédérale au financement des services de santé sans imposer des conditions trop contraignantes. Qui sait, s’il devient à son tour premier ministre, M. Legault pourrait peut-être initier un jour M. Ford aux délices de la question constitutionnelle ?

21 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 9 juin 2018 06 h 06

    La ''Legault Nation''...


    Je trouve cet article bien élogieux pour François Legault. U peu trop. Et de dire que l'arrivée d'un Doug Ford serait de bon augure pour la CAQ! La '' Ford Nation'' et la ''Legault Nation'' auraient donc certaines affinités, selon Michel David. Qui s'en doutait? Le tout n'est guère rassurant. Le populisme a vraiment le vent dans les voiles en Occident.

    M.L.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juin 2018 10 h 17

      J'aime votre commentaire.

      M. David aurait été mieux servi s'il avait lu l'histoire du Québec avant Duplessis, une histoire marquée de guerres externes et deux plus internes.

      La première interne s'étalle de 1832 à 1840. Les Patriotes écrasés par une stratégie militaire britannique, le Bas-Canada devint un champ de ruine entre les mains d'associés locaux qui menèrent au pouvoir des conservateurs ligués aux religieux. Peu après, il y eut l'association de libéraux et du clergé suivis au capital américain pour faire des canailles de Cartier leur tremplin. Tachereau fut une tête de pont remplacée par Duplessis.

      La deuxième guerre fut déclenchée par le Canada en 1966 avec l'apprenti-commandant Trudeau qui en devint le maître-penseur. Avec lui, la révolution tranquille, étant une erreur, il occupa le Québec en 1970, mit sa tête sur un billot en 1980 pour faire plier les Québécois à ses idées et 1995, devenu un drame à éviter à tout prix, mit en scène son remplaçant Chrétien.

      L'ontario se renforça, le Québec devint de nouveau un champ de ruine. Les Charest et Couillard furent des lieutenants canadiens au Québec, le capital international leur nourriture pour faire rêver au nord alors qu'ils ensemençaient le Canada du Golfe du Saint-Laurent à la rivière des Outaouais pour déconstruire le Québec de 1960.

      En fait, ces lieutenants ont fait comme Tachereau et Legault fera comme Duplessis. C'est structurel. L'élection de Ford va dans ce sens pusiqu'il assurera la prétrolisation du Canada à laquelle contribua Trudeau père dont le fils entend protéger l'héritage. Legault aidera Ford en déployant des politiques en ce sens.

      En effet, c'est peu rassurant parce que, pour déminer le champ de ruine qu'est devenu le Québec, il n'y a que l'indépendance. Or, comme hier le clergé, les médias sont ligués et appuient les associés d'aujourd'hui, ce que Legault est devenu comme le fut Dumont avec sa déclaration à l'Economic Club de Toronto.

    • Patrick Boulanger - Inscrit 9 juin 2018 14 h 17

      « M. David aurait été mieux servi s'il avait lu l'histoire du Québec avant Duplessis, une histoire marquée de guerres externes et deux plus internes »?

      « La deuxième guerre fut déclenchée par le Canada en 1966 »? : Maurice Duplessis est mort en 1959, M. Bariteau. Quant à M. David, je suis porté à croire qu'il a lu l'histoire du Québec avant M. Duplessis avec sa maîtrise en histoire et son métier de chroniqueur politique qui cible surtout le Québec dans ses écrits.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 juin 2018 18 h 03

      M. Bélanger, je ne faisais pas écho seulement à la période pré-duplessis de l'histoire, mais à la notion de guerres dans l'histoire du Québec, dont deux, internes, ont marqué l'histoire : celle déclenchée par le Royaume-Uni en1836 pour éradiquer les patriotes et celle déclenchée par le Canada à la suite de l'entrée de Trudeau-père sur la scène canadienne en 1965.

      Ce dernier convainquit le PLC de déployer une approche minant le mouvement en cours au Québec dont les suites furent la création d'une police parallèle, des orientations pour mieux occuper le territoire, l'occupation militaire du Québec et l'emprisonnement de supporters du mouvement souverainiste activée par de Gaule.

      Tout dépend comment on lit l'histoire. Je sais que M. David possède une maîtrise en histoire de l'Université de Montréal. Je signalais que cette histoire fut marquée de guerres, ce qu'il doit connaître, comme elle fut marquée par une première guerre interne, qu'il doit aussi connaître, mais plus récemment par une deuxième guerre interne.

      Il est rare qu'il fasse écho à ces guerres qui ont marqué profondément le Québec et continuent de le faire.

  • Gilles Bousquet - Abonné 9 juin 2018 07 h 28

    Ford, le Trump ontarien,

    Deux être primaires, Trump et Ford, malgré leurs fortunes. Ça fait régresser l'évolution des humains sut terre, sur mer et dans les airs, misère..

  • Bernard Terreault - Abonné 9 juin 2018 07 h 44

    Danger

    Si Ford tient ses promesses comme de baisser de 10 cents le prix de l'essence, de sortir du marché du carbone, de ramener la bouteille de bière à une piastre, et autres mesures populistes, la pression va être forte de la part des votants de la CAQ pour faire pareillement ici. Et pour financer ça, laisser tomber les CPE, affamer les CHSLD, et oublier la promesse de la CAQ d'investir dans l'éducation.

  • Gilles Bousquet - Abonné 9 juin 2018 07 h 45

    La CAQ-Legault modèle pour Québec debout ?

    COPIE CORRIGÉE

    On sait maintenant, par leur déclaration que, des 7 mutins, les 5 qui demeurent dans leur nouveau parti : Québec debout, veulent attirer, en plus des Indépendantistes. les Nationalistes DANS LE CANADA, le genre d’intéressés à voter pour la CAQ-Legault provinciale, ce qui, si ça réussit, élargit leur nombre de votes, afin de se faire réélire à Ottawa pour y défendre le Québec dans le Canada pour l'éternité...minimum en évitant de mousser le Québec un pays, pour faire durer le rémunérateur plaisir fédéral...canadien.

  • Jean Lapointe - Abonné 9 juin 2018 08 h 31

    Ce n'est pas une crainte non fondée d'après moi.

    «Il est de bonne guerre pour les adversaires de M. Legault d’évoquer la « petite noirceur » dans laquelle il plongerait le Québec,» (Michel David)

    Ce n'est pas une question de bonne ou de mauvaise guerre.On dirait que pour Michel David les évocations de «petite noirceur» seraient uniquement de la politique politicienne.Or pour moi ce n'est pas dutout le cas.Cette crainte est belle et bien fondée.

    Il faut quand même réaliser que ce serait catastrophique si la CAQ était élue parce qu'avec Fançois Legault ce serait encore pire qu'avec les libéraux.Pourquoi? Parce que François Legault gèrerait le Québec comme une entreprise privée c'est-à-dire comme un comptable. Pour lui tout ce qui compte c'est le développement économique. Et il est à craindre qu'il confierait au privé, pour des raions idéologiques, bien des actitivités qui relèvent pouir le moment de l'Etat. Le développment économique c'est souhaitable mais de là à tout subordonner à l'économie il y a un pas à ne pas franchir.Tout confier ou presque au privé sous prétexte que le privé serait plus efficace que le public c'est pour moi abdiquer ses responsabilités parce que c'est ne pas reconnaître qu'il n'y a que l'Etat qui puiise tenir compte du bien commun.
    En plus François Legault a peu de souci pour la démocratie.Pour lui la démocratie ça se réduit très probablement à des élections tous les quatre ans. Déjà on constate que son parti n'est pas très démocratique. Une fois au pouvoir François Legault ne serait sûrement pas plus démocrate qu' il ne l'est actuellement.
    A mes yeux à moi François Legault surestime ses propres capacités.Il se pense meilleur qu'il ne l'est vraiment. Et les gens qui ont l'intention de voter pour lui ne semblent pas savoir pour qui ils se proposent de voter. Beaucoup d'entre eux veulent que les libéraux soient battus mais ils ne se rendent pas compte qu' il n'y aurait pas de changement comme ils le prétendent parce que ça risquerait d'être encore pire que ce l'est avec les libéraux.